DEUXIÈME SESSION PUBLIQUE DU CONCILE DU VATICAN, LE 6 JANVIER
Comme au jour de l'ouverture du Concile, tous les Pères portant la chape et la mitre entouraient le Chef de la chrétienté.
Le Cardinal-doyen du sacré Collège a célébré l'office. On n'a pas promulgué de décrets dans cette session. Les travaux préparatoires n'étaient pas encore assez avancés. Mais toutefois si des définitions n'ont pas été proclamées , la session du 6 janvier n'a pas été une pure formalité. Le Concile du Vatican, à l'instar de celui de Trente dans sa troisième session, a fait sa solennelle profession de foi. Tous les Conciles ont accompli cette cérémonie. Ils ont affirmé, au début de leurs travaux, le symbole de la croyance catholique. C'est le signe du ralliement général. C'est l'étendard sacré de l'armée du Christ. Celui qui ne le suit pas est un déserteur et un traître.
Cette importante cérémonie s'est ainsi accomplie : On a chanté le Veni Creator ; ensuite le Souverain Pontife a prononcé à haute voix la profession de foi prescrite par Pie IV, dont voici les points principaux :
Moi, N..., JE CROIS d'une foi ferme et professe tous et chacun des articles qui sont contenus dans le symbole de foi en usage dans la sainte Église romaine.
J'admets et embrasse très-fermement les traditions apostoliques.
J'admets aussi les Saintes-Écritures , selon le sens qu'a suivi et que suit notre sainte mère l'ÉgUse.
Je PROFESSE qu'il y a sept sacrements de la loi nouvelle, institutués par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Je PROFESSE également que, dans la messe, est offert à Dieu un sacrifice véritable, proprement dit, et propitiatoire pour les vivants et pour les morts, et que dans le Très-Saint Sacrement de FEucharistie sont véritablement, réellement et substantiellement le corps et le sang conjointement avec l'àme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Je TIENS fermement qu'il y a un Purgatoire, et que les âmes qui s'y trouvent détenues sont soulagées par les suffrages des fidèles.
Je crois de même qu'il faut honorer et invoquer les saints qui régnent avec Jésus-Christ.
Je déclare que les images de Jésus-Christ et de la Mère de Dieu toujours vierge, et celles des autres
saints, doivent être gardées et retenues, et qu'il faut leur rendre l'honneur et la vénération qui leur sont dus.
J'affirme aussi que le pouvoir des indulgences a été laissé par Jésus-Christ dans l'Église.
Je reconnais que l'Eglise romaine, sainte, catholique et apostolique, est mère et maîtresse de toutes les Églises ; el je promets et jure vraie obéissance au Pontife romain , le successeur de saint Pierre , prince des Apôtres et Vicaire de Jésus-Christ.
Je Reçois aussi et Professe toutes les autres vérités qui ont été transmises , définies et déclarées par les sacrés canons et par les Conciles œcuméniques.
Cette vraie foi catholique , hors de laquelle peisonne ne peut être sauvé, cette foi que de plein gré je professe présentement et à laquelle je tiens en toute vérité, j'aurai soin, Dieu aidant, de la conserver et de la confesser dans toute son intégrité et sa pureté jusqu'au dernier soupir de ma vie; c'est ce que moi, N..., Je promets, voue et jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles de Dieu! Ainsi soit-il.
Cette formule, après trois cents ans, est aussi jeune que si elle venait d'éclore sous le soleil vivifiant de l'Église enseignante. Les dogmes ne changent jamais. La vérité , dans la société fondée par Jésus-Christ, est une et immuable comme Celui qui l'a fait descendre des cieux.
Après que cette formule a été prononcée par le Pape , un des Pères en a fait la lecture du haut de l'ambon. Alors les autres Pères , selon leur rang de dignité et de promotion, se sont agenouillés sur les marches du trône pontifical. De la main droite ils ont touché le livre des Évangiles. Pour exprimer son assentiment donné à la profession de foi qui venait d'être lue , chaque membre du Concile a prononcé la formule suivante : Moi, N.-N. , je promets , je voue , je jure suivant la formule qui vient d'être lue. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Évangiles.
Puis chaque Père , après avoir répété cette formule succincte, a touché de ses lèvres le livre sacré des Évangiles.
Nous l'avons dit, en prêtant ce solennel serment, les Pères du Concile du Vatican n'ont pas accompli une vaine et stérile formalité. En face des dissidences sans nombre des Églises séparées de l'Unité, ils ont aCTirmé l'immutabihté de la doctrine catholique, dont nous avons essayé, dans ce livre, de présenter le majestueux tableau. Ils ont rendu hommage à cette doctrine que le temps destructeur n'entame point, que les siècles futurs verront briller sur leur pas-
sage, comme elle a illuminé de ses divines et immortelles clartés les siècles et les peuples qui ne sont plus. Elle demeure tandis que tout passe et s'évanouit autour d'elle. Prosternons-nous devant cette fille immaculée du ciel. Saluons la avec un sentiment de vénération , en lui promettant , à l'exemple de nos Pères dans la foi , un inviolable attachement et une soumission sans bornes.
Continuons d'énumérer les principales phases du Concile.
Le cardinal de Angelis a été élu pour remplacer, comme l'un des présidents du Concile , le cardinal de Reisach que la mort a enlevé à la science. L'Église et le Concile ont perdu en lui l'un des prélats les plus distingués par le talent et l'énergie du caractère.
Le cardinal Bilio a été spécialement désigné pour présider la commission du dogme , et le cardinal Catarini a été choisi pour présider la commission de discipline.
Depuis le début du Concile , la question du dogme de l'infaillibilité pontiticale était vivement agitée en dehors de l'assemblée œcuménique. Les esprits se passionnaient autour de ce grave sujet. Plusieurs Pères pensaient que le moment était venu de l'introduire dans l'assemblée et de le soumettre aux délibérations conciliaires.
Voici la lettre collective par laquelle les Pères ont comuniquée à la commission des Postulata la
demande de définition de l'infaillibilité avec le mémoire à l'appui :
Révérendissime et Excellentissime Seigneur.
Comme le montre la pétition jointe à cette lettre, les Évêques soussignés et d'autres encore sont convenus de demander au Concile œcuménique la sanction de cette doctrine catholique par laquelle nous professons que l'autorité du Pontife romain est souveraine et par suite infaillible , lorsque , usant du pouvoir apostolique, il enseigne à tous les fidèles les vérités qui concernent la foi et les mœurs.
Or , il importe au plus haut point que le plus grand nombre possible de Pères demandent cette sanction par les mêmes raisons ou par d'autres semblables.
Nous vous prions donc, Piévérendissime et Excellentissime Seigneur , et de signer cette proposition ou cette pétition, et d'inviter à signer les autres Pères dont vous saurez que la pensée est conforme à la nôtre.
Ensuite, vous voudrez bien remettre aussitôt que possible , à l'un des Évoques soussignés, la demande enrichie de votre signature et, si c'est possible, des signatures d'autres Pères.
Après quoi, nous remettrons les signatures ainsi recueillies aux mains de la congrégation spéciale nommée par Notre Très Saint Père le Pape Pie IX pous examiner les propositions.
Que si vous trouviez un meilleur moyen ou plus
LES DOCÏRLNES CATHOLIQUES. 325
propre à introduire la niemo demande, veuillez ne pas manquei' de proposer votre propre demande à cette même congrégation.
Quant aux feuilles qui contiennent les motifs de l'opportunité et de la nécessité de la demande, avec les sentences des conciles provinciaux , Votre Excellence Révérendissime pourra, à son gré, les conserver.
Nous sommes , avec toutes les marques de la plus sincère déférence, Excellentissime et R.évérendissime Seigneur ,
Vos très humbles et très obéissants serviteurs
Paulus-Angelus Ballerini , Patriarcha Alexandrinus lat. rit.
Antonius Hassxjn, Patriarcha Ciliciensis.
MiECiSLAus Ledochowski, Archip. Primas Gnesnensis et
Posnasiensis.
JuLius Arrigoni, Archiepiscopus Lucanus.
JoANNES ZwYSEN, jam Archiep. Ultrajecten. nunc Episc.
Buscoducen.
ViNCENTius Spacgapietra , Archiepiscopiis Smyrnensis. Marianus Rigciardî, Archiepiscopus Reginensis. Spiridion Maddalena, Archiepiscopus Corcyrensis. Pelagius De la Bastida y Davalos , Archiepiscopus
Mexicanus.
Andreas-Ignatius Sgh.epman, Archiepiscopus Ultrajectensis. Georgius -Antonius de Stahl , Episcopus Herbipolensis. Andréas Raess , Episcopus Argentinensis.
loANNES -Maria Doney , Episcopus Montis Albani. Petrus De Preux , Episcopus Sedunencis.
Alexius Wicart , Episcopus Vallis Vidonis.
Stephanus Marilley, Episcopus Lausannensis et Genevensis.
Félix Cantimorri^ Episcopus Parmensis.
Aloisius Kobes , Episcopus Methonensis.
Bartholom^us d'Avanzo^ Episcopus Calvensis etTeanensis.
Theodorus De Montpellier, Episcopus Leodiensis.
Aloisius Filippi, Episcopus Aquilanus.
Josephus Caixal et Estrade, Episcopus Urgellensis.
Aloisius De Agazio , Episcopus Tridentinus.
Nicolaus Sergent, Episcopus Corisopitensis.
Francisgus R.0ULLET DE LA BouiLLERiE , Episcospus Carcas-
sonensis.
Claudius Henricus Plantier, Episcopus Nemausensis. LuDoviGus Delalle , Episcopus Ruthenensis. ViNGENTius MoRETTi, Episcopus Imolcnsis.
Vingentius Gasser , Episcopus Brixinensis. Amandus Renatus Maupofnt , Episcopus S. Dionysii Reu-
nionis. Carolus Fillion , Episcopus Cenomanensis. Ignatius de Senestrey , Episcopus Ratisbonensis. Antonius Maria Valenziani, Episcopus Fabrianensis et
Matelicensis.
Aloisius Lembo, Episcopus Cotroniensis.
Gerardus Wilmer, Episcopus Harlemensis.
Aloisius di Canossa, Episcopus Veronensis. NiGOLAus Ad AMES , Episcopus Halicarnassensis. Joseph Pluym, Episcopus Nicopolitanus.
Gaspar Mermillod, Episcopus Hebronensis.
Joannes Marango, Episcopus Tenensis et Miconensis. Francisgus Leopoldus De Leonrod, Episcopus Eystettensis. Theodoros Gravez, Episcopus Namurcensis.
Mich.ïl Heiss, Episcopus Crossensis.
Rome, le 3 janvier 1870.