‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 76 sur 98 · DE FIDE ET RATIONE · texte numérisé non relu

DE FIDE ET RATIONE

Hoc quoque perpetuus Ecclesiîae catholicse consensus tenuit et tenet , duplicem esse ordinem cognitionis , non solum principio , sed objecto etiam distinctum : principio quidem , quia in altero naturali ratione , in altero fide divina cognosci-

par Jésus-Christ ' : (( Nous parlons de la sagesse de Dieu en mystère, sagesse cachée que Dieu a prédestinée pour notre gloire avant les siècles, qu'aucun des princes de ce siècle n'a connue : — mais Dieu nous l'a révélée par son Esprit : car l'Esprit scrute toutes choses, les profondeurs même de Dieu-. « Et le Fils unique lui-même rend témoignage au Père , de ce qu'il a « caché ces choses aux sages et aux prudents et les a révélées aux petits \ »

Lorsque la raison, de son côté, éclairée parla foi , cherche soigneusement, pieusement et prudemment , elle trouve , par le don de Dieu , quelque intelligence très-fructueuse des mystères , tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement que par le rapport des mystères entre eux et avec

' Jean, 1. 17.

2 1 Cor. II, 7-9.

3 Matth. XI, 25.

mus; objecto autem, quia praeter ea, ad quse naturalis ratio pertingere potest , credenda nobis proponuntur mysteria in Deo abscondita, quse , nisi revelata divinitus, innotescere non possunt. Quocirca Apostolus, qui a gentibus Deum per ea, quœ facta sunt, cognitum esse testatur, disserens tamen de gratia et veritate, quae per Jesum Christum facta est *, pronuntiat : « Loquimur Dei sapientiam in mysterio , quae abscondita est, quam praedestinavit Deus ante sa3cula in gloriam nostram , quam nemo principum hujus saeculi cognovit; nobis autem revelavit Deus per Spiritum suum : Spiritus enim omnia scrutatur, etiam profunda Dei -. » Et ipse Uni-

* Joan. I. 17.

2 1. Cor. II. 7-9.

la fin dernière de l'homme, sans toutefois être jamais apte à les percevoir comme les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins surpassent tellement par leur nature l'intellect créé, que, bien que transmis par la révélation et reçus par la foi , ils demeurent encore couverts du voile de la foi elle-même , et comme enveloppés d'une sorte de brouillard tant que nous voyageons en étrangers dans cette vie mortelle, hors de Dieu; « car nous marchons guides par la foi et non par la vue '. »

Mais quoique la foi soit au-dessus de la raison , il ne peut jamais y avoir de véritable désaccord entre la foi et la raison ; car c'est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi , qui a répandu dans l'esprit humain la lumière de la raison, et Dieu

^ 2 Cor. V, 7.

genitus confitetur Patri , quia abscondit « haîc a sapientibus , el prudentibus , et revelavit ea parvulis ^. »

Ac ratio quidem, fide illustrata, eu m sedulo , pie et sobrie quaîrit , aliquam , Deo dante , mysteriorum intelligentiam eamque fructuosissimam assequitur, tum ex eorum , quai naturaliter cognoscit , analogia , tum e mysteriorum ipsorum nexu inter se et cum fine hominis ultime ; nunquam tamen idonea ridditur ad ea perspicienda instar veritatum, quse proprium ipsius objectum constituunt. Divina enim mysteria suapte natura intellectum creatum sic excédant , ut etiam revelatione tradita et fide suscepta, ipsius tamen lidei velamine

2 Matth. XL 25.

ne peut se nier lui-même ni le vrai contredire jamais le vrai. Cette apparence imaginaire de contradiction vient principalement ou de ce que les dogmes de la foi n'ont pas été compris et exposés suivant l'esprit de l'Église , ou de ce que les erreurs des opinions sont prises pour les jugements de la raison. Nous déclarons donc toute proposition contraire à une vérité attestée par la foi, absolument fausse \ Or, l'Église qui a reçu, avec la mission apostolique d'enseigner, le mandat de garder le dépôt de la foi, tient aussi de Dieu le droit et la charge de proscrire la fausse science , afm que nul ne soit trompé par la philosophie et la vaine sophistique ^ C'est pourquoi tous les chrétiens fidèles nonseulement ne doivent pas défendre comme des conclusions certaines de la science les opinions

* Concile de Latran , V. Bulle Apostoîici regiminis. 2 Coloss. II , 8.

contecta et qiiadam quasi caligine obvolutamaneant, quamdiu in hac morlali vita peregrinamur a Domino : « per fîdem enim ambulamus, et non per speciem \ »

Verum etsi fides sit supra rationem , nulla tamen unquam inter fîdem et rationem vera dissensio esse potest : cum idem Deus, qui mysteria révélât et fidem infundit, animo humano rationis lumen indiderit; Deus]autem negare seipsum non possit, nec verum vero unquam [contradicere. Inanis autem hujus contradictionis species inde [potissimum oritur, quod vel iidei dogmata ad mentem Ecclesiœ inlellecta et exposita non fuerint , vel opinionum commenta pro rationis effatis habeantur. Omnem igitur assertionem veritati illuminatse

« 2 Cor. V, 7.

qu'on sait être contraires à la doctrine de la foi , surtout lorsqu'elles ont été réprouvées par TÉglise ; mais encore ils sont tenus de les tenir bien plutôt pour des erreurs qui se couvrent de l'apparence trompeuse de la vérité.

Et non-seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord, mais elle se prêtent un mutuel secours ; la droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée par sa lumière, développe la science des choses divines ; la foi délivre et prémunit la raison des erreurs, et l'enrichit d'une connaissance multipliée. Bien loin donc que l'Église soit opposée à l'étude des arts et des sciences humaines , elle la favorise et la propage de mille manières. Car elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie des hommes ; bien plus , elle reconnaît que les sciences et les arts venus de Dieu, le maître des sciences, s'ils sont

fidei contrariam omnino falsam esse definimus *. Porro Ecclesia, quse una cum apostolico munere docendi, mandatimi accepit fîdei depositum custodiendi, jus etiam et oflicium divinitus habet falsi nominis scientiam proscribendi , ne quis decipiatur per philosophiam, et inanem fallaciam '. Quapropter omnes chistiani fidèles hujusmodi opiniones, qiiae fidei doctrina; contrarise esse cognoscuntur , maxime si ab Ecclesia reprobatae fuerint, non solum prohibentur tanquam légitimas scientse conclusiones defendere, sed pro erroribus potius, qui fallacem veritatis speciem prac se ferant, babere tenentur omnino.

* Conc. Lat. V. Bulla Apostolici regiminis. 2 Goloss. II. 8.

dirigés convenablement, doivent de même conduire à Dieu , avec l'aide de sa grâce , et elle ne défend pas assurément que chacune de ces sciences dans sa sphère , ne se serve de ses propres principes et de sa méthode particulière, mais tout en reconnaissant cette juste liberté, elle veille avec soin pour les empêcher de se mettre en opposition avec la doctrine divine , en admettant des erreurs ou en dépassant leurs limites respectives pour envahir et troubler ce qui est du domaine de la foi.

Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements du genre humain , mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailhblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la Sainte Mère l'Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s'en

Neque solum fides et radio inter se dissere nunqiiam possunt, sed opem quoque sibi mutuam ferunt, cum recta ratio fidei fundamenta demonstret, ejusque lumine illustrata rerum divinarura scientiam excolat ; fides vero rationem ab erroribus liberet ac tueatur, eamque multiplici cognitione instruat. Quapropter tantum abest ut Ecclesia bumanarum artium et disciplinarum culturse obsistat, ut banc multis modis juvet atque promoveat. Non enim commoda ab iis ad hominum vitam dimanantia aut ignorât aut despicit ; fateturimo, eas quemadmodum a Deo, scienliarum Domino, profectoG sunt, ita si rite pertractentur , ad Deum, juvante ejus gratia , perducere. Nec sane ipsa vetat , ne hujusmodi disciplinée in suo quseque ambitu propriis utantur principiis

écarter sons prétexte et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes.

Croisse donc et se multiplie abondamment, dans chacun comme dans tous , chez tout homme aussi bien que dans toute l'Église, durant le cours des âges et des siècles, l'inteUigence, la science et la sagesse; mais seulement dans l'ordre qui lui convient, c'est-à-dire duns l'unité de dogme, de sens et d'opinion *.

* Vincent de Lérins , Common , n. 8.

et propria methodo ; sed justam hanc libertatem agnoscens , id sedulo cavet , ne divinae doctrinse repugnando errores in se suscipiant , aut fines proprios transgressi3e , ea , quse sunt fidei, occupent et perturbent.

Neque enim fidei doctrina , quam Deus revelavit , velut pbilosophicum inventum proposita est humanis ingeniis perficienda , sed tanquam divinum depositum Christi Sponsse tradita , fideliter custodienda et infallibiliter declaranda. Hinc sancrorum quoque dogmatum is sensus perpetuo est retinendus , quem semel declaravit Sancta Mater Ecclesia , nec unquam ab eo sensu , altioris intelligentiœ specie et nomine, recedenduin. Grescat igitur et multum vebementerque profîciat , tam singulorum , quam omnium , tam unius bominis , quam totius Ecclesise , œtatum ac sseculorum gradibus , intelligentia , scientia , sapientia : sed in suo dumtaxat génère , in eodem scilicet dogmate , eodem sensu , eademque sententia V

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