‹ Les doctrines d'Israel: sermonsChapitre 8 sur 27 · U MISSION DU FUBBIN SI · texte numérisé non relu

U MISSION DU FUBBIN SI

sistoire a bien voulu m'adresser en votre nom laisseront, dans mon cœur, une impression ineffaçable.

Mes frères, dans ce moment suprême de mon existence, permettez-moi de vous ouvrir toute mon âme. Le bonheur que me fait éprouver mon élévation à un des postes les plus importants de la Synagogue française serait sans mélange si à ma satisfaction ne se joignaient les regrets d'avoir du, pour venir à vous, me séparer d'une Communauté à lae m'attachaient les liens de la plus étroite affection. Ce n'est pas, je l'avoue, sans une véritable tristesse que je m'éloigne de ma ville natale, du foyer de ma famille, tout rempli de la mémoire de ma sainte mère, que Dieu a rappelée à lui, il y a un an à peine. Ce n'est pas sans un pénible serrement de cœur que je quitte mes chers compatriotes et mes excellents fidèles du ressort de Lunéville, que onze années de sacerdoce, passées au milieu d'eux, m'avaient rendus de plus en plus chers. Mais ce qui atténue l'amertume de mes regrets, c'est l'espérance, c'est la certitude de retrouver ici, dans cette Circonscription consistoriate, une nouvelle et grande famille qui

s'attachera à moi comme à son meilleur ami, et qui, elle peut m'en croire, n'en aura pas de plus sincère, de plus loyal. Oui, mes frères, mon désir le plus ardent est de vous consacrer mes facultés et mes forces, de dépenser pour votre bien tout ce que le Ciel m'a départi d'énergie, de volonté ; de répondre, enfin, à votre attente par mon zèle incessant à remplir, dans toute leur intégrité, les fonctions imposantes qui m'incombent désormais.

Mes frères, en assumant la mission que vous m'avez confiée, je suis loin de m'en dissimuler les difficultés. J'ai le redoutable honneur de succéder à un éminent pasteur qui, par ses rares qualités de cœur et d'esprit, la dignité de son caractère, sa profonde piété et sa vaste érudition, s'était fait chérir et vénérer de vous tous. En le remplaçant, je n'ai point la prétention de l'égaler ; mon ambition est plus modeste : je souhaite, seulement, marcher sur ses traces et mettre à profit les nobles exemples que m'offre toute une carrière uniquement employée à l'accomplissement des devoirs du rabbin.

Ces devoirs, mes frères, empruntent à, l'époque où nous vivons une importance et

une gravité exceptionnelles. Le siècle que nous traversons, et qui touche à son déclin, été surtout un siècle d'investigation et d'examen. La question religieuse a compté parmi les grands problèmes qui se sont imposés à l'esprit des penseurs. On a étudié, on a discuté, on a affirmé, on a nié. Placé au milieu de courants contraires, obligé de lutter contre la foi aveugle et irréfléchie des uns, l'esprit exagéré de réformes des autres, le pasteur, qui a charge d'âmes, doit, dans cette situation délicate, agir avec tact et modération. Comprenant que la religion a tout à perdre en s'appuyant aussi bien sur ceux qui, fanatiques du passé, veulent s'immobiliser dans des idées et des pratiques surannées, que sur ceux qui, pour harmoniser la foi avec les exigences des temps modernes, prétendent sacrifier ce qui est l'essence môme du judaïsme, le rabbin de nos jours doit, en défendant contre les revendications extrêmes le dépôt sacré de vérités qu'il tient entre les mains, prouver, par sa parole, par ses actes, par l'exercice éclairé de son ministère, qu'il y a erreur de part et d'autre ; que la religion d'Israël a pu, en tout temps, sans faire des

concessions qui seraient des abdications et des faiblesses, ni sans s'obstiner dans des errements qui n'ont de la foi que l'apparence, s'accommoder aux circonstances et marcher sans cesse dans la voie large du progrès. Pour atteindre ce but, pour faire aimer et vénérer cette doctrine antique et robuste qui a survécu et survivra à tous les siècles, le pasteur doit surtout joindre la pratique à la théorie, et remplir, sans en négliger aucune, les obligations multiples de son sacerdoce.

C'est de ces obligations, mes frères, que je désire vous entretenir aujourd'hui ; et, pour les résumer, j'emprunte à l'Écriture ces paroles significatives du prophète : tS? " tsttt rm tfrna«aS ttsnS >arèio ena» iir-ib 'iw » nwa \in niB"nas d'iidnSi "im C3*13#S «ifA : « L'esprit de l'Éternel est sur moi ; il m'a choisi pour porter la bonne nouvelle aux humbles ; il m'envoie panser les cœurs malades et rendre la liberté aux captifs (1) ».

Mes frères, la voix mâle et inspirée des prophètes ne se fait plus entendre parmi nous ; mais la mission de ces sublimes voyants, qui

(0 Isaïf, t-XI, 1

LA MISSION Di! IliBBIN

consistait surtout à entretenir chez leurs contemporains l'étincelle divine du sentiment religieux, a trouvé des continuateurs. A défaut de ces éloquents apôtres, la flamme de la foi qu'ils allumaient dans les cœurs a été sans cesse alimentée par les docteurs en Israël.

Leur tâche est encore la nôtre. Comme eux, nous sommes chargé d'apporter la bonne nouvelle aux humbles, la consolation aux cœurs brisés, la délivrance aux prisonniers.

Quelle est la bonne nouvelle que nous devons faire entendre, de quels humbles voulons-nous parler? Cette bonne nouvelle, mes frères, c'est celle de la vérité, celle de la religion ; ces humbles, ce sont tous ceux qui, pénétrés de leur ignorance, et ayant, soif de connaissances, demandent à être éclairés et instruits.

L'instruction religieuse, voilà la première sphère dans laquelle nous devons exercer notre action, voilà notre premier domaine.

Qu'il est grand, mes frères, qu'il est vaste,

mais aussi combien i! est doux de le parcourir ! Nos dogmes sont clairs, limpides, compréhensibles pour tous. Nos vérités, nos mystères eux-mêmes — car il est des limites que la pensée humaine, a quelque hauteur qu'elle s'élève, ne peut franchir — s'imposent à la raison et ne coût redisent pas la logique.

Voyez plutôt :

Au sommet, et comme principe premier, un Dieu créateur, pur esprit ; un Dieu unique, éternel, foyer de tout bien, de toute beauté, de toute vérité ; un Dieu Providence qui daigne descendre jusqu'à la plus faible de ses créatures, étend sa sollicitude à l'univers entier et la prouve en se révélant, un jour, aux mortels et en leur donnant une l-oi parfaite qui ne peut être changée.

A la base, croyance en l'immortalité de l'âme, de ce souffle céleste qui, doué déjà, icibas, de certains attributs de l'Être divin, dont il émane, participera un jour â son éternité; croyance en la rémunération future, c'est-àdire en cette époque de réparation nécessaire où Dieu paiera à chacun, dans une autre vie, le salaire de ses œuvres. Enfin, espérance en l'arrivée des temps messianiques, de cette ère

idéale oïi le progrès intellectuel et moral, parvenu à son apogée, permettra aux hommes de vivre en frères et de ne plus former qu'une seule et grande famille.

Voilà pour les dogmes. Quant aux devoirs, ils sont tous compris dans ces deux paroles de l'Écriture: « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes facultés ; — tu aimeras ton prochain comme toi-même. « C'est là toute la loi ; le reste n'en est que le commentaire.

Eh bien ! mes frères, c'est cette doctrine, si belle, si simple dans son élévation, que nous avons à vous enseigner ; c'est cette liqueur pure de vérité et d'amour que nous devons verser, goutte à goutte, dans les veines de vos enfants.

Les enfants ! Ne sont-ce pas là, avant tout, ces humbles dont nous parlions tout à l'heure, et à qui nous devons apporter la bonne nouvelle? N'est-ce pas là le levier puissant sur lequel s'appuie la religion, l'arme invincible avec laquelle elle aura raison de l'incrédulité ? Comme le Psalmiste l'a dit : oiwil n^Siï 12a : DWnoi ym n>iu?nS -pn* ]vch vj me a C'est dans la bouche des enfants et des

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