III
« Cette ville , dit-il, est bien fortifiée , et , au- « delà de son territoire , l'islamisme n'est plus « établi : elle est la capitale du pays de Kourgism tan. On assure qu elle a été fondée par Khos- « tvu Anouschirvân , et reconstruite par Ishaq, « fils iïlsmayl Moula ben-Ommiah. Elle est ar- « rosée par le fleuve de Kour. Une partie seulement de ses habitans est musulmane, le « reste suit la religion chrétienne; de manière « qu'on sonne les cloches d'un côté du fleuve , « tandis que de l'autre côté la voix des muezzins « se fait entendre» Ce territoire produit en abon- « dance l'arbre appelé senoubar (le pin), et on y • trouve une fontaine dont l'eau est très- « chaude et n'est utile que pour les bains. »
a9 L'expression de main blanche a un sens métaphorique en arabe, et elle emporte avec elle la signification de pouvoir occulte et surnaturel d'opérer des merveilles. Ces mots main blanche pourraient donc se traduire aussi exactement par main magique et miraculeuse.
Voicil origine de cette expression, suivant les traditions orientales.
NOTES. -21 g
Les musulmans ont une très-gî ande vénération pour Moyse (en arabç Moussa) ', qui n'est pas moins célèbre parmi eux que chez les juifs et les Chrétiens. Ils lui donnent le surnom de Kelym- Allah (celui qui s'entretient avec Dieu) , à cause des entretiens familiers qu'il eut avçc Dieu pendant quarante nuits , comme le rapporte le second chapitre du Koran, intitulé Sourat êl~Baqarah , qui contient une partie de l'histoire de Moyse*
Leurs historiens placent Moyse au temps de M aiwutcheher , surnommé Fyrouz^ septième ou , suivant quelques auteurs , huitième prince de la première dynastie des rois de Perse connus sous le nom de Pichdadiens , 2347 ans avant l'hégire, c'est-à-dire 1727 ans avant 1ère chrétienne.
Les prodiges qu'il exécuta devant Pharaon sont décrits fort au long dans le septième chapitre du Koran , intitulé Sourat él-Aaraf, où il est dit que Dieu, en signe du pouvoir qu'il lui donna d'exécuter ces merveilles, fit paraître sa main d'une blancheur et d'un éclat extraordinaires. Les Orientaux font allusion à ce passage du Koran , lorsqu'ils disent d'un médecin habile
220 KOTES.
ou de tout homme qui opère des choses extraordinaires , qu'il a la main blanche de Moyse, ou même plus brièvement qu'il a la
main blanche.
3o On sait que le jeu des échecs nous est venu des Orientaux , et nous avons conservé dans ce jeu plusieurs locutions orientales.
Le nom de pion, donné aux pièces les plus basses, vient du motpajr, qui veut dire en persan le pied y et ne signifie rien autre chose que piéton , fantassin , soldat qui combat à pied.
On sait aussi que l'expression échec et mat vient des deux mots persans chdhmdt(\e roi est mort) ; maison n a pas encore, je crois, remarqué que le terme roquer, employé pour indiquer un changement opéré entre les positions respectives du roi et de la tour, vient du mot rôkh , par lequel les Persans désignent cettedernièrepièce.
Au reste , les Orientaux sont très-habiles dans ce jeu. Je me r. ppelle qu'à lune des fêtes qui furent célébrées en Egypte , un derviche ou santon musulman vint s'asseoir à la porte du quartier-général , et plaça au-dessus de sa tête
l'inscription française suivante : «Le cheykh « Abd-el-Qadir el-Hendaouy se charge de faire « échec et mat, en douze coups, à tout joueur qui « se présentera. » La singularité de l'annonce amena au cheykh présomptueux des adversairss pendant la journée entière; mais les meilleurs joueurs eurent beau faire, le derviche tint parole.
- 3l Le mot takhterouân est persan, et signifie proprement «un siège portatif, une sorte de « litière. » La langue vulgaire arabe s'en sert pour désigner des espèces de grandes cages, formées de branches de palmier et recouvertes d'étoffe, qui se suspendent de chaque côté d'un chameau comme les bâts des ânes de nos laitières , et dans lesquelles voyagent les femmes, les malades et quelquefois les vieillards. Ce mot est formé des deux mots persans , takht, « siège, lit élevé au-dessus du sol , trône royal , v et rouan , participe présent du verbe reften (aller, marcher, se transporter, changer de place ).
3a Le mot caravansérail, ou plus correcte-
ment kerwan-saray, est composé des deux mots persans kcrwan (marchands), et saray (palais , demeure, habitation). C'est du premier mot qu'est formé notre mot caravane > qui signifie proprement une réunion de marchands; c'est du second que nous avons fait celui de serrait , auquel nous avons peu à peu donné une acception bien éloignée de la signification primitive, et dont nous ne faisons une application juste que lorsque nous nous en servons pour désigner le palais impérial du sultan de Constantin nop4e. Le Heu réservé pôttr l'habitation dés femmes se nomme dans tout l'Orient harem , et ce mot est formé de la racine arabe harania (prohiber, défendre).
On nomme kèrwan^satày^ eh Perse et en Turquie, les édifices dont l'usage est le même que ceux qui sont appelés en Egypte oke/s, (Voyez sur ce dernier mot la note ï/f, page 16g du premier volume de cet ouvrage.)
33 La race des chiens est nombreuse dans l'Orient, mais ils n'y sont pas rangés dans la classe des animaux domestiques : les préjugés
religieux les ont classés parmi les animaux immondes , et les ont par là exclus, de la manière la plus formelle, de la communauté d'habitation avec la société humaine. Plus heureuse ,1a caste des chats , n'ayant pas été désignée comme immonde par le Prophète , jouit de tous les privilèges que lui assure cette préférence , et dont l'espèce canine aéré déshéritée. On assure même que Mahomet aimait beaucoup les chats, et on raconte qu'un jour une chatte favorite s étant endormie sur un pan delà robe du Prophète, lorsque l'heure de la prière fut annoncée, il se décida à couper le morceau d'étoffe sur lequel l'animal s'était endormi, afin de ne point interrompre son sommeil paisible en se levant pour vaquer à ses fonctions religieuses.
Quoique le chien ne soit pas au Kaire un animal domestique, et qu'il ne soit reçu dans aucune maison , cependant les rues de la ville sont remplies de chiens errans, qui vivent entre eux comme en république et par tribus distinctes , chacune d'elles comprenant seulenient les chiens de chaque quartier : cette division est tellement stricte , que tout chien errant d'un des quartiers , qui se hasarderait à
pénétrer dans un autre , y est accueilli par la plus vive attaque des chiens propriétaires du quartier auquel il est étranger, et chassé à coups de dents hors des limites dont il a enfreint les privilèges.
Ces chiens débarrassent les rues de la ville des
charognes, et des débris de comestibles que Tincurie des liabitans abandonne au coin des rues , sans que la police de la ville s'occupe de prévenir , par leur enlèvement , les dangers que peut avoir leur putréfaction pour 1 état sanitaire de l'atmosphère.
Les retraites de ces animaux sont les ruines nombreuses qu'on rencontre presque à chaque pas, et surtout les monticules formés aux environs par les déblais et les immondices que chaque jour oh y amoncelle ; et on a remarqué avec étonnement que leur sagacité instinctive leur a fait creuser leurs tanières toujours dans le flanc du monticule qui regarde le nord , de manière que leurs demeures souterraines se trouvent ainsi à l'abri du souffle brûlant des vents du midi.
Du reste , les chiens , quoique réprouvés par la religion musulmane, ne sont aucunement
molestés par les musulmans : ceux-ci r e leur font éprouver aucun mauvais traitement, se contentant d'éviter leur rencontre et leur contact, qui les mettraient dans le cas d'impureté légale. Nos soldats ont traité avec moins d'égards la république canine, dont ils ont sabré une grande partie.
34 Tout le pourtour extérieur de la ville du Kaire offre des monticules assez considérables, entièrement composés des immondices qui se déblaient de l'intérieur de la ville. Les beys retenaient cependant sur le khaznèh (trésor) , que chaque année ils étaient chargés d'envoyer à Constantinople, entre autres frais administratifs, une somme très-considérable appliquée, suivant les écritures de leurs comptes , à faire transporter à la mer les immondices et déblais du Kaire. Ce prélèvement se faisait sur la portion de la contribution nommée mal-hour (droit pur), et s'appelait khorektcyy. La somme était retenue chaque année ; mais jamais • les immondices n'ont été transportées plus loin qu'à quelques toises des murailles : les différens forts qui ont été élevés par l'armée française autour de l'en*
2^6 IVOTES.
ceinte du Kaire, ont été construits sur des monticules produits par cet amoncellement progressif.
35 Voyez, sur le Ouafy, ci-dessus la note 25, page 184 du premier volume de cet ouvrage.
36 Le titre de Cheykh èUislam signifie littéralement a cheykh de l'islamisme;» on désigne plus particulièrement sous cette dénomination les hauts fonctionnaires ecclésiastiques de la religion musulmane. (Voyez ci-dessus, sur le mot cheykh) la note i3 , page i6j> du premier volume de cet ouvrage. )
37 Un des principaux luxes de la toilette des femmes du Kaire, est celui de suspendre aux longues et nombreuses tresses de leur chevelure des sequins d'or et des plaquettes du même métal ; les plus riches mêlent à cet ornement des bijoux , des perles et des pierres précieuses; les plus pauvres» se contentent d'orner leurs tresses de simples paras ou medins , légère monnaie d'argent du plus bas titre , de la grandeur d'un centime , de l'épaisseur d une feuille
de papier , et dont il faut 28 pour un franc de notre monnaie. Cette monnaie est si légère , que ceux qui la comptent sont obligés de se placer à l'abri du vent, qui l'enlèverait sans cette pré* caution.
38 Voyez ci-dessus la note 29, page 216 du premier volume de cet ouvrage.
59 Les noms des jours de la semaine sont les suivans chez les Orientaux :
i° Dimanche ,youm êl-had (jour premier );
20 Lundi, youm êl-ethneyn (jour second
3° Mardi , youm êl-telat ( jour troisième ) ;
4° Mercredi, youm él-arba (jour quatrième);
5° Jeudi , youm êUkhamis (jour cinquième) ;
6° Vendredi , youm èl-goumah (jour de l'assemblée ;
70 Samedi , youm cl-sebt (jour du sabbat ).
4o Le Khan-Khalilf est un quartier situé presque au centre du Kaire , près du canal , et pon loin du pont appelé Kantarat êl-Mousky.
Les heures des Orientaux se comptent du
lever au coucher du soleil, pour les heures de jour, et du coucher du soleil au lever, pour les heures de nuit. Les douze heures de jour se partagent de plus , dans l'usage commun de la vie civile et religieuse, en quatre quarts, dont chacun est commencé et terminé par un des appels à la prière , que font entendre les mouezzins. Le milieu du jour , ou midi , est appelé dohor; le milieu de l'après-midi , ou trois heures du soir, est désigné par le nom d'asr.
*a Le tamr hennéh est la fleur de l'arbrisseau appelé hennéh) et sur lequel on peut voir cidessus la note 22 , page 195 du second volume de cet ouvrage.
43 On ne pouvait guère aller dans les rues du Kaire , sans rencontrer des femmes montées sur des ânes dont la selle était extrêmement élevée, enveloppées de la tête aux pieds d'un grand voile noir, qui empêchait leur vêtement de révéler la moindre forme, et dans lequel le vent s 'engouffrant ,les faisait ressembler à de monstrueux ballons ambulans. Cependant, malgré le
NOTES. 22g
, cortège nombreux d'esclaves et de domestiques qui les entourait et les surveillait, il était bien rare qu'une maladresse adroitement étudiée ne fît "voler leur voile , et ne découvrît leur visage à ceux auxquels elles voulaient se faire voir,
44 Le surmêh est un collyre ou une pouîlre impalpable composée d'antimoine, et qui sert à colorer les yeux des femmes de l'Orient. Cet usage s'est conservé dans ces contrées depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; et les prophètes, qui reprochaient aux filles de Sion de colorer leurs yeux du fard noir^ de la coquetterie, auraient encore le même reproche à adresser aux femmes de la Syrie et des autres contrées orientales.
La poudre de surméh est conservée dans un étui dont le couvercle est traversé par une aiguille d'or ou d'argent. Cette aiguille , plongeant dans le collyre, se charge légèrement des atomes qui s'y attachent, et, introduite avec dextérité entre l'œil et la paupière, y dépose sa teinture noire dans l'intérieur. L'effet de cette teinture est de faire paraître les yeux plus
a3o NOTES.
grands, plus fendus, plus vifs, et en même temps de donner aux regards une langueur tendre et vraiment enchanteresse pour les
Orientaux, quoiqu au premier aspect elle puisse
sembler désagréable aux Européens,
45 On pourrait croire que l'auteur de ces contes étant égyptien ,* et les ayant composés au Kaire , a ici désigné par le nom de Babylone ces antiques ruines qui se remarquent encore de nos jours à peu de distance de l'enceinte méridionale du Kaire, à l'orient du vieux Kaire (Masr-Jtiqah)} entre ce dernier lieu et la croupe septentrionale du mont Mokattam; ces ruines, que les habitans de l'Egypte regardent encore comme le séjour des esprits malfaisans, portent en etfet maintenant le nom de Bablioun ou de Babiloun, et ont passé pour les restes d'une ancienne ville ou dune forteresse fondée par une colonie des Perses, à l'époque de l'invasion de Cambyse.
Tous les auteurs ont nommé ces débris la Babylone d'Egypte; plusieurs même leur ont donné le nom de Masr} les regardant comme les restes de l'ancienne capitale qui fut conquise
notes. a3i
-çvrAmrou benel-Aas, sous le khalyfat d'Omar, avant la fondation de Fostat 9 maintenant le vieux Kaire.
On prétend aussi qu'avant la construction du nouveau Kaire (Masr el-Kahirah) par Giauhar, général des khalyfes fattimites, ces ruines s'éterfdaient beaucoup plus au nord, et embrassaient un emplacement dune beaucoup plus grande circonférence.
On a cru même en retrouver les traces dans le nom du quartier appelé maintenant Babelouk, ou plutôt Baîhel-lou/c. Ce quartier est principalement habité par les femmes de mauvaise vie , et, pour cette raison , cette dénomination a été étendue aux quartiers des autres villes de l'Orient qui sont souillés par une semblable population. C'est ainsi que les Romains avaient employé l'appellation de Suburra^ et que les Toscans emploient encore celle de baldracca, ces deux mots étant les noms de deux quartiers de l'ancienne Rome et de Florence.
Il est cependant plus probable, malgré les conjectures que je viens d'exposer ci-dessus , que la Babylone dont il est ici question , est la fameuse ville de Babylone en Chaldée , qui était
!i32 NOTES.
autrefois située sur l'Euphrate, à 32 degrés de latitude et à 69 degrés de longitude.
On a souvent confondu cette ville avec celle de Bagdad , sur laquelle on peut voir ci-dessus la note 25, page 214 de ce volume; mais la situation de Bagdad est éloignée de celle de Babylone de deux grandes journées ou d'un degré géographique entier*
L'ancienne Chaldée , dont Babylone était la capitale, se nomme aujourd'hui Iraq Babely (Iraq babylonien) ou Iraq Araby (Iraq arabique), pour la distinguer de la province de Perse appelée Iraq Adjemy (Iraq persan) , et qui se nomme aussi Gebal (les monts), à cause des chaînes de montagnes dans lesquelles elle est située.
Les Orientaux donnent le plus souvent à Babylone le nom de Babel, et ils ont plusieurs traditions fabuleuses sur la tour du même nom si célèbre dans l'Ecriture. On a cru reconnaître les restes de cet édifice dans un marais causé par la réunion des eaux du Tigre et de l'Euphrate. Les Turks appellent ces ruines Esky Nimroad ( le vieux Nembrod ).
Lorsque Alexandre-le-Grand se rendit maî.tre
deBabylone, les Babyloniens comptaient, suivant Callisthènes , la 1903e année depuis la fondation de cette ville.
. Les Orientaux ne s'accordent pas sur le nom du fondateur de Babylone; les uns donnent ce titre à Houchenk , les autres à Tahmourasp , anciens rois de Perse; mais le plus grand nombre s'accorde à regarder comme le véritable fondateur de cette ville, Dohak, qu'ils disent être le même que Nembrod , et qu'ils croient avoir vécu à l'époque qui correspond à celle de la construction de la tour de Babel.
El-Bakouy ne donne sur Babel ou Babylone que le très court article dont je joins ici la traduction :
« Babel est le nom d'un emplacement situé « sur le bord d'une des branches de l'Euphrate. « Il fait partie du territoire de l'Iraq. ♦ « Depuis les temps anciens jusqu'à présent, « la population de cette contrée a éprouvé une « diminution progressive. C'est là qu'est la fosse « de Danyâl ( Daniel ) , sur lequel soit le salut . « elle est visitée par les juifs et les chrétiens à « certains temps de l'année. Cependant la plu- « part des hommes s'en écartent , parce que 111. 20
' « c'est là qu'est le puits qui sert de prison à Ha> « roui et à Marouti On dit qu'ils sont tous deux « condamnés à demeurer dans ces souterrains , «• suspendus la tête en bas et les pieds en haut. « Quelques voyageurs portent la crainte jusqu'à « s écarter <le la province à9 Iraq elle-même. »
46 Souleythan ben-Daùud est le nom arabe de Salomon, fils de David. Les Orientaux regardent ce prince comme un grand prophète. Il en est fait mention dans un grand nombre de passages du Koram
Les écrivains de l'Orient racontent, au sujet de Salomon , les fables les plus merveilleuses. Suivant le Tarkyk Moutekheb > il était contemporain de Kay-Kaous , second roi de Perse de la dynastie des Kayanienô, et n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père Daoud (David). Suivant le même ouvrage , Dieu soumit à son empire non-seulement les hommes , mais encore tous les esprits bons et mauvais , les oiseaux , les vents, et l'universalité des créatures sublunaires; Salomon fit usage de cette puissance surnaturelle , pour employer les génies à
notes. a35
la construction de son palais et du temple de Jérusalem, dont la construction dura sept années.
Il serait trop long et trop ennuyeux de rapporter ici toutes les traditions fabuleuses qui concernent Salomon. Je me bornerai à citer les suivantes :
« Salomon avait un anneau mystérieux , « nommé Vanneau de sagesse , par le moyen du- « quel il exerçait sa puissance. Un jour qu'il « était au bain , cet anneau lui fut dérobé par « un des génies malfaisans , qui jeta cet anneau « au fond de la mer.
« Privé de son anneau , Salomon s'abstint « pendant quarante jours de monter sur son « trône , craignant de manquer des lumières « nécessaires pour bien gouverner; mais le qua- « rantième jour il retrouva son anneau dans le « corps d'un poisson qu'on servit à sa table. »
Dans le deuxième chapitre du Koran , qui porte le titre iïel-Baqarah) on trouve, verset 96 , ce passage : « Les Juifs ont suivi ce que les « démons ont enseigné sous le règne de Sa- « lomon. »
Houssayn W aez explique ces paroles du texte
par le commentaire suivant : «Les démons, en* « nemis de Salomon , avaient publié des livres * pleins de superstitions impies , et ils persua- « dèrent aux ignorans que ces livres étaient « ceux dans lesquels Salomon avait puisé ses « vastes connaissances et acquis sa puissance « surnaturelle. Salomon fit faire la recherche de « ces livres imposteurs, et se les fit tous apporter : « il les renferma alors dans un coffre fermé de « plusieurs clés , et le fit enterrer sous son « trône même, afin de les soustraire pour tou- « jours à la connaissance des hommes.
« Cependant , après la mort de Salomon , les « démons et les magiciens tirèrent ces livres* du « lieu où ils étaient enfouis, et les répandirent m en prétendant qu'ils avaient été composés par « Salomon lui-même j et plusieurs crurent, en « effet, que ce sage prince en était Fauteur; « mais le Koran lui-même repousse cette ca- « lomnie dans ce passage : Certes , Salomon ri a « pas été un impie , mais les démons sont les au- « teurs des impiétés, et ils ont enseigné aux « hommes Vart magique. »
Rien n'approchait, disent encore les Orientaux, de la magnificence du trône de Salomon^
Lorsqu'il y était assis , les oiseaux venaient vol-
tiger au-dessus de sa tête , pour lui servir de dais et de tente : à sa droite étaient 12,000 sièges d'or, sur lesquels étaient placés les patriarches et les prophètes ; à sa gauche , 1 2,000 sièges d'argent pour les docteurs et les sages qui assistaient à ses jugemens , etc. , etc.
47 Zerdacht ou Zerdoucht, est le nom que donnent les Orientaux à l'ancien législateur des Guerbes , que nous appelons Zoroastre*
Suivant le Tarykh MorUekheb , Zoroastre est le fondateur de la religion des Magous (mages). C'est aussi le premier qui ait enseigné la doctrine des deux principes ; et le nom de Magous , ou Megouch , qu'on lui donne, a été corrompu, par les Arabes , des deux mots persans mey (amer) et klwuch (doux), dont on lui avait donné le surnom à cause de cette doctrine.
D'autres auteurs prétendent, au contraire, que Zoroastre ne fut pas le fondateur du culte des ignicoles ou mages , mais qu'il n'en fut que le réformateur.
L'auteur du Tarykh Djehanara assure que le
a 38 notes.
nom de famille de Zoroastre était Dadây et, suivant le poème intitulé Zerdoucht- Naméh (Histoire de Zoroastre), il était de race royale, et descendait de Fcridoun* Son père se nommait Pourchasp , et sa mère Daghda ou Dagk» douy.
Lorsque Zoroastre commença sa mission de prophète , il composa un recueil de lois auquel il donna le nom de Zend; les guerres civiles qui Ont presque continuellement désolé la Perse et l'Inde , surtout après la chute du khalyfat de Bagdad, en Tan ia58 de notre ère, ont anéanti ces débris précieux de l'antiquité ; les Guèbres, persécutés , proscrits, errans, loin de Ja patrie qu'ils étaient forcés d'abandonner, ne purent emporter que des fragmens informes du code de leur législateur.
Cependant un de leurs destours ( docteurs ) entreprit , il y a environ cinq siècles , de réunir ce qui subsistait encore de ces fragmens épars, et de les fondre avec ses propres rêveries : il est résulté de cette rédaction et de cette fusion bizarre, une espèce de rituel persan qu'on conmît sous le nom de Zend-avesta , et qui a été traduit par le savant et laborieux Anquetil du
hôtes. - 2 3g
Perron. Ce télé traducteur était persuadé que cet ouvrage était réellement l'ouvrage original de Zoroastre lui-même; 'mais ses assertions ne purent persuader que peu de personnes, et trouvèrent de violens contradicteurs.
M* Williams Jones , si célèbre par ses profondes connaissances dans la littérature orientale , écrivait à M. Anquetil , avec une véracité un peu vive et un peu dépourvue de politesse : « Ou Zoroastre n'avait pas le sens commun, ou « il n'écrivit pas le livre que vous lui attribuez* * Cette phrase est textuellement tirée d'une lettre écrite en français par Williams Jones , en 1771', à M. Anquetil du Perron , qui venait de publier cette même année sa traduction du Zendavesta.
Richardson , auteur du magnifique diction-, naire persan-anglais, se montre aussi l'adversaire de l'opinion d' Anquetil. Il affirme avoir reçu des Guèbres du Guzarate le témoignage formel que même un seul exemplaire du code de leur ancien législateur n'avait pu être arraché à la destruction générale, ordonnée par le zèle intolérant des premiers conquérant musulmans»
fc^O NOTES.
48 Voyez sur l'ancien roi de Perse nommé Kuschtasp, et sur son père Lohorasp^ ci*dessus la note 19, page 175 et suivantes du premier volume de cet ouvrage.
J'observerai ici qu'une erreur typographique présente ces deux noms d'une manière vicieuse, page 76 du présent volume , où on lit Kichtasp et Lohorasph*
49 La religion musulmane admet l'existence des génies , c'est-à-dire d'êtres inférieurs aux anges , mais comme eux possédant des qualités et des attributs au-dessus de l'humanité. Il en est souvent question dans le Koran ; et nous avons vu ci-dessus, note 46 de ce volume, que ces esprits avaient été soumis à l'autorité de Salomon. Suivant les traditions orientales, plusieurs autres rois ont reçu le même pouvoir.
Les mots ginn et giânn en arabe , djinnian ou djianian en persan, et ginniler en turc, sont employés pour désigner cette classe d'êtres imaginaires que les Grecs nommaient A*!p*uç et qui , regardés dans tout l'Orient comme étant d'une nature intermédiaire entre Dieu et l'homme , n'ont été supposés exister que pour essayer
notes. 24 r
de combler le vide immense qui sépare l'humanité de la Divinité.
On lit dans l'histoire universelle intitulée Tarykh Giafavy^ et qui a été composée par Abou- Giafar el-Tabary^ que les génies avaient un roi nommé Gian ben-Gian^ et qu'ils ont gouverné le monde pendant 2,000 ans.
L auteur de cette histoire rapporte que Dieu leur ayant ordonné de se soumettre à Adam, ils le refusèrent, en alléguant pour prétexte que, tirant leur origine de la nature même du feù , ils ne pouvaient se soumettre à l'homme, formé d'une terre grossière. Dieu, ajoute el-Tabary> les punit de leur rébellion, en leur envoyant un ange qui en fit périr une partie et força les autres à se réfugier dans les régions les plus reculées de la terre.
Le Koran h« mention de cette révolte des génies ; mais on y trouve aussi qu'une portion resta fidèle.
Les génies révoltés forment la classe de ceux que les Arabes nomment afrite$y dont la nature est malfaisante , et qui ne se plaisent qu'à nuire aux hommes. . Les poèmes persans sont remplis dé relations des différentes guerres que les an- 111. 21
ifa NOTES.
ciens monarques de Perse eurent à soutenir contre ces génies , qui furent enfin exterminés presque totalement.
Les Orientaux leur attribuent la construction de presque tous les anciens nionumens, et la plupart croient que ce sont eiix qui ont élevé les pyramides d'Egypte, qu'ils regardent comme des ouvrages au-dessus des forces humaines.
On ne sera pas étonné de voir ces opinions superstitieuses et ridicules enracinées dans les esprits orientaux ; mais ce qu'on aura peine à croire , c'est qu'au dix-neuvième siècle , dans la capitale de l'Europe littéraire et philosophique, il ait été publié un ouvrage sérieux tendant à prouver « que les pyramides d'Egypte ne sont « pas l'ouvrage des hommes , mais des êtres « surnaturels qui ont une puissance indéfinie , « c'est-à-dire des esprits célestes dégradés , des « anges rebelles disséminés par l*ordre de Dieu « sur chacun des globes de l'univers , en puni- « tion de leur révolte. » .
Je copie littéralement cette assertion plus qu extraordinaire de l'ouvrage intitulé ; Nouvel* les recherches sur V origine et la destination des pyramides d Egypte ; par A. Pf J. de V. . imprimé
notes. 2 43
en 1 8i2,à Paris, et dans lequel l'auteur s'efforce, en i5o pages in-8°,de prouver par la Bible et par les Métamorphoses d'Ovide son extravagante hypothèse.
L'histoire des génies et tous les détails qui les concernent, se trouvent réunis dans l'ouvrage arabe intitulé Akam el-morgân fy ahkam eUgenâriy c'est-à-dire «l'Amas de corail sur ce « qui concerne les génies, »
Les Persans nomment Djinnistan le pays qu'ils prétendent être habité par les génies, et les divisent en deux espèces : les uns, malfaisans, portent le nom de dyw ou dwe , et celu de ner (mâles) ; les autres, qui sont d'une incli-j nation bienfaisante, et se nomment/?^, sont du sexe féminin , et répondent assez à nos fées
Pour désigner une personne d'une rare beau té, les Persans emploient souvent l'expression perj'Zadèh (née d'une fée), et c'est de ce surnom que les auteurs grecs qui ont écrit sur la Perse ont fait le nom propre Paiy salis ( n*p«w.i* )? comme ils ont fait , du mot Sitharah (astre) , ce. lui de Sfatira (Sra*//*) , qui est le même que YEstfier de la Bible. J'ai déjà eu occasion de donner l'étymologie du nom de lioxane { r
ci-dessus, page 227, note 4^ du deuxième volume de cet ouvrage.
5û Les musulmans révèrent un grand nombre de prophètes , qu'ils disent avoir précédé la mission de Mahomet, le dernier de tous et auquel ils donnent, par cette raison, le titre de Khâtem eUanbiâ (le sceau des prophètes).
Ils mettent au nombre de ces prophètes Adam, CAe/(Seth), Edris(Eïi6kh),Nouh(Noé), Ibrahim (Abraham), Moussa (Moïse), Daoud( David), Soleymân (Salomon) , Issa (Jésus); et ils regardent comme dignes de leurs respects les livres de Thorah (le Pentateuque), Zebour (les Psaumes) ^Engil (l'Evangile) ; mais ils prétendent que ces ouvrages ont été falsifiés et altérés par les juifs et les chrétiens.
Ils ajoutent que le nombre des livres révélés aux prophètes est de 104, dont Adam a reçu 10, Seth 5o, Edris 3o, Abraham 10 > Moïse un seul, David un, Jésus un, et enfin Mahomet un. Celui , disent-ils , qui doute de l'authenticité d'un seul de ces livres, ou même d'un seul des mots qui les composent, est un infidèle.
5 4 Voyez la note précédente.
5a La nuit de /'heureuse destinée ( en arabe lejlet el-qadr) est une des nuits du mois de Ramadany pendant laquelle Mahomet assure que les anges lui apportèrent du ciel le Koran.
Le chapitre 97 du Koran , donné suivant les uns à Médine, et suivant les autres à la Mekke, est intitulé Sourat el-qadr ( chapitre de l'heu* reuse destinée ou de la puissance). Il est composé des cinq versets suivans :
« Au nom de Dieu clément et miséricor- « dieux,
« Certes, nous lavons fait descendre (le Ko- « ran ) dans la nuit de Vheureuse destinée. - « Etvoici ceque nous apprend la mùtdeVheu- « reuse destinée^
«La nuit de l heureuse destinée vaut seule plus « que mille mois entiers.
« Car c'est dans cette nuit que les anges et les « esprits, par la permission de leur maître, des- « cendirent librement sur la terre.
« Et la paix y régna jusqu'au lever de l'au- « rore. »
llfi NOTES.
Les docteurs musulmans prétendent que Dieu n'a pas permis aux hommes de savoir quelle est précisément cette nuit parmi celles du mois de Ramadan. Cependant quelques-uns prétendent savoir que c'est la vingt-septième nuit de ce mois.
Les musulmans sont persuadés que toute entreprise formée dans cette nuit réussit immanquablement, et a droit à la protection particulière de Dieu.
53 U est question de Harout et de Marout en plusieurs endroits et surtout dans le 2e chapitre du Koran. Suivant el-Masoudy, ces deux anges, ou plutôt ces deux génies, descendirent sur la terre sous le règne à'Ariaq , l'un des monarques antédiluviens, et qui était fils d'Ayqâm^ que quelques-uns ont cru être le même qu /?dris (Enokh).
Il y aurait donc dans ce conte un anachronisme volontaire de la part de l'auteur, qui a placé la catastrophe de Harout et de Marout postérieurement non-seulement à Abraham et à Moïse , mais encore à Mahomet lui-même.
54 Zaharah signifie fleurie , brillante ^ et vient
NOÏES. 2 4?
de la racine ïahara (briller, fleurir). Ce nom a été attribué à la planète de Vénus , par les Arabes, sans doute à cause de son éclat. Ce même surnom à été aussi donné à Fatîmah, fille de Mahomet, à causé de sa beauté éclatante.
55 Trois étoiles sont particulièrement désignées par les Orientaux sous la dénomination de benâl el nacli* ( les filles du char funéraire ) ; ce sont celles qui forment la queue de la constellation que nous appelons grande ourse.
Cependant les astronomes arabes donnent aussi à chacune de ces trois étoiles des noms particuliers : la première est appelée el-ftout ( le cétacée); la seconde, el-haq (l'autruche) ; et la dernière , el-qatel ( le meurtrier)
La dénomination de benot el-nach est quelquefois, suivant l'usage vulgaire, appliquée à toute la constellation de la grande ourse; mais le plus ordinairement elle est appelée doubbéh ( l'ourse) , ou doubb el-akbar ( la grande ourse \
56 Le notti de Zahelyèh paraît être dérivé du mot Zahel qui est le nom arabe de la planète
que nous nommons Saturne, et qui passe chez les astrologues orientaux pour un astre dont l'aspect est défavorable.
Ce nom semble ici donné mal à propos . comme était celui d'une des trois étoiles appelées communément benât el-nach , dont nous avons vu les noms particuliers dans la noie précédente.
57 Le nom de Sohayl est *celui de l'étoile brillante que nous appelons Cariope , et qui fait partie de la constellation méridionale qui porte le nom de navire , et que les astronomes arabes appellent el-sàfinèh. • ■ • • •
58 Ces passages se trouvent chapitre IV, intitulé Des femmes y verseis 3 , 28 , 29, etc.
59 La sakiéh est un puits large et le plus sou* vent de forme carrée, auquel est adaptée une machine hydraulique très simple , composée dune roue perpendiculaire mise en mouvement par une autre roue horizontale et dentée que fait tourner un bœuf ou un buffle. La roue perpendiculaire est garnie d'un tambour autour
duquel se dévide un long chapelet composé de deux cordes , entre lesquelles sont attachés par échelons des pots de terre qui se remplissent en puisant au fond du puits et se vident deuxmêmes, en arrivant au sommet de la roue, dans une auge, d'où une rigole conduit l'eau dans un grand réservoir adjacent.
60 Merou est une des principales villes du Khorassan , et elle est située dans le quatrième climat. El-Bakouy lui donne la longitude de 94 degrés 5 minutes, et la latitude de Z0] degrés 4° minutes. Voici les détails qu'il donne sur cette ville:
« Merou, la plus belle ville du Khorassan, «en est regardée comme la, capitale. On rap- « porte qu elle a été construite par Iskander « (Alexandre); mais sa forteresse est plus ancienne qiîe ce prince, et on attribue sa fondait tionà Tahmourasp : elle est main tenant ruinée.
« Cette ville est la patrie & Abd+allah 9 ben- *eUMobarek, et tfAbou-bekr Abd-allah, fils « & Ahmed eUKassal, surnommé El-Merouzy. »
2t5o NOTES k
61 El-Bakouy donne la note suivante sur le Khorassan qu'il place dans le quatrième climat :
« Cette province est une contrée célèbre , et « à l'orient de laquelle s'étend le Maouar-en-na- « har; à son occident est le Qouhestan,- les vil- « les principales sont H Terat , Merou , Balkh et « Nisaiour. C'est un pays favorisé de Dieu, rih che, abondant et bien cultivé. Les hommfcs y « sont en général bien faits, doués d'esprit et « de dispositions naturelles pour lés sciences,
« C'est dans ce pays qu'est la montagne de % K oui istan, dans laquelle est une caverne sem- » blable à un vaste portique précédé d'un vaste
* vestibule; au fond est une salle souterraine « dans laquelle est une fontaine dont les eaux « sont* pétrifiantes. On y voit aussi une cavité « de laquelle s'exhale une odeur tellement forte
• qu'il est impossible d'y pénétrer.
« Le Khorassan est arrosé par le fleuve Zar- « naq dont les rives sont bordées de jardins, de « terres cultivées et de moulins, dans l'un des- « quels fut tué Yezdedjerd fils de Chahryar, le « dernier des rois KesraSj sous le khalyfat d'CM- « mari ben-Affan.
notes. a5x
« On trouve clans le Khorassan des renards « yolant comme les oiseaux , ainsi que l'espèce t de gazelle qui produit le musc.
* Le Khorassan est !a patrie du cheykh Habib a eUAdjemy^ célèbre par sa haute science, et « d'Abou Abd-errahman Hatem , fils de Yousouf « el-Assam^vù mourut Tan 337 ^e l'hégire (948 « de 1ère chrétienne ). »
6* Voyez, ci-dessus, les notes 3 et 4 > Page 159 et suivantes du deuxième volume.
J'ajouterai ici qu'il existe en Perse une corporation de derviches, dont la manière de vivre est plus sévère, et qui se livrent davantage à la méditation intérieure et aux rêveries de la mysticité. On les appelle Soufis, parce qu'ils ont adopté pour costume particulier un manteau de laine, la laine étant nommée soufen arabe et en persan.
M El - Bakouy place la ville de Balkh à 101 degrés 5 minutes de longitude, et à 36 degrés 4 1 minutes de latitude ; il en donne la description suivante.
a 5a , NOTES.
« Balkh est une grande ville , l'une des prin- « cîpales du Khorassan ; son fondateur est Ma- « noutcheher fils d'Iradf, fils d'Afridoun : ses « habitans sont fameux par leur vanité. Balkh « est la patrie $ Ibrahim , fils d'Adham eUAd- " <IU* mourut Tan 161 de l'hégire; d'Abou~ « Aly Chaqyqy fils $ Ibrahim el-Balkliy^ un des « cheykhs les plus recommandables du Khoras- « san : il fut tué dans le combat de Kouldn, Tan « de l'hégire 194.
« Enfin , Balkh a donné aussi naissance à, « Abd-eUKhalil ben-Mohammed qui eut le sur- « nom d'el-Rachyd et qui fut plus connu par « celui & el-Ouathouathah : il était kateb (secré- « taire) du sultan Khouarezm-Chah , et se fit « remarquer par ses qualités brillantes et ses vas- « tes connaissances. »
64 La ville de Nichabour ou Nisabour est placée , par el-Bakouy, dans le 4e climat, à la longitude de 92 degrés 3o minutes, et à la latitude de 36-degrés 21 minutes. 11 en donne les détails suivans :
« Nisabour est Tune des plus grandes villes
« du Khorassan j elle est belle et ornée d'édifi- * ces nombreux; son territoire est excellent et « produit toute sorte de fruits en abondance ; « elle a toujours été la réunion des gens célè- « bres et la mine des savans; dans son territoire « on trouve le Fyrouzadj en telle abondance « qu'il en fournit à tous les autres pays. On y « trouve aussi une espèce de terre ou de limon « qui peut être mangé et qu'on ne rencontre « dans aucune autre contrée. Enfin Nisabour est « le plus beau des pays que Dieu a créés.
« C'est de Nisabour que partirent les Ghouzz « qui attaquèrent le sultan Sandjar^ fils de Ma- « lekrChah le Selgioukide ; ce prince fut battu, a fait prisonnier et amené, avec ses troupes « vaincues, à Nisabour^ Van 542 de l'hégire « ( ii 47 de l'ère chrétienne). »
65 La ville de Bekhraz ou Bakhraz est placée par el-Bakouy, dans le 4e climat. Il en donne la notice suivante :
« Bakhraz est une petite ville du Khorassan j « elle est la patrie Abou-l-Houssayn-Aly sur- « nommé el-Bakhrazy 9 qui fut célèbre par ses « poésies et l'étendue de son mérite littéraire.
a 54 NOTES.
« Elle a vu naître aussi le cheykh Seyfed-dyn « el-Soufy qui fut célèbre par sa piété , et qui «mourut Tan 655 de l'hégire (1257 de 1ère « chrétienne ). »
66 La ville de Rey est placée par el-Bakouy k la longitude de 86 degrés 20 minutes , et à la latitude de 35 degrés 35 minutes, dans le 4e climat.
Je joindrai ici la notice qu'il donne de cette ville :
« El-Rey est une ville célèbre parmi les prin- « cipales du pays, et elle en est la plus remarqua- « ble ; elle abonde en productions et en toutes «sortes de richesses; sa construction est an- « cienne; son fondateur est Houchendj qui ré- « gna après Kayoumaratk; c'est une des plus « belles villes de la terre, et elle est la capitale « du Khorassan.
« A côté de cette ville est une montagne « chauve et sur laquelle il n'y a aucune végé- « tation : on appelle cette montagne Thabràk; « on dit quelle renferme une mine d'or qui a été « abandonnée parce que le produit n'en égalait « pas la dépense. Autour de la ville il y a des
o retraites cachées sous la terre , dans lesquelles « les habitans enfouissent leurs richesses lorsque « des armées ennemies se répandent dans le «pays; aussi on y découvre encore fréquem- « ment des trésors ; l'air y est bon et les fruits « abondans ; son territoire produit une espèce « de raisin qu'on appelle Malahy, dont les grap- « pes pèsent jusqu'à cent rôties.
« Mais la plus grande gloire iïel-Reyest d'être « la patrie d'un grand nombre de personnages * que leur mérite a rendus célèbres. Le plus re- ««marquable est l'excellent imam Fakhr ed-dyn <c el-Razy, Abou-Abd-allah Mokammedy fils h d'Omar el-Razy; il fut l'un de ces imams que, n suivant la tradition, Dieu envoie chaque siè- « cle pour rétablir la foi et la religion. Cette « tradition a été révélée par Aboud-QassemAly, « fils ftel-Houssayn ben el-Asaker, auquel elle « avait été transmise par Abou-Horayrah qui la « tenait lui-même du prophète.
« Le sixième de ces imams fut Fahkr eddyn « el-Razy qui mourut Tan 606 de l'hégire (1209 « de l'ère chrétienne). »
J'ajouterai que le titre Ôl el-Razy signifie natif de la ville de Rey. C'est de là que vient le surnom
du célèbre médecin que nous connaissons sous le nom de Rhazes.
67 La ville de Herat ou Herah^ en Perse , ne doit pas être confondue avec celle de Hirah, en Mésopotamie, dont j'ai fait mention à la note 38, page 222 du 2« volume de cet ouvrage.
Herat est placée par el-Bakouy clans le 4e climat, à la longitude de 94 degrés 20 minutes, et à 34 degrés 3o minutes de latitude. Il en donne la notice suivante :
« Herah, grande ville du nombre de celles du « Khorassan; il n 'y a point de ville mieux bâtie « et plus agréable j elle a un grand nombre de «jardins et des eaux excellentes. IsJcander « (Alexandre) est son fondateur; on y a construit « dçs abris contre les vents, car les ouragans «n'y sont pas moins fréquens que les eaux; « e'est là qu'on fabrique des vases de cuivre « damasquinés en argent qu'on recherche dans « tous les autres pays. Herah n'a pas cessé d'être « un pays favorisé de Dieu, jusqu'à ce que les « Tartares fussent venus la saccager et la traiter « comme ils avaient traité les autres villes. »
68 Voyez, ci-de3sus, les notes 3 et 4> Page 159 et suivantes du deuxième volume de cet ouvrage.
69Le nom propre & Ata- Allah est formé du nom de Dieu [Allah) et de la racine arabe ata qui veut dire donner; il a absolument la même signification que celle d'Hebat-Allah que nous avons vu ci-dessus (page xn dé XAvis prèlimi* nuire , icr volume) avoir été porté par le cheykh el-MoIidy dans les premières années de sa jeunesse.
L'un et l'autre répondent aux noms propres ®tù£ûipoç (Théodore), OiqSomùs ^ Théodose), paêîoç (Dorothée), Aorlùtog ( Dosithée), en grec; Deodatus en latin , Dieudonnè en français , Khodadad en persan , etc.
Le nom iïAta-Allah a été porté par plusieurs personnages célèbres parmi les musulmans, tels sont Tag-eddyn Mohammed , ben- Ahmed ben- Ata- Allah , natif d'Alexandrie, plus connu sous le nom iïel-Chadih , mort au Kaire Tan joy de Thégire ; Scyd Ahmed ben- Ata- AU ah surnommé eLKrymy; Ouassel ben-Ata-AllaJi, etc. »
m. as
a 58 NOTES.
7° La ville de Samarqand est placée par eU Bakouy dans le 5e climat , à la longitude de 98 degrés 20 minutes, et à la latitude de 4° degrés 5 minutes. Il en donne la notice suivante :
« Samarqand) ville célèbre du Maùuar-en* « nahar, la capitale du Soghd (la Sogdiane); on « dit que le premier qui y régna fut Kay-kaous. « Il n'y a pas sur la face de la terre de ville plus « riche et plus florissant^; il y a dans son terri- « toire une montagne qui renferme une caverne « où l'eau s'infiltre en été et se change en pierre : « on brûle cette pierre en hiver.
« Elle est la patrie du célèbre imam Rokn-ed- « dyn el-Jmidy, qui fut la merveille de son « temps, et qui mourut Tan 610 de l'hégire « ( I2i3 de 1ère chrétienne), »
71 Voyez sur l'usage de cette expression de politesse affectueuse , frère de mon pere, l'emploi d'une expression de même nature , ci-dessus , note 34 page 196 du premier volume.
7a Voyez, ci-dessus, la note 59 de ce volumfc.
On sait que les musulmans ne se servent pas de cloches pour appeler le peuple à leurs mosquées ; ils emploient à cet usage la voix des «hantres ou crieurs religieux qu'ils nomment mouezzins.
Ces crieurs font entendre leurs cris solennels du haut des minarets de chaque mosquée cinq ibis par jour, et invitent les musulmans à la prière par la répétition de la formule suivante qui se nomme ezzan, d'où ils ont reçu le titre de mouezzin.
« Dieu est grand ! Dieu est grand ! J'atteste « qu'il xi y a pas d'autre Dieu que Dieu! J'atteste * que Mahomet est l'apôtre de Dieu ! J'atteste « qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu ! J'atteste « que Mahomet est l'apôtre de Dieu ! A la « prière! à la prière ! A la source du bonheur ! »
À la première proclamation , c'est-à-dire à «elle de l'aurore, le mouezzin ajoute :
« Allons! la prière vaut mieux que le som- « meil ! La prière vaut mieux que le sommeil \ »
Jja proclamation de la prière se fait six fois le jour sacré du vendredi , et cette sixième annonce a lieu deux heures avant la prière de midi [salât edrdùhor).
Les minarets dominent sur toutes les terrasses des maisons où souvent se tiennent les femmes, et comme elles pourraient alors être vues par les mouezzins qui font le tour de leurs galeries en criant, on les choisit ordinairement aveugles; ils poussent leur cri avec une voix perçante dont ils augmentent le volume en formant de leurs deux mains une espèce d'entonnoir ou de porte-voix.
Leurs cris retentissaus et leur cécité ont peutêtre donné origine du temps des croisades à notre vieille expression proverbiale crier comme !in aveugle. Ces cris des mouezzins répétant de toute la force de leur voix ces mots : la ilah illa AttahÇdriya point d'autre Dieu que Dieu),ont encore fourni aux Espagnols une locution empruntée des Maures v que je retrouve dans Cervantes:
.«En esto Uegaroncorricndo congrita, « yalgazara los de las libreas, ado n de don Qui- « jotedelaManchasuspenso y atonito estaba. » (Z). Qui., part. 2, lib. VIII, cap. LXL)
74 On remarque que c'est le Vhàijfeel-Oualyd ebn Abd el-Melek, ebn^Merouân qui fit construire le premier ces tours élevées nommée»
v iroTÊS. 261
minarets , qui sont maintenant une partie essentielle de toutes les mosquées.
Ce khalyfe , sixième de la race des Ommiades, monta sur Je trône Fan 86 de l'hégire (705 de 1ère chrétienne).
Ces tours sont très élevées, ont plusieurs étages dont chacun offre une galerie saillante tout autour en dehors, et c'est de là que le mouezzin fait entendre sa voix.
Je dois ajouter ici que le mot minaret , que* donnent à ces tours tous les voyageurs , n'estpas employé en Égypte dans cette acception particulière, car il signiGe uniquement un fanal, une tour destinée a éclairer de loin: les tours des mosquées portent enÉgyptele nomdema^A.
7 5 Le titre de mollah est celui du chef de la hiérarchie ecclésiastique dans chaque ville.
76 Les Orientaux croient que parmi lçp noms les uns sont heureux, les autres malheureux : les noms propres chez eux sont toujours significatifs, et non des sons dépourvus de sens
a6a notes.
comme la plupartdesnôtres; aussi ils attachent une grande importance à bien choisir les noms qui sont imposés, et ils en changent même en diverses circonstances.
Un des exemples de la fatalité qu'ils attribuent aux noms se peut tirer de l'histoire de Malek el-Afdal dont le nom propre était Nour* ccL-dyn Afy.
/Ce prince , l'aîné des dix-sept fils qu avait laissés le grand Saladin , avait eu en partage les royaumes de Damas, de Jérusalem et de la Basse* Syrie; mais il fut bientôt dépouillé de ses états par son frère Othman, surnommé Malekcl-Aziz, et par son oncle Malek el-Adel Abou*bekr.
Le malheureux Malek-el-Afdal implora alors le khalyfe Abbasside Nasser (défenseur, protecteur) , et comme il était bon poète il adressa sa supplique dans les vers suivans qui ont été conservés juaqu a nous.
«Le Prophète de Dieu, l'Apôtre musulman « Bans la tombe venait à peine de descendre ;
* Déjà la trahison d'ABOuwBE&& et d'OTHMAzr
* Chassait du trône Aly, du prophète le gendre, « A sa Fatime uni par l'amour le plus tendre..*
notes* a63
• Alt de Mahomet le premier partisan ,
• Qui le premier eut le bonheur d'entendre ■ De sa bouche sacrée émaner le Koran ,
« Qui le premier s'armant pour le défendre , « Pour lui versa les flots de son généreux sang.
« De son droit légitime Aly vit l'héritage
« Passer aux mains d'un Kbalyfe illégal.*. *> Quel est donc de ce nom le talisman fatal ?
« Ce nom de sinistre présage, « Est-il donc du malheur l'inévitable gage?
« Moi , je me nomme Al* de même , je suis roi !
a Je tiens mes droits de Saladin mon père : « Abou-bekr est mon oncle, Otbmav, mon propre frète;
« De même ils ont conspiré contre moi , « Du trône ils m'ont chassé de la même manière. »
La requête fut favorablement accueillie par le khalyfe Nasser qui se piquait aussi de quelque talent en poésie, et qui lui répondit à son tour par les vers qu'on va lire :
« Si le Khalyfe Aly vit deux usurpateurs « Impunément consommer sa ruine ,
* Cest que leur crime alors eut de lâches fauteurs :
« C'est qu'alors aucuns protecteurs « N'osèrent pour Aly se lever dans Médine,
a 64 KOTES.
• Moi , dout le nom Nasser veut dire défenseur , Moi , je me lève, Al*, moi je prends ta défense l
• Si Dieu du Khalyfal ma remis la puissance,
• C'est pour punir l'injuste et l'oppresseur ,
« C'est pour venger les droits et l'innocence. •
Il El-Bakouy, géographe arabe,que j'ai plusieurs fois cité ci-dessus, nous donne les détails suivans sur l'origine de la famille des Barmekides :
« On voyait, dit-il, à Balkh, près du fleuve * Gyhoun (l'Oxus), un vaste temple d'idoles « nommé êl»Noubehar, qui avait cent coudées « de longueur dans sa façade et plus de cent « d élévation ; il était autrefois confié à la garde « d'une famille connue sous le nom de Barme- « kides : les rois de la Chine et de l'Indé ve* « naient y adorer l'idole et baiser la main du « Barmekide.
« Ce Barmekide commandait dans le pays , et « un Barmekide succéda à un autre jusqu'à la « conquête du Khorassan du temps diOthman c ben-Affân ; alors la garde du temple passa à « Barmek ben-Khaled qui entradans l'islamisme « et se rendit auprès d'Othman. »
78Pârmi les causes qu'on assigne à la disgrâce de là famille des Barmékides, je rapporterai ici celle qui passe le plus généralement pour en avoir été le principal motif.
Le Fattimite Yahia, de la famille de Hassan , fils SAly^ avait été proclamé khalyfe dans les pays de Giorgian et de Dilem. Faddel avait obligé ce prince à reconnaître l'autorité des khalyfes de la maison iïAbbas, et à se rendre lui-même avec soumission a la cour de Haroun cURachyd, à Bagdad.
Haroun fit d'abord un bon accueil à Yahia el-Fatemri mais , ne pouvant cesser de voir en lui un compétiteur dont les prétentions subsistaient toujours dans la famille des Alides contre celle des Abbassides; il prit bientôt la résolution de faire périr Yahia , et chargea de cette exécution son vizir et son favori Giafar, frère de Faddel.
Le malheureux Yahia eut connaissance du sort fatal qui lui était destiné, et dit un jour à Giafar : « Crains le Dieu très haut , et garde-toi ~ « d'être du nombre de ceux qui au jour du ju- « gement trouveront un ennemi dans le Pro- « phète, et sur lesquels il vengera le sang de ses •ni. a 3
« descendans dont leurs mains se seront teintes; « tu sais que je n ai rien fait qui mérite la mort, « et que je suis venu ici sur la parole du khalyfe « et sur celle de Faddel ton frère. »
Touché de ces paroles, Giafar épargna la vie de Yahia, et ne lui fit éprouver que de bons trai^ temens ; mais on dit que le khalyfe , instruit de ces circonstances, s'écria : « Que Dieu puisse « frapper ma tête, ô Giafar , si je ne fais pas « tomber la tienne ! »
En effet, peu de temps après, Giafar fat mis à mort par l'ordre de tlaroun; Faddcl, ses 'autres frères, son père Yahia ben-Khaled, et toute la famille entière des Barmékides furent jetés au fond d'une prison, où la plupart finirent leurs jours misérablement.
79 AlMâmoun Abou-l-Abbas Abdrallah^ filsde Haroun el-Rachyd, ftit le septième khalyfe abbasside; il naquit l'an 170 de l'hégire (786 de * l'ère chrétienne), et succéda Tan 198 (8i3) à son frère èl-Amyn Mohammed.
• La mémoire iïal-Mâmoun sera toujours chère aux sciences et aux lettres qu'il aima et qu'il
protégea d'une manière efficace, et dont il favorisa les progrès et l'avancement par tout son pouvoir, et par des dépenses extraordinaires.
Ce khalyfe régna vingt ans et huit mois , et mourut dune fièvre aiguë, auprès du fleuve Bedendoun,àYâLge de 48 ans, Fan de l'hégire 218 ( 833 de 1 ère chrétienne).
80 Ce fut le vizir Faddel ben-Sahal qui conseilla à son maître , ah Mnmoun , de choisir dans la maison d'Aly son successeur au khalyfat. Voyant les membres de cette famille puissante s'agiter de toutes parts et attirer les peuples dans leur parti, il crut que le seul moyen de les apaiser et d'acheter la tranquillité du khalyfe pendant son règne, était de leur assurer le khalyfat après lui, et de mettre par là un frein à leurs prétentions et à leur rivalité.
Mais ce conseil , qui fut suivi par al-Mâmouri, coûta la vie à son auteur. Les Abbassides, irrités de cette translation du khalyfat hors de leur maison, formèrent dès-lois le dessein de s'en venger par l'assassinat de Faddel.
C'est ce qu'ils exécutèrent dans la ville de
a68 notes.
Scrfces, lande l'hégire 20a (817 de 1ère chrétienne), et rimâm fattimite Rizza, que Faddel aTait fait élire pour succéder à alrMamoun} mourut lui-même Tannée suivante.
81 El-Amynfi\s et successeur du khalyfeZfarouti el-Rachyd, monta sur le trône, à la mort de son père, l'an 193 de l'hégire (809 de 1ère chrétienne ) ; il mourut Tan 198 (8i3 J.
Je joindrai ici un trait remarquable de la libéralité de Faddel ben-Yahia, raconté par Mondir ben-Moghairah :
« J'étais, dit-il, tombé dans une profonde mi- • sère, et je quittai Damas, ma patrie, pour « venir à Bagdad , avec mes enfans et mon vieux « père, dans le temps que Faddel le Barmékide « jouissait de la plus grande faveur auprès du « khalyfe Haroun eURachyd. A mon arrivée, je « plaçai mes enfans et mon père à la porte de « la grande mosquée , et je parcourus la ville « pour chercher fortune.
« Je vis, à la porte dun palais magnifique, v « un rassemblement de personnages distingués,
* qui me semblèrent se réunir pour une fête ou « pour un festin :1a faim qui me pressait me porta
* à me mêler dans la foule. La porte du palais « s ouvrit, et j'entrai avec eux jusquedans la salle « du repas.
« Chacun des convives se mit à table, et je « n'hésitai pas à m'y placer moi-même. Je me « hasardai cependant à demander à celui qui « était auprès de moi le nom du maître de ce « palais , et H me répondit qu'il se nommait « Faddel le Barmékide.
« Ma question me faisait évidemment reo connaître pour étranger ; cependant on ne « laissa pas de me souffrir avec les autres à la « table du festin, et de me présenter une assiette
* d or , comme à tous les convives. Je reçus de « même , après le repas , deux sachets de par- « fums que chacun devait emporter avec las- « siette d'or.
« On se sépara, et je me dirigeais vers la « porte lorsque je fus arrêté par un des esclaves « de la maison. Je crus d*abord qu'on voulait « tue faire restituer ce que j' emportais; mais « l'efsclave me dit seulement que Faddel, son « maître , voulait me parler.
« Je me rendis à cette invitation , et Faddel « me dit que, m ayant reconnu pour étranger, sa « curiosité 1 e portait à apprendre de moiquel- « les aventures m'avaient conduit dans sa maison.
« Je lui fis donc le détail de mon arrivée à « Bagdad ; mais il voulut de plus connaître « toute ma vie passée, et je déroulai devant lui « tout le tissu de mes longues infortunes.
« Faddel parut touché , et après avoir donné « quelques ordres à voix basse à un des gens « de sa maison , il me pria de rester avec lui , et *de lui accorder ma conversation pendant le « reste de la journée.
« Je cédai à ses instances, mais, quand je vis k la nuit approcher, je démandai à mon interlo- « cuteur la permission d'aller savoir des nou- « velles de ma famille que j'avais laissée à la « porte de la mosquée. Ils sont à la porte de <« Dieu, me répondit Faddel, soztf une telle garde « ils nont rUn a craindre. Puis il continua sa « conversation , et voulut que je restasse dans « son palais jusqu'au lendemain.
« Quand le jour fut venu, un esclave fut « chargé de me conduire auprès de mon père et
de mes enfans. Mon conducteur, au lieu de
« me mener à la mosquée, m'introduisit dans « une belle riiaison bien meublée, dont j'appris «que j'étais le propriétaire , et où je retrouvai , « revêtus d'habits neufs, mon père et mes enfans « qui me dirent y avoir été conduits la veille « par les soins généreux de Faddel. »
83 Le nom propre Yahia^ assez fréquent dans l'Orient, est celui sous lequel les musulmans connaissent saint Jean-Baptiste, pour lequel ils ont une grande vénération, et auquel ils attribuent les titres de aâssem et de maâssôum, qui signifient exempt de péché. Il est parlé de ce saint personnage comme d'un grand prophète dans le troisième chapitre du Koran. Les chrétiens orientaux lui donnent le nom de Mar-Yohannâ ou de Mar-Hannâ.
\84 Un poète célèbre, Mohammed el-Demechqy, raconte le trait suivant sur FadHel ben-Yahia et sa famille :
m « Je^me trouvai , dit-il, un jour avec Faddel « pendant qu'on lui récitait plusieurs pièces de « vers, qui lui avaient été présentées à l'occasion
« de la naissance de son fils. Faddel , peu satis. « fait de ces compositions, me demanda si je ne »» pourrais pas m' essayer aussi sur le même su* « jet. Je m'en occupai pour lui obéir, et la pièce « de vers que je lui présentai lui plut tellement « qu'il me fit présent de dix niille dynars.
« Mon bienfaiteur encourut par la suite la « disgrâce du khalyfe , et , long-temps après sa « chute, j'entrai un jour dans un bain public* « Le maître baigneur chargea de me servir un « jeune garçon assez bien fait , et , tout en me « baignant, je ne sais par quelle fantaisie les vers h que j'avais composés sur la naissance du fils « de Faddel me revinrent dans l'esprit; je les « chantais à haute voix , quand tout*à-coup le « jeune garçon qui me servait tomba par terre « sans connaissance : il se releva quelques instans «< après , et prit aussitôt la fuite.
« Etonné, je sortis du bain, et je reprochai au « maître baigneur de m'avoir donné, pour mon « service de b*ain, un épileptique.
« Le maître baigneur me jura qu'il n'avait ja- * mais reconnu cette maladie dans son dômes- « tique, qu'il fit venir en sa présence.
« Celui-ci , qui me parut revenu de son trou-
« ble, me demanda si je connaissais l'auteur des « vers que je venais de réciter; c'est moi-même , « lui dis-je. — Hé bien , me répondit-il , vous « vous nommez Mohammed el-uemechqy , vous « avez composé ces vers pour la naissance du fils « de Faddel le Barmékide : je suis moi-même ce « fils de Faddel ; ces vers m'ont rappelé ma « fortune passée , mon cœur s'est serré subite- « ment, et je suis tombé accablé par la dpuleur. »
« Je fus ému de compasion en voyant réduit « à ce degré de misère le fils du bienfaiteur à qui « je devais toute ma fortune, — Je suis vieux 9 « lui dis-je, et je n'ai point d'héritiers , fils de « Faddel, venez avec moi devant5. le qady, je veux « faire dresser un acte par lequel je vous adop- « terai,et je vous laisserai tous mes biens après « ma mort. »
« Mais le jeune Barmékide me répondit en « pleurant : « A Dieu ne plaise que je reprenne m une seule obole de ce que mon père vous a c donné! «Toutes mes instances furent inutiles, « et je ne pus lui faire accepter la moindre « marque de ma reconnaissance envers son « père. »
a 7 4 NOTES.
8 5 Faddel ben-Sahal a laissé un livre d astrologie judiciaire intitulé Ekhtiarât , cest-àdire , Élections ou Jugemens qui se forment sur rhoivscope.
*t Voyez ci-dessus la note 37, page 201 du
ier volume de cet ouvrage.
8 7 Voyez ci-dessus la note 61 de ce volume.
88 Voyez ci-dessus la note 81, page 268 de ce
volume.
89 Thaher ben-Houssayn ( dont le nom se trouve ci-dessus, page 169 du texte de ce volume , altéré par une erreur typographique en celui de Thaher ben^Hous Sayn) était petit-fils de Massab : nomme' gouverneur du Khorassan par al-Mâmoun, il ne tarda pas à s'y déclarer indépendant du khalyfe. La principauté qu'il fonda ainsi passa à sa postérité, qui régna après lui sous le nom de dynastie des Thaheriens.
Thaher fut surnommé Dou-l~yèminein (l'am-
bidextre), parce qu'il se servait également bien de la main droite et de la main gauche.
Ce prince mourut l'an a56 de l'hégire ( 870 de l'ère chrétienne), âprès avoir régné seulement un an et demi.
9o Voyez ci-dessus la note 60 de ce volume.
91 Faddel ben-Sahal était dans la quarantehuitième année de son âge, et prenait un bain dans sa maison lorsque les assassins , qui avaient été apostés pour lui ôter la vie, parvinrent jusqu'à lui, et \ç massacrèrent dans le bain même.
Lorsque Je khalyfe al-Mdmoun eut appris la mort de son ancien vizir, il envoya Tordre à la mère de Faddel de lui adresser tous les papiers qui seraient en sa possession, et qui pourraient concerner soit les affaires de l'Etat , soit la personne du prince. La mère de Faddel fit parvenir au khalyfe un coffret qu elle avait trouvé fermé et soigneusement scellé du cachet du vizir.
Jl-Mâmoun fit sur-le-champ ouvrir ce coffret devant lui ; mais on n'y trouva qu'un rouleau de
papier de soie, sur lequel étaient inscrits ces mots en caractères d'or :
« Voici l'horoscope de Faddel ben-Sahal) et « ce qu'il a découvert lui-même, par les observait tions des astres , sur sa destinée : Il vivra qua- « rante-huit ans, et il perdra la vie entre le feu « et l'eau. »
Il redoutait en conséquence la fatale influence de Tannée 202 de l'hégire , qui devait être l'époque de sa mort ; et ce qui fit le plus admirer sa science astrologique, c'est qu'il fut réellement tué dans son bain entre le feu et Peau , comme il l'avait prédit dans son horoscope.
9* Voyez ci-dessus la note 25 , page 214 de ce volume.
9. 3 Voyez ci-dessus la note 24, page 182 du Ier volume decet ouvrage. 10,000 dynars valaient à-peu-près 120,000 francs ou i5o,ooo francs de notre monnaie.
94 Les fenêtres des maisons de l'Orient ne
sont que bien rarement fermées par des vitrages: la chaleur du climat y fait naître le besoin de faciliter continuellement le renouvellement de l'air intérieur ; ainsi les fenêtres n'ont ordinairement d'autre fermeture que des treillages en bois faits très artistenient, et qui laissent circuler l'air, en interceptant la vue de dehors en dedans , de manière que ceux qui sont dans l'intérieur peuvent voir au dehors sans être aperçus ; ces fenêtres grillées sont souvent percées par des ouvertures d'environ un pied carré , garnies d'un guichet également en treillage.
95 On sait que le mot qady signifie proprement juge. Chaque province de l'Egypte avait son qa^y particulier ; celui du Kaire portait le titre de qady-l-asker (juge d'armée), parce que son autorité s'exerçait sur la capitale du gouvernement militaire que le sultan Sélim avait confié aux mamlouks.
Le qady du Kaire était envoyé directement de Constantinople et immédiatement nommé par le sultan lui-même. Il était le chef supérieur de la justice en Égypte , et prenait aussi le
278 ïfOTES.
titre de qady-l-qodât (juge des juges), parce que tous les qadys particuliers de l'Egypte ressortissaient de son tribunal ; ses décisions étaient sans appel et sur-le-champ mises à exécution.
On a pu voir ci-dessus , note 46 $ page 238 du second volume de cet ouvrage, les noms, titres et surnoms du qady en exercice pendant l'expédition d'Egypte.
96 Le Moristan est un hôpital du Kaire, dans lequel on renferme les fous , et qui a servi quelquefois à des détentions arbitraires de personnes non aliénées. Cet établissement est accompagné d'une très-belle mosquée : l'un et l'autre ont eu pour fondateur le sultan mamlouk eUMaleh el-Nasser, Mohammed. ebn-Qalaoun , frère et successeur d'el-Malek el-Achraf.
97 Ces aventures ont été rédigées par-^&/ervahmân el-Ishanderâny , et elles forment la seconde partie du manuscrit dont j'ai traduit les dix Soirées malheureuses. Voyez ci-après la note 99, page 279 de ce volume.
98 L'art de conter des histoires est une profession, au Kaire : comme il n'existe aucun journal politique ou littéraire, chaque café y a son conteur df histoires Résigné par les noms de hikaouat/} de hadyth et de raouy. Cependant cette dernière dénomination est plus particulièrement donnée aux improvisateurs qui y déclament des vers. Quelquefois les histoires qui sont ainsi contées dans les cafés , ne sont autre chose que quelques-unes de celles qui composent le vaste re* cueil des Mille et une nuits , quelquefois ce sont des pièces d'éloquence; et je crois que les divers ouvrages qui nous sont connus sous le titre de Meqamât n'ont pas eu d'autre origine.
99 Le recueil des narrations dont il est ici question , et dont il a été déjà fait mention cidessus , page i83 du texte et note 97 % forme une seconde partie des Contes dy Abd-errahmân^ de la même étendue que celle que je publie en ce moment; elle est intitulée : les Séances du Moristan, ou les-Révélations de V Hôpital des fous duKaire, recueillies par Abd-errahmân el-Iskanderâny. J'en ai terminé la traduction, qui ne '
a8o NOTES.
tardera pas à être mise sous presse , si celle-ci reçoit quelque encouragement de l'indulgence du public.
100 Le mois de Chaaban est le huitième mois de Vannée lunaire des musulmans , et na que 29 jours.
L'année 1 197 de l'hégire a commencé le samedi 7 décembre de Tan 1782 de Fère chrétienne, et a fini le mercredi a5 novembre de l'an 1783.