‹ Les doctrines d'Israel: sermonsChapitre 21 sur 27 · L'AMOUR DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

L'AMOUR DE LA PATRIE

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prononcé le premier jour de Pàque 5651

(23 avril 1891)

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« Dieu se souviendra de vous et vous emporterez mes ossements d'ici ».

(Genèse, L. 25).

Mes Frères

Le récit de la sortie d'Egypte qui, tous les ans, au retour de Pâque, est l'objet de nos méditations, contient un épisode sur lequel j'appellerai aujourd'hui votre attention. Au moment de quitter l'Egypte où Israël avait souffert pendant si longtemps, Moïse, l'homme le plus noble, le plus désintéressé qui fût jamais, se préoccupa surtout de remplir un devoir sacré. Se rappelant la recommandation

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que Joseph, sur son lit de mort, avait faîte s ses frères, il se rendit au tombeau où, depuis plus de quatre siècles, reposait la dépouille mortelle de cet illustre ancêtre : « Quand Dieu vous prendra en pitié et vous fera sortir du pays d'tëgypte, avait dit Joseph, vous emporterez mes ossements avec vous et les ensevelirez en Chanaan ». Et Moïse, désireux avant tout d'accomplir les dernières volontés d'un mourant, prit le cercueil qui contenait ses saintes reliques; dès que l'arche d'alliance fut construite, il le plaça près d'elle et, tant, que durèrent les pérégrinations d'Israël à travers le désert, le sarcophage de Joseph, objet de la vénération de tout un peuple, ne cessa d'accompagner le Tabernacle.

Si, d'une pari, nous sommes pénétrés d'une

Lvive admiration pour l'homme de Dieu qui, se considérant comme lié lui-même par la promesse faite par ses aïeux, nous donne, dans une des circonstances les plus mémorables de sa vie, l'exemple le plus parfait de l'abnégation et de la fidélité à la foi jurée, de l'autre nous apprécions à toute sa valeur le sentiment qui a dicté le vœu suprême de Joseph. Ce sentiment n'est autre que l'amour de la patrie. Trans-

planté dans ce pays d'Egypte, où du comble de la misère il s'était élevé au plus haut degré des honneurs, le fils des pasteurs de l'Orient n'avait cessé de regretter, dans le bonheur comme dans l'adversité, cette terre chérie de Chanaan où il était né et où s'étaient écoulées, heureuses et tranquilles, sous le regard du meilleur des pères, son enfance, sa jeunesse. Avec quelle émotion profonde, avec quel attendrissement toujours nouveau sa pensée avait dû se reporter souvent vers ces contrées bénies, où s'élevait la tente des patriarches, et où, pendant quelques années, il avait mené l'existence libre et indépendante des bergers nomades! Contraint par les événements, plus puissants que sa volonté, de passer la plus grande partie de ses jours en exil, le descendant des Hébreux avait souhaité du moins dormir de son dernier sommeil sur la terre qui contenait les cendres de ses aïeux.

Mes frères, ce sentiment s'est toujours retrouvé, avec une force et une grandeur incomparables, dans la famille Israélite. Nulle part, mieux que dans la Bible, les regrets de la patrie perdue n'ont été exprimés avec une mélancolie plus navranle; nulle part, mieux que

chez nos ancêtres, le patriotisme n'a suscité l'esprit de sacrifice poussé jusqu'à sa dernière limite. Cet amour de la patrie s'est manifesté, non seulement en Palestine, alors qu'Israël formait encore une nationalité distincte, mais partout où il lui a été donné de séjourner.

En vous apportant aujourd'hui, mes frères, par un rapide examen de nos Écritures et de notre histoire, des preuves à l'appui de cette affirmation, je n'ai pas plus l'intention de faire notre panégyrique que de vous recommander le plus saint et le plus auguste de tous les devoirs. Je sais trop quels sentiments vous animent à l'égard de notre France bien aimée et le patriotisme est chose trop naturelle pour que nous cherchions à nous en faire un titre de gloire. Mais en présence d'adversaires, toujours les mêmes, qui osent prétendre que le Juif n'a point de patrie, que, dominé toujours par les intérêts les plus vulgaires, il n'est susceptible ni d'attachement, ni d'esprit de sacrifice pour le pays où il a reçu le jour, il est bon, je le crois, de vous fournir des témoignages qui vous permettront, en cas de besoin, de réduire à néant la plus odieuse et la plus perfide des calomnies, celle qui blesse le plus

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profondément nos sentiments d'Israélites et de citoyens. Amen.'

Mes Fhbbbb,

Depuis de longs siècles, Israël habitait ce pays de Chanaan qui, depuis la sortie d'Egypte, était devenu pour lui la terre de la liberté. Il y avait fondé un gouvernement national; Jérusalem, sa capitale, avait vu s'élever dans ses murs, un temple majestueux où le nom du vrai Dieu avait été solennellement, proclamé et adoré. Mais aveuglé par la prospérité, cédant à l'influence délétère des peuples idolâtres qui l'entouraient, il était devenu infidèle à sa mission. En vain ses prophètes avaient multiplié leurs avertissements et leurs exhortations, leur parole était devenue impuissante; il ne s'était amendé un jour que pour retomber le lendemain dans des égarements plus déplorables que ceux de la veille. Alors le châtiment, tant de fois annoncé, tant de fois reculé, éclate soudain dans toute sa rigueur. L'ennemi pénètre en armes sur son territoire, Jérusalem est prise et dévastée ; là ou s'élevait le palais de David, là où Salomon avait construit ce

sanctuaire, l'une îles merveilles du monde ancien, il ne resta plus que des décombres. La plus grande partie des habitants fut. égorgée, ceux îi qui le vainqueur laissa la vie furent emmenés en captivité â Babylone. De même, mes frères, que dans son effroyable épreuve, notre chère France a vu son poète national, Victor Hugo, atteindre jusqu'au degré le plus sublime de l'inspiration pour dépeindre les malheurs de l'année terrible, ainsi le plus tendre de nos écrivains sacrés, le prophète Jérémie, témoin d'une catastrophe inouïe qu'il a prévue et annoncée sans pouvoir l'empêcher, exhale en strophes saisissantes l'amère douleur qui remplit son âme de patriote ef. souhaite « que sa tète soit changée en eau, ses yeux en sources de larmes pour pleurer jour et nuit les morts de Son peuple ». Entendez-le dans les Lamentations, comparant la splendeur primitive de la cité sainte à sa ruine présente :

« Comme elle est solitaire, s'écrie-t-il, la ville autrefois si populeuse. Elle ressemble à une veuve; celle qui était grande parmi les nations, la princesse des peuples est réduite en servage. Elle pleure durant toute la nuit; les larmes inondent son visage ; nul de tous ceux

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i l'aimaient n'est là pour la consoler; tous

s amis l'ont trahie et lui sont devenus infi-

... A qui te comparerai-je, vierge, fille

Sion ? Ta blessure est grande comme

Océan; qui pourrait te guérir (il » ?

Vous connaissez, mes frères, le psaume cé-

bre que nous ont conservé les siècles et qui

■aduit dans des vers d'une expression si tou-

hante les douleurs de l'exilé : » Au bord du

fleuve qui baigne Liabylone, nous étions assis

et nous pleurions en nous souvenant de Sion,

Nous avions suspendu nos lyres aux saules du

rivage, et nos oppresseurs nous demandaient

des chants de réjouissance. Chantez-nous,

disaient-ils, un cantique de .Sion. Comment

chanlerions-nous un chant du Seigneur sur la

terre étrangère? O Jérusalem, si je t'oublie,

que ma droite s'oublie elle-même, que ma

langue se colle à mon palais, si je cesse de

songer à toi, si je ne mets Jérusalem au-dessus

de toutes mes joies (2) ».

Un jour, nous raconte la Bible, le pieux Néhémie, échanson du roi de Perse Artaxerxès,

(1) Lamenl, 1 et pus.

(2) P3. CXXXVH.

su trouvant, pour remplir ses fonctions, eu présence de son souverain et de la reine, dans leur paiais de Suse, parut profondément abattu. C'était quelques années après le retour de l'exil de Babylone. Néhémie venait de recevoir de fâcheuses nouvelles des Israélites Judée ; les murs de la cité sainte n'étaient pas encore relevés et ses habitants demeuraient en butte aux attaques des peuplades voisines. Le roi lui demandant, la cause de la tristesse peinte sur son visage : « Comment, répondit-il ne serai-je pas désolé, quand la ville où sont ensevelis mes ancêtres est dévastée et que ses portes sont consumées par le feu ? tyr ta ync ibs nnvun nmn imn nvap nn wn iicn us

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