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toujours inassouvi d'accroître leurs jouissances, de posséder davantage, de monter plus haut. Que reste-t-îl au fond du cœur de ces grands et de ces petits que tourmente la môme obsession, jouir le plus vite et le plus largement possible des biens éphémères de ce monde? Affections, dévouement, patriotisme, progrès, charité, amour de Dieu, amour du prochain, ces sentiments qui peuvent faire de l'homme l'être le plus noble de la création, ils les connaissent à peine.
Sous la servitude qui les oppresse, leur âme s'est desséchée, leur cœur s'est atrophié. Ah! si je ne craignais de tomber dans le lieu commun, comme j'opposerais volontiers a l'esclavage de ces ambitieux, de ces êtres sensuels et eupides, l'indépendance île ceux qui savent se contenter de peu. 11 est si doux l'affranchissement qu'on puise dans la modération des désirs ! Celui qui sait échapper au joug des besoins factices apprécie autrement que ces malheureux dont nous venons de parler la valeur de cette existence qui renferme, a eôté de ses difficultés et de ses épreuves, tant d'espérances et de lumineuses perspectives. Mais pour atteindre ce but, il faut se mettre voion-
tairement au service de Dieu, imposer a a l'orgueil, à la cupidité, à l'envie, ces ronces et ces épines qui envahissent le chemin de la vie et étouffent les fleurs odoriférantes du devoir et du bien; il faut, comme le disent nos sages, se contenter de son sort, quelque modeste qu'il soit ipSnz nown i>u?y VWH 11).
L'homme sincèrement religieux, l'homme qui a la foi, sait borner son ambition au strict nécessaire. La prière qu'il adresse à Dieu est celle que prononçait le sage de l'Écriture :
u iprt nnS wwn "S ^nn Sx tayt u?tn Ne me donne, Seigneur, ni richesse ni pauvreté, accorde-moi mon pain quotidien (2) ».
Combien cette foi en Dieu nous affranchit également des craintes basses et serviles qu'excitent dans les cœurs incrédules et faibles les rigueurs du sort ou la malignité d hommes! Combien elle permet à notre â planer, calme et sereine, au-dessus des misères de ce monde! C'est elle qui préserve notre liberté morale des atteintes du dehors, elle qui nous rend capables d'opposer aux injus-
(1) Auoth, [V, i.
(î) Proverbes, XXX, 1
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tices, aux violences de nos adversaires, pauvres esclaves des plus honteuses passions, la fermeté, la mansuétude, le dédain d'hommes vraiment libres et affranchis de toute servitude intérieure. Ce que la foi et la confiance en Dieu produisent de miracles, ce qu'elles prêtent à la créature humaine de force, de dignité, de grandeur, demandez-le, mes frères, à ces héros de l'antiquité sacrée qui, sans autre appui que leur piété et leur sentiment du devoir, tenaient tête à des tyrans devant lesquels se courbaient les nations asservies et, les dominant de toute la hauteur de leur âme énergique et fière, les obligeaient à confesser leur indignité et leur impuissance : « ab <h " D7N ^S rwsn ra ntk Dieu est avec moi et je ne crains rien ; que peut l'homme contre moi (1) » ? Voilà, mes frères, la devise qu'avaient sans cesse sur les lèvres ces nobles combattants, ces milliers de saints martyrs qui, à travers des siècles de barbarie et d'oppression, ont soutenu, haute et ferme, la divine bannière d'Israël !
Les temps d'épreuves, mes frères, n'ont pas
(l) Psaumes, CXVU1, 6.
encore cessé pour nous et des adversaires sans scrupules ont ouvert contre nous une campagne où les accusations ies plus grotesques le disputent, aux plus odieux outrages. D'où vient que cette résurrection inattendue d'inimitiés et d'intolérance ont ému et contristé un certain nombre d'entre nous plus que de raison?
D'où vient qu'au lieu d'opposer à la tourmente, comme le faisaient leurs pères, un cœur d'acier et un front d'airain, ils se laissent gagner par le découragement et entrevoient l'avenir sous de sombres couleurs? C'est que, sous les servitudes intérieures dont nous avons parlé, leur âme s'est amollie, c'est qu'elle a perdu cette fermeté stoïque qui faisait de leurs ancêtres, enfermés comme des prisonniers dans d'affreux ghettos, autant d'hommes libres, affranchis de toute crainte, c'est qu'enfin ils n'ont plus cette foi robuste en un Dieu de justice et d'amour, qui est toujours là pour rétablir l'harmonie troublée par les fauteurs de désordres. Un seul regard jeté sur l'histoire d'Israël leur prouverait que la violence et le mensonge n'ont qu'un temps, que, comme le dit notre Haggada, à toute époque ont surgi
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que Dieu nous a sauvés de leurs mains •aSvc "n"2"pm wmSA :;nï nnoy im m S;zï:
Ah! si ceux qui doutent el faiblissent se rappelaient la sainte mission dont nous avons été chargés, s'ils se rendaient compte de la tâche divine entre toutes qui leur incombe, comme ils sauraient dominer les craintes qui les envahissent et puiseraient dans l'épreuve de nouvelles forces, de nouvelles espérances! Il n'y a pas grand mérite, mes frères, à profiler de la puissance du nombre pour accabler une minorité. Ce qui est véritablement inand, n qui prouve l'indépendance du cœur et la hauteur des sentiments, c'est de demeurer invariablement fidèle à une cause juste et sainte, dût-on rester seul contre tous, c'est de vivre et mourir pour co que Ton croit la vérité, c'est de persister dans la lutte et de ne désarmer ni devant l'opinion quand elle se trompe, ni devant l'oppression qui atteint parfois le corps, mais ne peut rien contre l'âme. Hommes de peu de confiance et de foi, qui pliez sous le poids des événements adverses et qui vous plaignez que le sort vous ait fait naître dans le sein d'Israël pour y subir les injustices que les
LU LIBEHTE MORALE
préventions excitent contre lui, revenez à Dieu, retrempez- vous à cette source de tout bien, de toute vérité, et a l'amertume qui vous étreint, ,iu découragement dont vous faites preuve succéderont une douce sérénité, une noble fierté, une énergie indomptable.
Vous connaissez, mes frères, tout au moins parles gravures qui en ont été faites, le chefd'œuvre d'un de nos plus grands sculpteurs modernes, le groupe de Mercié, Quand même, destiné à perpétuer à Belfort le souvenir de l'admirable défense de cette ville. Abl si jamais un artiste entreprenait de personnifier !a Synagogue d'Israël, de peindre allégoriquement sa résistance invincible, c'est dans l'attitude pleine de majesté de l'héroïne alsacienne, c'est avec sa devise éloquente : Quand même, que je rêverais la voir représenter. Oui, quand môme la calomnie continuerait à lancer contre nous ses traits empoisonnés, quand même la mauvaise foi et l'envie persisteraient à méconnaître nos intentions les plus pures et à' rendre toute une collectivité responsable des fautes de quelques-uns de ses membres, comme si Israël seul devait avoir le monopole de la vertu et ne pouvait, tout autant que les autres
communions religieuses, donner, par malheur naissance à quelques égarés, quelques criminels que nous sommes les premiers à condamner, nous continuerons à regarder en face nos adversaires et nous ne déserterons pas le champ de bataille du bien, du vrai, du juste C'est une mission sacrée qui nous est dévolue, honte à celui qui s'y dérobe. Mais pour lui demeurer) (idoles, pour la remplir suivant la volonté de l'Être divin qui nous l'a confiée, soyon d'abord des hommes libres. Débarrassons-nou des servitudes du monde, de celles de la pa:
sion et du mal, n'acceptons qu'un seul joug celuil de Dieu. Serviteurs du Tout-Puissant, esclaves de la vertu et du devoir, nous sortirons triomphants de l'épreuve; nous traverserons, à pieds secs, comme l'ont fait, depuis dix-huit siècles, nos ancêtres, la mer de préjugés et de mensonges dont les vagues mugissantes cherchent en vain à nous engloutir, et elle se vérifiera en nous, comme elle s réalisée pour nos aïeux cette parole du prophète : » Israël obtient du Seigneur un secours éternel avahvj nyiom "= jrana bn-w (1) ■>.
Amen !
(1) haïe, XLV, 17.
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