‹ Les Doctrines catholiques; ou, exposition des vérités enseignées dans l'église réunie, depuis Nicée jusqu'à la ive session du VatinChapitre 9 sur 98 · SIXIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE · texte numérisé non relu

SIXIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE

CONCILE DE CONSTANTINOPLE , EX 680, AU SUJET DE l'héré.sie des MONOTHÉLITES.

Il fut convoqué par Fempereur Conslanlin Pogonal, du conseutement du Pape Agatlion.

Sergius , patriarche de Coiistantinople , imbu des doctrines de Teutychianisme, était l'auteur de cette nouvelle hérésie. Sergius se flattait de faire revivre l'erreur sur l'unité de nature. Le monothélisme ne reconnaissait qu'une seule volonté en Jésus-Christ. Cette doctrine détruisait Fhumanité réelle de Jésus- Christ, puisqu'elle la supposait privée de volonté et d'opération, et on ne pouvait soutenir cette théorie sans nier par là même que Jésus-Ciirist soit véritablement homme. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, s'éleva avec force contre cette hérésie. Il assembla, à cette effet, un concile à Jérusalem et il écrivit une lettre aux évêques des grands sièges pour leur rendre compte de sa foi. Il s'appliqua à prouver l'unité de personne contre Nestorius, et la distinction des deux natures contre

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Eutychès. Il établit ensuite la doctrine de l'Église sur les deux opérations et les deux volontés en Jésus-Christ; car, disait-il, comme chaque nature conserve sa propriété , ainsi chacune opère ce qui lui est propre, puisqu'on ne connaît les natures que par les opérations.

Agathon députa au Concile ses légats munis de lettres renfermant des instructions très précises. Ce saint Pape y avait développé, d'une manière fort claire , la doctrine catholique. Il disait : « Comme les trois personnes divines n'ont qu'une nature, elles n'ont aussi qu'une volonté ; mais comme il y a en Jésus-Christ deux natures , il y a aussi deux opérations et deux volontés. » Cette doctrine , il l'appuya de l'autorité des saintes Écritures et des Pères de l'Église.

Le lieu des séances du Concile fut un salon du palais impérial, nommé en latin Trullus, c'est-à-dire le Dôme.

I^ Session. — L'empereur y assista. A cette première séance environ quarante évêques seulement étaient présents; les autres n'étaient pas encore arrivés. Les députés des prélats absents tinrent le rang des sièges , dont ils étaient représentants, quoique simples prêtres. Les légats apostoliques parlèrent les premiers , et adressèrent un discours à l'empereur. Depuis environ quarante ans , dirent les légats, Sergius, patriarche de Constantinople, et d'autres ne reconnaissent en Jésus-Christ qu'une

volonté et qu'une simple opération. C'est là une erreur et le Saint-Siège l'a condamnée. Les actes du Concile d'Énlièse furent lus.

11^ Session. — 40 novembre. On cita les décrets du Concile de Chalcédoine. On insista sur le passage de la lettre de saint Léon à Flavien , où il est dit : (( Chaque nature fait ce qui lui est propre avec la participation de Tautre. Le Verbe opère ce qui convient au Yerbe , et la chair ce 'qui convient à la chair. » A ce raisonnement , Macaire d'Antioche , et ceux de son parti, ne peuvent apporter aucune objection sérieuse.

III^ Session. — 13 novembre. La définition de la foi de Chalcédoine fut examinée tout entière, et il fut constaté qu'elle ne disait rien touchant une opération. L'empereur ordonna à Macaire et à ses adhérents de prouver leur doctrine par des textes des saints Pères.

IV^ Session. — 15 novembre. On lut les deux lettres du pape Agathon. On vérifia certains documents falsifiés et surtout les décrets du cinquième Concile général , dont les Monothélites avaient altéré plusieurs passages.

Te Session. — Macaire d'Antioche cita certains endroits des saints Pères. Il prétendait en déduire que Jésus-Christ n'a qu'une volonté, qui est celle du Père et du Saint-Esprit.

VI^ Session. — Les légats firent observer à l'empereur que Macaire n'avait pas rapporté exactement

les passages des Pères. Ils demandent à voir les livres originaux, d'où étaient tirées les citations faites par Macaire.

VII^ Session. — Le Concile entendit la lecture des passages des saints Pères , rapportés par les légats.

VIII^ Session. — 7 mars. Le patriarche Georges affirma avoir examiné soigneusement les textes cités par les légats , et les déclara conformes aux écrits des saints Pères. Alors les évoques suffragants de Gonstantinople se rendirent à l'évidence, adoptèrent les deux lettres du pape Agathon et confessèrent les deux volontés et les deux opérations en Jésus-Ghrist. Quant à Macaire , il s'obstina dans son erreur. Gonvaincu que l'hérétique avait falsifié les écrits des saints Pères, le Goncile s'écria : « Anathème au » nouveau Dioscore. »

IX^ Session. — Macaire n'y assista pas. On continua l'examen des citations des saints Pères ; l'examen terminé, le Goncile fit cette déclaration à Etienne , moine et disciple de Macaire d'Antioche : « Loin d'avoir prouvé, vous et votre maître, une volonté unique en Jésus-Ghrist, nous avons trouvé , que saint Athanase enseigne clairement deux volontés ; mais vous avez falsifié vos citations empruntées à cet auteur. Ainsi, comme coupable d'avoir corrompu la doctrine des Pères, nous vous déclarons déchus de toute dignité et fonctions sacerdotales. »

X^ Session. — Le recueil des passages des saints Pères , produits par les légats, el prouvant deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ, furent mis sous les yeux du Concile. Celui-ci collationna sur les originaux les passages tronqués des hérétiques prétendant ne reconnaître qu'une volonté et qu'une opération en Jésus-Christ.

XI^ Session. — On communiqua la lettre de saint Sophrone , patriarche de Jérusalem, à Sergius de Constantinople. Ensuite on lut quelques écrits de Macaire et de son disciple. Ils furent reconnus infectés des fausses doctrines des hérétiques.

XII^ Session. — Les quatre magistrats , nommés par l'empereur pour assister à cette session, étaient présents. Il y avait quatre-vingts évéques, car le nomhre croissait à chaque séance. Le Concile fit lire la lettre de Sergius au Pape. Des notaires sont envoyés à Macaire pour lui faire reconnaître ses écrits. Il ne les désavoua point. Les évéques demandèrent qu'il fût hanni de Constantinople avec ses sectateurs.

XIII^ Session. — Le Concile prononça son jugement contre les monothélites.

Le Pape Honorius fut aussi blâmé parle Concile. Mais le Concile, étant du nombre de ceux qui n'ont pas été présidés par le Pape en personne, ne pouvait avoir d'autorité réelle qu'autant qu'il obtiendrait pour ses décrets la confirmation du Saint-Siège et dans la mesure et les limites où s'étendait cette confirmation.

Une lettre, écrite par le Concile à saint Agalhon et signée par tous les Pères, demandait à ce Pontife la confirmation des décrets conciliaires. La première partie de la lettre des Pères disait qu'on avait frappé d'anathème Théodore de Pharan, Sergius, Honorius, Gyrus, Paul Pyrrhus et Pierre, et que cette sentence avait été portée à l'instar de celle qu'Agathon avait prononcée lui-même. La lettre, adressée par saint Agathon au sixième Concile, flétrissait en effet comme monothélites, Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie , Sergius , Pyrrhus , Paul et Pierre de Constantinople ; mais la lettre de saint Agathon ne renferme point le nom à' Honorius \

Saint Agathon mourut avant que la lettre des Pères du sixième Concile lui fût parvenue. Saint Léon II succéda à saint Agathon. Il répondit en proclamant la parfaite orthodoxie de la défmition rendue par le Concile, relativement à la question dogmatique pour laquelle la sainte assemblée avait été convoquée. Le Pape , passant ensuite aux anathèmes que le Concile avait prononcés, c'est alors qu'il spécifie , dans son jugement souverain , dans quel sens Honorius doit être jugé.

Nous verrons à la XVIII^ session que le décret concilaire mêle le nom d'Honorius à ceux de Théodore de Pharan , de Sergius , de Pyrrhus , Paul et Pierre de Constantinople et de Cyrus d'Alexandrie.

* Voir Labbe, tome VI, coll. 678.

Saint Léon n'accepte Tanathème qu'en faisant cesser cette confusion, cette injuste promiscuité. Il frappe dans un même anathème comme hérétiques dogmatisants , Théodore de Pharan , Gyrus d'Alexandrie, Sergius , Pyrrhus , Paul et Pierre de Constantinople. Pour Honorius , saint Léon II use d'une formule toute particulière, et crée pour lui une formule de condamnation toute différente de celle employée à l'égard des auteurs du monothélisme. En effet, le Pontife après avoir frappé ceux-ci indistinctement ajoute : « Et aussi Honorius qui n'a pas fait resplen- ); dir de la doctrine apostolique cette Église apos- » tolique \ mais par une trahison profane , a laissé )) la foi qui doit être sans tache, exposée à la » subversion '. »

Quoiqu'il en soit de la condamnation d'Honorius par le Concile même , à ceux-là qui n'admettent pas la falsification de certains passages des décrets de cette assemblée, nous dirons que le vrai Concile^ celui auquel le Souverain Pontife a donné, par les termes de sa confirmation, la forme canonique, ce Concile-là, le seul qui s'impose à la croyance catholique , a seulement frappé Honorius comme gardien et défenseur trop faible de la foi, et non comme sectateur de l'hérésie.

La vérité historique interdit d'aller plus loin.

De Rome.

Voir Labbe , ihid. colL 1117.

Le Liber diurnus Romanorum Pontificum est le plus fort argument que Ton puisse alléguer contre Honorius ; mais il faut avoir soin de faire observer que sur la liste des noms lié tris dans la formule du Liber diurnus , celui d' Honorius est accompagné d'une clause qui le sépare des hérétiques proprement dits, et le range au nombre de ceux qui ont favorisé l'erreur par leur négligence. « Auctores

)) vero novi hœretici doymatis Sergium, Pyrrhum

)) una cum Honorio qui pravis eorum assertionibus

y> fomentum impendit simili etiam nos condem-

)) natione percelUmus anathematis K »

Le savant dom Guéranger, répondant à Mgr Maret relativement à la condamnation d'Honorius, s'exprime ainsi : « On le voit avec évidence, Sergius , Pyrrhus » et les autres hérétiques sont anathématisés ensem- » ble; Honorius n'est pas compris parmi eux, » L'anathème lui est infligé pour avoir donné lieu, » par ses coupables ménagements, aux développey) ments de leurs opinions impies. »

On peut aussi se poser cette question : Les pièces du procès du Pape Honorius sont-elles authentiques? Bellarmin et Baronius soutiennent , en alléguant de graves raisons , que les actes du sixième Concile œcuménique ont été falsifiés. Le P. Bottala a publié récemment en anglais un excellent travail sur cette importante question du Pape Honorius'.

' Liber diurnus Romanorum Pontificum. Édit. Migne, page 52. ^ Le Pape Honorius devant le tribunal de la raison et de l'histoire, Londres.

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Les arguments du savant théologien démontrent clairement qu'Honorius n'a pas donné de définition dogmatique dans le sens rigoureux du mot. Une décision directe lui paraissait inopportune et même dangereuse à cause de Texaltation des esprits. Le monothélisme , tel qu'il l'avait jugé sur les informations insidieuses de Sergius, lui apparaissait sous la forme d'une subtilité de terminologie par laquelle des esprits inquiets troublaient la paix de l'Église , mais dont la discussion revenait de droit aux grammairiens. Il laisse à ces derniers le soin de décider s'il vaut mieux dire qu'il y a une opération en Jésus-Christ parce que la personne est une , ou si l'expression de deux ou même plusieurs opérations est préférable , à raison des deux natures et de leurs manifestations multiples. Le P. Botalla fait voir, en outre, que la doctrine des lettres incriminées est orthodoxe, que d'ailleurs le Concile n'a pas condamné Honorius comme ayant enseigné Terreur ex cathedra ; il montre que le Concile ne reproche aucune erreur de doctrine à Honorius, bien qu'il condamne en lui une coupable complaisance pour les chefs de l'hérésie. L'erreur d'Honorius consiste dans une malheureuse tactique du silence par laquelle il crut étouffer le monothélisme , et qui , de fait , permit à l'hérésie de prendre plus de développement et d'exercer de plus grands ravages dans les âmes. Alzog, dans son Histoire universelle de V Église ^

dit, en parlant du VI^ Concile œcuménique : (( Ser- » gius , Gyrus , Pyrrhus et Paul furent condamnés » comme auteurs, fauteurs et défenseurs du mono- » thélisme, et le pape Honorius blâmé comme ayant » imprudemment favorisé l'erreur. » Noël Alexandre est du même avis \ Dans sa dissertation sur ce sujet, sont en môme temps exposés les jugements relatifs à Honorius par ses successeurs. L'auteur , bien connu pour ces opinions gallicanes , termine ainsi ses recherches - : « Concluons donc-, dit Noël » Alexandre, qu'Honorius a été condamné par le » Vl^ Concile non comme hérétique, mais pour avoir » favorisé l'hérésie et les hérétiques, et s'être rendu » coupable de négligence en ne les réprimant pas ; » il fut justement condamné parce que les auteurs )) et les fauteurs de l'hérésie sont tenus de la même » faute. Honorius a parlé avec Sergius, Cyrus et » les autres monothélites et a employé leurs ex- )) pressions , mais avec un esprit orthodoxe et un )) sentiment profondément éloigné de leur erreur ; )) car il n'a pas nié absolument deux volontés en » Jésus-Christ ; il a nié deux volontés contraires. » (( Concludamus itaque Honorium a sexta synodo damnatum non fuisse ut hœreticum , sed ut hœreseos et Hœreticorum fauforem , utque reum negligentiœ in illis coercendis ; et juste fuisse damnatum , quia

' Cfr. Natalis, Alex., Hist. ecclesiast. sœc. VIL dissert. II, de Honorii damnatione in synodo VI œcum., t. X, p. 410-38. - P. 431-432.

eadem culpa erroris fautores ac auctores ipsi tenenhir. — Honorius cum Sergio , Cyro , etc MonothelUis locutus est (eorumque voces usurpavitj , sed mente catho lica , et sensu ah eoriim errore penitus alieno : siquidem absolute duas voluntates Christi non negavit , sed voluntates pugnantes , ut supra ostendimus ' . »

Mgr Héfélé, d'ailleurs très sévère pour Honorius, est forcé cVen venir aussi à cette conclusion : ce On » peut donc dire, écrit-il , dans son histoire des » Conciles , que le fond de l'opinion d' Honorius , » la base de son argumentation était orthodoxe , et » que lui-même l'était de cœur ; toute sa faute )) consista en une maladroite exposition du dogme » et en un manque de logique '. »

XIV^ Session, le 5 avril. — On procéda à l'examen de la falsification du cinquième Concile. Cette falsification avait déjà été reconnue dans la troisième session, et les évêques après avoir examiné les deux volumes en parchemin et le rôle en papier qui était l'original de la septième session , constatèrent qu'on y avait ajouté le prétendu discours de Mennas à Vigile et ceux de Vigile à Justinien. Le Concile dit anathème aux falsificateurs du cinquième Concile et à tous les hérétiques , qui enseignent une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ.

' Cfr. Palma, Praelectiones hist. ecclesiast., t. II, pp. 104-129. ' Histoire des Conciles, t. IV, p. 45.

XV^ Session, le 26 avril. — Le moine Polychrone, accusé de soutenir les erreurs de Macaire , fut sommé d'expliquer sa doctrine : il déclara n'admettre qu'une volonté et une opération théandiiques. Le moine obstiné fut condamné et déposé.

XVI^ Session, le 0 août. — On entendit la profession de foi de Constantin, prêtre de l'église d'Apamé en Syrie ; il soutenait la doctrine de Macaire sur l'unité de volonté en Jésus-Christ. Comme il persistait dans son erreur, il fut anathérnatisé , et expulsé du sein de l'assemblée.

XVII^ Session. — Le Concile discuta de nouveau sur l'opportunité de la définition de foi.

XVIII^ Session. — L'empereur assista à cette séance. Plus de cent soixante évêques étaient réunis; on lut la définition de foi , ainsi conçue : « Le Concile déclare , qu'il adhère aux cinq conciles précédents ; il rapporte les symboles de Nicée et de Constantinople ; il condamne les auteurs de l'erreur , et nommément Théodore de Pharan, Sergius , Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, Honorius, Cyrus d'Alexandrie, Macaire, d'Antioche, et Etienne son disciple ; il approuve les lettres du Pape Agathon; il explique le dogme de l'Incarnation et décide qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés et deux opérations naturelles, et défend d'enseigner autre chose sous peine de déposition pour les clercs, et d'anathème pour les laïques.

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