LE KESPECT BE LA VIE
victimes, après avoir subi les plus affreuses tortures physiques et morales, ont été déclarées innocentes et rendues à la liberté. Mais que serait-il arrivé des accusés et de leurs frères d 'Autriche-Hongrie, si Injustice, au lieu de se montrer éclairée et impartiale, s'était laissé égarer par de fatales préventions et des préjugés d'un autre âge? Ah! ne cessons de protester de toutes nos forces contre une accusation que pas une ligne de nos textes ne justifie, dont pas un seul mot même n'éveille le soupçon.
Et ce n'est pas seulement l'homicide qu'interdit le sixième précepte du Décalogue, mais toute mauvaise action, toute offense, toute injustice, capable d'abréger, par le chagrin qu'elle lui cause, les jours de notre prochain. Il en est tout d'abord ainsi des attaques de la calomnie, cet assassinat moral qui frappe notre semblable dans ce qu'il possède de plus cher, sa réputation, son honneur. Le judaïsme éprouve pour le calomniateur une aversion égale à celle qu'il témoigne à l'homicide.
« Celui qui calomnie, dit le Talmud, commet un crime qui s'élève jusqu'au ciel (lj ». — u On
(lj Erachin 15.
demandait, un jour, au serpent : Pourquoi, lorsque tu piques un seul membre, ton venin s'insinue-t-il dans tout lo corps ? Adresse cette question au calomniateur, répondit-il; quand il parle en Judée, il tue en Syrie (1) ». La momie juive va plus loin encore; elle a des délicatesses telles qu'elle traite de meurtrier ■eluiqui fait rougir son semblable en public (2). • Mieux vaut, dit un docteur, sejeterdans une fournaise ardente que d'humilier son prochain en face de tous -pnb ÎQJW S*B'tt dinS iS m:
Bima l'on «s p?n b«i lïftn ^22 (3) ». Est-il iesoin d'ajouter que nous devons fuir soigneusement ces mauvais sentiments de colère, de laine, de rancune, d'où naissent, d'ordinaire es divisions, les querelles, les guerres?
Mais si notre Loi nous recommande, ainsi que nous venons de le démontrer, le plus grand respect pour les jours de nos semblables, nous permet-elle de négliger notre propre vie, de l'exposer sans raison, en un mot d'en mésuser? Non. mes frères; le judaïsme
(() Tai. Jérui. Péah.
(2) Baba Metsia, 58, b.
(:t| Berachntli, 43, b.
également éloigné du matérialisme qui divinise l'existence terrestre el du bouddhisme qui la
dédaigne, nous fait un devoir de la considérer comme une faveur du ciel, dont il faut savoir apprécier le prix, comme un poste d'honneur dont le Créateur seul a le droit de nous l'élever. De là, ces recommandai ions d'hygiène dont abondent nos saintes Écritures; de là, ces promesses de longévité faites à eeux qui marcheront dans la bonne voie ; de là, enfin, la défense de tenter Dieu en nous exposant inutilement à dos dangers certains. « Ne vous risquez pas, dit Rabhi .Tannée, dans un endroit périlleux, ne courez pas au devant du danger avec la pensée que Dieu va faire un miracle en votre faveur, car peut-être ce miracle ne s'opérera-t-il pas, et, s'il s'effectue, ce sera autant de diminué sur les récompenses qui vous sont dues (1] «. Sans doute, mes frères, ai-je besofn de le dire, quand de grands intérêts, tels que ceux de la religion, de la patrie, de la société sont en cause, l'homme ne doit pas hésiter un seul instant à exposer sa vie, à la sacrifier pour les défendre. N'avons-
(1) Sabballi, 32, a.
nous pas compté par milliers ces martyrs la foi qui, accablés par la force matérielle, plongés dans d'affreux cachots, placés enfin entre l'apostasie et la mort, ont enduré les plus cruels supplices, ont préféré nourir plutôt que d'abandonner le Dieu de s pères? Et comme nos saintes Ecritures glorifient l'héroïsme des vaillants guerriers qui succombent en combattant pour la défense de la patrie ! L'histoire du siège do Jérusalem, de la résistance merveilleuse qu'opposèrent habitants aux attaques de l'armée formidable des Romains, le nombre incalculable de rictimes qui périrent dans la lutte, ne voulant >as survivre à la ruine de leur nationalité, ne prouvent-ils pas que tous les devoirs s'effacent devant celui de servir son pays? Il en est de même quand il s'agit, de sauver un de nos semîbles en danger de mort ; « *pn dt Sy icyn aS ! sois pas indifférent au péri! de ton prochain », est-il dit dans le Lévitique (1).
Mais si l'Israélite peut et doit être prodigue de ses jours pour son Dieu, sa patrie ou son prochain en danger, il est tenu, d'autre part,
(0 Lév. XIX,
de conserver lui-même el de prolonger son existence par les soins donnés à sa santr ci par l'observance de ces règles de tempérance, de sobriété, de continence, que lui prescrit la religion. Que de souffrances physiques ne sonl imputables qu'à notre imprudence, qu'à un abus exagéré de nos forces; combien d'autres sont les suites de nos passions, des infractions à la morale. Car, vous le savez, mes frères, il existe une corrélation étroite entre la partie immatérielle de notre être et l'enveloppe qui la recèle ; les maladies de l'àme amènent souvent, hélas ! la ruine du corps, et ceux qui donnent accès aux défauts qui les produisenl aboutissent souvent, par leur propre faute, à un véritable suicide.
J'ai prononcé le mot de suicide et je ne saurais trop flétrir, au nom de notre sainte religion, cet acle criminel qu'interdit, au même degré que l'homicide, le sixième commandement: nnn vh. A moins qu'il ne soit amené par une éclipse momentanée de la raison, par une de ces absences mentales qui enlèvent à l'homme la conscience de ses actes et tout empire sur sa volonté, n'est-il pas un attentat impardonnable contre un bien sacré
ui ne nous appartient point? Je sais, mes ■ères, que suivant certaines doctrines, c'est i acte d'énergie que d'étouffer en soi l'ins- .nct de la conservation et de se dérober, par i mort, aux maux qui nous accablent. Ceux i raisonnent ainsi oublient que le véritable courage consiste à savoir supporter le poids : la vie, à se raidir contre la souffrance, à .ccepter avec résignation l'épreuve, à ne point dérober enfin au châtiment quand il est oaérité. « yw nul girfjHfl ittto Snp; n-cn r.x EU ■apz xS Nous recevons le bien des mains ! Dieu, dit Job, pourquoi donc n'acceptons- . pas aussi ses justes corrections [1) »?
Que si, mes frères, ces actes coupables se produisent trop souvent de nos jours, si, sous le souffle d'une désespérance précoce, tant de jeunes gens portent sur eux une main homicide el disparaissent ainsi, par une mort tragique, i l'aube même de leur existence, la cause en ist surtout dans cette absence de sentiment rieux qui provoque l'abaissement des âmes, empoche dans le malheur de se réfugier auprès de Celui qui seul peut consoler el
(1) Job, il, i
fait oublier que par de là ce inonde s'ouvre une nouvelle vie où il faudra répondre de cet acte d'insigne faiblesse, et, disons le mot, de lâcheté. « Ne crois pas, dit un de nos sages, que la tombe soit un refuge pour toi, car c'est malgré toi que tu as été créé, c'est malgré toi que tu dois vivre et mourir, et malgré toi aussi que tu auras un jour a rendre compte de tes actes devant le roi des rois, le saint béni soit-il (1) ».
Mes frères, je vous ai démontré que le judaïsme nous recommande la plus grande sollicitude pour les jours de nos semblables et pour notre propre existence. N'oublions jamais cette obligation suprême, inscrite dans le Décalogue. Quelles qu'en soient les vicissitudes, la vie est un bienfait ; elle émane de Dieu, et, comme le disent nos sages, rien de mauvais ne descend des cïeux ttp jn "ai "j'K nSïnbn (2) «. Ne nous permet-elle pas de pratiquer le bien, d'enrichir notre âme de mérites, d'embellir notre cœur par l'exercice des plus hautes vertus ? Ne nous fait-elle pas goûter les
(I) Abolit, IV, 29,
{■!) Hidrasdi it.iblja, sur Gentae, 61,