VIGILE
Ce qui donna lieu à la convocation de ce Concile furent :
1^ Les troubles excités au sujet des erreurs attribuées à Origène.
2^ Les écrits de Théodore de Mopsueste, la lettre d'Ibas , et l'ouvrage de Théodoret contre les deux anathèmes de saint Cyrille : trois sortes d'écrits connus sous le nom des Tr ois-Chapitres.
3° L'édit de l'empereur Justinien contre ces trois pièces et composé par Théodore de Césarée, portant le titre de confession de Ghalcédoine. Cet édit prétendait obliger tous les évêques à le signer sous peine d'exil; enfm le refus d'un grand nombre d'évêques , qui croyaient, en le signant, ébranler l'autorité du Concile de Chalcédoine ; la résistance du Pape Vigile , envers qui on employa la violence pour l'engager à condamner les Trois-Chapitres ; l'avis de Vigile connu sous le nom de « Judicatum »
par lequel il condamnait les Tr ois-Chapitres sans préjudice de l'autorité du Concile de Ghalcédoine; la condamnation du même Pape par les évoques d'Afrique, défenseurs des Trois- Chapitres et dont le plus célèbre fut Facondus, auteur d'un traité en douze livres, et composé pour soutenir la doctrine des Trois-Chapitres. Dans cet écrit, il prétend démontrer que les ennemis du Concile de Chalcédoine, sont les vrais auteurs de la condamnation des Trois-Chapitres , portée par l'édit de Justinien.
Le Pape Vigile, ayant enfin obtenu de l'empereur que l'on assemblât un Concile en Italie pour examiner la question des Trois-Chapitres , les Orientaux firent l'ouverture du Concile œcuménique le 4 mai, l'an 553, à Constantinople , dans la cathédrale.
Aux deux premières séances appelées conférences, assistèrent les trois patriarches de Constantinople , d'Antioche et d'Alexandrie , trois évêques députés par le patriarche de Jérusalem. Les Pères étaient en tout cent cinquante-et-un. On comptait cinq Africains, les seuls de tout l'Occident qui s'y trouvèrent. On lut un édit impérial relatif aux Trois- Chapitres, dans lequel les motifs de la convocation du Concile sont exposés.
Au sujet des Trois-Chapitres, on discuta la doctrine de Théodore de Mopsueste, comprenant soixanteonze articles. Jésus-Christ, selon cette doctrine, est l'image de Dieu. On l'honore comme on honore
l'image d'un prince ; il est fils adoptif. Le Verbe est un autre que l'homme qu'il a pris , etc. Les Pères du Concile, entendant ces nombreuses erreurs , prononcèrent Tanathème contre Théodore de Mopsueste et condamnèrent ses écrits.
Ensuite le Pape Vigile donna son décret appelé (^ Constitutiun, » adressé à l'empereur, dans lequel il rejeta les erreurs attribuées à Théodore.
Les Pères entendirent la lecture de quelques extraits de saint Cyrille. Ces passages réfutaient la doctrine de Théodore de Mopsueste. On lut d'autres travaux composés pour réfuter les faux raisonnements employés à défendre la nouvelle erreur.
La question de la condamnation des personnes après leur mort fut ensuite discutée ; on cita deux passages de saint Cyrille et de saint Augustin, qui établissaient la légitimité de ces peines posthumes. L'exemple d'Origène condamné par Théophile d'Alexandrie en fournit une nouvelle preuve.
Le second des Trois-Chapitres est soumis au jugement du Concile. On examina les passages des oeuvres de Théodoret, où il était constaté qu'il avait défendu Nestorius et combattu saint Cyrille ; mais il fut observé à sa décharge , qu'au Concile de Chalcédoine , Théodoret avait anathématisé Nestorius et sa doctrine impie.
Les Pères se font hre et la lettre d'Ibas et les actes du Concile d'Éphèse, approuvant les lettres de saint Cyrille ; on lut également les actes de Chalcé-
doiiie contenant l'approbation de la lettre de saint Léon. Les évoques examinèrent si ce dernier Concile avait réellement approuvé la lettre d'Ibas. Ils la comparèrent avec la foi reçue dans l'Eglise, y découvrirent cette proposition; « Ceux qui disent, » que le Verbe s'est incarné et s'est fait homme, » sont hérétiques et appollinaristes. » Les Pères jugèrent cette proposition tout à fait contraire à la définition du Concile de Chalcédoine. Tous la déclarèrent hérétique.
On fit connaître les déclarations que Vigile avait envoyées à l'empereur : le Pape anathématisait les Trois-Cha]jitres. Le Concile prononça sa sentence contre les Trois-Chapitres; elle est conçue en ces termes : « Nous recevons les quatre Conciles de Nicée, de Constantinople , d'Éphèse et de Chalcédoine. Nous enseignons ce qu'ils ont défini sur la foi. Nous condamnons Théodore de Mopsueste et ses ouvrages impies, et les impiétés écrites par Théodoret contre les douze anathématismes de saint CyriUe, contre le Concile d'Éphèse, et pour la défense de Nestorius et de Théodore. Nous anathématisons la lettre impie , que l'on dit avoir été écrite par Ibas à Maris Persan, laquelle nie que le Verbe se soit incarné et fait homme de la Vierge ; qui accuse saint Cyrihe d'être hérétique et appolinariste, et blâme le Concile d'Éphèse d'avoir déposé Nestorius sans examen. Nous anathématisons les Trois-Chapitres et leurs défenseurs, qui prétendent
les soutenir par l'autorité des Pères ou du Concile de Chalcédoine. Les évêques , au nombre de cent soixante-cinq, souscrivirent cette sentence.
Les Pères du Concile ajoutèrent à cette déclaration quatorze anathèmes renfermant en abrégé la doctrine de l'Incarnation , relativement aux erreurs qu'ils venaient de condamner. Au reste, cette assemblée confirma solennellement le Concile de Chalcédoine , le mettant au rang des trois précédents , et condamna bien explicitement l'hérésie d'Eutychès et la confusion des deux natures en Jésus-Christ.
On ne trouve point, dans les actes du Concile, la condamnation d'Origène , mais il n'est pas moins certain qu'il fut condamné. Cela est démontré par quinze canons que nous avons en grec, lesquels rejettent les principales erreurs de l'illustre écrivain. Ils portent le titre de cent soixante Pères du Concile de Constantinople. Le Pape Vigile approuva, la même année, tout ce qui avait été fait au Concile. C'est ce qu'il reconnaît dans sa lettre adressée au patriarche Eutychius.
On a beaucoup attaqué ce Pape à cause de ses variations. Bossuet lui-même l'a justifié : Miki persuasiim est, dit-il, omnia a Vigilio optimo consilio esse gesta\ Le savant de Marca% s'exprime ainsi : (( Il est bon d'observer , avec les Papes Pelage et
' Defens. declar., 1. VII. c. 20.
- Concord.,I. III. c. 13.
saint Grégoire le Grand , que dans cette affaire on ne discuta pas de la foi, mais des personnes.... D'où il suit que, dans cette controverse, on pouvait ou juger avec toute la rigueur du droit ou user d'indulgence ; et ainsi l'emploi successif de ces deux moyens , qui implique un changement , loin d'être dans le Pape inconstance et légèreté, était , au contraire , de la prudence et de la maturité de conseil. » Le cardinal Noris et Thomassin sont du même avis que de Marca.