C. Card. Vicaire
Placide chanoine Petacci, secrétaire.
Le dogme de Finfaillibilitc n'a pas été proclamé sans rencontrer, comme on Ta vu, de l'opposition au sein de l'assemblée des Pères du Vatican. Mais la vérité déluiie n'en est pas moins sacrée pour tout catholique. L'assistance de l'Esprit-Saint est avec l'Église vivante, c'est-à-dire avec la tête unie aux membres du corps mystique de Jésus-Christ. La mort est incompatible avec ce corps vivifié par le souffle de l'Esprit de Dieu. Ce corps ne meurt plus : Resiirgens ex mortuis jam non moritur \
L'Église miUtante offrira toujours l'image de la lutte. Mais si la lutte est la condition de l'Église de la terre, sa destinée certaine est le triomphe, et le signe du triomphe c'est l'unité symbolsée par l'harmonie entre les membres et la tête. 0 Église immortelle , tu vaincras par ce signe ; In hoc signo vinces. Le Pape avec les évêques ou même une partie des évêques , voilà l'unité d'où jaillit la vie et d'où part l'enseignement infaillible de l'Église.
Que d'assemblées œcuméniques ont offert, comme celle du Vatican, le spectacle de la lutte, et cependant toutes ont confirmé l'unité de doctrine en déthiissant des vérités et en posant des symboles qui , pour tous les siècles , sont le signe du ralliement des vrais croyants.
Citons, à l'appui de notre assertion, quelques exemples historiques.
» Rom. VI, 9.
Au premier Concile de Nicée se dessinèrent quatre fractions bien distinctes.
La première , celle des orthodoxes , la plus nombreuse, avait à sa tête les légats du Pape. Le grand saint Athanase en était le principal théologien.
La deuxième fraction était formée par les Eusébiens modérés dont le chef était Eusèbe de Césarée. Elle tenait une sorte de milieu entre les orthodoxes et les ariens. Cependant elle penchait plus du côté des orthodoxes que du côté des ariens.
La troisième fraction se composait des Eusébiens appartenant à une nuance bien plus tranchée que les premiers. Elle se rapprochait davantage des ariens que des orthodoxes. Eusèbe deNicomédie la dirigeait.
La quatrième fraction, la moins nombreuse, mais la plus turbulente , professait ouvertement et audacieusement les doctrines ariennes.
Le saint Concile œucuménique, tout en fulminant l'hérésie des ariens purs , garda-t-il quelque ménagement envers les Eusébiens modérés dont la profession de foi avait reçu l'approbation de l'empereur Constantin? L'histoire nous répond tout le contraire. Le Concile n'usa point de tempérament. Il ne transigea avec aucune des trois fractions plus ou moins éloii:^nées de la vérité. Il aflirma clairement et sans détour le dogme catholique. La formule omoiisios atteignit du même coup toutes les trois opinions erronées, et la saine doctiine fut vengée et définie à jamais. L'Église chantera jusqu'à la fm des temps l'immortel symbole de Nicée.
Au premier Concile de Coristantinople , les partisans de Macédonius ne formaient pas moins du quart des membres de l'assemblée. Le Concile porta son décret sans égard pour cette imposante fraction, qui quitta brusquement Constantinople et alla répandre ses injustes plaintes dans une partie de TOrient.
Le Concile d'Éphèse, l'un des plus célèbres, eut à lutter contre une puissante minorité. Sur deux cents Pères réunis à Épbèse, près de quarante membres se séparèrent de la majorité, et établirent un conciliabule aux portes mêmes du Concile. Cette ardente fraction eut assez de crédit pour faire emprisonner saint Cyrille qui était à la tête des Pères orthodoxes. Mais le Concile persévérant, nrjalgré les obstacles, dans la voie stricte de la vérité, frappa d'anathème l'hérésie soutenue par une audacieuse minorité.
La même ligne de conduite a été suivie au second Concile de Constantinople. Les Pères de cette assemblée avaient aussi rencontré de l'opposition dont ils durent triompher.
Le deuxième Concile de Nicée , la septième assemblée œcuménique, n'eut-il pas également à lutter contre une minorité très-influente?
Dans d'autres Conciles, les minorités n'existèrent pas, ou du moins furent imperceptibles. A Trente, par exemple , les Pères réunis pour frapper les erreurs nées du protestantisme furent unanimes à affirmer la foi catholique, attaquée par les novateurs. Le but du Concile était de venger la doctrine catho-
lique contre les erreurs du protestantisme. La sainte assemblée se renferma, quant aux définitions des questions dogmatiques, dans les limites des nombreuses négations qu'elle avait devant elle.
Des controverses théologiques amenèrent bien quelques divergences.; comme elles touchaient à des matières qui n'étaient pas suffisamment élucidées dans les écoles, le Concile, conséquent avec lui-même, s'abstint à cet égard de formuler toutes espèces de définitions. Il montra par là qu'il n'était pas réuni pour terminer des disputes d'écoles entre les orthodoxes. Il ne voulut pas aller au-delà de sa mission doctrinale, qui était l'affirmation de la vérité catholique contre les négations du protestantisme.
Quelles qu'aient été, avant la définition de l'infaillibilité , les appréciations des Pères du Vatican , cette fois que le Concile a parlé , voici ce qui se produira : (( Un égal respect pour cette pleine puissance de paître, régir et gouverner l'Église universelle que le Souverain Pontife, père et docteur de tous les fidèles, a reçue de Jésus-Christ en la personne du bienheureux Pierre, prince des Apôtres'. »
La définition de l'infaillibilité n'a en soi rien qui puisse motiver l'émotion qu'elle a suscitée. Il suffit de la bien faire comprendre, et pour cela de*la réduire à ses véritables termes. En la dégageant des suppositions qui la dénaturent, des exagérations qui la
* Conc. de Flor. décr, un.
LES DOCTRINES CATHOLIQUES. 4i1
travestissent , toutes difficultés s'évanouissent. De quoi s'agit-il dans cette définition ? De déclarer le Pape impeccable ? Mais le Souverain Pontife , après cette définition, montant à l'autel du Seigneur pour offrir les saints mystères, continuera à dire cette prière au moment de l'oblation du pain qui doit être changé au corps de Jésus-Christ. « Recevez, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette hostie sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous offre pour mes péchés , pour mes offenses , pour mes négligences qui sont sans nombre. »
S'agit-il d'affirmer que le Pape , dans sa vie privée et en dehors de ses attributions de pasteur universel, est exempt d'erreur dans ses paroles et ses actes ? Nulle personne sérieuse ne peut avoir une pareille pensée.
Mais cette définition voudrait-elle peut-être attribuer au Pape le pouvoir d'introduire à son gré de nouveaux dogmes dans l'Église ? C'est là une crainte chimérique. Tout théologien sait parfaitement que le Pape , quelle que soit la plénitude de son autorité, ne pourra jamais faire la plus petite innovation dans le domaine des vérités révélées. Son pouvoir consiste à maintenir dans son intégrité le dépôt sacré de la révélation. De la révélation telle qu'elle est consignée dans nos Livres saints ou transmise à nous par une tradition universelle et constante , le Souverain Pontife peut préciser plus clairement le sens. Les vérités touchant la foi et la morale , voilà le terrain
OÙ se renferme , se circonscrit et s'exercera le privilège ineffable du Vicaire de Jésus-Christ.
Au sein de la société religieuse se glissent parfois des erreurs qui menacent de corrompre la virginale pureté de la doctrine révélée. Dans ce cas , le Pape intervient pour la [irotéger contre de sacrilèges violations. En sa qualité de Vicaire de Jésus- Christ, de père et de docteur de tous les chrétiens, il adresse à l'Eglise universelle des Constitutions pour lui signaler le danger et la prémunir contre les pièges de l'erreur. Dans ces circonstances, il rappelle, il montre aux fidèles quelle a été depuis les temps apostoliques et quelle est encore aujourd'hui la vraie croyance : celle-là même consignée dans rÉcriture Sainte ou tiansmise oralement par l'enseignement des Apôtres et de leurs successeurs, et placée sous "la garde tutélaire et incorruptible de l'ÉgUse. Il signale les points de doctrine niés ou dénaturés par l'esprit d'erreur ou de mensonge. Le Pape enjoint à tous de se conformer à sa définition souveraine et de demeurer inébranlablement attachés
à l'antique et invariable foi.
Nous nous posons encore cette question : Quelle
est l'autorité des difinitions pontiticales ? Sont-elles souveraines ces définitions sans que le Pape ait besoin de s'enquérir préalablement du consentement des évêques? Oui, elles sont souveraines et indépendantes. Tel est le sens du décret porté dans la IV® session du Concile du Vatican. Tous les évêques,
comme les simples fidèles, dès que les définitions pontificales ont été dûment promulguées , sont obliges d'y adhérer immédiatement d'esprit et de cœur. Et l'opinion de ceux qui prétendraient que les décisions des Papes n'ont d'abord qu'une autorité conditionnelle, provisoire, indécise, ne devenant absolue, définitive Qiirréformahle ({wq par suite de l'assentiment et de l'acceptation de l'Église universelle , cette opinion là , disons-nous , est désormais condamnée : elle est en opposition formelle avec le décret du Concile du Vatican. Il suffit d'en rappeler ici ce passage : a De telles définitions du Pontife romain sont cV elles-mêmes irréformahles et non en vertu du consentement de VEglise. »
Le Pape, souverain pasteur des brebis et des agneaux a reçu de Jésus-Christ plein pouvoir de régir et gouverner tout le troupeau \ C'est là notre foi, c'est celle qui nous a été transmise par nos Pères.
Eh bien , quand le pasteur suprême montrera au troupeau la voie que celui-ci doit parcourir et lui ordonnera de la suivre , des brebis défiantes ne viendront plus opposer à son ordre un prétendu droit de vérification et lui dire : Conducteur du troupeau avant de marcher sur vos traces , nous voulons d'abord nous assurer que vous ne vous égarez pas.
Et comment le Pape pourrait-il s'égarer? Le
' Conc. Flor. decr. citât.
Pape a reçu de Jésus-Christ la mission de confirmer ses frères dans la foi '.
Pour pouvoir confirmer ses frères dans la foi, le Pape doit être nécessairement infaillible. La croyance du fidèle serait toujours douteuse, chancelante, s'il lui arrivait de supposer un instant que le Vicaire de Jésus-Christ, celui-là même qui a reçu de si précises promesses peut être induit en erreur et faire fausse route. Lorsque le Pape adressera au peuple chrétien une définition suprême, qu'il parlera ex cathedra sur une question de dogme ou de morale, nous enfants dociles , nous ne lui dirons pas : « Vicaire de Jésus- Christ, nous vous reconnaissons pour père et docteur de tous les chrétiens-. » Mais nous ne serons obligés de croire à votre enseignement qu'après nous être assurés qu'il est juste et nous être convaincus que l'Église conduite par vous est avec vous.
Non , grâce à Dieu et grâce à la définition portée dans la IV^ session du Concile du Vatican, les catholiques ne se disputeront plus sur de telles contradictions doctrinales.
Du reste, quand on jette un regard attentif sur la lutte engagée au sujet de l'inerrance pontificale, on constate ce fait bien consolant : au-dessus de toutes les dissidences théologiques, au-dessus des disputes d'écoles, plane la respectueuse soumission du peuple
' Luc. 22 , 32.
* Conc. Flor. decr. citât.
catholique à la parole du successeur du prince des Apôtres, et jamais l'acceptation de l'Église universelle n'a fait défaut à aucune des Constitutions ou définitions pontificales dont les annales de l'histoire nous ont transmis la mémoire. La résistance ou la non-soumission serait le schisme. A quoi donc pourrait aboutir une temporisation qui en pratique offre de tels dangers ? Sinon à l'insubordination et même à la révolte. De plus, qui ne le comprend? Il faut à l'Église, comme à toute société bien organisée, il lui faut un gouvernement dont l'autorité ne souffre point de temps d'arrêt, point d'intermittence, un gouvernement qui mérite toujours, à chaque instant, le respect de tous, puisqu'il commande à ce qu'il y a de plus sacré dans Thomme : à la conscience. Cette non-interruption du gouvernement suprême de l'Église est encore nécessaire pour consolider sauvegarder la paix , et empêcher les ferments de dissorde. Et, en effet, si les actes du pouvoir suprême pouvaient être légalement suspendus , mis en échec et en suspicion pendant des temps indéterminés, que deviendrait dans l'Église la sécurité dont doit jouir le fidèle ? Et si ces actes du pouvoir suprême n'étaient exécutoires qu'après le contrôle et par Tadhésion facultative de ceux à qui ils s'adressent , où en serait l'unité doctrinale de cette Église avec laquelle Jésus-Christ est tous les jours et restera jusqu'à la consommation des siècles? Admettre que le divin Fondateur de la société reli-
gieuse ait donné à son œuvre cette constitution incomplète et défectueuse, c'est là une opinion formellement condamnée par le décret du Conciledu Vatican. Avant la décision prise dans la IV^ session de l'assemblée œcuménique, une fraction des Pères a pu avoir des appréciations différentes de celles qui ont été sanctionnées par cinq cent trentedeux suffrages auxquels le Souverain Pontife a donné sa conlirmation. Mais à Theure présente , tout catholique n'a plus qu'une seule voie légitime à suivre : celle indiquée par l'infaillible parole de l'Église enseignante. A chacun incombe désormais l'obligation d'accepter religieusement la décision finale età jamais irréformable du Concile œcuménique. Mais une appréhension que nous avons entendu exprimer est celle-ci : La société civile n'a-t-elle pas quelque danger à courir par suite de la proclamation du dogme de l'infaillibilité ? Nous répondons : Quel danger pourrait-elle courir ? Elle est complètement désintéressée dans la question théologique tranchée par les assises de la catholicité. Peu importe à l'État que les décisions pontificales soient infaillibles par elles-mêmes , ou , en d'autres termes, que ces définitions soient déclarées irréformales avant l'assentiment de FÉglise. Il est indifférent à la société civile que les cathoUques ne considèrent pas Firréformabilité des décrets pontificaux comme étant la conséquence de l'assentiment de l'Éghse ? Qu'importe cette décision purement dogmatique aux
hommes chargés de gouverner les peuples et de présider à leur destinées terrestres ? La décision du Concile touche à des intérêts purement spirituels ; elle se renferme dans le sanctuaire de la conscience ; c'est aux âmes qu'elle s'adresse. Aussi quelle loi civile pourrait en arrêter les elTets? Mais ceux qui rejettent l'autorité du Concile, et partant celle de l'Église, n'ont que faire des entraves du pouvoir civil. Ils sont, au point de vue des lois humaines, libres de rejeter cette défniition dogmatique, de se mettre bénévolement en dehors de l'Église. Quant à ceux qui croient à l'enseignement de l'Église se manifestant par l'organe d'un Concile œcuménique, quelle loi civile pourrait atteindre leurs convictions et modifier leurs sentiments? Des édits proconsulaires sont capables, je lésais, de jeter l'inquiétude et le trouble parmi les enfants d'une même patrie, mais ces lois iniques ne parviendront jamais à changer les convictions des enfants soumis de l'Église. Ceux-ci sont persuadés que l'Esprit-Saint assiste le Vicaire de Jésus-Christ, chaque fois que remplissant la charge de docteur et de pasteur de tous les chrétiens, il déiinit une doctrine sur la foi et les mœurs.
Il est des hommes inquiets qui craignent que la définition du dogme de l'infaillibilité ne modifie les rapports entre les États et le Saint-Siège. Après la définition comme avant la promulgation
de ce dogme, raction des États restera limitée à la sphère que Dieu leur a assignée. Leur mission n'est point de s'immiscer dans les questions purement religieuses. L'Église, de son côté, doit demeurer libre de pourvoir, selon les exigences des temps, à la défense comme au maintien de sa constitution divine.
Par la définition de l'inerrance pontificale , le Concile a consolidé pour l'avenir l'unité doctrinale. Les émotions du présent seront bien vite apaisées. L'inaltérable paix resserrera d'un lien plus intime les cœurs des enfants de la grande famille catholique, elle les groupera pour les siècles, avec une indestructible confiance, autour de leur Père, le Vicaire de Jésus-Christ. Ils s'attacheront davantage encore au chef visible de l'Église ; ils se laisseront docilement diriger dans les voies sûres qui conduiront l'humanité à ses immortelles destinées. Fiat un us Pastor , et umim ovile.
Une autre objection a encore couru sur les lèvres de quelques hommes insoumis : Le Concile n'a pas été libre. Cette objection est aussi ancienne que les définitions de TÉglise. Elle a retenti sur les lèvres des hérétiques de tous les siècles.
Je m'adresse aux six cents évêques, témoins authentiques du Concile du Vatican et je me permets de leur poser respectueusement cette question : Étiez-vous assez libres pour faire un acte moral en définissant le dogme de rinfaillibilité pontificale?
LES DOCTRINES CATFIOLIQUES. 449
C'est une question de fait. Peu emportent les insinuations d'esprits malveillants. Voilà six cents évoques qui ont signé les décrets du Concile du Vatican. Si ces juges de la foi n'avaient pas la liberté absolument nécessaire pour poser un acte moral, ils ont trahi leur mandat sacré , ils ont égaré les fidèles et forfait à leur honneur et à leur devoir. Et quel homme sensé, oserait faire l'injure à une assemblée, composée d'hommes les plus graves et les plus honorables, d'avoir prononcé une sentence que la conscience désapprouverait ? Poser une telle question devant le bon sens, c'est la résoudre.
La première période du Concile du Vatican est terminée. Le doi^me dont la définition avait tant préoccupé certains esprits prévenus , a fait son entrée dans la société avec le plus grand calme. Tous ceux qui s'apprêtaient à vociférer des injures à l'adresse de l'Église, — et le nombre en était grand — tous ont subitement et forcément porté leurs regards inquiets à l'horizon politique où apparaissaient les signes avant- courreurs d'une formidable tempête.
Au lendemain de la première période du Concile,, une guerre gigantesque éclate entre deux puissantes nations , et voilà tous les esprits absorbés par les graves préoccupations que fait naître cet horrible fléau , fondant sur le monde comme un ouragan destructeur. Sous l'emipire de l'attention générale portée vers ce grave événement , la vérité inspirée
par l'Esprit de Dieu, fait paisiblement son apparition au sein de la société. La diplomatie , plongée dans les soucis des choses de ce monde où elle devrait toujours se confiner, n'a pas même eu le loisir de se moquer, en ce moment providentiel, de cette divine messagère , et de dire comme Pilate : Qu'est-ce que la vérité ?
Les incrédules , les esprits forts qui s'apprêtaient à la saluer de leurs sarcasmes voltairiens , effi-ayés par le bruit du canon, ont fait trêve de blasphèmes. Mais vienne un jour de calme et de sécurité , ces opiniâtres insulteurs reprendront leur concert satanique et jetteront l'injure à la face de cette fille du ciel. Et qu'importent leurs cris de rage? Ils ne détrôneront pas une vérité éternellement définie. Elle demeurera, pendant qu'eux passeront, comme ces eaux bouillonnantes de nos fleuves qui vont se perdre dans le gouffre de l'Océan.
Ce dogme , la multitude des fidèles Taccueillera avec soumission. L'infaillibilité du Souverain Pontifie parlant ex catliedra sur des matières de foi et de morale , reconnue par l'autorité du Concile œcuménique, sera crue avec une religieuse fidélité par les viais catholiques.
A ceux qui auraient des difficultés de comprendre les motifs de la nouvelle définition, à ceux-là nous soumettrons les judicieuses observations d'un organe du protestantisme.
Le journal anglais, Tlie Spedator, dans un article
dont le Tablet donne le résumé , formulait à ce sujet les sept propositions suivantes :
(( l^ Nous n'avons jamais douté de l'inévitable définition d'un dogme , qui n'est autre chose que le complément logique de la doctrine catholique et le terme de son développement séculaire.
2^ La majorité qui a sanctionné ce dogme est beaucoup plus considérable que celle par laquelle l'arianisme a été proscrit au Concile de Nicée, et le vote de cette majorité peut être considéré comme absolument défmilif.
30 II n'y a aucune vérité dans Tallégation que le Concile n'a pas été libre. Il n'y avait personne dans l'assemblée qui n'eût pu crier, non placet , s'il Teût voulu.
40 Ce dogme, que l'on qualifie de dogme nouveau , a été accepté pratiquement par l'Église pendant des siècles , bien qu'il ne fut pas formulé comme article de foi.
50 On prétend y voir une insulte à la raison mais la raison ne répugne pas davantage à reconnaître l'infaillibilité d'une personne que celle d'un livre ; et la première a, sur le second, l'avantage de pouvoir s'expliquer elle-même.
6° On a soutenu que, pour promulger un dogme aussi immense , il fallait obtenir une unanimité morale évidemment irréalisable ; comme si le Saint- Esprit ne pouvait passe manifester par une majorité
aussi bien que par Tunanimité.
7° Le libéralisme catholique n'est guère qu'une contradiction dans les termes; tout au plus, est-ce le rêve de quelques hommes d'esprit qui , loin d'être nécessaires a TÉglise , ne feraient que fortifier son organisation s'ils se décidaient à l'abandonner. »
Quelques personnes pouri'aient peut-être se demander si les décrets portés par le Concile du Vatican sont obligatoires pour toute la catholicité. Afin de dissiper tous les doutes et mettre hors de contestation , la force pleinement obHgatoire dont jouit actuellement la Constitution promulguée dans la IV^ session du Concile du Vatican , le Pape , par l'organe du cardinal Antonelli , a fait adresser les instructions suivantes au Nonce apostolique de Bruxelles. Ces instructions regardent tous les pays de la chrétienté.
« Ihustrissime et Révérendissime Seigneur,
11 est venu à la connaissance du Saint-Siège que quelques fidèles, et peut-être même tel ou tel évêque , pensent que la Constitution apostolique proclamée au Concile œcuménique du Vatican, dans la session du 18 juillet dernier, n'est pas obligatoire , tant qu'elle n'a pas été publiée solennellement par un acte ultérieur du Saint-Siège. 11 n'est personne qui ne comprenne combien une supposition de ce genre est étrange. La Constitution dont il s'agit a été l'objet de la promulgation la plus solennelle possible, le jour même que le Souverain Pontife l'a solennellement confirmée et promulguée
dans la Basilique du Vatican , en présence de plus de cinq cents éveques. En outre, elle a été affichée avec les formalités ordinaires dans les lieux ofi ces publications se font habituellement h Uome , l)ion que cette mesure ne fut aucunement nécL^^ssaire dans le cas présent. En conséquence, d'après la règle connue, cette Constitution est devenue obligatoire pour le monde catholique entier, sans qu'il soit besoin qu'elle lui soit notifiée par quelqu'autre promulgation que ce soit.
J'ai cru devoir adresser ces courtes observations à Votre Seigneurie Illustrissime, afin qu'elles puissent lui servir de règle, dans le cas où il se produirait des doutes de quelque part que ce soit.
Rome , le 11 août.
J. Gard. Antonelli. »
Les travaux du Concile pendant le mois d'août (1870), bien que ralentis à cause du départ d'un grand nombre d'évêques , n'ont cependant pas été entièrement interrompus.
Les Pères demeurés à Rome, la plupart appartenant aux pays de missions , se sont occupés des moyens de donner un plus grand essor à la propagation de l'Évangile parmi les nombreuses régions encore assises à l'ombre de la mort.
Le 13 août, ils se sont réunis en congrégation générale pour discuter cet important sujet. Le nombre des Pères étrangers, présents à la séance, était de
cent quarante-six. En ajoutant les prélats, les Abbés et généraux d'ordres religieux résidant habituellement à Rome , ainsi que les membres du Sacré-Collége, on comptait à cette époque encore deux cent cinquante Pères du Concile.
Parmi les évoques qui avaient dû retourner dans leurs diocèses, se trouvaient plusieurs membres de la commission de discipline ecclésiastique. Pour combler les vides faits dans cette commission par les absents, la congrégation du 13 août a nommé les nouveaux membres suivants :
NN. SS
Vincent Jekelfalusy , évêque d'Albe-Royale (Hongrie) ; Michel Paya y Rico, évêque de Cuenca (Espagne); Benvenuto Monzon y Martins , archevêque de Grenade
(Espagne); Jacques Quinn , évêque de Brisbane (Australie); Joseph Targioni, évêque de Volterre (Toscane); François-Robert Blanchet , archevêque d'Oregon-City
(États-Unis); Pierre-Paul Trucchi , évêque de Forli ; Alexandre Franchi , archevêque de Thessalonique ; Jacques Baillés , ancien évêque de Luçon ; Vincent Moretti , évêque d'Imola.
A peine reconstituée, la commission de discipline ecclésiastique s'est mise à l'œuvre. Dans la congrégation du 23 août, elle a rendu compte d'un projet relatif à l'administration des diocèses pendant la vacance du siège épiscopal.
LES DOCTRLNES CATHOLIQUES. 455
Les Pères du Concile se proposaient , dans une congrégation , de délibérer sur les moyens qui pourraient être employés pour inspirer encore davantage aux ecclésiastiques une vie digne de leur sublime et sainte vocation.
Le 4^'' septembre, les Pères, au nombre de centquatre ont tenu dans la basilique vaticane leur LXXXIX<^ congrégation générale. Ils ont examiné les amendements proposés relativement au schéma sur le siège épiscopal vacant. Ainsi que le prescrit le règlement, le texte de la rédaction de ce décret disciplinaire a été envoyé à la commission dé discipline ecclésiastique. Celle-ci devra le modifier dans le sens des amendements votés dans la congrégation.
Dans une autre séance, le décret sera soumis aux suffrages des Pères qui auront à voter par placet ou non placet.
Mais quand le Concile pourra-t-il de nouveau tenir ses séances? L'armée italienne profitant du désarroi général où se trouve l'Europe par suite d'une guerre formidable, s'avance à la sourdine vers Rome. La voilà qui, avec une armée de soixante mille hommes , va faire la facile conquête d'une ville paisible , gardée par une héroïque petite phalange. Elle franchit les murs de la sainte Cité qui abrite la liberté des Pères du Concile. Le Patrimoine de saint Pierre est totalement envahi. Dans ses lamentables conjonctures, le Souverain Pontife n'est plus libre et les Pères du Concile non plus.
Cédant devant la violence , le Pape annonce à l'univers non pas la clôture, mais la suspension du Concile œcuménique.
Voici ce document qui montre l'inébranlable confiance du Chef de l'Église et respire en même temps la profonde amertume , dont le cœur de Pie IX est abreuvé :
Plus p. p. IX AD FUTURAM REI MEMORTAM.
« Depuis que, par la grâce de Dieu, il Nous a été donné de commencer, l'année dernière, la célébration du Concile œcuménique du Vatican , Nous avons vu , par un effort suprême de la sagesse , de la vertu et de la sollicitude des Pères, qui y sont venus en très-grand nombre de toutes les parties du monde , la marche de cette œuvre très-sainte et très-importante, procéder de façon à Nous donner l'espérance certaine d'en recueillir heureusement les fruits, que Nous souhaitions de tout notre cœur pour Futilité de l'Église de Dieu et de la société humaine.
Et en effet, après quatre sessions publiques et solennelles. Nous avons établi et promulgué, avec l'approbation du même sacré Concile, quatre Constitutions salutaires et opportunes, en matière de foi ; et d'autres questions relatives soit à la foi , soit à la discipline ecclésiastique, ont été examinées par les Pères , questions qui pouvaient être bientôt promulguées et sanctionnées par l'autorité de l'Église enseignante.
Nous avions la confiance que tous ces travaux ,
grâce aux études communes et au zèle de l'assemblée, auraient marché et suivi un cours facile et prospère , qui les aurait conduits à la lin désirée. Mais rinvasion sacrilège de cette auguste Cité de Notre Siège et du reste des provinces de Notre domaine temporel, par laquelle, contre toute loi et avec une perfidie et une audace incroyable, ont été violés les droits inébranlables de Notre principauté civile et du Siège apostolique , nous ont mis dans une telle situation , que , Dieu le permettant ainsi dans ses inscrutables jugements, Nous sommes absolument placé sous une domination et une puissance ennemie.
Dans ce lamentable état de choses. Nous trouvant empêché de plusieurs façons dans le libre et facile exercice de Notre suprême autorité, qui nous a été divinement conférée, et sachant très -bien que les Pères du Concile du Vatican ne pourraient pas avoir, à cause de la situation présente, dans notre auguste ville de Rome , la liberté , la sécurité et la tranquillité nécessaires pour traiter régulièrement avec Nous les afiaires de l'Église ; jugeant d'ailleurs que les besoins des fidèles , au milieu des calamités si grandes et si connues de l'Europe, ne permettent point à tant de pasteurs de s'éloigner de leurs Églises ;
Pour ces motifs , voyant avec une grande douleur de notre âme les choses arrivées au point de Nous
empêcher de continuer en ce moment le Concile du Vatican , après mûre délibération , de Notre propre mouvement, en vertu de Notre autorité apostolique , Nous , par la teneur de la présente , le suspendons et le déclarons suspendu jusqu'à un autre temps plus opportun et plus commode, qui sera déterminé par ce Siège apostolique ; et Nous prions Dieu , auteur et vengeur de son Église , pour que tous les empêchements ayant enfin disparu, il rende le plus tôt possible à son Épouse très-fidèle la liberté et la paix.
Ensuite, comme lorsque l'Église est éprouvée par des périls et des maux plus grands et plus graves, on doit d'autant plus insister nuit et jour auprès de Dieu, père de Notre Seigneur Jésus-Christ, père des miséricordes et de toute consolation , Nous voulons et Nous ordonnons que les choses que Nous avons établies et disposées dans notre Lettre apostolique du 11 avril de l'année dernière , par laquelle Nous avons concédé à tous les fidèles une indulgence plénière en forme de Jubilé à l'occasion du Concile œcuménique, demeurent dans leur force et vigueur, suivant le mode et le rite prescrits dans la même Lettre , comme si la célébration du Concile continuait.
Telles sont les choses que Nous étabUssons, déclarons et ordonnons, nonobstant toute chose à ce contraire , déclarant vain et non avenu tout ce qu'on
oserait faire à rencontre , sciemment ou par ignorance, par quelque autorité que ce puisse être.
Et qu'à personne il ne soit permis de lacérer ces pages contenant Notre suspension , publication , volonté , commandement et décret , et que nul ne les contredise. Que si quelqu'un avait la présomption d'y -attenter, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout puissant et des bienheureux Pierre et Paul , ses Apôtres.
Afm que la présente soit connue de tous les intéressés , Nous voulons que la Lettre même, avec les exemplaires, soit affichée et publiée aux portes de l'église de Latran , de la basilique du Prince des Apôtres et de Sainte-Marie-Majeure de Rome, et qu'ainsi affichée et publiée elle oblige tous et chacun de ceux qu'elle concerne , comme si elle avait été à chacun d'eux nominativement et personnellement intimée.
Donné à Rome , près Saint-Pierre , sous l'anneau du Pêcheur, le vingtième jour d'octobre de Fannée 1870.
Et de Notre Pontificat la vingt-cinquième.
N. Gard. Paracciani Glarelli. »
Le Concile du Vatican si providentiellement rassemblé est interrompu ; mais bientôt luira le jour où il pourra reprendre le cours de sa mission sacrée. C'est une œuvre que Dieu a commencée , il ne la laissera pas inachevée. Elle aura son splendide couronnement.
Nous assistons à une de ces époques oraj^euses où la barque de Pierre semble sur le point de submerger. Et toutefois , elle se comporte au milieu de la plus effi'ayante tempête , comme par le calme le plus profond. Le pilote est doué d'une assurance qui déconcerte la colère des flots. Dominant les vacfues muc^issantes de cette mer aGfitée du monde moderne , il prédit, il célèbre la sérénité d'un ciel propice. 11 a la conscience intime de la paix qui se prépare. Il sait que la barque mystérieuse de Pierre, symbolisant l'immortelle ÉL(lise de Dieu, voguera de nouveau , paisible et victorieuse , vers les rives éternelles. On dirait qu'il écbange avec Celui qui règne sur les éléments et les empires, un regard d'intelligence ; et, au lieu d'avoir peur, il fait peur aux prétendus forts de la terre. Ces triomphateurs d'un jour, s'appuyant sur l'astuce, viendront se briser contre l'inllexible justice des décrets de Dieu.
Spectatrice des convulsions spasmodiques auxquelles sont en proie les États , l'Église regarde passer les nations. Elle salue leur aurore, voit venir leur déclin et assiste à leur chute. Présente k toutes les phases de la vie des peuples, elle accomplit sa divine mission, celle de conduire au port du salut éternel les âmes dociles à ses enseignements. Sa destinée n'étant liée à celle d'aucun empire , elle sait qu'elle ne sera entraînée par la chute de nulle dynastie. Persécutée, elle ne s'effraie pas : elle attend avec calme et patience le châtiment réservé aux
persécuteurs. Comme l'Apôtre des nations, elle connaît la puissance de Celui en qui elle a mis ses espérances. Scio cui credidi, et certus sum quia potens est depositum meum servare\ « Je sais à qui je me suis confié , et je suis certain qu'il est assez puissant pour garder mon dépôt. »
L'enfant soumis de l'Église participe à la confiance de sa divine Mère. Dans sa passagère existence terrestre, il ne lie pas son cœur aux vicissitudes des temps. Son regard plane par delà les horizons de ce monde. Le bruit que font les peuples, par le fracas de leurs révolutions ou par les explosions de leurs engins destructeurs, gronde un instant autour de l'édifice immortel qui Tabrite : hôte d'un jour, tout ce tapage éphémère ne peut l'émouvoir. Renfermé dans l'arche sainte de ses espérances , les plus navrantes ruines n'ébranlent point son courage. Lié à l'Église militante , il combat et espère avec elle. Exilé, il voyage avec elle, et s'avance vers la vraie Patrie. Vienne la Mort, cette messagère de la paix inaltérable , il passe de l'Église militante à l'Église triomphante , de la lutte à la victoire , de la vertu à la récompense, de la captivité à la délivrance. Le phare qui éclaire sa marche à travers les écueils de cette mer orageuse du monde, et le conduit aux rives de l'éternité, ce sont les immortelles doctrines catholiques.
* 2e Epit. à Tim. 1. 12.