‹ Les Doctrines de Haine; l'antisémitism, l'antiprotestantisme, l'anticlericalismChapitre 3 sur 26 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

pléter sur quelques points et à y joindre quelques notes. Certains de mes auditeurs m’avaient fait remarquer que l’antisémitisme, l’antiprotestantisme et l’anticléricalisme ne sont peut-être pas aujourd’hui les seules doctrines qui, par leurs violences, méritent le nom de doctrines de haine. Le socialisme qui glorifie la lutte de classes n’y a guère moins de droits. C’est une des raisons qui m’ont décidé à placer en tête de ces conférences, comme introduction, une étude sur les grands courants de la politique contemporaine qui a paru en partie dans la Revue des Revues, et où j’ai recherché les causes de la recrudescence, chez nous, de l’esprit de secte et d’intolérance. S’il m’a fallu, pour cela, remonter jusqu’à l’Affaire qui a tant remué la France, j’ai eu soin de me tenir au-dessus des passions qu’elle avait déchaînées, et, loin de raviver des haines et des rancunes dont notre France n’a que trop souffert, je me suis efforcé de les apaiser, pour le bien commun de tous.

Les hommes mêmes que je n’aurai pas réussi à convaincre me rendront cette justice que, au cours de cet ouvrage, je me suis toujours inspiré de l’esprit de liberté et des sentiments de concorde, et l’on me permettra d’ajouter, de l’esprit

Avant -propos.

de patriotisme et de l’esprit de charité. Je n’ai eu d’autre but que de combaLtre les haines entre concitoyens. « Toute maison divisée contre ellemême périra », dit l’Évangile. Jamais notre France n’a eu plus besoin de se le rappeler.

Pour moi, en travaillant ici au rapprochement des esprits et à la paix religieuse, comme ailleurs je m’efforce de travailler au rapprochement des classes et à la paix sociale, j’ai conscience de remplir, à la fois, mon devoir de Français et mon devoir de chrétien.

Paris, janvier 1902.

Introduction.

l’esprit de secte et les partis.

De l’origine ou de la recrudescence, chez nous, de l’esprit de secte et des doctrines de haine. — Comment l’esprit de tolérance et l’esprit de liberté semblent partout en baisse. — Influence de l’Affaire Dreyfus. — Comment les partis extrêmes n’y ont vu qu’un moyen d’agitation. — L’esprit de faction et l’esprit de proscription. — I. L’antisémitisme. — Comment il s’est retrempé dans l’Affaire. — Sa responsabilité dans la crise que traverse la France. — Des causes de sa diffusion. — Comment, à l’aide de l’Affaire, il a coupé la France en deux. — II. Le nationalisme. — Ce qu’il doit à l’Affaire. — Ses violences et ses excès. — Ses procédés de polémique. — Comment il fait, lui aussi, des catégories entre Français. — Les sans-patrie. — Patriotisme et nationalisme. — III. Le socialisme. — Comment il a exploité l’Affaire. — Tout ce qu’il y a puisé. — Raisons de sa diffusion et de son ascendant. — La lutte de classe et les appels à la haine. — IV. L’anticléricalisme. — D’où vient son réveil. — Contre-coup de l’Affaire et des menaces de l’antisémitisme. — De la revendication du droit commun et de la lutte contre l’esprit de secte.

L’antisémitisme, Tantiprotestantisme, l’anticléricalisme sont trois phénomènes connexes qui, par leurs

violences et par leurs appels à l’intolérance, méritent, tous les trois, presque également, le nom de doctrines de haine. Avant d’en entreprendre l’étude, de rechercher, en toute loyauté, quelle est leur origine, et quel est leur esprit, par où ils se ressemblent et par où ils diffèrent, il convient de se demander d’où proviennent leur récente diffusion et leur virulence nouvelle. Comment des préjugés, des passions, des fanatismes, qui, naguère encore, semblaient sinon à jamais éteints, du moins assoupis, se sont-ils réveillés, brusquement, avec une vigueur et une fureur jusque-là inconnues? Pour tous ceux d’entre les Français qui savent s’élever audessus de l’esprit de parti et de l’esprit de coterie, pour tous ceux qui ont le courage d’être sincères envers eux-mêmes et de se placer résolument en face de leur conscience, la réponse est aisée. Il n’y a pas à chercher bien loin la cause de la recrudescence de cet esprit de secte ; elle est dans nos querelles intérieures des dernières années, elle est dans les luttes et les intrigues des partis autour d’un événement où l’esprit de parti n’avait rien à voir, et auquel il n’a pu se mêler sans crime.

Au milieu de toutes nos divisions, il est un point sur lequel nous sommes tous d’accord. La France passe, aujourd’hui, par la crise la plus grave qu’elle ait traversée, depuis la guerre et la Commune. D’où vient cette crise où se sont brisées, en quelques mois, tant de vieilles amitiés, et où les passions des partis et les haines

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de sectes ont pris une âpreté nouvelle? Elle provient, faut-il le rappeler? de l’Affaire qui a si lamentablement divisé le pays. Elle vient, surtout, de ce que, au lieu de rester, pour tous, une douloureuse affaire judiciaire, l’angoissant procès est tombé aux mains des partis qui l’ont exploité en sens inverse, au profit de leurs intérêts et de leurs passions. Si la France en a tant souffert, si elle en reste profondément divisée, c’est qu’ils étaient en trop petit nombre, les combattants qui, dans cette confuse mêlée, luttaient, uniquement, pour ce qu’ils croyaient la vérité et la justice, se faisant scrupule de rien blesser de respectable, n’ayant en vue que la justification de l’innocence ou le châtiment du crime.

Parmi les meneurs et les politiciens, combien n’ont vu, dans le procès de Rennes, qu’une querelle de partis, où il fallait, à tout prix, triompher d’adversaires détestés? C’est ainsi que l’Affaire a été si vite élargie et envenimée par l’esprit de faction, qui s’était jeté sur elle comme sur une proie qu’il ne voulait pas lâcher. Riche proie, en effet, où tout ce que devrait respecter la France a fini par passer; armée, magistrature, clergé, parlement, président de la République, hommes et institutions, tout était dévoré, à belles dents, par les passions furieuses. Antisémites et nationalistes, d’un côté, socialistes et anticléricaux, de l’autre, se sont rués sur l’Affaire, se servant des incidents du procès comme d’armes meurtrières, — les uns contre les juifs et leurs alliés, contre les protestants et les « judaïsants », contre

« la république panamiste et maçonnique », — les autres contre les jésuites et les « galonnés », contre l’Église et contre l’État-major, contre « le sabre et le goupillon ». L’apaisement est-il si difficile, c’est que les factions qui ont exploité l’Affaire ont tout intérêt à en prolonger l’agitation.

Tout autre est le sentiment des hommes qui, audessus des passions des partis et des haines de sectes, placent les intérêts permanents de la France. S’ils ont pu être divisés sur l’Affaire, leur patriotisme n’a cessé de réprouver les violences qu’elle provoquait et de rappeler les Français à l’union, dans l’amour de la commune patrie.

Ce n’est pas leur faute, si le vent de haine qui a soufflé sur la France a creusé, plus que jamais, les divisions entre Français. Comme aux plus tristes époques de notre histoire, on réclame des proscriptions; ce sont des catégories entières de Français que l’on veut mettre hors la loi, sous prétexte de salut public. De droite ou de gauche, on entend des adversaires se contester, réciproquement, le titre de Français, comme si, dans cette France, à population stagnante, les Français étaient trop nombreux. La haine semble devenue l’âme de la politique et le lien des partis ; elle prête à nos luttes et à nos polémiques une âpreté nouvelle. A bas ceux-ci! Mort à ceux-là ! semble devenu le cri de ralliement des foules; alors même que l’on pousse des vivat, l’accent qu’on y met en fait une menace pour ses adversaires.

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Haines de races, haines confessionnelles, haines politiques, haines de classes, on voit surgir, de tous côtés, des « anti » qui rivalisent d’exclusivisme et d’injustice, de fureurs aveugles et de colères ineptes : antisémitisme, antiprotestantisme , anticléricalisme , antiparlementarisme, antimilitarisme, anticapitalisme, comme si le patriotisme, comme si la religion et la raison ellesmêmes consistaient à maudire et à proscrire.

L’esprit de secte et l’esprit de faction sont partout et vicient tout. Jamais, peut-être, depuis la Révolution, l’esprit de liberté, disons plus, l’esprit de tolérance, n’a été plus bas. Le mot même de liberté qui, autrefois, faisait battre les jeunes cœurs, ne trouve guère d’écho et est bafoué des foules. On a trop menti en son nom. Le libéral, le vrai, celui qui veut la liberté pour tous, semble une espèce en voie d’extinction. Une seule liberté paraît toujours chère aux meneurs de l’opinion, laliberlé de l’injure et de la calomnie. Quant aux autres, on dirait qu’on en a perdu le goût et l’intelligence. Le sens même de la liberté politique s’est oblitéré ; pour la sauver, nombre de ses prétendus défenseurs veulent supprimer la liberté religieuse, la liberté d’enseignement, la liberté d’association, la liberté de la charité, comme si toutes les libertés n’étaient pas solidaires, comme si la liberté politique ne devait pas être la garantie des autres et la gardienne de tous les droits.

On a dit que l’Affaire avait désagrégé les partis, renversé les anciens cadres, comme un vent violent qui

G LES nOCTKTNES DE II.UNE.

brise tout sur sou passage. Elle l’eût fait, elle eût emporté les anciennes barrières et brisé les cloisons des vieux partis que, en nous libérant de la servitude de préjugés et de rancunes souvent surannés, en laissant le champ libre à des groupements nouveaux, elle eût rendu service à la France. Mais, l’a-t-elle fait, elle n’a émancipé de la tyrannie des partis et de la superstition des étiquettes que le petit nombre de Français qui pensent par eux-mêmes. Les autres, le grand nombre, elle les a laissés, plus que jamais, asservis au joug et aux préventions de l’esprit de parti ; elle a seulement parfois changé les étiquettes et les cocardes. Loin d’arracher ou d’abaisser partout les barrières de partis, elle les a souvent relevées. Elle a donné, dans chaque groupe, l’ascendant aux violents, parce qu’elle a partout réveillé les préjugés, attisé les passions, envenimé les antipathies, si bien que, plus que jamais, notre démocratie et la France, avec elle, semblent entraînées, par une force fatale, vers les doctrines ou les partis extrêmes.

Autre phénomène également digne de remarque : les partis proprement politiques, ayant un programme défini, perdent partout du terrain, jusque dans les assemblées électives et jusque dans le parlement. Qu’est-ce donc du pays et des masses électorales? Aux partis politiques, nettement délimités, ayant une foi commune et un programme précis, tendent à se substituer, sous l’empire des passions soulevées autour de l’ Affaire, des groupements confus aux aspirations vagues,

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qui débordent, de tous côtés, l’arène légale de la politique. C’est, à la surface agitée du pays, comme des courants et des contre-courants violents qui menacent de tout entraîner avec eux, et qui, en se rencontrant et se heurtant, font comme des remous en tous sens. De ces courants parallèles ou opposés, on peut distinguer quatre principaux qui s’unissent, sans se mêler, en deux fleuves contraires : l’antisémitisme et le nationalisme, d’un côté, l’anticléricalisme et le socialisme, de l’autre.

Si différents qu’ils soient par leurs tendances ou par leur inspiration, et quelque droit qu’ils aient de ne pas nous laisser les confondre ensemble, antisémitisme et nationalisme, anticléricalisme et socialisme se ressemblent par leurs procédés de propagande, par les emportements de leurs polémiques, par leur peu de souci de la liberté et leur propension à proscrire leurs adversaires, par leurs invocations à la haine et à la violence. Ils ont, presque également, quoique en sens inverse, exploité l’Affaire et, en ayant vécu durant des mois, y ayant puisé leur force, ils cherchent à en perpétuer l’agitation. Ils se plaisent à entretenir l’exaltation des foules, et dans leurs revendications ou leurs excitations quotidiennes, ils font appel aux antipathies et aux préjugés du peuple, dénonçant leurs adversaires comme des scélérats et des ennemis publics, capables de tous les forfaits. Ils tendent, presque également, à ériger leurs doctrines en dogmes, et leurs griefs en articles de foi; et,

comme ils constituent, pour leurs adeptes, une sorte de religion, ils ont la foi ardente, le zèle brûlant d’une Église et, trop souvent aussi, l’intolérance et le fanatisme d’une secte. Ils lancent, bruyamment, l’interdit autour d’eux, jetant l’anath'ème sur tout ce qui leur résiste, allant parfois jusqu’à excommunier les lièdes et les indifférents, répétant, chacun à leur façon : Hors de nous, pas de salut ! Chacun d’eux s’arroge, en effet, la mission de sauver la France et, pour la sauver, professe que tout est permis, lois d’exception et tyrannie légale, émeutes de la rue ou coups de force de l’armée.

Les partis les plus opposés semblent accepter, également, la périlleuse doctrine du salut public. Chacun d’eux se dit en mesure d’assurer le salut du pays, brusquement, à l’aide d’une sorte d’opération miraculeuse : révision, révolution ou coup d’État, qui, seule, aies en croire, peut rendre à la France la force avec la santé. Comme trop de nos médecins d’aujourd’hui, on nous vante, de tous côtés, la méthode chirurgicale. Cette France malade, lasse de luttes énervantes, au lieu de lui accorder le repos dont elle a tant besoin, on prétend la traiter par le fer et par le feu, l’amputer de membres qu’on dit pourris ou gangrenés, la débarrasser de kystes parasites qu’on croit découvrir en elle. Par malheur, ou mieux par bonheur pour elle, on ne s’entend pas sur les membres gangrenés qu’il faut retrancher, sur les tumeurs cancéreuses qu’on veut extirper; pour les uns, c’est le juif ou le protestant;

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pour les autres, c’est le jésuite ou les congrégations ; pour ceux-là, ce sont les étrangers de l’intérieur et pour ceux-ci, c’est le bourgeois capitaliste, ou c’est l’officier, c’est l’armée. N’importe, il y a, pour beaucoup d’entre nous, des Français à proscrire, des catégories entières de compatriotes à mettre hors la loi ; telle est, aux yeux de trop de nos contemporains, la tâche urgente. Aimezvous et supportez-vous les uns les autres, disait, autrefois, le patriote, comme le chrétien. Haïssez-vous et supprimez-vous les uns les autres, semble, aujourd’hui, la maxime de trop de nos concitoyens. Aussi, peut-on dire que la France est en état de guerre civile morale, la seule, heureusement, que puisse tolérer la douceur ou la mollesse de nos mœurs.

De tous les phénomènes politiques de ces dernières années , un des plus attristants est la diffusion de l’antisémitisme. Nous ne sommes pas, on le sait, de ceux qui en ont été surpris. Nous en avons signalé, de longue date, les causes et les progrès. Quelques bonnes âmes s’étonnaient, naguère, de l’importance que nous semhlions donner à l’intrusion en France de ce produit dorigine teutonique. Les faits n’ont que trop montré l’a clairvoyance de nos inquiétudes.

LES UOCT1UNES DE IIAINE.

Sous le couvert d’un nationalisme équivoque, l’antisémitisme tend à devenir un des facteurs de la politique. C’est lui, naturellement, qui a le plus bénéficié de l’Affaire. Il en avait fait sa chose ; il l’avait prise à son compte, dès le début, n’y voyant qu’un instrument d’agitation et de division, sans songer au mal qu’en pourrait ressentir le pays. Il en a tiré tout ce que la haine et la sophistique en pouvaient faire sortir, s’ingéniant, dès le premier jour, à l’envenimer et à l’élargir, jusqu’à faire du procès d’un homme le procès de toute une race, sauf à s’indigner quand d’autres se permettaient, contre l’état-major et contre l’armée, les mômes généralisations illégitimes. Si la France en demeure lamentablement ébranlée, l’antisémitisme en a été le premier coupable. Sur les violences et les excès de sa polémique, sur son obstination à imputer les fautes ou les crimes des individus à tous leurs coreligionnaires, sur sa prétention d’identifier la haine du juif avec l’amour de l’armée, sur son acharnement à passionner des débats et à exalter des antipathies que le patriotisme eût conseillé de calmer, retombe, pour beaucoup, la responsabilité de la crise que traverse le pays.

Grâce à l’Affaire, l’antisémitisme est devenu une puissance, et, comme toutes les puissances, il trouve des courtisans. Les hommes et les partis qui se disputent le pouvoir n’ont pas honte de lui tendre la main. Nationalistes d’un côté, royalistes de l’autre, n’ont pas rougi de mendier ses bonnes grâces. Comment les

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ambitieux n’iraienl-ils pas à lui, alors qu’en lui souriant, ils se font applaudir, à la fois, des salons et de la rue? Si l’on n’ose toujours prendre, ouvertement, ses couleurs, on emprunte, volontiers, son jargon ; on s’approprie sa spécieuse formule, « la France aux Français ». On ne craint pas de se réclamer de ses vagues thèses sociales, de son ethnologie conventionnelle, de sa courte philosophie de l’histoire sur les luttes de races. Car, on le sait, l’antisémitisme a sa philosophie et ses théories scientifiques. A cet égard, il est bien moderne, ce rejeton du moyen âge ; il sacrifie aux dieux et aux idoles du siècle. Les retentissantes théories sur les races, sur la lutte pour l’existence, sur la concurrence vitale dont notre époque a tant abusé, l’antisémitisme se les est appropriées. S’il n’en est pas sorti, il s’en est nourri. Elles ont été, pour beaucoup, dans sa fortune. De là môme ce nom pédanlesque d’antisémitisme importé, avec la chose elle-même, de la pédante Allemagne. Un nom d’aspect savant est une chose précieuse, en ce temps de religion ou de superstition scientifique. L’antisémitisme, à l’en croire, reposait, tout entier, sur la séculaire opposition des races « sémitique » et « aryenne » que Renan avait, en sa jeunesse, érigée, imprudemment, en une sorte de loi de l’histoire. Cette théorie, abandonnée de Renan lui-même en sa maturité, a beau être démodée partout, elle reste un dogme, pour nos antisémites, heureux de couvrir leurs haines du manteau de la science. Pour eux, l’histoire du monde n’est

que le duel de l’Aryen loyal et du vil Sémite, si bien que le procès de Rennes serait l’épilogue de Zama et de Poitiers. Mais qui, en dehors des simples d’esprit, peut encore se persuader qu’en criant : À bas les juifs ! il est le continuateur des Scipions, de Charles Martel ou de Godefroy de Bouillon ? Les docteurs de l’antisémitisme eux-mêmes, depuis qu’ils ont fait de l’Algérie leur terre d’élection, ont dû laisser leur théorie favorite à Marseille. En passant la Méditerranée, l’antisémite, au contact des Arabes et de l’Islam, doit dépouiller son prétentieux déguisement scientifique, pour redevenir un vulgaire antijuif.

Veut-on le rattacher aux modernes théories de Ja science, l’antisémitisme est, en grande partie, un cas d’atavisme ou une « survivance ». C’est, comme on dit en Allemagne d’où il nous a été rapporté, la Judenhetze du moyen âge ; ou encore, c’est un de ces « morts qui parlent », qu'on nous décrivait naguère en si beau langage \ un de ces morts que l’on croyait enterrés à jamais, et qui crient, qui gesticulent, qui se trémoussent en nous et autour de nous. C’est un revenant, et combien en voyons-nous s’agiter, s’injuriant et se menaçant les uns les autres, dans notre pauvre France troublée, de ces revenants du passé ! L’antisémitisme, assurément, n’est pas le seul ; bien d’autres, à commencer par le jacobinisme et par l’anticlérica-

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