II
jk^'j. NOTES.
«< Du fameux parmi les gens de plume les « plus distingués, le plus respecté parmi les «grands, l'illustre, l'honoré émir Ismàyl-Ef- « fendy , Kateb-ahoualéh ;
« Enfin, d'une très-grande assemblée com- « posée de plusieurs autres personnages qu'il « serait trop long de nommer, quoique tous « très-respectables. Amyn.
« Le jour béni , vendredi 19 du mois Cophte « Mechir, qui est le dernier de Tan I2i3 du a myrj el-kkaragyék (année financière, exercice « des contributions), et qui répond au 21 du « mois de Raby el-aouelde l'an 12 14 de l'hégire, « ce jour étant celui de la date mise au bas du « présent acte ; il a été fait en présence de la a puissance honorable de l'illustre gouverneur « et générà\Dugua,Kaym-maqam (commandant) « de la ville du Kaire la bien gardée ; que Dieu * fasse couler le bonheur par ses mains ! Amyn. « Le Nil, fleuve béni du ciel , a accompli sa crue <c annuelle par la faveur du Dieu très-grand , « adorable, plein de bonté pour ses créatures, « et miséricordieux pour les hommes : nous « nous en sommes réjouis avec la plus grande «joie, et nous avons été comblés des plus
m grandes consolations, suppliant et priant Dieu « de continuer de nous couvrir de ses bien- « faits et de ses faveurs, lui rendant grâces de « toutes ses bontés envers ses créatures , bon- « tés qui sont l'objet de nos vœux.
« L'eau bienfaisante du fleuve a monté cette « année à seize coudées et sept doigts, comme « il est évident, suivant l'indice desunesures de « la colonne accomplie, et d'après les annonces « du cheykh Moustafa^ le mesureur et di- « recteur de l'édifice du Mekias de l'île de « Raouddah.
« Ledit jour , après le lever du Soleil , la digue « du khalyg a été rompue, et l'eau a coulé dans a le canal el-Hakcmy^ suivant la coutume de- « puis la plus haut e antiquité} nous avons loué « Dieu de ce que le Nil a atteint la hauteur de « seize coudées et sept doigts, de ce que la « digue a été rompue , et de ce que leau a coulé « dans le canal, ainsi qu'il vient d'être dit.
« En conséquence, les propriétaires de toute « l'Egypte sont ternis au droit du rnyry , à la « fourniture des denrées destinées à la Mecque « et aux lieux saints, du kisovJh (tapis sacré), « et de tous les autres droits . suivant les anciens .
a44 NOTES.
« usages, pour Tan 1214 de kharagyéhj envers « celui qui commande ces provinces , et qui en « fera la demande : cela est légitime et néces- « saire.
« Les propriétaires de toute l'Egypte sont « tenus de payer tous les droits du myry9 les « denrées, suivant les anciens usages, pour la- « dite année ; c est une dette contractée envers « celui qui gouverne , et qui en fera la demande : « on doit l'acquitter, comme ci-devant, sans • délai ni retard : c'est la volonté de la loi.
« En date du jour béni, le 22 du mois de « Raby el-aouel de Tan de kharagyéh 1214 de a l'hégire.
« Grâces soient rendues au Dieu créateur et « tout-puissant , qui voit toutes nos actions et « en tient compte ! »
47 Les mots birket el-fyl signifient littéralement V étang de l 'éléphant , et sont la dénomination dune des plus grandes places du Kaire. Cet emplacement, comme tous les autres de la • ville qui portent ce même nom de birkéh > n'était couvert par les eaux, et ne devenait réelfe-
nient un étang que pendant les mois de l'inondation du Nil, avec lequel il communique par le canal; le reste de Tannée, il forme une vaste place publique, employée partie à la culture, partie au* exercices du manège.
Cette place était entourée des palais des principaux beys , tels que Mouradrbey , Ibrahymbey, etc.
Le mot birket ou birkeh vient de la racine arabe baraka, qui, outre sa signification de bénir, a encore plusieurs autres sens, tels que ceux de pleuvoir, d'inonder, et dont plusieurs dérivés se rapportent à l'eau et à tout ce qui est aquatique. Parmi ces dérivés sont ceux de iarca, qui a le même sens que notre mot barque , et qui peut en être l'origine; de barrakan, qui signifie « un habit grossier et à l'épreuve de Veau, « dont se servent les pêcheurs. » Les Arabes ont porté ce mot dans la langue espagnole, qui la adopté sous la forme de barragan, d'où nous avons fait nous-mêmes le mot bourracan, anciennement barracan.
L'origine du nom d'étang de Uélèpliant, donné à cette place, est présentée de deux manières par les habitans du Kaire. Suivant les uns , le
nom de cette place vient de sa forme même , l'irrégularité de ses contours dessinant assez grossièrement ceux d'un éléphant : la portion du long parallélogramme qui forme la majeure partie de cette place, représente le corps de Tanimal, tandis que son prolongement étroit et resserré du côté méridional peut ressembler à une trompe , par son étranglement et sa forme recourbée.
Suivant une autre hypothèse, cet étang aurait été ainsi nommé , parce qu'un éléphant 7 qu'un des beys avait fait venir de l'Inde et qu'il nourrissait dans son palais, avait éprouvé une si grande privation des plaisirs du bain , auxquels il était habitué dans son pays , et en avait fait un tel abus lorsqu'à sa grande joie les eaux du Nil étaient venues couvrir la place, qu'enfoncé dans le limon sans pouvoir se dé* barrasser , et sa masse énorme supposant aux secours qu'on avait voulu lui donner , il s'était noyé dans une portion plus creuse de la place , qu'on m'a montrée.
A ce sujet , on me citait une île du même nom , formée dans les temps modernes au milieu du Nil, et ainsi nommée , non parce qu'un
éléphant s'y était noyé, mais parce qu'une germe (espèce de barque) , portant le nom de cet animal , y ayant été submergée , elle avait servi de t base et de noyau aux attérissemens successifs qu'elle avait déterminés autour d'elle.
48 Le nom propre Fattoumah^ dont j'ai parlé ci-dessus , note i5 , page i83 de ce volume , vient de la racine arabe fatama , qui signifie proprement sevrer , retirer du sein de la mere, faire perdre une habitude contractée. Parmi les dérivés de ce verbe , on trouve meftoum (animal sevré) , etfatim (jeune chameau en âge d'être sevré) , etc.
Fatméh est le même nom que Fattyméh et Fattoumah) dont nos poètes français ont fait Fatmé et Fatime.
49 Le mot d'ulema vient de la racine alema (savoir, comprendre, connaître, surpasser en science). Les dérivés alem et alyrri signifient savant , sage , habile , adonne aux sciences.
Le pluriel commun de ces deux mots forme
le nom collée ùi uléma 9 qui signifie proprement le corps des savans : on y comprend généralement tous ceux qui s'occupent de quelque science ou de quelque étude , et plus particulièrement encore les théologiens et les gens de loi.
Les ulémas forment une corporation trèsconsidérée et très-influente , dont les membres portent chez les Turcs le titre iïeffendy.
5o Alymèh est le féminin régulier de l'adjectif cdym (savant). Voyez à ce sujet la note précédente.
N5t Le mot garne signifie mosquée. Voyez cidessus, tome Ier, pages xm et xiv de l'Avis préliminaire, les détails dans lesquels je suis entré sur la mosquée iïel-àzhar. Voyez aussi , sur l'académie qui y est établie, la note suivante.
5a Les académies, ou grands collèges publics, portent en arabe le nom de medresséh. On y enseigne la religion musulmane, les belles-lettres et les sciences, en commençant par les prin-
notes. a 49
cipes de la langue arabe. Les princes qui ont fondé ces académies, les ont presque toujours accompagnées d'une mosquée, d'un hôpital, comme les simples écoles publiques sont presque toujours réunies à une sebillèh ou fontaine : ces établissemens sont dotés de riches fondations destinées à acquérir les livres nécessaires à Instruction , à payer les professeurs, et à subvenir aux frais de la nourriture et de l'entretien des étudians. Un local y est aussi ordinairement consacré au logement des étrangers qui viennent y assister aux leçons.
Les écrivains arabes citent avec de grands éloges l'académie de Damas, nommée Medresseh êl-Giahnakièh , parce qu'elle avait été fondée par Melek el-Achraf Giakmak , dixième sultan de la dynastie des Mamlouks circassiens d'Égypte.
Mais la plus célèbre des académies de tous les pays soumis à l'islamisme , est celle qui est établie au Kaire , dans la vaste et ancienne mos- ^ quée appelée Game eUazhar , cest-à-dire la mosquée des fleurs. Je crois devoir donner ici la notice de différens cours d'études qui y ont lieu journellement, et dont les savans profes-
seurs donnent des leçons à des étudians de tout âge , accourus auprès d'eux de toutes les régions orientales et occidentales où s'étend la religion fondée par Mahomet.
Les classes d'instruction s'y divisent suivant les différentes sciences qu'on y enseigne, savoir :
La lecture du Koran {eLQoran) ;
L'interprétation et l'explication du Koran tefsyr el Qoraah ) ;
Les fondemens de la tradition (oussoul èlhadytn ) ;
Les dogmes de la religion ( el-Aqâyd ) ;
Les fondemens de la jurisprudence (oussoul êl-feqih);
L'arithmétique (elm et-hisqb);
La géométrie (el-hendesséh)\
L'astronomie et l'astrologie (elm en-ne goum) ;
La grammaire ( sarfou-na hou ) ;
La rhétorique ( elm él-maâny ou-èl-beyhn ) ;
La logique ( él-manteq ) ;
Des distributions de vivres et d'argent sont faites aux étudians étrangers , qui peuvent aussi, s'ils le veulent, être logés dans l'intérieur des bâtimens de la mosquée.
Assây a écrit l'histoire de tous les collèges
notes. a5i
musulmans , sous le titre de Akhbar er-Robott ou-el-Medares.
53 L'expression respirer Vair {chôma êl-aouê) est employée au Kaire pour signifier «être oisif, « se livrer à l'indolence et à l'entière inaction « tant des facultés du corps que de celles de « l'esprit, savourer ce farniente si doux aux ha- « bitans de l'Italie, et qui ne l'est pas moins aux « peuples de l'Orient, qui en font leurs plus « chères délices. » Cette aversion pour le travail et pour toute action utile et fatigante, est telle dans ces climats brûlans , que le manœuvre qui , en travaillant la journée entière, gagnerait 20 parats (environ 1 5 sols de notre monnaie) , calcule qu'il peut, à la stricte rigueur, vivre en ne dépensant que 10 parats dans sa journée, et quitte le travail à midi , passant le reste du jour a respirer Vair , nonchalamment étendu , et fumant sans interruption ; car la dépense de la pipe marche encore avant celle de ses sobres repas. Aucun calcul des besoins de l'avenir ne vient aiguillonner cette paresse endémique ; et aux remontrances que je leur fai-
l5l NOTES.
sais à ce sujet, ils répondaient : «Pourquoi « voulez vous que nous fatiguions le temps pré- « sent au profit du temps à venir, qui peut- être « ne viendra jamais ? » Cette disposition générale à une insouciance apathique et paresseuse est le plus grand obstacle que rencontrera la civilisation de ces contrées.
54 Voyez ci-dessus, page ip4> la fin de la note 21.
55 Iskanderestlenom sous lequel les Orientaux connaissent le grand Alexandre, auquel ils donnent les surnoms Rel-soultan el-Roumy et d'elsoultan eUYounanyy qui signifient l'un et Tau* tre l empereur des Grecs , ou plutôt V empereur grec. Ils lui donnent encore le titre de Dou-lqarneyn qui signifie littéralement a ayant deux « cornes ( bicornis) , » soit que cette qualification tire sa source de l'extension de son empire embrassant l'Orient et l'Occident, ces deux extrémités du monde étant indiquées par l'expression figurée des deux cornes; soit peut-être aussi qu elle ait pour origine les traces défigurées de
cette ancienne prétention d'Alexandre à reconnaître pour son père Jupiter Amraon , qu'on sait avoir été adoré sous la forme d'un bélier
Au reste, les traditions orientales prétendent qu'Alexandre-le-Grand n'était pas fils de Philippe , qu'elles appellent Filicous, mais de Darab { Darius ) ben-Beheman , qui avait , disent-ils , épousé la fille de Philippe , et l'avait renvoyée à son beau-père, quoiqu'elle fût devenue grosse. Ils ajoutent qu'Alexandre, étant ainsi né dans la maison de son grand-père, en conserva le nom de fils de Philippe, que lui ont donné les Grecs.
Suivant cette hypothèse , Alexandre aurait été le frère du dernier Darius, surnommé CodomanuSy né comme lui du premier Darius, mais d'une autre mère. Les Orientaux ajoutent que la guerre faite à la Perse par Alexandre , avait pour but de faire valoir les titres qu'il avait à cette couronne, comme frère aîné de Darius second, envers lequel il revendiquait son légitime héritage.
En conséquence de ces traditions si contraires à l'histoire, la plupart des Orientaux font d'Alexandre le dixième et dernier roi de la dynastie des Kayanides. ( Voyez , sur cette dynas-
tie 9 la note 19, page 175 du premier volume cle cet ouvrage. )
56 Les contrées que nous comprenons sous la dénomination de l'Inde ou des Indes, sont désignées par les Orientaux par la double appellation de Hend ou-Send, c'est-à-dire le pays de Hend et de Send.
Suivant Ebn el-Ouerdy, le pays de Hend s'étend depuis celui de Send et de Mekran , dans un espace de trois mois de chemin , de l'Occident à l'Orient , jusqu'à la ville de Kanoudj.
Le pays de Hend est à l'Orient de celui de Send^el est borné à l'Occident par le golfe Persique , et au midi par l'océan indien.
5 7 Le roi Phour ou Pour paraît être ? or us , qui fut en effet vaincu par Alexandre, et qui en reçut la confirmation de sa souveraineté.
*8. Le titre iïomad ed-doulah est formé des deux mots omad ( soutien, colonne, fondement, appui), et doulah (puissance , état, dynastie,
NOTES. -a^v.
bonheur , possession héréditaire). Ces deux mots sont arabes, et viennent des racines amada (soutenir, appuyer, fonder, établir), et data (parcourir une période de temps, suivre un ordre de succession).
Le nom d1 Ontad ed-doulah comme aussi celui iïOmodredrdyn (le soutien de la religion), a été porté par différens princes et grands personnages de l'Orient, entre autres par Zenguyben- Aksankary premier prince de la dynastie des Atabeks de l'Iraq , qui reçut des sultans Selgioukides le gouvernement de Bagdad, et étendit sa domination sur une grande partie de la Syrie.
$9 On sait que les Brahmes , nommés aussi Brames et Brachmanes , sont les prêtres des Indiens idolâtres et polythéistes.
60 Le nom de moubed est donné aux prêtres des Guebres ou Gaures, qui , dans les' Indes et une portion de la Perse , rendent un culte d adoration au feu.
Di
61 Le titre de maître des deux mers est pris par les rois des Indes , à cause des deux golfes immenses dont les mers baignent les côtes de leur vaste empire à l'orient et à l'occident; mais ce titre n'est pas particulier aux monarques de ces contrées. Nous avons déjà vu ci-dessus, note 43, page 229 de ce volume, que parmi les formules qui accompagnent le nom du sultan ottoman de Constantinople, on trouve celle-ci : Soultan el - bjireyn , ou - khaqan el-bah areyn ( empereur des deux continens , et souverain des deux mers).
6a Galinous est le nom que les Orientaux donnent au célèbre Galien, dont leurs médecins ont , toujours fait la plus grande estime, et auquel leurs écrivains donnent les plus magnifiques éloges; ils prétendent qu'il a composé plus c!e 4oo traités différens sur la médecine, qui presque tous ont été traduits en syriaque , en hé-r breu et en arabe, et ont été commentés par un grand nombre d'interprètes.
La plupart des ouvrages de Galien ont été traduits en langue arabe par Honayn bcn-Ishaq. La bibliothèque royale possède deux recueils de
NOTES. zfy
ses ouvrages, n°8 866 et g5o des manuscrits arabes.
Abou-Kerat) Bou-fCrat^ ou Bou-Kratis , sont les noms sous lesquels les Orientaux connaissent Hippocrate, dont les ouvrages ont été traduits de grec en syriaque, puis de syriaque en arabe par le même Honayn ben-Ishaq y que j'ai déjà cité comme traducteur de Galien.
A l'égard de Belinous^ on croit communément que ce nom est celui sous lequel les Arabes ont voulu désigner Pline le naturaliste. Cependant les plus savans orientalistes pensent que ce nom peut n'être qu'une altération de celui t£A~ polio ni us.
TABLE