‹ Les doctrines littéraires de l'encyclopédie: ou, Le romantisme des encyclopédistesChapitre 3 sur 43 · II · texte numérisé non relu

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se sont reposés les uns sur les autres de certains articles, qui, paraissant relever également de plusieurs d'entre eux, n'ont été rédigés par aucun. Encore ont-ils eu la précaution de distinguer ces morceaux par une étoile « afin que personne ne soit comptable des fautes qui pourraient se glisser dans des morceaux surajoutés ». A cette catégorie d'articles de remplissage appartiennent, par exemple, les articles : Correct, Ingénieux, etc.... Au surplus, dit Diderot, « nous tiendrons exactement la parole que nous avons donnée, le travail d'autrui sera sacré pour nous, et nous ne manquerons pas de consulter l'auteur, s'il arrive dans le cours de rédition que son ouvrage nous paraisse demander quelque changement considérable ».

D'Alembert, dans son Discours préliminaire, a confirmé en passant le témoignage de son ami. Il est revenu plus tard en ces termes sur cette délicate question : « Notre fonction consiste uniquement à mettre en ordre et à ptcblier les articles que nous ont fournis nos collègues... Nous ne nous sommes pas engagés à corriger les fautes qui peuvent se glisser dans les morceaux qui nous ont été fournis... Personne ne répond de nos articles que nous, et nous ne répondons que de nos articles » (1). C'était catégorique. Néanmoins, trois ans après, d'Alembert croyait devoir répéter que dans ce Dictionnaire chaque auteur était « garant de ses articles » (2), et que Diderot et lui ne répondaient que des leurs. Il expliquait même pour quelles raisons ils s'étaient abstenus de toute ingérence

(1) Averlisfiement des Editeurs en lôte du t. HI.

(2) Pr(fface du î. Vï.

dans les articles d'autrui. D'abord rEncyclopédie renfermait des matières sur lesquelles il était impossible qu'ils rassemblassent en eux toutes les connaissances nécessaires pour en juger sûrement. Puis, dans le cas même où ces connaissances ne leur manqueraient pas, d'Alembert déclarait que ni Diderot ni lui n'oseraient jamais corriger les travaux de leurs collaborateurs. Car, disait-il, « ce serait nous rendre les tyrans de nos collègues et nous exposer à en être abandonnés avec raison, que de vouloir les plier, malgré eux, à notre façon de penser ou à celle des autres ». 11 assurait même que ni son ami, ni lui, ne feraient difficulté d'insérer des articles opposés sur un même sujet, si ce sujet leur paraissait assez important et assez épineux pour mériter qu'on en traitât le pour et le contre.

Mais toutes ces protestations pourraient paraître sujettes à caution, piirce qu'elles étaient faites pour le public et devant lui par des hommes qui, de gré ou -de force, ont souvent déguisé leurs véritables prisées. Il est donc nécessaire de s'enquérir si cette abstention, dont ils faisaient si grand bruit, était réelle ou simulée. Or, nous avons des lettres de d'Alembert à Voltaire qui semblent bien prouver qu'elle était réelle. D'Alembert parlait à cœur ouvert à Voltaire, du moins en ce qui touchait l'Encyclopédie, car il s'adressait à un affilié. La gravité de certains aveux qu'il lui a faits, et dont la divulgation l'aurait mené loin, montre quelle confiance il avait en lui (1). Or, d'Alembert écrivait à Voltaire, qui se plaignait de la faiblesse de certains articles, que Diderot n'était « le maître, ni de

(1) Voy. par exemple Lettre de d'Alembert ù Voltaire, du 21 juillet no7.

rejeter, ni d'élaguer» ceux qu'on lui présentait (1). Un autre jour, il disait encore : «Tel auteur, qui nous est utile par un grand nombre de bons articles, exige souvent pour prix de ce qu'il nous donne de bon, qu'on admette aussi ce qu'il fournit de mauvais. Nous nous, serions trouvés tout seuls, si nous avions voulu tyranniser nos collègues. C'est un petit ou un grand mal, si vous voulez, que l'on a été forcé d'endurer pour un plus grand bien » (2). Les lettres secrète? sont donc d'accord avec les déclarations publiques pour nous autoriser à croire que d'Alembert et Diderot n'on rien changé aux envois de leurs collaborateurs (3).

Ce qui vient à l'appui de notre opinion, c'est qu'il est facile de rencontrer dans l'Encyclopédie des articles où les opinions littéraires de Diderot et de d'Alembert sont nettement contredites. Nous y lirons en effet des plaidoyers en faveur des unités dramatiques, des réquisitoires contre le drame et le roman. Or, ni Diderot, ni d'Alembert n'étaient partisans des unités; Diderot était le père du drame et d'Alembert son avocat; enfin d'Alembert vantait les romans contemporains et Diderot en écrivait. Si donc, il n'y a pas eu unité de doctrine dans l'Encyclopédie, on est bien forcé de conclure qu'il n'y a pas eu unité de direction, et que chaque collaborateur a défendu à ses risques et périls des idées qui lui étaient propres. Voilà un point capital établi.

Quels furent, pour la partie littéraire, les collègues

(1) Lettre du 13 décembre 1756.

(2) Lettre du 8 février 1758.

(3; Je me flgure cependant qu'il faut faire une exception en matière politique et religieuse. Le souci, non de leurs croyances mais de leur sécurité, les contraignait de mettre une sourdine à la rage de destruction de certains collaborateurs. Voyez lettre citée, note 1, page précéJente.

^aide Diderot et de d'Alembert ? Je les classerai, pour le moment, d'après le nombre d'articles qu'ils ont fournis, Le collaborateur le plus fécond a été sans contredit le chevalier de Jaucourt. Puis viennent en s'échelonnant : Voltaire, l'abbé Mallet et Marmontel.

Tête encyclopédique, le chevalier de Jaucourt (1) était né pour devenir collaborateur à une Encyclopédie. Il avait étudié la théologie à Genève, les mathématiques en Angleterre, la médecine en HollanfJe. De retour a Paris, il c^joutaau bagage déjà gros de ses connaissances les langues, les lettres, les arts, la politique, l'histoire et la philosophie. 11 était membre de la Société royale (le Londres, des Académies de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux. L'universalité de son savoir le désignait naturellement à Diderot. 11 travailla à l'Encyclopédie avec une ardeur increvable et fournit des articles sur toutes sortes de sujets (2). Voici Téloge qu'ont fait de lui Diderot et d'Alembert : « La médecine, non moins nécessaire que la jurisprudence et la physique générale et presque toutes les parties de la littérature doivent dans ce volume (3) un très grand nombre d'articles à M. de Jaucourt. Ils seront un témoignage de l'étendue et de la variété de ses connaissances et nous croyons pouvoir en présager le succès par celui des excellents articles qu'il avait déjà insérés dans le !!• volume. M. de Jaucourt s'est livré à ce travail pénible avec un amour du bien public qui ne peut trouver sa vraie

(1) Né le 21 septembre 1704, à Paris, mort le 3 février 1779.

^2; En dehors de celte collaboration, il a écrit une Histoire de la vie et des œuvres de Leibniiz (en tôte de la Th/^odic^e 1747), des Éludes sur les synonymes, des articles dans la BibUolhèque raisonnée des savanls de l'Europe (1728-1740) el la Description du Musf*e de Seba (173S-1765).

(3) En télé du t. III.

récompense qu'en lui-niêrae. Mais l'Encyclopédie lui appartient de trop près pour ne pas du moins lui donner ici de faibles marques de sa reconnaissance. En célé^ brant les talents, elle ne doit pas laisser les vertus dans l'oubli » .

Quand d'Alembert quitta l'Encyclopédie, il y eut comme un désarroi parmi les collaborateurs. Marmontel et d autres encore suivirent son exemple. Ceux qui restèrent à leur poste sentirent leur zèle s'attiédir et Diderot fut obligé de les harceler pour en obtenir des articles. Seul, de Jaucourt continua avec un entrain imperturbable. Et remarquez que non-seulement sa collaboration ne lui rapporta rien, mais qu'elle lui coûta de l'argent. 11 fut réduit à vendre une maison qu'il avait à Paris afin de pouvoir payer le salaire de son secrétaire (1). Bien valut à Diderot d'avoir un collègue aussi laborieux et aussi désintéressé. Il écrivait à ^jeiio Voland : « Mes collègues n'ont presque rien fait. Je ne sais plus quand je sortirai de cette galère. Si j'en crois le chevalier de Jaucourt, son projet est de m'y tenir encore un an. Cet homme est depuis six à sept ans au centre de six à sept secrétaires lisant, dictant, travaillant treize à quatorze heures par jour et cette position ne l'a pas encore ennuyé » (2). Et quelques jours après : « Ne craignez pas qu'il s'ennuie du nombre des articles; Dieu le fit pour cela. Je voudrais que vous vissiez comme sa physionomie s'allonge quand on lui annonce la fin de son travail ou plutôt la nécessité de le finir. Il a vraiment l'air désolé » (3). Aussi, quand

(1) Grimm, Conespondance, 13 mai 1766.

(2) 10 nov. 1760.

(3) 25 nov. 1760.

Diderot publia les derniers volumes de rEncyclopëdie, les fit-il précéder deremercîmentschaleureuxàradresse (le son fidèle collaborateur : « Si nous avons poussé le ' cri de joie du matelot, lorsqu'il aperçoit la terre, après une nuit obscure qui Ta tenu égaré entre le ciel et les eaux, c'est à M. de Jaucourt que nous le devons. Que n'a-t-il pas fait pour nous, surtout dans ces derniers temps?... Jamais le sacrifice du repos, de la santé et de l'intérêt ne s'est fait plus entier et plus absolu. Les recherches les plus pénibles et les plus ingrates ne l'ont point rebuté. 11 s'en est occupé sans relâche, satisfait de lui-même, s il pouvait épargner aux autres le dégoût. Mais c'est à chaque feuille de cet ouvrage à suppléer à ce qui manque à notre éloge, il n'en est aucune qui n'atteste et la variété de ses connaissances et l'étendue de ses secours » (1).

Je m'en tiendrai à ses articles de littérature pure; à eux seuls ils formeraient un gros volume. Citons au hasard : Fabliaux, Harmonie du style. Littérature, Mythologie, Orateurs Grecs, Oraison funèbre. Passions, Période, Périphrase, Poème didactique. Poème épique, Rom^n, Satire, Style, Style poétique. Sublime, Tragédie, Tragique bourgeois. Vers français, etc.

Voltaire était un littérateur trop célèbre et trop écouté pour que Diderot et d'Alembert négligeassent de le recruter. Il accepta leurs offres avec empressement et devint, suivant ses propres expressions, « l'un des garçons de cette grande boutique ». Au début, avec une modestie surprenante chez lui, il se montra satisfait de composer les articles qu'on lui commandait,

(1) Avertisseraent en lâte du Vlil* vol.

lant même à d'Alembert pleins pouvoirs pour y faire is modifications que celui-ci jugerait à propos : «Je /VOUS présente ces essais que comme des matériaux /é vous arrangerez à votre gré dans l'édifice immor- 1 que vous élevez. Ajoutez, retranchez, je vous donne .les cailloux, pour fourrer dans quelque coin de aiur » (!)• Ces cailloux étaient entre autres les articles Eloquence et Esprit. On ne se tint pas de joie aux bureaux de TEncyclopédie, à la réception du paquet; on inséra en tête de l'article Éloquence cette note triomphante : « L'article suivant nous a été envoyé par M. de Voltaire, qui, en contribuant par son travail à la perfection de l'Encyclopédie, veut bien donner à tous les gens de lettres citoyens Texemple du véritable intérêt qu'ils doivent prendre à cet ouvrage. Dans la lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire à ce sujet, il a la modestie de ne donner cet article que comme une simple esquisse; mais ce qui n'est regardé que comme une esquisse par un grand maître est un tableau précieux pour les autres. Nous exposons donc au public cet excellent morceau tel que nous l'avons reçu de cet illustre auteur : y pourrions- nous toucher sans lui faite tort? »

L'entente dura peu. Lorsque Voltaire eut pris pied dans l'Encyclopédie, sa personnalité envahissante se dessina, son tempérament autoritaire reprit le dessus, et il semble qu'il eût voulu diriger de loin cet ouvrage dans la composition duquel il paraissait naguère content de jouer le rôle d'utilité. Le fait est qu'il ne cessa pas de harceler d'Alembert sur la faiblesse de ses collabo-

(1) Lettre à d'Alembert, septembre 1753.

rateui^s et sur la nécessité de leur imposer dans leurs articles un plan qu'il indiquait. D'Alembert avait beau lui répondre qu'il était impossible de rien changer à l'état des choses, il revenait sans cesse à la charge : « Je ne voudrais que définitions et exemples (!)•.. J'ai' vu par hasard quelques articles {Enthousiasme, par exemple) ce sont pour la plupart des dissertations sans méthode (2). On se plaint généralement de la longueur des dissertations; on veut de la méthode, [des vérités, des définitions, des exemples (3)... On vous seconde mal ; il y a de mauvais soldats (Desmahis, de Cahusac, par exemple) dans l'armée. d'un grand général » (4). Ces observations, souvent justes, n'étant pas écoutées. Voltaire se refroidit insensiblement. D'autre part, l'insistance de d'Alembertà lui donner trop souvent à faire Jes articles insignifiants {Facile, Fécond, Figure, Faible, Force, Franchise, Froid, Grâce, Gracieux, Grave, Gravité, etc.) et, quand il les avait faits, à ne pas les insérer tous, froissait son amour-propre toujours si chatouilleux (5). Enfin la perspective des dangers auxquels exposait le titre de collaborateur de l'Encyclopédie finit par le dégoûter, et il épia l'occasion de se retirer. La démission de d'Alembert la lui fournit. 11 lui écrivit : « Je ne veux plus dorénavant fournir une ligne à l'Encyclopédie » (6), et il tint parole. En vain Diderot le suppliat-il, lui disant qu'au besoin il ferait le voyage de Genève

(1) Lettre à d'Alembert, 28 décembre 1755.

(2) 13 nov. 1756.

(3) 29 nov. 1736.

(4) 22 décembre 1756.

(5) Voyez la fâcheuse opinion que Diderot, son ami, avait de son caractère Lettres à AfcUa Voland du 10 nov. 1760; 12 août 1762; à Maigeon, 1777.

(G) 13 révrier 1758.

pour aller lui demander des articles à genoux (1); Voltaire envoya l'article Histoire qu'il avait achevé depuis longtemps (2), et ce fut tout (1758).

A partir de cette époque, chaque fois qu'il eut à parler en public ou à Diderot de l'Encyclopédie, Voltaire le fit avec éloge. Mais dans ses lettres ou dans ses écrits anonymes, il n'hésitait pas à la traiter de « gros fatras », dans lequel le mauvais était en aussi grande quantité que le bon. Il composa même en 1770 les Questio7is siir l'Encyclopédie, série d'articles destinés à réparer les omissions et à corriger les erreurs du Dictionnaire de Diderot.

Marmontel fut, lui aussi, un ouvrier de la première heure. Diderot et d'Alembert l'avaient rencontré dans les salons littéraires de l'époque. Ils s'attachèrent à ce jeune écrivain, empressé et flatteur, qui paraissait accueillir avec une docilité reconnaissante tous les conseils qu'on lui donnait (3). Ils ne savaient pas que son unique ambition était, comme il l'avouera lui-même plus tard ingénument, de se bien faire venir dans tous les camps, chez les philosophes comme ailleurs (4). Marmontel cultiva surtout Voltaire dont il édita la Henriade en l'accompagnant d'une préface pompeuse. Par lui, il comptait avoir tout le parti des philosophes à sa dévotion, et il ne se trompait pas, comme le prouva son élection à l'Académie française. En dehors de ces

(1) Lettre du 14 juin 1758.

(2) Depuis 1755, il l'envoya et le réclama à deux reprises différentes pour le corriger avant de l'envoyer définitivement fin Juin 1758. Voy. Lettre à d'Alembert, 29 décembre 1757 ; à d'Argental, 15 juin 1753.

(3) L'abbé Raynal, Nouvelles Littéraires, édit. Tourneux, t. I, XV.

(4) Mémoires, liv. VI.

raisons de sentiment, ce qui pouvait recommander Marmontel au choix des Directeurs de l'Encyclopédie, c'étaient plusieurs prix de poésie remportés à l'Académie, des critiques littéraires rédigées dans le journal Y Observateur, des Réflexions sur la Tragédie, imprimées à la suite d' Aristomène ; et surtout ses tragédies : Denys le Tyran, Aristomène, Cléopâtre, etc. Certes, personne ne se faisait illusion sur le mérite de ces pièces. Lorsqu'on lui présenta Denys le Tyran^ Voltaire s'écria : « 11 ne fera jamais rien, il n'a pas le secret» c'est-à-dire le génie dramatique (1). Diderot pensait de même, et de plus il déniait à Marmontel le don de la poésie. Mais c'était leur opinion de derrière la tête. En public ou devant Marmontel, Voltaire et Diderot ne tarissaient pas d'éloges sur leur protégé; ils n'auraient pas voulu causer du chagrin à ce fidèle ami, ni diminuer le prestige d'un philosophe. Aussi un peu par considération pour son mince talent de poète et de critique, beaucoup par esprit de coterie, on accepta ses offres.

Or il arriva que Marmontel composa non-seulement autant d'articles littéraires que de Jaucourt, mais des articles infiniment plus importants, si importants même, que ce sont précisément ceux dont j'aurai le plus à m'occuper. Mentionnons les articles Comédie, Décora-

lion. Déclamation, Critique, Epopée, EpUre, Elégie, Farce, Fiction, Fable, etc. Mais au V? volume, son beau feu s'éteignit subitement. L'Encyclopédie amassait contre elle tant d'orages que Marmontel prévit qu'il se compromettrait aux yeux du parti hostile aux philosophes s'il continuvait d*y collaborer. La prudencî

(1) Rapporté par Diderot, Salon de 17G7.

l'emportant sur ses convictions, d'ailleurs assez fragiles, il n'envoya plus rien.

L'abbé Mallet (1) fut surtout le théologien de l'Encyclopédie; mais il rédigea aussi plusieurs articles de littérature. A l'époque où il surveillait l'éducation des enfants de M. de Lalive, fermier général, il avait conçu le projet d'écrire une Rhétorique et une Poétique pour l'instruction de la jeunesse. Il publia les Principes pour la lecture des Poètes en 1745, pendant qu'il était encore curé dans les environs de Melun. V Essai sur les bienséances oratoires et les Principes pour la lecture des Orateurs suivirent bientôt après en 1753. Le succès de ces livres lui ouvrit la porte de l'Encyclopédie. 11 envoya des articles sur les mots Dialogue, Dithyrambe, Élégie, Harangue, Style épistolaire, etc. Mais la mort interrompit sa collaboration dès 1755. D'Alembert écrivit son éloge en tête du tome VI" du Dictionnaire.

L'abbé Mallet clôt la liste des collaborateurs littéraires proprement dits de l'Encyclopédie. 11 convient, en effet, de réserver plus particulièrement ce titre d'abord à ceux qui, comme Voltaire et Marmontel, s'enrôlèrent expressément pour fournir des articles de littérature, puis à ceux qui, sans se renfermer dans cette spécialité, envoyèrent un assez grand nombre d'articles de ce genre : tel l'abbé Mallet. Les autres

(1) L'abbé Mallet (i7i3-175j), docteur en théologie, fut nommé en 1751 professeur de théologie au collège de Navarre. Outre les ouvrages de littérature cités ci-dessus, il a laissé de nombreux matériaux pour deux ouvrages considérables dont il avait formé le projet; une Histoire g^fnérale des Guerres de la France depuis Vélablissement de la Monarchie jusqu'à Louis XlVf et une Histoire du Concile de Trente. C'est à lui que l'on doit hu^m la publication des Négociations de M. le comte d'Avaux en Hollande. C'était donc un esprit curieux et avide de connaissances.

écrivains, dont j'aurai à citer plus loin les articles, Daclos, Montesquieu, Saint-Lambert, de Cahusac et Beauzée, ne peuvent guère être considérés que comme des amateurs. Ils ne contribuèrent qu'accidentellement à la partie littéraire de l'Encyclopédie, et encore pour un article ou deux seulement. Duclos en envoya un sur la Déclamationy Montesquieu sur le Goût, Saint- Lambert sur le Génie, de Cahusac sur V Enthousiasme, Beauzée sur la Phrase et sur la Prosodie (1). II faut se garder de les mettre sur le même plan que les collaborateurs attitrés dont je parlais tout à l'heure. Ceuxci formaient, pour ainsi dire, l'armée régulière de l'Encyclopédie; ceux-là n'en étaient guère que les tirailleurs.

(1) Duclos et Montesquieu sont asitez connus pour que je nVie pas besoin de leti présenter au lecteur. Beauzée (17i7-1789t, fameux grammairien français, fut professeur à l'École Royale Militaire et membre de l'Académie française. 11 a écrit avec Dumarsais les articles relatifs à la grammaire dans l'Encyclopédie. Il est désigné par l'abréviation BERM.

De Cahusac (1700-1759) auteur dramatique. Ses tragédies et ses comédies eurent peu de succès, excepté sa Zénéide, comédie en un acte et en vers (i742) qui resta assez longtemps au répertoire. 11 fut plus heureux à l'Opéra avec ses poèmes mis en musique par Rameau. Il était membre de l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin. Il a écrit pour l'Encyclopédie des articles sur les théâtres et l'Opéra.

Saint-Lambert (1716-1803) était assez obscur au moment où il commença à collaborer à l'Encyclopédie. Ce ne fut qu'en 1769 qu'il publia le poème des Saisons, auquel il dut une réputation imméritée.

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