‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 1 sur 98 · MONSEIGNEUR MERMILLOD · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR MERMILLOD

A l'auteur.

Genève, le 18 mars 1872.

Monsieur et cher ami.

Les loisirs forcés, que vous ont faits nos ardentes luttes religieuses aboutissant à la suppression de votre grand séminaire, ne vous ont pas laissé inactif. Si, en ce moment, votre parole orthodoxe ne peut plus faire entendre aux aspirants au sacerdoce les leçons de la science sacrée, du moins votre main laborieuse n'est pas désarmée , ni votre vaillante plume découragée. Par vos écrits pleins d'actualité, vous continuez à combattre pour la cause de l'Église de Dieu. La vérité n'est point demeurée captive dans votre cœur blessé par les injustes procédés d'hommes qui s'efforcent de nous ravir, à nous catholiques , nos plus chères libertés ; et, pour votre consolation, vous pouvez vous appliquer ce que l'Apôtre des nations disait au milieu de ses douloureuses épreuves et des

persécutions de l'Église naissante : Xo'n est alligatum verhum Dei. a La parole de Dieu n'est point enchaînée. »

Le nouveau volume que vous publiez sur les doctrines catholiques, est digne de ceux qui l'ont précédé. C'est une œuvre qui répond à une des nécessités pressantes du moment, et pourtant votre livre aura une durable utilité.

Cette savante exposition des vérités défmies et proclamées dans les assises de la chrétienté , forme la suite naturelle de votre Eglise enseignante , honorée de la glorieuse sanction de Pie IX. Dans ce livre , planant dans les hautes régions de la théologie spéculative, vous revendiquiez les prérogatives conférées pai- Jésus-Christ à la société religieuse et à son chef visible, le Souverain Pontife. Vos éloquentes démonstrations établissaient solidement la mission de l'Église , dispensatrice et interprète des vérités révélées.

Dans votre nouvelle œuvre : Les doctrines catholiques, vous descendez sur le terrain pratique, et présentez l'enseignement de l'Église, pour ainsi dire, en action. Vous déroulez aux regards de vos lecteurs ce majestueux tableau des assemblées œcuméniques qui, à travers l'océan agité des âges chrétiens, comme l'arche bénie et flottant sur les eaux du déluge, emporterd intact aux générations contemporaines le dépôt des vérités de l'ordre surnaturel.

De cette efflorescence de la science sacrée ^ à laquelle les décisions conciliaires ont donné son

splendide épanouissement, vous avez su faire jaillir la grande synthèse des doctrines catholiques. Les dogmes et les vérités morales qui on sont la conséquence, vous les faites apparaître, s'illuminant et se développant au soleil de l'Éghse enseignante qui verse sur les âmes dociles des torrents de divine lumière.

Abordant la dernière assemblée œcuménique, celle du Vatican, vous en avez relaté en détail tous les actes et tous les travaux, et vous avez su le faire dans des accents empreints d'une sage modération. Après les émotions qui ont précédé la défmition du dogme de rinfaillibihté pontilicale , nous sommes arrivés, maintenant que l'Église a fait entendre sa parole irréfragable, à une époque de conciliation que doivent chercher à favoriser tous les vrais amis de la paix religieuse. (( La force, comme vous le dites fort bien, en empruntant les paroles d'un homme de génie, est dans la raison tranquillement exposée. » Vous avez réussi, je le constate avec bonheur, à atteindre ce but dans votre exposition calme et approfondie des enseignements de l'ÉgUse catholique. Les questions qu'a soulevées le Concile du Vatican et qui sont devenues la préoccupation de tous les esprits, sont résolues dans votre livre; et, vous montrez avec science, force et lucidité , la perpétuité et l'unité des doctrines que le Concile a mises en saillie, mais qu'il n'a fait que promulguer comme des trésors de la révélation.

L'Église catholique à qui Jésus-Christ a confié toute

la vérité divine , la dispense selon les nécessités des temps et l'opportunité des luttes. C'est là cette admirable harmonie de l'immutabilité et du progrès de la doctrine. Votre travail résume les ii^randes pensées de Vincent de Lérins : « L'Église, dit-il, fidèle gardienne des dogmes qui lui ont été confiés , n'y change rien, n'y diminue rien, n'y ajoute rien. EUe ne perd rien de ce qui lui était propre , elle ne reçoit rien de ce qui lui était étranger ; mais elle s'apphque uniquement, en traitant avec fidéUté et sagesse , des vérités anciennes , à polir celles qui sont formées , à confirmer celles qui sont éclaircies, à conserver celles qui sont définies. »

Votre volume, par une heureuse combinaison de l'histoire et de l'élément dogmatique, réahse avec précision , solidité et éclat , le plan du Commonitoire de Vincent de Lérins.

Je vous félicite de trouver du temps et de la paix, au milieu de nos heures troublées, pour servir l'Église j)ar vos solides publications , et je fais des vœux ardents pour le succès de votre nouveau livre digne de ses aînés dont j'ai constaté le mérite et dont je connais les hautes et nombreuses approbations. Du reste , votre nom et vos volumes n'ont plus besoin de passeport; ils font leur chemin en jeunes gens de valeur et de bonne race.

Recevez, Monsieur et cher ami, l'expression de mes meilleures sympathies et de mon affectueux dévouement en Notre Seigneur.

f Gaspard,

Évêque d'Hébron , auxiliaire de Genève .

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