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LES TROIS ARCHERS

OL i/aUTKL du monastère de I'UTNA

Le prince Etienne, ce grand héros qui a jeté la ter- 'iir parmi les païens, veut aujourd'hui élever un nu)-

(" Oi ruisseau des Carpathc! s'appelle Maghiariiitza.

nument sacré en l'honneur de la chrétienté, et, suivi de ses vaillants Romains, il vient lui-même choisir sur les bords de la Putna, l'emplacement du saint autel.

Une foule immense l'accompagne et se répand sur les collines, comme les vapeurs qui s'étendent sur la surface des marais au coucher du soleil. De vaillants capitaines, couverts d'armures étincelantes ^ sont là sur leurs coursiers sauvages, et semblent attendre fièrement le signal des combats.

Le glorieux drapeau de la Moldavie flotte majestueusement dans les airs; la montagne retentit des sons prolongés du boutchoum ('), et la vallée résonne des chants des cornemuses.

Voilà que près d'une colline le prince Etienne s'est arrêté : tout se tait ; le peuple reste immobile, les regards fixés sur lui.

Trois guerriers portant des arcs montent sur la colline ; deux d'entre eux, pareils au sapin des montagnes, ont l'aspect fier et terrible du bison de notre pays; ils portent la glouga {^) sur l'épaule, le glaive à la ceinture, et sur leur front un vaste bonnet de peau de mouton se courbe et se mêle aux boucles noires de leur chevelure.

Souvent ces deux archers, de leurs flèches lancées jusqu'aux nuages, ont arrêté l'aigle dans son vol à travers les feux des éclairs.

Bien des bêtes fauves au fond des forêts, bien des

(') Long tuyau en bois de cerisier dont les bergers de la Romanie tirent des sons mélodieux que l'on entend à de très-grandes distances. Anciennement le boutchoum servait à donner le signai des combats.

(-; Mauteau en peau de mouton-

ennemis jeunes et hardis au sein des combats ont senti pénétrer dans leurs fronts et dans leurs cœurs les flèches mortelles de ces deux guerriers.

Car ce sont les dignes archers du prince Etienne-le- Grand, qui prépare son arc en ce moment pour jouter avec eux.

(( Enfants, tendez vos arcs.... je veux aujourd'hui jouter moi-même avec vous. » Ainsi parle le prince Etienne; aussitôt les deux vaillants s'inclinent, tendent leurs arcs et tirent; leurs flèches volent, déchirent rapidement l'air qui siflle et s'enflamme ; elles vont, elles vont comme la pensée et l'œil distingue à peine au loin, bien loin, la place où elles finissent par tomber.

Un immense hourra s'élève du sein de la foule et monte jusqu'au ciel ; la montagne retentit de ce bruit et semble hurler dans ses profondeurs.

« Joie et santé h vous, mes enfants, » dit aux archers le prince Etienne; puis, la corde de son arc vibre, la flèche traverse l'espace comme un éclair ('), elle disparaît, dépasse le but des deux autres flèches, et va se briser contre le tronc d'un vieux platane.

« Là sera l'autel, » s'écrie le monarque glorieux, et, s' appuyant sur son arc de bataille, il incline son front devant le seigneur Dieu.

« Vive le prince Etienne ! » crie de nouveau la foule saisie d'admiration, puis elle tombe à genoux sur l'herbe de la vallée, pendant que les hourras montent au ciel.

(I) « Sbiriiie corda din arcu'ï. fulgerô sagéta'n vint, »

Ce vers est intraduisible ; à la lettre cela voudrait dire : « La corde

de son arc vibre, et la flèche en partant jette des flammes comme

la foudre. »

- hh

ANDRÉ-POPA (')

Qui passe dans la Vallée-Seca (2), armé d'un kangiar sans fourreau et la poitrine découverte? C'est André Popa le fameux.

Depuis sept années il se joue bravement de l'autorité du prince; depuis sept ans il pille sans relâche, le redoutable brigand André.

Jour et nuit à cheval, il prélève des contributions sur toutes les grandes routes, dans tout le pays, et les Albanais du prince fuient tant qu'ils peuvent devant lui.

Car il possède un fusil chargé de trois balles, et il possède encore un cheval, âgé de quatre ans, qui aime à mordre la chair des ennemis de son maître.

Et il possède encore sept frères, marqués au bras gauche du signe de la croix, lesquels ont sucé du lait mêlé de sang, et il n'a peur de rien au monde, le brave André Popa.

(( Capitaine, mon frère, qu'aperçoil-on Ih-bas. du

(•' André le prt'^tr(\ (') V allée aride.

côté du soleil ? — On apeiroil quatre clievaux. — N'astu pas entendu parler d'un certain Miliaïu?

— Apprête tes armes, capitaine, car le beau Miliaïu est h ta poursuite ; le voici qui vient vers toi connue un dragon ; fais trois fois le signe de la croix pour implorer laide du Seigneur Dieu. »

A peine les a-t-il aperçus dans le lointain que le terrible André, s'adressanl aux siens, dit :

(( Allons, mes braves, chasser les nefers (•) ! après quoi la hora des belles lemmes nous attend, n

11 dit, hurle, s'élance. Son cheval léger traverse rapidement, et la plaine, et le ruisseau, et le bois ; il vole suivi de ses brigands.

De son côté, le beau Miliaïu arrive à sa rencontre, fier et terrible comme une colonne de feu ; il accourt sur un cheval blanc, qui semble ne pas avoir assez d'espace devant lui, et qui jette des flammes par ses yeux.

Ils courent tous avec la rapidité du vol de l'hirondelle ; ils courent avec la rapidité de la foudre qui tombe, et ils vont, mes braves, ils vont emportés par leur colère de heyducs (-).

(') Hommes armés, pour la plupart Albanais, au service des princes plianariotes, et qui étaient chargés de poursuivre les brigands; espèce de maréchaussée.

(Sj !• nu ciim fuge-o rlndurlca

Fiig ca fulKeruI ce pioa Si ce duc voïniicî duc C.u urgic de haîdiic.

Ces quatre vers perdent naturellement dans la traduction nonseulement le mouvement vigoureux qu'il y a dans l'original, mais aussi leur harmonie imitative.

GcetlKî a dit avec raison :

Wer ddi Dicliler will ïer>lelu'(i Miivs in Dichlcr lande nelien.

Pour -<aisir tout (•<• qu'il y » de b'Mu dans une poé^if, il faut iii

Front contre front, poitrail contre poitrail, ils se heurtent tous à la fois, et la vallée retentit du bruit de ce choc terrible ; la lutte commence ! ils sont tous engagés dans la mêlée, tous enivrés de l'odeur du sang.

Hourra! frères! Les chevaux hennissent; Tair étincelle au-dessus de leurs têtes ; hourra ! Voici la mort qui apparaît déjà parmi eux; voici le vautour qui s'est arrêté dans son vol.

Pendant toute la durée d'un long jour d'été les braves . se frappent à mort de leurs armes aiguisées et de leurs poings amortis.

Le sang coule à flots sur la route, les voix s'éteignent dans les gosiers. Dix combattants sont tombés ; deux seuls restent encore debout : le beau Mihaïu et André Popa.

Mais André a perdu un de ses bras dans la mêlée; il fuit, saisit son cheval près de la fontaine, saute dessus, suspend son corps à la selle et dit :

« Vole comme le vent, ô mon coursier rapide ! arrache-moi aux tourments cruels, je jure de te soigner comme un frère si tu parviens à me sauver. »

Le coursier léger s'élance... mais en vain ! car Mihaïu les a aperçus et s'écrie : « Attends un peu, brigand de prêtre; je veux l'apprendre qui je suis... »

Il dit, tend son fusil et envoie une balle dans le front du brigand. Hourra ! du haut des nuages le vautour a poussé trois fois des cris de joie.

lire dans l'original ; pour comprendre ce que le Rouman attache d'idée de suavité dans le mot Doïna; pour sentir ce qui se passe dans l'âme du poëte en présence de cette belle nature qu'il a cliantée, dans ses Adieux à la Moldavie, dans son Retour an Pays, il faut, comme le dit Goethe, « aller dans le pays du poëte. »

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