‹ Les dix soirées malheureusesChapitre 38 sur 53 · VOTES · texte numérisé non relu

VOTES

seul, et n était employé que pour le prince régnant; mais chez les Tatares au contraire, le titre de sultan pouvait être porté par des gouverneurs de villes et d'autres officiers d'un ordre inférieur, tandis que le titre de khan ou de khaqân était la dénomination spéciale du souverain.

Les souverains musulmans de la Krimée , de race tatare , comme descendant de Djenghis- Khan, ont conservé ce titre de leur ancienne patrie; les sultans ottomans de Constantinople ont également gardé le titre de khan, qu'ils joignent à leur nom, et celui de khaqàn, qui fait partie de leur protocole cérémoniel et des épithètes honorifiques qui les distinguent. Sur les monnaies de Constantinople, le sultan régnant prend les titres suivans: Soultan el-berreyn, ou Khaqân el-bahareyn , el-soultan ebn eUsoultan, c'est-à-dire : «Le monarque des deux con- « tinens, le souverain des deux mers; le sultan

« fils de sultan. »

Le mot sultan est arabe , tandis que le mot khan ou khaqân se retrouve dans tous les dialectes turks , mongols , kalmouks , mantchoux 7 etc.

2>3o NOTES.

Les hordes turques étaient tellement en horreur dans l'Orient, à cause des* ravages désastreux qu'elles répandaient dans leurs fréquentes incursions, que plusieurs écrivains arabes et persans ont refusé de regarder les Turcs comme appartenant à l'espèce humaine; aussi trouvet-on en Perse les quatre proverbes suivans :

« Quand même un Turk deviendrait docteur

« de la loi, le tuer ne pourrait être un péché. »

« Qu'un Turk étudie toutes les sciences et « parvienne à les posséder , il ne cessera pas « néanmoins d'être un véritable barbare. »

« Verser dans un Turk l'or pur de la civilisa- « tion et les pierreries des connaissances, c'est « enfouir ces trésors dans un coffre de fer brut « et rouillé , dont les molécules grossières ne « pourront jamais être polies. »

« Les Afrites (les démons), les Dives (les « mauvais génies ) et les Ghoules les loups^ « garous ) se gardent bien de paraître dans les « pays habités par les Turks, ils craignent d'y « trouver plus méchant qu'eux. »

44 Le Gyhoun est le grand fleuve d'Asie qui

NOTES. a3i

était connu des anciens sous les noms ftOxiis et de Bactrus.

Il prend sa source à l'orient , au pied du mont Imaûsj dans la province de Tokharestan, traverse la province de Badakchan et le pays de Balkh vers le midi, décharge une partie de ses eaux dans le lac de Khouarezm,en coupant cette dernière province par le milieu, et va enfin se jeter à l'occident dans la mer Caspienne.

Son cours sépare le pays d'Iran (!a Perse) de celui de Tourân ( le Turkestan ).

Les principales villes situées sur ce grand fleuve sont les suivantes :

Balkh et Kât vers la partie orientale de son cours -y Termed et Amoul vers le midi, et Kor- Aangy capitale de la province A\±Khouarezm, avec la célèbre forteresse appelée Hezar-asp (les mille chevaux), du côté de l'occident.

Ce fleuve borde en partie la province du Khorassan , qui est la plus exposée aux ravages des hordes turques , malgré la profondeur et la rapidité du fleuve qui les sépare ; mais l'histoire nomme trois principaux gués qui sont praticables et qui facilitent les incursions. Ces gués sont ceux de Kondouz, de Baklan et de Karkjr.

Ol 3a 1VOTES.

Les Persans donnent aussi au Gjhoun les noms de Roud-Khaneh^à 'Amou et ftAbi-Amou. Les Arabes l'appellent Neher-Balkh (le fleuve de Balkh ).

La ville de Termed, que nous avons vu cidessus être située sur le fleuve Gyhoun, en occupe les deux rives. Ces deux partiea en ayant été successivement détruites et reconstruites à diverses époques, les géographes ont tantôt placé cette ville sur la rive septentrionale, tantôt sur la rive méridionale , la faisant ainsi dépendre tantôtduKhorassan,tantôtduMaouarennahar , auxquels le fleuve sert de limite naturelle. .

Abou-l-Feda donne, dans ses tables, à cette ville la longitude de j)i degrés i5 minutes, et la latitude septentrionale de 37 degrés 35 minutes.

Cette ville, dont la juridiction est très-étendue , a produit un grand nombre d écrivains et de personnages illustres, qui de leur patrie ont pris le surnom d'él-Termecfy\

*5 Les incendies sont fréquens dans les villes

tle l'Orient, dont la plupart ne sont construites qu'en bois; et le manque de secours, dirigés par une sage police, fait que ces désastres se communiquent ordinairement sur une grande étendue. 11 n'est pas rare de voir à Constantinople un incendie consumer plus de mille maisons.

Au Kaire,la disette des bois de construction n'a fait employer cette matière que pour les planchers: le reste de l'édifice est construit en pierres ou en briques, et je dois encore remarquer que , ces planchers sont presque toujours formés avec des poutres de palmier , dont le bois est peu combustible et charbonne sans donner de la flamme.

Aussi les incendies sont-ils assez rares auKaire, et la communication du feu s'arrête facilement.

A l'époque de la seconde révolte du Kaire, lorsque le général en chef Kléber ordonna de bombarder vivement la ville , tout le feu des bombes, des obus et des boulets rouges ne réussit qu'à peine à mettre le feu à quelques maisons , tandis que dans presque tous les autres pays de l'Orient, la dixième ou même la Centième partie de ce bombardement eût suffi il. ao

a 34 NOTÉS.

pour réduire toutes les maisons de la ville en cendres*

*6 Le mot khalyg, dérivé de la racine arabe khaluga ( séparer , diviser) /a d'abord* signifié un golfe et un goufre : il a été ensuite employé pour désigner un bras de rivière, un canal dérivé du fleuve , et enfin le fleuve lui-même.

Ce nom est particulièrement employé pour désigner le canal du Kaire, dont tous nos voyageurs ont parlé en défigurant son appellation arabe par les noms corrompus de calis , de calischy etc. • «

Il traverse , comme on sait , la ville du Kaire du sud-ouest au nord-est , et son cours , qui se borne maintenant de la prise d'eau au lac appelé birket eUhag (le lac du pèlerinage), se prolongeait autrefois jusqu'à Soueys (Suez), établissant ainsi une communication entre le Nil et la mer Rouge.

Amrou ben el-Aa$, conquérant de l'Egypte, avait fait creuser ce canal en six. mois , suivant les historiens arabes, par Tordre du khalyfe Omar ebn êl-khettab , ce qui fit aussi donner à ce canal les noms de kfiçtyg Soueys ( canal de

NOTES. a3f>

Suez) et de khalyg emir êl-moumenin (canal du prince des fidèles ).

Ce canal porte encore les noms de khalyg êlmourakham (canal marbré), et de khalygêl- Hakemy (canal de Hakem), parce qu'il fut revêtu de marbre par les ordres du khalyfe Abou- Aly Mansour , surnommé el-Hakem be-amr illah , sixième khalyfe fathimite 9 qui succéda , Tan 386 de l'hégire (996 de Fère chrétienne ), à son père Abou-Mansour Nazar ben-Maad , surnommé el-Aziz b-illah*

Ce canal communique avec le Nil et en reçoit les eaux ; mais son ouverture est fermée par une digue jusqu'à l'époque de l'inondation annuelle ; pendant tout le reste de l'année il est à sec, et sert de rue à la populace du Kaire.

Lorsque l'accroissement du Nil a acquis une hauteur suffisante , la digue est rompue avec de grandes cérémonies , en présence des membres du gouvernement et des personnages les plus distingués de la ville.

L'eau du fleuve se précipite par cette nouvelle issue , et se répand dans la plupart des grandes places, dont le niveau est tenu à cet effet inférieur aux eaux du Nil. Toutes ces

•ogle

places deviennent bientôt de vastes étangs , et la barque sillonne avec légèreté le même espace où la veille les courses de chevaux élevaient des nuages de poussière. Pendant cette fête , les classes inférieures du peuple aiment à se jeter dans ces nouvelles eaux avec une espèce de fanatisme : bientôt la surface du canal est couverte de nageurs qui se laissent emporter par le courant; les femmes s'empressent d'y plonger leurs enfans , croyant attirer sur eux les faveurs du ciel par cette immersion dans les eaux du lleuve , qui porte en Egypte le titre de fleuve béni ( baltar el-mobarek ).

Cet acte de dévotion superstitieuse a lieu avec si peu de retenue i que plusieurs fois j'ai vu des mères n'en retirer leurs enfans en bas âge que suffoqués et noyés complètement.

La malheureuse mère emportait chez elle , enveloppé dans son voile, le cadavre de l'enfant qu elle avait voulu vouer au bonheur , et qui avait péri victime innocente de l'amour aveugle et superstitieux de sa mère. Elle le serrait dans ses bras, l'arrosait de ses larmes au milieu de la foule, qui, loin de me paraître étonnée et émue, semblait regarder ce spectacle avec une

ftOTES. •

indifférence apathique qui annonçait qu elle était accoutumée tous les ans à de pareils événemens, et que tous les ans elle s'attendait à les voir se renouveler. Au reste, je dois encore avouer que la mère donnait elle-même à sa douleur une explosion moins vive que si tout autre accident eût enlevé à sa tendresse le fruit bien aimé de ses entrailles.

Le qâdy constate par un procès-verbal la solennité de la rupture de la digue, en présence de rassemblée. Cet acte officiel sert à constater chaque année que le myry s c'est-à-dire la contribution sur le produit des terres cultivées , est dû au souverain par le peuple d'Egypte. J'ai donc cru que le lecteur pourrait lire avec quelque curiosité la traduction suivante du procès verbal qui fut dressé Tan 1214 de l'hégire (1799 de l'ère chrétienne). Cette pièce paraîtra peutêtre d'autant plus curieuse , qu'elle n'a été publiée par aucun des écrivains qui se sont occupés de l'histoire de l'expédition d'Egypte. On pourra d'ailleurs y puiser une idée de la hiérarchie sociale au Kaire , et on y verra les titres particuliers dès principaux personnages qui ont été en scène dans mon Avis préliminaire, et

entre autres ceux qui étaient attribués au cheykh el-Mohdy. *

«^â™<?*/el-Arychy, Abou-l-Tyqari) Qâdy en « exercice de la ville du Kaire la bien gardée,

« Voici ce qui s est passé dans la séance de la « noble justice, et dans rassemblée des cheykhs « de la religion établie par Dieu, préservée de « changement et d'innovations , convoquée dans « le pavillon situé à l'embouchure du canal el- « Hakemy, entre le vieux Kaire et Boulaq.

« Par les ordres de notre seigneur et maître i « le plus illustre des docteurs musulmans , « accompli dans la science, plein d'une haute « intelligence, soutien de la religion de l'isla- « misme , bonheur de son pays , habile dans «l'application de la loi, juge des juges; ac- « tuellement en exercice dans la ville du « Kaire la bien gardée , dont le nom est ci-des- « sus ; que sa gloire soit conservée et toujours « accrue!

« En présence du très-grand Imâm , le plus ^ instruit, le plus honoré et le plus respecté, « honneur des nobles descendans de Sadyq , « étoile brillante de leur gloire dans la vérité , « branche de l'arbre chéri, purifié bordure vé-

nérée du turban du Prophète , protecteur des lettres, zélé partisan de la vérité, plein de foi dans la bonté de son Dieu créateur, notre seigneur et prince , les seyd et chérif Khalyl el-Bekry, el-Sadyqy, el-Aqay, de la race de Hassan^ cheykh héritier de la charge de ses ancêtres nos seigneurs illustres parmi les rejetons de la race de Sadyq , et protecteur de* nobles chérifs, maintenant au Kaire; « De notre seigneur et cheykh, premier docteur des docteurs, empressé de communiquer la science à ceux qui la désirent , appui des étudians , colonne des vrais croyans, bénédiction des musulmans , héritier de la science du chef des envoyés de Dieu, ornement de la loi, et du peuple et de la religion notre maître le cheykh Abd-Allah el-Cherqàouy , cheykh des cheykhs revêtus de fonctions, et de ceux qui donnent des décisions et des leçons dans la mosquée à'el-Azhar ; k De notre seigneur et magistrat, honneur des savans et de la science, colonne de vérité, plein d'une haute intelligence, appui des maîtres de l'instruction , esprit unique de son siècle , habile dans la langue , savapt profond ,

il\o NOTES.

w réputé tel par les sa vans eux-mêmes , notre « maître et notre cheykh, soleil de la religion , « Mohammed el-Hafnaouy -, connu sous le nom « respectable cTel-Mohdy ;

« De notre seigneur , le savant des savans , « océan de lumière , langue des orateurs , jar-

* din des gens instruits, appui des instructeurs , « colonne de vérité, héritier de 1a science du « chef des envoyés de Dieu , ornement de la « loi , du peuple et de la religion, notre maître « le cheykh Moustafa el-Saouy 9 œil des plus « clairvoyans parmi les docteurs en exercice « qui donnent des décisions et des leçons dans « la mosquée diel-Azhar : que Dieu nous les « conserve pour la continuation des biens qu'ils « nous procurent ! Amyn.

« Et du très-honoré 5 riche et illustre parmi « les grands > œil clairvoyant parmi les chefs « les plus respectables et les plus grands dans « les rangs les plus élevés , le prince Moustà* a- « Agha Abd-errakman > du corps des janis- « saires du Kaire ;

« De la branche de l'arbre chéri , bordure res* « pectée du turban du Prophète , l'honorable

* négociant, le seyd, le chérif Hagy Ahmed

NOTES. %î\ I

* el-Aqad) connu sous le nom d'Eii-MAHROUQY, « le plus grand du corps des négocians du « Kaire ;

« De l'honoré parmi les plus riches et les plus « renommés, le plus distingué parmi les magis- « trats les plus respectables, l'illustre , Texcel- « lent , le prince Hassan-Agha Bekraty^ Moh- « tesseb du Kaire ;

« De l'honoré parmi ses renommés , distin- « gués et respectables égaux, l'illustre, Texcel- « lent, le prince Aly-Agha Charaouy , protec- « teur de la ville du Kaire la bien gardée;

« De l'honoré parmi ses égaux, le respectable « émir Yousouf-Tchourbagy, Bach-Tchaouch « de TOgaq Toufenkgian ;

ctDerillustre,respectééinirYoi7souF-TcHouR- « bagy , Bach-Tchaoueh de TOgaq Gemelian;

« De l'honoré parmi les grands, Moustapa- « Agha-Attal , Bach-Ikhtiar de TOgaq Moute- « jerrekah;

« Du vénérable émir Moustafa-Effendy « Aas, premier écrivain du corps de Mouîefer- « rekah;

« De l'illustre et respecté émir Ibrahym , « k)\xya de TOgaq Azaban;

Page 1