‹ Les doctrines d'Israel: sermonsChapitre 6 sur 27 · PS. VIII · texte numérisé non relu

PS. VIII

quoi, mes frères, cette supériorité accordée à l'homme sur lousles autres êtres de la nature? Pourquoi ce rayon d'intelligence qui brille dans son regard ? Pourquoi cette àrae douée de sensibilité et de volonté ? Pourquoi, enfin, ces trésors de charité, de bonté, de tendresse accumulés dans son cœur? C'est que Dieu, en bon père, s'est, complu à doter son enfant de ses meilleurs attributs; c'est qu'il l'a créé à son image; c'est qu'il ne l'a envoyé sur cette terre qu'après avoir déposé en lui les germes de toutes les belles qualités, de toutes les vertus.

Que l'homme cesse donc de se dénigrer, de se rapetisser injustement; qu'il cesse surtout de nier la Providence particulière; car, vous le savez, mes frères, il existe malheureusement dans le monde un certain nombre de prétendus esprits forts qui, sans contester l'existence d'un Dieu créateur — ils ne le pourraient pas — soutiennent, dans un but facile à concevoir, pour que tout leur soit permis, que Dieu ne s'occupe pas de ses créatures. Il est trop grand, disent-ils, trop élevé au-dessus de cette terre pour songer à ceux qui l'habitent. Après avoir jeté négligeai-

ment sur notre globe ces atomes, ces grains de poussière que Ton appelle les hommes, il les a abandonnés à eux-mômes sans daigner abaisser désormais ses regards sur eux, sans les soutenir, sans les surveiller, sans les guider. Il les laisse agir à leur guise en bien ou en mal, sans les récompenser ou les punir ; il les laisse jouir ou souffrir dans ce monde, enveloppant dans une superbe indifférence tout ce qui est au-dessous de lui.

Ah ! mes frères, le triste raisonnement, et comme les quelques paroles de l'Écriture, citées par Rabbi Akiba, viennent heureusement le combattre et le détruire : « ona o^n minbN "S Vous êtes les enfants de l'Éternel, votre Dieu ». Or, un père, à moins qu'il ne soit dénaturé, et alors il ne mérite plus ce doux nom, un père délaisse-t-il jamais ses enfants ? Ne les suit-il pas dans la vie d'un œil plein de sollicitude et de tendresse ? Ne confond-il pas son existence avec la leur ? Leurs joies ne sont-elles pas ses joies, leurs douleurs ne sont-elles pas ses douleurs ?

Non, mes frères, notre Dieu n'est pas une puissance altière, capricieuse, injuste, se renfermant dans sa majesté et sa grandeur, dé-

daignant les œuvres de ses mains, les méprisant comme si elles n'existaient pas. C'est un père, le meilleur, le plus parfait de tous, embrassant dans un amour infipi chacun des membres de l'humanité. Il n'est pas seulement l'auteur de ces mondes immenses qui se meuvent dans l'espace ; il est le créateur et le protecteur du plus faible des êtres; et le Décalogue, d'accord avec cette pensée, la formule en ces termes : « yrhn " wk Je suis l'Éternel, ton Dieu » (1). .Entendez-vous, mes frères, « l'Éternel, ton Dieu ! » Il n'est pas uniquement le Dieu du ciel et de la terre, mais celui de chacun de vous en particulier ; il est mon Dieu, mon père, mon protecteur, il est le Dieu de la veuve, de l'orphelin, du vieillard, celui de la créature malheureuse, humiliée, écrasée. Vous qui gémissez sous le poids de l'infortune, vous que les soucis, les peines, les difficultés de la vie assiègent, prenez courage et résignez-vous ; supportez vaillamment les épreuves que le Ciel vous envoie ; c'est la correction qu'un excellent père inflige à ses enfants pour les ramener à

(1) Ex. XX, 2.

lui. Vous qui avez à vous plaindre de l'iniquité et de la malveillance des hommes, comptez sur la bonté et la justice de votre protecteur céleste. Que le méchant s'abuse sur retendue de sa puissance, le règne de la violence n'a qu'un temps : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude -pnba « ojk ans? rrac onara yutc "pnaann w« il).

Ainsi, mes frères, ces quelques paroles :

« Vous êtes les enfants de l'Éternel, votre Dieu, ont suffi pour vous donner de la Divinité l'idée non seulement la plus exacte, mais aussi la plus douce, la plus consolante. Désormais nous savons que nous ne sommes plus seuls dans la vie, et que de même que l'aigle veille sur son nid, plane sur ses petits «im* vHrm hv iap tîp i^js (2), ainsi Dieu nous accompagne sur terre et nous couvre de sa bienfaisante égide.

Mais envers ce Dieu que nous connaissons maintenant, n'avons-nous pas des devoirs à remplir ? Les quelques mots de notre texte

(1) Ex. XX, 2.

(2) Deut. XXXII, 11.

VOUS ÊTES UH WF41W DE DIEU 30

vont nous les indiquer en substance. Puisque Dieu esf. notre père, nous devons lui vouer une .iffeelion toute filiale, lui rendre tendresse pour tendresse, en un mot, l'aimer, comme nous le recommande l'Écri1ure, de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre pouvoir. Quelle obligation plus douce que celle-là? L'amour envers les auteurs de nos jours n'estil pas un de ces sentiments nécessaires, naturels, qui ne peuvent faire défaut à l'homme sans le rabaisser et le ravaler même audessous de l'animal? Quelle doit être alors » notre adoration pour ce père miséricordieux, qui, non seulement nous a appelés à la vie, mais a donné l'existence à nos parents, à nos amis, h l'humanité entière ! Cependant, mes frères, il est une remarque que l'on a faite de tout temps. C'est que quelque profond que puisse être l'amour filial, il n'atteint jamais le degré d'intensité auquel se reconnaît l'amour paternel et maternel. 11 y a dans l'affn'cl ion que les parents portent à leurs enfants une chaleur, une continuité, une puissance, un esprit, d'abandon, de dévouement, de sacrifice dont on ne peut retrouver qu'un bien

père et pour leur mère. Que si cette distinction existe entre l'enfant et ses parents, combien doit-elle être plus marquée, plus frappante encore entre l'homme et Dieu, entre l'être imparfait et faillible et son auteur céleste qui possède à leur suprême perfection toutes les qualités imaginables ! De quelque respect que nous environnions la Divinité, quelque nombreuses et éclatantes que puissent être les marques de notre adoration, notre amour envers le Ciel ne pourra jamais se mesurer, même de bien loin, avec la bonté, la sollicitude infinie que Dieu nous témoigne.

Pourquoi, hélas ! sommes-nous donc obligé de constater que même cet amour si limité qu'il soit, nous le refusons trop souvent à celui qui devrait en être l'objet ? Trop souvent un amour profane vient se mettre à rencontre de l'amour divin : c'est l'égoïsme qui tarit dans leur sève les instincts généreux, c'est le monde avec ses passions et ses appétits matériels, c'est le veau d'or qui, entouré de ses nombreux adorateurs, cherche à combattre le Dieu vivant !

Ah ! mes frères, si nous nous rappelions toujours cette pensée : « Vous êtes les enfants

de l'Étemel, votre Dieu », comme nous nous hâterions de briser tous ces obstacles ! Comme ûous obéirions au deuxième précepte du Décalogue : « Tu n'auras pas de dieux étrangers devant moi ! ^s bv anna omSn "|b rnrn nS » (1). Comme nous accomplirions à la lettre ce troisième commandement : « riN hxût\ nh nwS "pnbà « ow » Tu ne prononceras pas en vain le nom de l'Éternel, ton Dieu, (2) !

Comme, enfin, nous serions heureux, suivant la quatrième parole prononcée sur le Sinaï, WTpS nawn av n>« tdï (3), de consacrer un jour de chaque semaine au repos, à la méditation, à l'adoration ! Tels des enfants, aimants, respectueux, se réjouissent, après une séparation que les nécessités de la vie rendent indispensable, de se retrouver réunis sous le toit paternel et de goûter, ne fût-ce que momentanément, les pures et paisibles émotions du foyer domestique.

Comme vous le voyez, cette parole biblique :

« .odviSn "S cru* c^;a Vous êtes les enfants

(1) Ex. XX, 3.

(2) Ex. XX, 7.

(3) Ex. XX, 8.

de l'Éternel, votre Dieu », devrait se graver dans notre Ame en caractères ineffaçables.

Comprise dans toute son étendue, elle nous apprendrait, avec la véritable notion de Dieu et de ses attributs, les obligations qui nous incombent envers lui. Il y a plus, mes frères ; elle nous porterait, en nous indiquant nos devoirs envers nos semblables, à aimer et à servir l'humanité.

Dieu est notre père ! Donc tous les hommes sont frères ; donc l'humanité ne devrait former qu'une seule et même famille. Concevez-vous tout ce qu'une pareille pensée, si elle venait jamais à se réaliser amènerait de félicité sur la terre !

Que se passe-t-il, en effet, dans une famille bien ordonnée ? Je suppose des enfants chéris de leurs parents, entourant ceux-ci d'un profond amour filial et animés entre eux de cette affection solide, égale, réciproque, qui se nomme l'amour fraternel. Dévoués aux auteurs de leurs jours, sachant que le meilleur moyen de leur complaire, c'est de se

soutenir mutuellement, de former entre eux un faisceau solide, capable de résister à toutes les atteintes, ils font régner dans la maison la bonne entente, la confiance et la paix ; ils mettent en commun les plaisirs et les peines ; Tintérêl de chacun est celui de tous ; ils n'ont qu'un seul désir, un seul but : travailler au bien général, à la prospérité de la famille et ils y arrivent par leurs efforts collectifs et par cette harmonie puissante qu'ils puisent dans la communauté du sang, la similitude des sentiments et la conformité des habitudes. Et maintenant, de cette famille modèle, car nous sommes obligé d'avouer que toutes ces conditions ne se rencontrent pas souvent sous un même toit, passons à cette grande famille que notre. texte vient de nous révéler; transportons-nous dans l'humanité et supposons pour un instant la sublime pensée de l'Écriture accomplie :

Un tableau merveilleux se présente à mes regards éblouis. Je vois les enfants d'un môme Père, confondus dans un même sentiment d'amour fraternel, s'entr'aider, se soutenir, se dévouer les uns pour les autres. Une paix profonde règne sur la surface de la terre. Du

nord au sud, du levant au couchant, je n'entends que des paroles d'indukrence, de conciliation, d'abnégation, de charité. C'est comme un concert enchanteur d'où s'exhalent les plus mélodieux accents. J'entends : « Aimons-nous les uns les autres *, l'Ecriture l'a dit « rraïKi "jtSD -|SnS. Tu aimeras ton prochain comme toi-même il} ». Plus de distinctions de races, de nationalités, de croyances ; nous sommes tous les enfants du même Père ma n»s % mSn uSsS (2). Ce Père nous chérit ; que lui importe que nous habitions tel ou tel point du globe, que nous parlions telle ou telle langue, que notre visage soit de telle ou telle couleur, que nous l'adorions de telle ou telle manière ; il nous confond tous dans un même amour; imitons son exemple ! Et ces paroles sont l'expression sincère des sentiments de ceux qui les prononcent. Je vois la tranquillité, la sérénité, la joie peintes sur tous les visages. Les préjugés, les querelles, les jalousies, les haines ont disparu ; ils sont devenus des expressions inconnues; j'en cherche en vain

(1) Lév. XIX, 18.

(2) Malachie, II, 10.

la trace et ne la trouve plus. C'est le règne de Dieu sur la terre ; un lien indissoluble unit à jamais le Père aux enfants et les enfants entre eux !

Mes frères, nous venons de faire un beau rêve, un rêve délicieux, consolant, réconfortant. Mais, hélas ! en nous réveillant nous retombons lourdement, tristement dans la réalité. Dois-je vous la dépeindre? Vous la connaissez aussi bien que moi. Au lieu de cette concorde parfaite, de ces hymnes d'union et d'allégresse, ne vous semble-t-il pas encore ouïr le sinistre cliquetis des armes? Ne revoyezvous pas, dans vos souvenirs qui ne datent que d'hier, le sombre génie de la guerre, promenant à travers notre chère patrie sa torche incendiaire, creusant sur son passage de profonds sillons de larmes et de sang? Des plaintes déchirantes s'élèvent jusqu'au ciel. Ce sont des mères, des épouses, des sœurs, qui pleurent sur la mort prématurée d'êtres bien-aimés, victimes de ces luttes impies et fratricides. Et cependant, en s'entre-déchirant, on ose encore invoquer l'appui de ce bon Père, de ce Créateur miséricordieux qui, sur le Sinaï, a fait entendre cette sublime parole :

« ninn ab Tu ne tueras point il). ,» Non, Dieu ne peut favoriser ces destructions sacrilèges; non, Dieu ne peut contempler sans douleur ces sanglantes hécatombes. N'a-t-il pas dit : « Tu ne verseras pas le sang de ton semblable, car l'homme a été créé à mon image » ?

Que si, mes frères, revenant à l'état de paix que nous goûtons en ce moment, nous cherchons . à analyser les sentiments qui régnent entre les enfants d'un môme Père, que nous sommes loin encore de cet idéal auquel la parole divine nous permettrait d'atteindre ! A Dieu ne plaise que je ferme les yeux à la vérité et que je ne constate point avec bonheur les miracles de philanthropie qui s'opèrent de nos jours ! Oui, elle est forte encore, elle est vaillante cette cohorte de bienfaiteurs qui poursuit noblement sa route, ayant pour étoile polaire la souffrance d'autrui et pour drapeau l'amour du prochain. Mais que de fois au lieu de ce dévouement, cette concorde qui devraient régner dans la grande famille de l'humanité, nous ne

(1) Ex. XX, 13.

rencontrons que l'intérêt personnel qui dessèche les meilleurs sentiments de l'àme. La division se glisse jusqu'au foyer domestique; l'antique discipline entre enfants et parents s'y affaiblit ; on oublie trop souvent cette cinquième parole du Décalogue : « "pa^ma 723 ■pa-nai Honore ton père et ta mère ». Une soif insatiable de paraître, un besoin immodéré de jouissances poussent les hommes à se nuire mutuellement, à se porter envie, à favoriser l'immoralité, à patronner le mensonge.

Et cependant notre bon Père ne nous a-t-il pas fait ces recommandations suprêmes : « nS rujn. Tu ne déroberas rien ; *\xzr\ **b tu ne commettras pas d'adultère; vy -pru ruyn nS iptzr tu ne porteras point de faux témoignage ; .TCnn nS tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain (1) » ?

Mes frères, contre ces terribles et fréquentes infractions aux lois divines et humaines je ne vois qu'un seul et puissant remède, celui de nous pénétrer tous de cette bienfaisante pensée : « Nous sommes les enfants d'un même Père ». Car enfin ce sentiment fra-

(1) Ex. XX, 10 etseq.

ternel que sous l'empire de l'ambition et de l'égoïsme on cherche à étouffer, existe, quoi qu'on en dise, au fond de tous les cœurs. Qu'une catastrophe vienne à éclater sur n'importe quel point du globe, qu'elle s'abatte sur quelques-uns de nos semblables, l'impression douloureuse que nous ressentons en l'apprenant prouve que nous sommes tous frères, exposés aux mêmes dangers, soumis aux mêmes douleurs. Ne voit-on pas ces adversaires qui, durant la lutte, se sont frappés sans pitié, venir ensemble, après le combat, relever leurs blessés et ensevelir leurs morts ?

Mes frères, développons en nous cette conviction salutaire : « Vous êtes les enfants de Dieu » ; elle est notre ancre de salut, sans elle c'en serait fait de la morale, du Décalogue, de l'humanité. Donnons-lui un large accès dans notre cœur, car outre les bienfaits qu'elle pro- . cure et que nous venons d'énumérer, elle nourrit encore en nous la sublime espérance de l'immortalité.

Mes frères, nous avons déjà insisté devant

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S ÊTES LES RNlWttB DB HIFI! 19

vous sur l'importance et la nécessité de ce dogme ; nous vous avons, en un autre entretien, démontré comment cette croyance est confirmée en même temps par les données de la raison et les textes de l'Écriture. La foi en l'immortalité de l'âme est le couronnement de l'édifice religieux élevé sur !e Sinaï ; sans elle le devoir n'a plus de sanction, la vertu plus de récompense. Nier l'immortalité, c'est révoquer en doute la suprême justice de l'Éternel. On a prétendu que les Israélites n'admettaient pas primitivement ce dogme en arguant de la rareté des textes qui y font allusion dans le Pentateuque. De toutes les réponses propres à réfuter cette assertion, la plus simple et la plus convaincante n'est-elle pas encore celle que nous fournit cette parole : « arm 131:2 nainS» "S Vous êtes les enfants de l'Étemel, votre Dieu » ? Enfants du Seigneur, nous sommes faits à son image, animés de son esprit, participant par l'intelligence et le cœur à sa divine nature. Et l'on voudrait que ce Père qui, par le seul effet de sa bonté, nous a donné la vie, qui veille sur nos jours avec sollicitude et amour, prenne plaisir à détruire son œuvre, à anéantir ses propres enfants !

mon Dieu, pardonne à ceux qui tiennent BB raisonnement sacrilège, à ceux qui attribuent à ta sainte doctrine une semblable erreur; ils ne savent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils font,

sans quoi ils reculeraient devant un tel blasphème. Non, la mort n'est pas le dernier mot delà vie; non, la mort n'est pas l'anéantissement complet de notre être ; elle n'est qu'un messager céleste charge do ramener à son père l'enfant qui, durant un certain iemps, a vécu sur une terre étrangère ; elle n'est qu'une douce réunion de famille, présidée par le Créateur et à laquelle prennent part tous ceux qui, s'étant aimés ici-bas, se retrouvent làhaut pour ne plus se séparer.

Mes frères, nous vous l'avions dit en commençant, ces quelques mots : ■ Dieu est notre Père », contiennent en substance toute la doctrine du judaïsme : amour de Dieu, amour du prochain, immortalité de l'âme, ce sont là trois bases fondamentales sur lesquelles repose la Loi tout entière.

Inspirons-nous de cette pensée, ce sera le meilleur moyen de célébrer l'anniversaire du jour où cette Loi nous fut donnée. Il ne faut pas que notre sublime doctrine de-

meure pour nous lettre morte ; il ne faut pas qu'elle ressemble à un monument vénérable devant lequel on passe sans y entrer. Méditons ses enseignements, mettons-les en pratique.

Aimons notre prochain comme nous-mêmes; aimons Dieu plus que nous-mêmes, et, soutenus par l'espoir de l'immortalité, rendonsnous dignes de goûter un jour les béatitudes que le meilleur des Pères réserve à ses enfants ! Amen !

LA

à l'occasion de l'inauguration solennelle du Temple Israélite de Dijon, le 11 septembre 1879.

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« Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

(Lév. XIX, ta.)

FnÈHES ET BCEIJBS THEN-AiMÉS,

Après les éloquente discours que vous venez d'entendre, je devrais, de crainte de fatiguer l'attention d'une assemblée si nombreuse, si distinguée, renoncer à prendre la parole à mon tour. Tout au bonheur de me retrouver, s dix années d'absence, au milieu de mes chers fidèles, de revoir autour de moi tous ces lis, de respirer h pleins poumons

LA NIA IL-!'. M il-. HUMAINE

dans une atmosphère de bienveillance, de cordialité, heureux de constater les progrès réalisés par mon ancienne Communauté, de la voir enfin en possession d'un temple magnifique, je devrais savourer en silence les délicieuses émotions que j'éprouve. Mats, vous le savez, mes frères, le bonheur est communicatif, et, au risque de paraître importun, je veux profiter de l'occasion bénie qui m'est offerte de me remettre en communication directe avec vous.

Aussi bien, plus que personne, je dois m'associer aux sentiments de gratitude que vous éprouvez envers le Ciel qui a souri à vos efforts, qui a exaucé votre vœu îe plus ardent, qui vous a permis enfin de lui consacrer un magnifique sanctuaire digne de sa divine majesté. Plus que personne, je dois vous féliciter de votre courageuse persévérance, de votre dévouement absolu à une sainte entreprise, car j'ai assisté à ses humbles débuts, j'ai connu toutes les difficultés qui se dressaient devant vous, et, en mesurant la distance parcourue depuis que je vous ai quittés pour aller exercer le ministère sacré dans ma ville natale, je puis, avec cette légitime fierté

tltmt KIHAIKE

ue me causent les résultats acquis, m'écrier

omrae le Psalmiste (Ps. CXVIII, 22) : « La pierre, que semblaient dédaigner les maçons, est devenue la base d'un splendide édifice » ! Grâces vous en soient rendues, mes frères !

Vous avez ajouté un fleuron de plus à la couronne dont le judaïsme français aime à se

iarer. Grâces en soient rendues à votre digne

■asteur, à vos administra leurs zélés, mais surtout, à votre honorable président qui s'est, pour ainsi dire, personnifié avec cette œuvro grandiose ! Devant quelle difficulté, devant quel sacrifice, devant quelle démarche a-l-il jamais reculé pour parvenir au but auquel il vous a été donné d'atteindre? Je n'ai garde d'omettre, dans l'expression de ma reconnaissance, le concours précieux que vous ont fourni vos concitoyens de tous les cultes. Je sais tout ce que cette généreuse cité, tout ce que le gouvernement de la République ont fait r vous. Je n'ai pas oublié, pour ma part, l'accueil si courtois, si bienveillant, que nous

"ecevions naguère de la municipalité, alors qu'accompagné de mon excellent ami, l'artiste

Binent qui a dirigé avec autant de talent que de goût et mené à si bonne fin ces importants

travaux, nous sollicitions de la munificence de la ville ce terrain, si heureusement situé, et qu'elle nous a octroyé avec tant de libéralité. Mes frères, mon vénérable et bien-aimé supérieur, M. le Grand-Rabbin de Nancy, mon honorable collègue, M. le Rabbin de Dijon, vous ont entretenus tour à tour de la signification du temple et des grands principes du judaïsme. Cherchant de mon côté un sujel m conférence avec vous, je le trouvais également dans la vénération profonde avec laquelle nous déposions tout à l'heure dans l'arche sainte les rouleaux sacrés de la Loi, épave spirituelle arrachée aux tempêtes qui ont assailli Israël depuis sa dispersion. Cette vénération s'explique parfaitement si l'on songe que cette toi contient dans son sein les principes suprêmes de vérité, de justice et d'amour qui sont les bases mêmes de la société. Cette civilisation, dont nous sommes si heureux de goûter aujourd'hui les fruits savoureux, cette civilisation qui, en épurant !es idées et les mœurs, nous permet de vivre de la véritable vie des hommes, à qui la devons-nous, sinon à la révélation contenue dans ces pages immortelles? Parcourez, mes

, mes

frères , l'histoire des peuples , recherchez l'influence des idées bibliques chez les nations policées, et vous serez tous frappés de cette vérité incontestable : depuis trois mille ans, le monde ne vit et ne progresse que par les idées et les principes contenus dans les Écritures ; depuis trois mille ans, les maximes spirituelles et morales confiées à Israël sont devenues la pierre angulaire sur laquelle se sont édifiés les constitutions, les codes, les législations. Non seulement notre sainte religion a eu la gloire de les proclamer la première, mais elle leur a imprimé cette sanction divine qui seule est capable d'assurer leur domination sur la terre.

Le grand principe de Liberté humaine, le droit de n'appartenir qu'à soi-même, la défense faite à tout homme d'asservir son semblable et de lui enlever, avec son indépendance, les moyens d'agir, de se perfectionner, d'avoir du mérite et du démérite, brillent du plus vif éclat dès les premières paroles du Décalogue et forment le frontispice de ce résumé parfait des notions suprêmes du droit et du devoir : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai tiré d'Egypte, de la maison de servitude. »

Au commencement de l'Écriture, Dieu, en

fiO H FBATERM1E BDMMH

formant l'homme de matière et d'esprit, promulgue le grand dogme de Y Égalité parmi les mortels : égalité de lumière, d'immortalité par le souffle céleste qui les anime ; égalité d'obscurité, de faiblesse, par la poussière d'où ils sont tirés.

Je voudrais aujourd'hui, mes frères, pour prouver à tous que la sublime trilogie que vous connaissez est l'essence même du judaïsme, vous parler de la Fraternité dans son acception la plus étendue, de la fraternité universelle. La fraternité, idée suprême qui a fait défaut au monde païen où subsistaient, à côté de l'institution de l'esclavage, les plus odieuses distinctions de privilèges et de castes, la fraternité anime de son soutfie bienfaisant notre religion tout entière. Elle en est la base, elle en est le dernier terme ; vous montrer, mes frères, combien cette affirmation trouve dans le judaïsme sa complète réalisation, combien ce principe est non seulement inscrit dans la loi, mais doit l'être surtout dans notre cœur, tel est mon but.

Mais avant de commencer, j'invoque de nouveau toute votre indulgence; elle m'est d'autant plus nécessaire que, pariant le dernier, je

la nwTckNitt h

ais, selon toute vraisemblance, me rencontre]' 3 plusieurs points avec mes honorables colgues ; vous me pardonnerez mes redites, en xmstatant du moins ce fait évident que tous, tasteurs en Israël, nous sommes en parfaite et étroite communauté d'idées, dès qu'il s'agit de prêcher, de propager les grandes notions de béralisme, de charité et d'amour. Amen .'

Mes Frères,

Permettez-moi de débuter par une courte légende que j'emprunte à nos livres talmudiques.

Israël venait d'échapper à la persécution égyptienne. Il n'avait pas seulement réussi à briser les fers de l'esclavage ; un obstacle épouvantable -s'était dressé devant lui; les flots lui avaient barré le passage, mais il avait vaincu jusqu'aux éléments et traversé la mer Rouge à pieds secs. Et les anges, amis de notre peuple, s'étaient réjouis dans les cieux élevés ; ils se préparaient pour célébrer cette merveilleuse victoire, à entonner un chant de triomphe ; mais Dieu les en empêcha en leur disant : « Eh quoi ! toute une nation est au-

ti-2 M hUATEUMTt. HUMAINE

jourd'hui plongée dans le deuil ; elle pleure non seulement la mort de ses premiers-nés, mais encore celle de ses plus illustres guerriers, dont les cadavres sont semés sur les bords de la mer Rouge ; l'Egypte est dans la désolation et vous voudriez chanter ! Non, non, cette victoire m'a coûté trop cher ; pleurez avec moi la perte de mes enfants égarés. »

Mes frères, cette légende contient une signl flcation profonde qui pourra servir de base à notre démonstration. Suivant nos doctrines, le Dieu d'Israël n'est pas, à l'instar des divinités païennes, un Dieu purement national, ne connaissant, ne protégeant que le peuple qui l'adore ; c'est le Dieu de l'univers, le créateur du ciel et de la terre, le père de tous les hommes, le protecteur de toutes les nations.

Distinction essentielle, fondamentale, sur laquelle repose le grand principe de fraternité. Puisque Dieu est le père de tous les hommes, donc nous sommes tous frères, et le prophète s'écrie avec raison : « N'avons-nous pas tous le même Père, n'avons-nous pas tous un Créateur commun (1) « ? Mais la Bible ne se contente

(IJ Miiladiie, il, 10.

LA FKATEF.MTE HUMAUE G3

pas de faire remonter jusqu'à Dieu ce principe de fraternité qui doit relier entre eux les membres épars de l'humanité. Pour le rendre plus sensible encore, pour effacer toutes ces lignes de démarcation que l'orgueil et le caprice des hommes ont établies entre eux, elle proclame dès l'abord, et aux premières pages de la Genèse, que Dieu, dans le principe, n'a créé qu'un seul couple, et que tous les hommes, quels que soient le pays qu'ils habitent, le culte qu'ils professent, la couleur de leur teint, leur constitution physique, sont tous frères en leur premier père, en leur première mère. Voilà une grande et féconde vérité, un soleil brillant d'où s'échappent, comme autant de rayons convergeant vers un même but, tous les devoirs que nous avons à remplir les uns vis-à-vis des autres, et ce but, nous pouvons l'appeler l'amour de l'humanité.

L'amour de l'humanité ! Qui donc mieux que le judaïsme en a établi la nécessité ? Où trouver une expression plus simple, plus concise, plus éloquente que celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même (1) » ? Quand on

(1) Lèv. XIX, 18.

songe, mes frères, à l'amour inné" que l'homme se porte avant tout à lui-môme, à cet égo'isme inhérent à toute créature et qui lui fait d'ordinaire préférer ses intérêts, ses biens, ses jours à ceux d'autruî, n'est-ce pas assez, n'est-ce pas beaucoup que d'exiger pour le prochain celte sollicitude, ces égards, en un mot, cet amour qu'il professe pour sa propre personne? Eh bien! cette exigence, la Bible la proclame hautement ; elle ne se borne pas à l'énoncer dans la courte formule que nous Tenons de rappeler, elle la répète sous mille formes diverses : d'abord dans le Décalogue, où elle inscrit, en traits de flamme, les droits de tout homme à la protection de ses semblables en ce qui louche sa vie, son honneur, sa propriété, où elle le défend contre le parjure, la jalousie, la convoitise; ensuite, dans chacune de ses pages inspirées que remplissent des préceptes sublimes de charité et d'amour envers le prochain.

Et que l'on ne dise pas, mes frères, que par ces mots de semblable, de prochain, on ne doive entendre que l'individu appartenant h la même nation, à la môme confession religieuse, en un mot, que l'Israélite. Toutes nos doc-

trines, toutes nos traditions, toute notre histoire protestent contre cette injuste allégation.

Si le citoyen se doit avant tout à la patrie, si c'est à son service qu'il mettra par-dessus tout ses facultés et ses forces, s'il doit le sacrifice de sa vie à cette mère adorée qui, pour les Israélites d'autrefois, s'appelait Jérusalem, de même que pour nous, mes frères, elle a nom la France, l'homme doit avoir le cœur assez vaste pour joindre à cet amour supérieur et primordial de la patrie celui de tous les hommes, quels qu'ils soient. Interrogeons nos annales, et le moindre coup d'œil que nous y jetterons suffira pour nous convaincre que l'Israélite n'a jamais séparé l'un de l'autre ces deux amours.

L'époque patriarcale tout d'abord est féconde en attestations de ce genre. Ne voyonsnous pas Abraham intercéder, jusqu'au point d'en devenir importun, en faveur des deux villes pécheresses de Sodome et de Gomorrhe ? Jacob appeler du doux nom de frères les bergers païens de Haran et leur dire : « Mes frères, d'où êtes-vous ariN ^nd ina (1) » ? Joseph

(1) Gen. XXIX, 4.

LU MUTERN1TÉ H

travailler avec uue sollicitude touchante, un zèle qui ne se dément pas un seul instant, au salut, à la prospérité de cette Egypte où, suivant l'expression célèbre de l'illustre orateur de la chaire chrétienne que Dijon se glorifie de compter parmi ses enfants, suivant l'expression de Bossuet, tout était dieu excepté Dieu lui-môme ? Que si, mes frères, abordant l'époque mosaïque et interrogeant cette législation marquée au coin de la Divinité, nous nous demandons quels sentiments nous devons professer envers tous nos semblables, quels qu'ils soient, quelle largeur d'idées, quelle vaste et généreuse conception de l'humanité ! Égalité de traitements pour tous les habitants de la Palestine, étrangers ou indigènes ; une même loi les régira tous. « Vous aimerez l'exilé, car vous connaissez son âme, car vous avez été étrangers vous-mêmes sur la terre égyptienne, o "un wsa n* arum ontn .nni'D yi*a armn ana (1) », telle est la recommandation que nous répète sans cesse l'Écriture. Le non-israélite se reposera comme nous à nos jours de sabbats et de fêtes ; il par-

(1) Es. XXIII, 9; Conf. Lêv. XIX, 34-, Deut. X, 19.

ticipera à nos réjouissances religieuses; que dis-je? il sera l'objet d'une protection spéciale, jouira des faveurs accordées à ceux de nos malheureux frères, les plus dignes d'intérêt, partagera avec la veuve et l'orphelin israélites les secours que l'opulence met au service de l'infortune.

Et ces traditions se perpétuent à travers les siècles. Salomon supplie le Seigneur d'accueillir avec la même faveur que celle de l'Israélite la prière de l'étranger qui, des contrées les plus lointaines, viendra se prosterner dans le temple de Jérusalem. Nos prophètes, ces sublimes tribuns, dont la parole éloquente et hardie s'adressait à la fois aux peuples et aux souverains, ne séparent jamais du sort d'Israël celui des nations voisines. L'un va prêcher la pénitence à Ninive, l'autre l'humilité à l'orgueilleuse Babylone. Ammon et Moab, Tyr et Sidoo, Mèdes et Perses, sont tour à tour les objets de leurs véhémentes prédictions. Nos docteurs de la Mischna et du Talmud renchérissent encore sur l'exemple de leurs devanciers. Tout ce que la chanté la mieux entendue, l'équité la plus irréprochable, la probité la plus parfaite peuvent imaginer d'attentions

délicates, de soins, d'égards, de sollicitude pour le prochain, se retrouve dans leurs paroles et dans leurs écrits. « Soulagez, nous disent-ils, les malheureux de toutes les nations comme ceux d'Israël, soignez leurs malades, ensevelissez leurs morts ! »

Point de séparation dans ce monde, point d'exclusion dans l'autre. La Synagogue n'a jamais refusé à l'âme vertueuse, quel que soit le culte qu'elle ait professé sur cette terre, la jouissance des félicités futures. Confiante en la honte, en la justice de ce Père céleste, qui doit emhrasser ses enfants dans un amour semblable, qui ne peut les rendre responsables des erreurs dont ils ont hérité, ni leur reprocher leur attachement légitime au culte de leurs ancêtres, elle ne demande aux hommes, pour leur ouvrir les portes du ciel, que de reconnaître et d'adorer le Créateur commun, que de pratiquer cette morale universelle dont le Décalogue contient le résumé sublime.

Entendez, mes frères, le langage éclairé de Maïmonide, le plus grand théologien du xii° siècle : « Quant à ce qui touche ceux qui ne sont pas israélites, dit-il, sache que le Ciel interroge avant tout le cœur, et que l'essen-

fiel, c'est l'intention de lui complaire. C'est

ainsi que nos !

s ont dit : « Les justes d

toutes les nations ont part au salut éternel », et nul doute que ce salut n'appartienne à celui qui aura reconnu et servi Dieu et. perfectionné son âme par la sagesse et la vertu ».

Oui, mes frères, aimons-nous les uns les autres, soutenons-nous, respectons-nous, et tous, enfants du même Père, nous aurons le même droit de remonter à la source dont nous émanons.

Le principe de fraternité est donc, comme vous le voyez, la base essentielle du judaïsme. Mais, en le prêchant, notre sainte religion ne fait qu'obéir a un besoin impérieux de la raison et du cœur. Interrogeons en effet notre cœur , descendons au fond de notre conscience, et à moins que l'égoïsme n'ait étouffé en nous nos plus précieuses facultés, nous y trouverons vivant clans toute sa force, dans toute sa grandeur , te sentiment divin de dévouement, de charité envers le semblable.

Oui, tant que l'homme demeure un homme, tant que volontairement il ne porte point atteinte à ses plus nobles attributs, il est obligé d'obéir à ce sentiment, d'écouter la

voix intérieure qui le lui dicte. Comment appelez-vous, mes frères, celui qui demeure insensihle aux misères de l'humanité? Vous dites qu'il est inhumain, c'est-à-dire qu'il n'est pas un homme, j'entends un homme actif, utile, estimable, dût-il même posséder en partage la science, le talent, la fortune. Vous dites, c'est là la plus forte expression de votre mépris, qu'il n'a pas de cœur ! Et celui qui est l'objet de ce reproche ne le reçoit pas sans émotion; il n'admet jamais qu'il soit mérité; il invoque mille excuses, il cherche à le réfuter. Preuve évidente de la grandeur du devoir de fraternité, inscrit dans notre cœur avec un burin d'acier, preuve évidente de sa nécessité incontestable.

Oui, l'amour du prochain, oui, la fraternité est un devoir. Elle l'est d'autant plus qu'en l'accomplissant, nous ne faisons que payer une dette de reconnaissance. Quand nous son- ■geons, mes frères, à la créance immense que l'humanité a sur nous, à l'héritage intellectuel et moral qu'elle nous a légué, à cette succession ininterrompue de services qu'elle nous rend , à cette transmission constante d'idées, de forces, de richesses dont elle est

le généreux agent, combien nous nous sentons impuissants pour payer une semblable dette, combien le devoir de solidarité apparaît à nos yeux simple, clair, obligatoire pour tous. Nous sommes les anneaux de cette chaîne immense que l'on appelle humanité. Chacun de noua t une force sur laquelle elle a droit de compter. Que sont les faits les plus nobles, dont l'histoire a conservé le souvenir, sinon des dettes de gratitude payées par l'individu à la société en général? Oui, mes frères, que chacun de nous serve l'humanité par la pensée, par la parole , par l'action ; que chacun de nous apporle sa pierre à l'édifice idéal de charité, d'amour et de fraternité qui doit abriter sous ses voûtes sacrées les enfants du même Père, voilà ce que nous crient le cœur, la raison, la religion. Arrière l'égoïsme qui dessèche, l'amour exagéré du bien-être personnel qui oblitère nos plus généreuses facultés ! Sortons un instant de nous-mêmes; prêtons l'oreille à cette grande voix de l'humanité qui nous expose sans cesse ses besoins, aspirations, ses espérances ; que notre âme vibre à l'unisson de la sienne, et elle arrivera, cette époque tant désirée que nos

prophètes ont entrevue à travers les temps et dont ils nous dépeignent, dans l'Écriture, le magnifique tableau :

« Le loup séjournera auprès de la brebis et le léopard reposera auprès du chevreau ; la génisse, le lion, l'agneau seront ensemble et un jeune garçon les conduira Le nourrisson jouera devant l'antre de la vipère, et l'enfant sevré étendra la main dans le repaire du basilic. On ne fera plus aucun mal, aucune violence sur ma sainte montagne, car la connaissance de Dieu remplira la terre ainsi que les eaux couvrent les profondeurs de la mer. » yiNn rwSn ^ *«np in bas miro* nSi w xb

.(1) D"îDDG D>b D1GD M HK njn

Remarquez-le bien, mes très chers frères :

tandis que l'antiquité place dans un passé lointain l'âge d'or de l'humanité, tandis que, découragée par le triste spectacle qu'elle a sous les yeux, elle nie les progrès possibles d'une société où la violence et l'oppression dominent en maîtresses, Israël, puisant dans sa doctrine d'amour une croyance inébranlable en la perfectibilité du genre humain,

(1) Isaïe, XI, 6 et seq.

reporte ses espérances dernières à l'arrivée de cette époque messianique où les termes de liberté, d'égalité, de fraternité, passant de la puissance à l'acte, devenant une réalité palpable, l'humanité ne fera plus qu'une seule famille, vivant en paix sous l'aile tutélaire du Tout-Puissant.

Pures illusions, s'écrieront les incrédules, aimables chimères, diront les sceptiques. Ah ! mes frères, si ce n'étaient que des illusions et des chimères, je vous dirais encore de les conserver et de vous en nourrir, car elles élèvent l'âme, elles améliorent le cœur, elles éclairent d'un rayon de bonheur les sombres réalités de l'existence. Mais non , ne soyons pas si sévères pour nous-mêmes ; jugeons mieux la nature humaine. Quoi qu'en disent ses détracteurs, l'humanité progresse et se perfectionne sans cesse. Depuis que le judaïsme y a semé les germes divins de charité et d'amour que les religions, issues de son sein, ont fait lever avec lui, chaque siècle a apporté une force nouvelle à l'œuvre lente, mais continue, de la civilisation. Déjà même, sans nous en douter, nous assistons à la réalisation du programme divin. L'odieuse insti-

^l I A FRATERNITÉ HCHAINE

tution de l'esclavage, triste reste des erreurs passées, est abolie partout, sinon de fait, du moins légalement. Les barrières s'abaissent, les préjugés tombent, les idées de violence, d'inégalités injustes s'affaissent sous le poids de l'universelle réprobation. Israël lui-même, qui fut pendant si longtemps le véritable paria de la société, Israël qui, depuis sa dispersion a été choisi comme la victime privilégiée de l'intolérance, reprend peu à peu sa place au banquet de l'humanité. Il y a quelques mois à peine, les représentants des plus grandes nations de l'Europe, à l'invitation de notre noble ministre de France, dont le nom sera à jamais vénéré et béni parmi nous (11, proclamaient sa réhabilitation définitive et attaquaient dans ses derniers retranchements le fanatisme éperdu. Espérons ! frères, espérons !

Sans doute la lutte n'est pas terminée ; bien des difficultés se dresseront, encore sur notre route. Mais, semblable à ce fleuve majestueux dont les flots puissants se jouent des obstacles accumulés devant, eux et entraînent dans leur course impétueuse tout ce qui s'oppose à leur

()) M. Waddington (Congrès de Berlin, 1878).

la rumsni louoi 75

passage, l'idée de fraternité se pratiquera une large brèche à travers les derniers vestiges de la barbarie d'autrefois. Le droit vaincra la force, la charité triomphera de legoisme. Et, quelque éloignée que puisse nous paraître cette époque tant désirée où, suivant l'expression biblique il , - les hommes changeront leurs épées en faucilles, leurs lances en socs de charrues », ne doutons pas de la promesse divine. C'est Dieu lui-même qui a parlé, lui qui nous a indiqué le but à atteindre, lui qui a placé la charité, le dévouement, la fraternité, la paix , l'union , l'amour comme derniers termes de nos aspirations. Confions-nous en lui, car, comme le dit encore l'Écriture : « L'herbe se dessèche, la fleur se fane, mais la parole de Dieu subsiste éternellement ! »

.(2) dSistS oip* wnS* im \w Su ym tw

Amen !

(1) Isaïe, II, 4.

(2) Isaïe, XL. 9.

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