ONZIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE
CONCILE DE LA.TRAN , l'aN 1179 , LES 5 , 14 ET 19 MARS , SOUS ALEXANDRE IIL
Le Pape le présida accompagné des cardinaux , des préfets , des sénateurs et des consuls de Rome. Il était composé de trois cent deux évêques de tous les pays catholiques. Nectaire Abbé, y assistait au nom des Grecs. Le Pape Alexandre IIÏ, en convoquant ce Concile, se proposait de remédier aux maux survenus pendant le long schisme qui avait désolé l'Église. Il v eut trois sessions. Le Concile fit vingt-sept canons. Le premier porte que pour prévenir les schismes dans l'élection des Souverains Pontifes, les cardinaux reconnaîtront pour Pape celui qui aura les deux tiers des voix. Celui qui , réunissant le tiers ou moins des deux tiers des suffrages , osera usurper le titre de Pape , sera privé de tout ordre sacré , et excommunié. Le Concile condamna plusieurs abus que les appellations fréquentes avaient introduits. Il défendit de rien exiger pour la prise de possession des évêques , des Abbés
et des curés, de même que pour les sépultures, les mariages et les autres sacrements. Les Pères élevèrent leurs plaintes contre les nouveaux ordres militaires, les templiers et les hospitaliers. Ils défendirent aux religieux de n'importe quel ordre, de recevoir aucun novice pour de l'argent, d'avoir aucun pécule, et cela sous peine d'excommunication. On renouvela les règlements relatifs à la bonne discipline des clercs. On défendit la pluralité des bénéfices. Afin de pourvoir à l'instruction des pauvres clercs , il est statué que dans chaque église cathédrale, on nommera un maître à qui on assignera un bénéfice suffisant. Il devra enseigner gratuitement.
DOUZIÈME CONCILE ŒCUMÉiNIQUE.
CONCILE DE LATRAN, l'AN 1215 , DU 11 AU 12 NOVEMBRE.
Il fat convoqué par le Pape Innocent III. Dans sa bnlle d'indiction, le Souverain Pontife rend compte des motifs qui Font porté à assembler ce Concile et qui sont : les maux de l'Église , la dépravation des mœurs, dont il fait une vive peinture. Il s'y trouva quatre cent-douze évoques , huit cents Abbés et prieurs, un grand nombre d'ambassadeurs des souverains catholiques; on y vit aussi deux patriarches latins: Gervais de Constantinople et Raoul de Jérusalem, et le patriarche des Maronites. Ce dernier se fit éclairer sur la foi et les cérémonies de l'Église et il les fit observer et pratiquer par sa nation.
Le Concile se tint dans la basilique de Constantin. A l'ouverture, le Pape prononça un discours ayant pour texte ces paroles de l'Évangile : Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum. Il nous reste de ce Concile soixante-dix chapitres ou canons. Après les décrets se trouve l'ordonnance de la croisade.
Le premier chapitre est rexposition de la foi catholique. Elle est faite principalement en vue des Albigeois et des Vaudois. C'est pourquoi, dit-elle , il n'y a qu'un seul Dieu. Dès le commencement, il a fait de rien l'une et l'autre créature , la spirituelle et la corporelle, et les démons mêmes créés bons se sont faits mauvais.
Comme on le voit, cette déclaration a pour but de rejeter les deux principes des Manichéens. Pour confirmer l'autorité de l'ancien Testament, le Concile affirme que c'est ce même Dieu, qui a donné aux hommes la doctrine salutaire, par Moïse et les autres prophètes, et qui ensuite a fait naître son Fils, du sein de la Vierge, pour nous montrer plus clairement le chemin de la vie. Le Concile ajoute : il n'y a qu'une Eglise, universelle, hors de laquelle personne n'est sauvé ; il n'y a qu'un sacrifice, celui de la Messe; Jésus-Christ est lui-môme le prêtre et la victime ; son corps et son sang sont véritablement contenus dans le sacrement de l'autel ; le pain étant changé en la substance de son corps et le vin en celle de son sang par sa puissance divine ; et ce sacrement ne peut être fait que par le prêtre ordonné légitimement, en vertu de pouvoir de l'Église, accordé par Jésus-Christ à ses apôtres et à leurs successeurs.
Le terme de transsubstantiation, employé dans ce canon , a toujours été depuis usité par les théologiens catholiques pour signifier le changement que Dieu
opère dans le sacrement de l'Eucharistie. Il en est de cette expression comme du mot consuhstantiel, consacré par le Concile de Nicée pour exprimer le mystère de la Trinité.
Si après le baptême, dit le Concile, quelqu'un tombe dans le péché, il peut être relevé par une vraie pénitence. On condamna le trithéisme de l'Abbé Joachim , qui attaquait la doctrine de Pierre Lombard sur la Trinité. Le Pape réfuta cette opinion en ces termes : a Pour nous , avec l'approbation du Concile, nous croyons et confessons , comme Pierre Lombard , qu'il y a une chose souveraine , qui est Père, Fils et Saint-Esprit , sans qu'il y ait de quaternité en Dieu , parce que chacune des trois personnes est cette chose ; c'est-à-dire la substance, ou la nature divine , qui seule est le principe de tout. »
Le III^ canon prononce l'anathème contre toutes les hérésies contraires à l'exposition de foi précédente, quelque nom qu'elles portent. Chaque évêque visitera au moins une fois l'an, par lui-même, ou par une autre personne capable, la partie de son diocèse infectée par l'hérésie. Le Concile marque le rang et les prérogatives de chaque patriarche dans l'ordre suivant : Constantinople, Alexandrie, Antioche ot Jérusalem. Il veut qu'on tienne tous les ans des Conciles provinciaux. Il règle la nianière, dont le supérieur doit procéder pour la punition de crimes. Ce canon est célèbre ; il a servi de fondement à toute la procédure criminehe , même des tribunaux sécu-
liers. Il est défendu aux clercs de prononcer aucune sentence de mort, et d'assister à aucune exécution sanglante. Les princes ne devront rien statuer contre les droits spirituels de l'Église. Il est défendu de prononcer l'excommunication contre quelqu'un, sans l'avoir averti auparavant en présence de témoins. Les évoques choisiront , pour annoncer la parole de Dieu, des hommes capables qui visiteront à leur place les paroisses de leur diocèse, quand euxmêmes en seront empêchés. Ils choisiront également des hommes éclairés pour entendre les confessions et administrer le sacrement de pénitence. Dans les églises cathédrales et collégiales, le chapitre désignera un maître pour enseigner gratis la grammaire et les autres branches. Les évêques métropolitains auront un théologien pour enseigner aux prêtres l'Écriture Sainte , et les former principalement sur ce qui regarde la direction des âmes. Ensuite viennent les canons sur les élections et les sacrements de la pénitence et de l'Eucharistie. Après ce célèbre canon, omnis utriusqiie sexus , sur la confession et la communion paschale , à propos de ces mots, à son propre prêtre^ le Concile ajoute, que si quelqu'un veut se confesser à un prêtre étranger, il devra auparavant obtenir la permission de son propre prêtre, car autrement l'étranger ne peut ni le lier ni l'absoudre. Par propre prêtre^ il faut entendre le curé. C'est l'interprétation donnée au Concile de Paris de l'an 1212. L'évêque a tou-
jours le droit de conférer à d'autres prêtres les pouvoirs d'absoudre dans toute l'étendue de son diocèse. C'est le premier canon, qui ordonne annuellement la confession sacramentelle. Les Albigeois, prétendant recevoir la rémission des péchés sans confession ni satisfaction , peuvent avoir donné lieu à ce décret.
Relativement à la réforme des monastères , le Concile ordonne ce qui suit : 1^ les Abbés ou prieurs tiendront des chapitres généraux tous les trois ans, pour y traiter de la réforme et de l'observance des règles monastiques ; 2^ les chanoines réguliers feront de même; 3° on n'étalilira pas de nouveaux ordres rehgieux : la trop grande diversité peut amener de la confusion dans FÉghse. Il est défendu à un Abbé de gouverner plusieurs monastères et à un religieux d'occuper des emplois dans plus d'une maison.
Les autres décrets concernent lasimonie. Le Concile défend les taxes aux sacres des évéques , aux bénédictions d'Abbés, aux ordinations des clercs. Il veut que les sacrements soient administrés gratuitement. Le premier canon restreint, pour le mariage, au quatrième degré l'empêchement de parenté ; il s'étendait auparavant jusqu'au septième. La plupart des décrets de ce Concile ont servi de fondement à la discipline qui a été en vigueur depuis. Ils sont fort appréciés des canonistes. Après les canons vient le décret pour la croisade ; le jour du rendez-vous y est fixé. Enfui ou défend les tournois pendant l'espace de trois ans.