‹ Les doctrines littéraires de l'Encycloped́ie, ou, Le romantisme desChapitre 7 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'encyclopédie, le génie et le GOUT

La conception clasiique do génie et du goût. Le génie ou la raison artiste. Elimination de l'imagination et de la sensibilité. — Les règles. — Les disciples de Boileau au xviii* siècle. — Les dissidents. — Les Encyclopédistes sont de ce dernier parti. — Saint-Lambert et Marmontel reconnaissent à rimagination et X la sensibilité la part qui leur revient dans le travail créateur du génie — Saint-LAmbert, Montexquien, d'Alembert et Marmontel émancipent le goût et délivrent le génie de la tyrannie des règles.— xMarmontels*attaque& Boileau.— L'Encyclopédie répand le goût des littératures étrangères; vulgarise les travaux des savants sur l'arcbéologio et les mythes grecs,— profite de^ mémoires sur notre littérature du Moyeu- Age,— défend l'érudition contre les dédains des gens du monde.

Le beau est la fin de l'art; mais, pour le réaliser, il faut du génie; pour le réaliser et l'apprécier, il faut du goût. Il y a donc entre ces trois choses, le beau, le génie et le goût, une étroite corrélation, et il est impossible de faire une théorie de Tune sans qu'elle influe sur celle des autres, sans qu'elle en détermine d'avance les traits généraux.. J'ai dit comment le xvii* siècle entendait le beau ; voyons maintenant comment il entendait le génie et le goût; nous examinerons ensuite si l'Encyclopédie a modifié ses conceptions et comment.

Le génie est la puissance de réaliser l'idéal. Or le XVII» siècle se faisant du beau l'idée que nous savons, il

8*eDsuit qu'il devait appeler génie la faculté de Tesprit capable de concevoir ce beau» c'est-à-dire la raison. Ajoutons, si Ton veut, Tépithète sublime; ce n'en est pas moins la raison. Elle seule, en effet, est la faculté impassible qui va droit aux idées, saisit l'essence des choses, rélément universel, en écartant les conditions de temps et de lieu. Ouvrez Y Art Poéliqtùe, cette « profession de foi littéraire d'un grand siècle » (1) et vous vous rendrez compte que Boileau n'exige guère de l'artiste (après le don naturel bien entendu) que la raison. M. J. Chénier en a résumé ainsi les quatre chants :

C'est le bon seos, la raison qui fail loul Verlii, Génie, esprit, talent et Goût.

Si l'on songe aux attributs de la raison, le sang-froid, la patience, l'exactitude, la justesse, on aperçoit aisé* ment quelle notion incomplète le xvii* siècle avait du véritable génie en le réduisant à peu près à cette faculté. La raison, cette puissance supérieure de l'esprit humain est indispensable au génie, mais elle ne le fait pas à elle seule. Ce qui le constitue en même temps, c'est d'abord une sensibilité très impressionnable, susceptible (le s'ébranler & la moindre idée qui traverse le cerveau de l'artiste. Aussi dit-on communément que, pour bien peindre des passions, il faut les avoir ressenties, au moins par sympathie; sinon on pourra en faire une analyse exacte, mais vivante, point Ce n'est certainement pas une idée abstraite qui inspirait à Racine sa Phèdre, à LuUi ses doux sons, au Poussin son Ârcadie; chacun à mis dans son œuvre son cœur. C'est

(l)Nitard.

pourquoi clans tous les arts, quels qui soient, il faut, pour avoir du génie, commencer par avoir de l'âme. Ce n'est pas tout; l'homme de génie, outre une ardente sensibilité, possède encore une grande imagination. Il voit les choses sous un jour éclatant, en recueille de vives images et devient ainsi capable de les reproduire avec les détails les plus propres à nous frapper. La délicatesse de la sensibilité et la vivacité de l'imagination sont les deux qualités sans lesquelles il n'est point de génie original et créateur; ce sont les deux sources de l'inspiration. Telle idée a-t-elle frappé l'artiste? Il s'y attache et aussitôt voilà l'imagination qui l'enrichit, la transfigure de ses visions. La sensibilité s'émeut à son tour et change l'idée en sentiment, en passion. C'est alors que l'artiste est inspiré et éprouve le besoin d'exprimer au dehors ce qu'il pense et ce qu'il sent. Sa raison, faculté maîtresse, n'en est pas moins toujours aux aguets pour contenir le bouillonnement de la sensibilité et les élans de Timagination dans les justes limites en deçà et au delà desquelles il n'y a point de beauté humaine.

Or quel rôle le xvii* siècle, et Boileau en particulier, ont-ils assigné à l'imagination et à la sensibilité? Un rôle assez effacé. Si le terme de la raison revient un nombre de fois étonnant dans Y Art Poétique, celui d'imagination ne s'y rencontre pas. Au contraire, Boileau la poursuit et la condamne sans miséricorde dans la fantaisie et dans le burlesque, parce que son essence est la déraison, l'arbitraire, la répugnance à toute espèce de règle. Elle lui est odieuse, qu'elle se montre dans les. conceptions sublimes de l'épopée chrétienne ou dans les bouffonneries énormes de Scarron.

Boileau a sacrifié de même la sensibilité à la raison. Il en a fait mention en disant que la peinture de l'amour

Est pour aller au cœur la roule la plus sûre ;

mais cette mention insignifiante n'empêche pas qu'il soit vrai de dire que la sensibilité lui a toujours paru une faculté indigne d'occuper dans les arts une place notable. Aussi se méfiait-il de l'inspiration, dont la sensibilité est une condition essentielle, et mettait-il le génie, de préférence dans la raison artiste, dans l'efibrt conscient et persévérant du goût.

Mais le goût, du moins, Boileau et ses disciples Tadmettaient-ils large, libérai, hospitalier? Au contraire, comme ils étaient convaincus que le seul beau, le beau parfait et universel, était celui des Anciens, qu'ils avaient eux-mêmes adopté, il en résultait qu'il n'y avait à leurs yeux qu'un goût, celui qui choisissait ce beau pour modèle et pour règle, qu'un artiste vraiment digne de ce nom, celui dont le génie était gouverné par ce goût. De là un certain nombre de règles formant un code sacré, la « législation du Parnasse », qui paraissaient avoir été fixées pour jamais et au nom desquelles la critique au xvii* siècle prononçait l'éloge ou le blâme. Toutes les œuvres qui avaient paru avant la découverte de ces règles, elle les traitait de grossières et de barbares, et ^menaçait de taxer d'œuvres de décadence toutes celles qui, à l'avenir, ne s'y conformeraient pas.

Une esthétique de ce genre ne pouvait pas durer. Elle était condamnée à tomber en ruines le jour où des sentiments nouveaux, des idées plus étendues, se révol-

teraient contre ses cadres étroits et où la connaissance des littératures étrangères révélerait que les formes du beau sont infiniment diverses, que le génie est essentiellement personnel et que le goût, en dehors de quelques éléments immuables (1), varie suivant les lieux et les temps. C'est ce qui est arrivé. Malgré les nombreux théoriciens du xviir siècle, qui continuèrent à entretenir dans le public les traditions de^îeurs prédécesseurs et dont tous les conseils sont résumés dans celui-ci d'un de leurs confrères : « Rejetons toutes les opinions nouvelles dans les affaires de littérature comme dans celles de religion » (2), le code classique fut emporté par l'ouragan romantique.

Mais avant même que les novateurs du xix* siècle eussent paru, d'autres au siècle précédent leur avaient préparé les voies. Dès 1719, Tabbé Dubos osait dire: « Un ouvrage peut être mauvais, sans qu'il ait des fautes contre les règles, comme un ouvrage plein de fautes contre les régies, peut être un ouvrage excellent » (3). Voltaire protestait de son côté contre les règles immuables : « Presque tous les ouvrages des hommes changent ainsi que l'imagination qui les produit. Les coutumes, les langues, le goût des peuples les plus voisins diffèrent. Que dis-je? La même nation n'est plus reconnaissable au bout de trois ou quatre siècles. Dans les arts qui dépendent purement de l'imagination, il y a autant de révolutions que dans les Etats » (4). Ecoutez quelle définition originale et plus

(1) Tels que le bon sens, la moralité, par exemple.

(2) Gaillard. Poétique française à l'usage det dames, 1149, 1. 1, liv. I, chap. 1.

(3) Réflexions critiques sut' ta Poésie et sur la Peinture, 2« partie, section xxii.

(4) i^jfat fur la Poésie Epique.

large que celle de Boileau, Diderot tenait au goût : « Un grand goflt suppose un grand sens, une longue expérience, une âme honnête et sensible, un esprit élevé, un tempérament un peu mélancolique et des organes délicats » (1). Ailleurs, parlant des rapports du génie et du goût, il disait : « La verve se laisse^ rarement maîtriser par le goût... La verve a une marche qui lui est propre : elle dédaigne les sentiers battus. Le goût timide et circonspect tourne sans cesse les yeux autour de lui... (2). Des critiqués, moins distingués que les précédents, commençaient, eux aussi, à secouer le joug des fameuses règles. Séran de la Tour, par exemple, prétendait qu'il y a des beautés* faites sans les règles et même contre les règles : « Le génie, ajoutait*il, voit qu'il s'en écarte; il ne s'en écarte pas moins. Conformité avec les Anciens, attention pour les Modernes, critique, éloge, il ne voit rien de tout cela. Il est son seul juge, comme il est son seul modèle. S'il est accusé, au premier aspect d'un beau inconnu, de s'oublier, on conviendra bientôt qu'il ne s'est oublié que pour se surpasser ; et ce beau que l'on n'osait approuver, à cause de sa singularité, on flnit par l'admirer comme divin » (3). Ces citations suffisent pour prouver qu'au xvii^ siècle même, il y avait un fort courant contre rétroitesse du goût classique et que plusieurs littérateurs minèrent cet art qui allait bientôt s'écrouler.

11 serait surprenan^que les collaborateurs de l'Encyclopédie n'eussent pas été de ceux-là.

(f) Deoiième entretien %wU FiU naturel (1757). Cett Donrat qoi parle.

(2) Réflexions iur Ténnee (1762).

(3) L'Art déjuger et de sentir en matière de Goût (1762).

Notons d'abord que Saint-Lambert et Marmontel ont reconnu dans le génie plus de complexité que Boileau. Celui-ci n'appelait guère de ce nom que la raison artiste; eux ont associé pour une large part à la raison l'imagination et la sensibilité.

Suivant Saint-Lambert le génie est une « étendue » de l'esprit qui « s'intéresse à tout* ce qui est dans la nature ». Il ne reçoit pas une idée qu'elle n' <c éveille un sentiment »; et ce qui le constitue surtout c'est « la force de l'imagination...., il ne se souvient pas, il voit » fl).

Cette définition du génie est complète; Marmontel n'a fait qu'en développer les termes. Le génie, dit-il, a surtout pour attribut a le don de créer » (2). Il s'aide dans ce but de l'imagination et de la sensibilité. L'imagination compose avec les traits que la mémoire a recueillis « des tableaux dont l'ensemble n'a point de modèle dans la nature ». La sensibilité, plus précieuse encore, permet de « s'oublier soi-même » ; elle fait que « l'on n'est plus où l'on est, mais présent à ce qu'on veut peindre ». Dans l'art dramatique, par exemple, l'artiste sensible pourra « se mettre à la place du personnage qu'il veut peindre, en revêtir le caractère, en prendre les inclinations, les intérêts, les sentiments...». Non que Marmontel lui demande d'avoir éprouvé les passions qu'il veut rendre ; mais, dit-il, il faut avoir dans le cœur ce principe d'activité qui en est le germe, comme il est celui, du génie. Aussi, entre millo poètes

(I) Art. Génib, t. VU. Voltaire dans une lettre an comte de Tressay (13 février 1158) appelle cet article excellent. Il est vrai que Saint- Lambert y fait de lui un éloge pompeux.

(2} Art. GÉrai et Imaoination, Suppl. t. U et Ul.

qui savent peindre ce qui frappe les yeux, à peine s'en trouve-iril un qui sache développer ce qui se passe au fond de Tâme » . Pour Boileau, le génie était une volonté consciente et raisonnable qui mesurait d'avance tous ses effets. Plus clairvoyant que lui, Marmontel Ta fait dépendre de Tinspiration, cet état complexe, contradictoire en apparence où les facultés, quoique secrètement gouvernées par la raison, sont comme emportées dans un mystérieux délire : « Le génie, écrit-il, est une sorte

d'inspiration fréquente, mais passagère 11 s'ensuit

que l'homme de génie s'élève et s'abaisse tour à tour, selon que l'inspiration l'anime ou Tabandonne ». Boileau avait fait consister le génie dans le pouvoir de saisir l'essence des choses ; il avait condamné, par conséquent, les hommes de génie à s'imiter indéSniment, puisque aucun d'entre eux ne pouvait voir différemment ce qu'un autre avait bien vu avant lui; tout au plus lui était-il permis d'être original dans l'expression. Ce qui a froppé au contraire Marmontel, c'est la puissance qu'a le génie d'inventer et de renouveler toujours. « S'il creuse le premier dans une mine, il en épuise les grandes veines et ne laisse que les filons. S'il se saisit d'un sujet connu, il le pénètre si profondément que ce champ, que l'on croyait usé, devient une terre féconde. Il fait sortir un fleuve de la même source d'où le talent ne tirait qu'un ruisseau. S'il s'enfonce dans les possibles, il y découvre des combinaisons à la fois nouvelles et vraisemblables ».

Les Encyclopédistes n'ont pas seulement élargi la définition que les fidèles du grand siècle donnaient du génie, ils ont réglé les rapports du génie et du goût avec une intelligente libéralité. Disons tout de suite

qu'aucun n'a contesté les droits du goût ni son autorité. Mais l'important pour eux était moins de rendre au goût les hommages qui lui sont dus que de le dégager des lisières dans lesquelles la tradition l'avait emprisonné et de changer sa tyrannie à l'égard du génie en une souveraineté douce et tolérante.

Saint-Lambert s'est attaché à démontrer que le génie et le goût ne sont pas une seule et même faculté. « Le goût, dit-il, est souvent séparé du génie » (1). Il est acquis : « il tient à la connaissance d'une multitude de règles ou établies ou supposées » ; il produit des beautés « qui ne sont que de convention ». Pour qu'une chose soit belle selon les règles du goût, il faut qu'elle soit « élégante, finie, travaillée sans le paraître » . Au con* traire, le caractère du génie dans les arts est « la force, l'abondance, je ne sais quelle rudesse, l'irrégularité, le sublime, le pathétique » . Par exemple, « le sublime et le génie brillent dans Shakespeare comme des éclairs dans une longue nuit, et Racine est toujours beau. Homère est plein de génie et Virgile d'éloquence ». Deux facultés aussi opposées risquent de s'entraver l'une l'autre. Saint-Lambert est d'avis que nous avons plus à gagner qu'à perdre en laissant au génie le pas sur le goût. « Dans les arts, dans les sciences, dans les affaires, le génie semble changer la nature des choses ; .son caractère se répand sur tout ce qu'il touche et ses lumières s'élançant au delà du passé et du présent éclairent l'avenir; il devance son siècle qui ne peut le suivre; il laisse loin de lui l'esprit qui le critique avec raison, mais qui, dans sa marche égale, ne sort jamais

(1) Art. GftMi, t. VII.

de l'uniformité de la nature » • Les règles et les lois du goût garrotteraient le génie; s'il les brise, c'est souvent « pour voler au sublime, au pathétique, au grand » . D'ailleurs, ses écarts' eux-mêmes ne sont pas indifférents : « il étonne encore par ses fautes » (1). Saint- Lambert conclut que la seule règle dont l'homme de génie ait besoin pour se guider, celle qui doit lui servir exclusivement de goût, c'est « l'amour de ce beau éternel qui caractérise la nature; la passion de conformer ses tableaux à je ne sais quel modèle qu'il a créé et d'après lequel il a les idées et les sentiments du beau ».

L'article de Montesquieu ne contient pas d'affirmations plus hardies sur le génie que celui de Saint-Lambert. Montesquieu distingue le goût naturel qui est « une application prompte et exquise des règles mêmes que l'on ne connaît pas » et le goût acquis qui est € une connaissance de théorie ». Celui-ci ne doit jamais entraver le génie. « Personne n'a jamais plus connu l'art que Michel-Ânge, personne ne s'en est jamais joué davantage ». C'est au goût naturel à indiquer t les exceptions » , c'est-à-dire les cas où il est utile de violer les règles théoriques (2) .

A l'article de Montesquieu, d'Alembert a joint un appendice très important qui vaut à lui seul un article. Saluant Tavéuement de la philosophie dans les matières de goût, il exalte les services immenses qu'elle a rendus à cette faculté. J'ai dit plus haut que le premier de ces services avait été, suivant d'Alembert, de guérir le goût ou de le garantir de la superstition des Anciens.

(1) Ptut-étra, mail à eoap lûr «ani m faire admirar. (S) Art GouT, t. Vil.

Mais ce n'était pas le seul. D'Alembert montre que la

philosophie a, de plus, éclairé le goût sur sa propre

nature en lui découvrant qu'il ne consiste pas dans le

culte d'un beau arbitraire, mais dans quelques principes

incontestables fondés sur notre manière de sentir. ^ La

source de notre plaisir et de notre ennui est uniquement

et entièrement en nous ». D'où il résulte que ce n'est

ni aux Anciens ni aux auteurs du xvii* siècle que nous

devons, demander les règles d'après lesquelles nous

jugerons les ouvrages d'esprit; nous les trouvons au-

dedans de nous-mêmes. L'esthétique n'est plus un dépôt

sacré que quelques privilégiés se transmettent de siècle

en siècle; elle devient une science d'observation et

d'expérimentation .

£n outre, d'Alembert soutient que si nous réfléchissons que le plaisir causé par un ouvrage de l'art vient ou peut venir de plusieurs causes, nous devons être reconnaissants à l'analyse philosophique de nous apprendre à les démêler, afin de rapporter à chacune ce qui lui appartient. Les conséquences de cette opération sont appréciables. En portant son flambeau sur tous les objets de nos plaisirs, la raison « peut ouvrir au génie quelque route inconnue ». Elle peut aussi l'empêcher de s'égarer. En effet, c'est sur les ouvrages qui ont réussi dans chaque genre que les règles sont tracées. Or, faute de nous rendre compte de nos impressions, l'imagination enflammée par des beautés de premier ordre dans un ouvrage d'ailleurs imparfait, risquera de ne pas être frappée par les endroits faibles et de transformer les défauts mêmes en beautés. Elle nous conduira insensiblement à « cet enthousiasme froid et stupide qui ne sert à rien à force d'admirer tout, espôco

(le paralysie de l'esprit qui nous rend indignes et incapables de goûter les beautés réelles ». De là nous serons portés & « établir de faux principes de goût » sur une impression confuse ou, ce qui n'est pas moins dangereux, & « ériger en principe ce qui est en soi purement arbitraire ». C'est ainsi qu'on en vient & « rétrécir les bornes de l'art », à « prescrire des limites à nos plaisirs, parce qu'on n'en veut que d'une seule espèce et dans un seul genre » ; enfin à c tracer autour du talent un cercle étroit dont on ne lui permettra pas de sortir ». L'analyse philosophique, en nous éclairant sur nos impressions, préserve l'art de tous ces écueils. Après une discussion réfléchie, elle nous fait distinguer dans un ouvrage les parties auxquelles il faut attribuer réellement notre plaisir et qui méritent d*être imitées de celles qui ne sont destinées qu'à servir d'ombre ou de repos, ou même que l'auteur a involontairement manquées.

Ces avantages de l'union de la philosophie et du goût une fois expliqués, D'Alembert répond aux nombreux adversaires de sa doctrine qui alléguaient que le sentiment est préférable à la discussion pour juger un ouvrage de l'art. Quelle triste occupation, s'écriait-on, de chicaner ainsi avec son propre plaisir! Quelle obligation aurons-nous à la philosophie, si elle n'aboutit qu'à le diminuer? D'Alembert réplique avec raison que, l'impression étant le juge naturel du premier moment, et la discussion du second, celle-ci ne fera d'ordinaire que confirmer les arrêts de celle-là chez les personnes qui joignent à la finesse du tact la justesse de l'esprit. Si d'aventure l'impression et la discussion ne s'accordaient pas, il croit que l'intervention de la philosophie

n'en aurait pas été pour cela moins utile ; car elle aurait servi à nous dessiller les yeux, à nous empêcher d'être dupes d'un mirage trompeur, et a nous suggérer un jugement solide de tout Touvrage.

N'avais-je pas raison de dire que d'Alembert avait glissé cet article dans l'Encyclopédie pour consacrer et confirmer la prise de possession de la littérature et des arts en général par l'esprit philosophique? Qui d'ailleurs songerait à s'en plaindre? Il est admis aujourd'hui que le véritable esprit philosophique, loin d'être l'ennemi du goût, est son plus ferme appui, puisqu'il consiste, comme l'explique notre auteur lui-même, à remonter en tout aux vrais principes, à reconnaître que chaque art a sa nature propre, chaque situation de l'âme son caractère, chaque chose son coloris, en un mot à ne point confondre les limites de chaque genre. Mais en 1757, cette vérité n'était pas une banalité.

Marmontel, lui aussi, a traité sans rigorisme des rapports du génie et du goût. A cette question : Y a-t-il un goût par excellence, indépendant des caprices de l'opinion, comme il y a une raison absolue et indépendante de toute convention? il ne répond pas par un oui aussi catégorique que le faisaient les disciples duxvii* siècle (1). En fait de goût, il croit qu'il y a deux juges à consulter et à concilier : l'un est « le bon sens qui est l'arbitre des vraisemblances, des convenances, du dessein, de l'ordre, des rapports mutuels, soit de la cause avec l'effet, soit de l'intention avec les moyens qu'on emploie ». Cette partie du goût est du ressort de la raison et elle est susceptible de cette évidence qui frappe tous les hommes

(1) Art. RioLis, Suppl. t. IV.

éclairés : « Jusque là les règles du bon goût ne sont que les règles du bon sens, invariables comme lui ». Le second juge est le sentiment qui, lui, varie beaucoup : « D'un siècle à l'autre, d'un peuple à l'autre, la même chose a plu et déplu à l'excès, la même chose a paru admirable et risible, a excité les applaudissements et les huées; et souvent dans le même lieu et presque dans le même temps, la même chose a été reçue avec transport et rebutée avec mépris » . Le sentiment étant un élément du goût et cet élément étant si variable, où faut-il donc qu'on aille chercher les règles du goût? Chez les Grecs peut-être, répond Marmontel, pour la sculpture, l'architecture, la peinture et la musique, mais pour l'éloquence et la poésie, nulle part. Selon lui : c Tout n'est pas beau chez les Anciens ». Il pense que leurs poètes, leurs orateurs les plus célèbres « ont leurs défauts ou leur côté faible » ;,que leurs ouvrages les plus admirés « sont encore loin d'être parfaits » ; que leurs plus grands artistes n'ont pas atteint la limite de leur art, parce que les procédés et les moyens ne leur 'en étaient pas tous connus, et que « la route qu'ils ont suivie n'est bien souvent ni la seule, ni la meilleure qu'on ait à suivre ». Si Corneille en avait cru Aristote, il se serait interdit le dénouement de Rodogune. Voilà comme un culte exclusif des anciens € donne les faits pour la limite des possibles et veut réduire le génie à l'éternelle servitude d'une étroite imitation ». Si Marmontel n'est pas idola* tre des Anciens, il l'est encore moins de ces commentateurs qui, non contents d'avoir mal expliqué les pré* ceptes dictés par les maîtres de l'art, ont voulu faire des lois do ces préceptes falsiQés. C'est des règles inventées par ces commentateurs qu'il dit avec Ânacharsis

qu'elles ressemblent aux toiles d'araignées, où se prennent les petites mouches et d'où les grosses s'échappent.

Est-ce à dire que Màrmontel ait un mépris présomptueux pour toutes les règles en général? Nullement. Il y a des inductions, tirées de l'expérience des siècles, qui déterminent les procédés les plus sûrs, les moyens les plus puissants et les eflfets les plus constamment infaillibles. Ces inductions ont été faites par de véritables philosophes qui, « remontant aux principes des choses » . ont étudié préalablement « et dans les hommes et dans la nature, et dans les arts même, les rapports des objets avec l'âme et les sens, et les impressions de plaisir et de pe^ine qui résultent de ces rapports ». Celle là, Màrmontel recommande au génie d'en tenir compte. Mais encore ne veut-il pas qu'il « s'y soumette servilement », et qu'il se refuse le droit de s'en dégager, toutes les fois qu'elles le gênent. Il conclut par cette déclaration hardie : « Ce sont des moyens de bien faire qu'on lui propose, en lui laissant la liberté de faire mieux : celui-là seul a tort qui fait plus de mal en s'écartant des règles; et comme il n'y a rien de plus commun qu'un ouvrage régulier et mauvais, il est possible, quoique plus rare, d'en produire un qui plaise universellement, contre les règles et en dépit des règles » .

Ce n'est pas seulement en attaquant de front les règles que Màrmontel a contribué à les ruiner, mais en ébranlant l'autorité du législateur français qui les avait en quelque sorte incarnées et dont le code était respecté, redouté même à cette époque, de Boileau. Non qu'il ait méconnu absolu ment les mérites de Boileau ; il n'a jamais manqué l'occasion de proclamer que c'était un bon guide pour les littérateurs, mais il a toujours mis à côté

des éloges qu*il lui décernait d'importantes restrictions. Je ne ferai mention ici que du jugement qu'il a porté sur Boileau, tliéoricien littéraire en général et auteur de VArt Poétique en particulier. Il lui accordait une raison solide et une connaissance des Anciens aussi approfondie que son époque le permettait. Il reconnaissait, d'autre part, que c'est à Boileau que la « versification et la langue sont en partie redevables de leur pureté » (1). Mais ne lui en demandez pas davantage. Distinguant trois sortes de critiques : le critique supérieur, qui ouvre des voies au génie; le critique subalterne, qui rapporte tout aux productions existantes et le critique ignorant, qui ne connaît même point ces objets de comparaison, Marmontel n'hésite pas à ranger Boileau dans la seconde catégorie. « Boileau n'a jamais bien jugé que par comparaison » (2). Ainsi Marmontel s'explique qu'il ait rendu justice à Racine, l'heureux imitateur d'Euripide, et qu'il ait méprisé Quinault et loué froidement Corneille, qui ne ressemblait k rien, sans parler du Tasse qu'il ne connaissait point ou qu'il n'a jamais bien senti, et de La Fontaine qu'il n'a même pas nommé. Marmontel ne s'étonne pas d'ailleurs que Boileau ait été mauvais juge dans les matières d'imagination et de sentiment, puisqu'il en manquait.

Quel correctif apporter à ce jugement de Marmontel T Il n'y en a guère. Si on ajoute aux mérites qu'il reconnaît à Boileau celui d'avoir eu une idée très haute de la dignité d'homme de lettres et d'avoir rempli le IV* chant de l'Art Poétique de conseils moraux qui dérivent de là.

(1) Art AiiOKis, DioAcnqui, Rtotn, ele...

(S) Art CainQOi, t IV.

on aura donné au législateur du Parnasse à peu près toute la part d'éloges qu'il mérite. Quant aux critiques, comment les atténuer? N'est-il pas vrai que Boileau n'a été en somme qu'un critique de second ordre, incapable de découvrir des voies au génie en dehors de celles qui avaient été ouvertes par les Anciens? Constesterezvous qu'il ait été privé de sensibilité littéraire, lui que ni le Tasse, ni Quinault, ni La Fontaine n'ont touché? Enfin jurerions-nous qu'il ait eu de l'imagination, luiqui n'a pas pu pénétrer suffisamment les genres où cette faculté libre et créatrice a le plus grand rôle, la poésie lyrique et l'épopée? Ainsi, il n'y a presque rien à retrancher au jugement porté par Marmontel(l). Mais ce n'est pas tant sur son exactitude que je voulais appeler l'attention que sur les dispositions de Marmontel à l'égard des règles, dispositions dont ce jugement est le symptôme; [ car il n'est pas douteux que ce sont les règles qu'il voulait attaquer dans la personne de leur défenseur.

Telles sont donc les opinions des Encyclopédistes sur le goût. Nous les avons tous entendus réclamer pour qu'on l'élargît et que ses rapports avec le génie fussent ceux non de tyran à esclave, mais de conseiller à ami. Mais leurs plaintes et leurs revendications eussent risqué d'être stériles, s'ils n'eussent placé le remède à côté du mal, s'ils n'eussent recommandé aux écrivains d'acquérir une connaissance plus étendue des littératures étrangères. En effet, le meilleur moyen pour le goût de s'émanciper, n'est-il pas d'étudier comparativement les formes diverses que le beau a revêtues dans les dif-

(I) Cest à peu près celui qu*a porté M. Druneliëre, Revue' des DeUx-Mondes, i»Juia 1889.

férents âges et chez les différents peuples, et de faire, comme dit Sainte-Beuve, « son tour du monde » en visitant les diverses littératures? Les Encyclopédistes Tont bien compris. Aussi, rompant encore sur ce point avec le xvii* siècle, ont-ils fait dans les colonnes de TEncyclopédie une large place aux littératures étrangères, les jugeant avec un esprit détaché, autant que possible, de tout préjugé national.

De Jaucourt (1) et Marmontel (2) ont présenté, dans, plusieurs articles la littérature anglaisé; Marmontel (3) et Sulzer (4) la littérature allemande; de Jaucourt la littérature espagnole et la littérature italienne (5). Un article a été consacré par l'Editeur du Supplément à la littérature hollandaise (6); par d'Alembert à la littérature arabe et à la littérature chinoise (7); par un collaborateur du nom de Tùrpin à la littérature arabe (8); par un anonyme à la littérature hébraïque (9). Loin de moi la pensée d'insinuer que l'Encyclopédie ait eu l'honneur d'éveiller la première la curiosité des Français sur les littératures étrangères. Il y avait longtemps que Voltaire avait fait connaître les grands écrivains de l'An* gleterre et notamment Shakespeare. En 1754 avait paru le Journal étranger, destiné à introduire en France, au moyen de traductions, les plus beaux ouvrages des littc-

di Art CoMÉMt, FAtuusTt, Traoédu, t Ul, VI, XIY. (S) Art Poton, Poton lthique, C. XIII.

(3) An. Pote», Pots» LTKIQUK, TKAOéOlK. t. XIII, XIV.

(4) An. Odi« Plaisartiii», Poéti, 8up|it. l. IV.

(5) An. Coaton, Riooio, TnAotoii, t. lU, XIV.

(6) Art HoLLÂifOi, Suppl. l. III.

(7) Art. EnuornoN, t. V.

(8) Art. Akaiu, Suppl. t. I.

(9) Art. LiANout BiMiAlgut, t. VU.

ratures italienne, espagnole, anglaise et allemande (1). Dès 1760, l'allemand était enseigné dans les trois collèges de Bénédictins, de Sorrèze, Pont le Vois et Ambournas (2). Enfin des travaux spéciaux d'érudits nous avaient initiés aux littératures hollandaise, chinoise et arabe. Mais TËncyclopédie a eu le mérite de comprendre de quelle utilité la connaissance de ces littératures pouvait être pour nous, et d'aider & leur vulgarisation par le concours de son immense publicité.

Lie XVIII* siècle n'avait pas seulement à émanciper son goût littéraire. L'étude de l'archéologie et des mythes grecs lui était indispensable pour redresser certaines erreurs, rétude du moyen âge pour apercevoir certaines lacunes.

En matière d'archéologie, l'Encyclopédie n'a pas innové. Si le grec était mal connu dans la seconde moitié du XVIII» siècle, l'histoire et la littérature grecques avaient été étudiées à fond par beaucoup de savants (3). Il n'est guère de sujet relatif à la religion, aux institutions et aux lettres de la Grèce auxquels les mémoires de Vertot, de Souchay, de Boivin, de Fraguier, de Fréret et de tant d'autres n'aient touché. Mais l'Encyclopédie a profité de tous ces travaux. Ses théories sur l'épopée et sur l'enthousiasme lyrique diffèrent beaucoup, nous aurons occasion de le dire, de celles qu'on lit dans Y Art Poétique de Boileau et peu de celles qui sont généralement adoptées aujourd'hui.

Sulzer a vengé l'antiquité grecque des reproches

(i) Grimin, Ed*» Tourneui, mai 1754.

(S) Art. SoRRÉ», Suppl. t. IV.

(3) Egger, UéUenitm^ en France, 28« leçon.

d'indécence et de grossièreté qu'on lui prodiguait, sans tenir compte des mœurs du temps (1). Marmontel (2) et Sulzer (3) ont compris le sens des mythes grecs et y ont YU^nondes machines poétiques, mais l'expression animée des croyances religieuses.

De même pour la littérature du Moyen- Age. Il ne faut pas demander à l'Encyclopédie de la connaître parfaitement et surtout de l'admirer. Qui donc était capable de cette admiration au xviii* siècle? On pensait comme Voltaire qui établissait en principe qu'en France, quand il s'agit des arts, il n'y a d'autre époque à étudier que le règne de Louis XIV (4). Mais l'Encyclopédie s'est tenue au courant des découvertes des érudits et des travaux assez nombreux composés alors par les membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. On peut lire, par exemple, des articles du cheva lier de Jauc ourt sur les chansons de gestes et les fabliaux, sur les mystères et les tragédies de la Renaissance, sur Ronsard, sur Montaigne, sur la Satire Ménippée, sur la langue romane (5), etc... On remarquera notamment que de Jaucourt a eu sur Boileau deux avantages. Il a compris Ronsard mieux que lui, et il a démontré par des textes que le théâtre était loin d'être abhorré chez nos dévots aïeux.

Si TEncyclopédie n'est pas en avance sur son siècle pour l'étude de l'archéologie et du Moyen-Age, elle

(1) Art. Co?ivn«Aiti, t. Il; Dot, Suppl. L IV. (S) An. MmvBtLLiui.

(3) Art, ALLioomi, t. I; Ooi, Suppl. t. IV.

(4) Mémoire sur la Salirt.

(5) Art. Tailsâuz, RoHAN, Romani (langue). 8An«illAf(tPPta,TAAOÉDii«TiiAOÉoii Di Piiri, ViRDoiiois, eir...

n'est donc pas non plus en retord. On ne peut pas contester non plus qu'elle ait travaillé efficacement en faveur de ces deux branches des connaissances humaines dans les articles où ses collaborateurs, et en particulier d'Alembert, ont défendu avec énergie les érudits qui les cultivaient contre les railleries dédaigneuses des contemporains. C'était en effet, la manie du xviii* siècle de se moquer des érudits (1). « C'est une espèce de mérite aujourd'hui, dit d'Alembert, que d'en faire peu de cas et c'est même un mérite que bien des gens se contentent d'avoir. Il semble que par le mépris qu'on a pour ces savants, on cherche à les punir de l'estime outrée qu'ils faisaient d'eux-mêmes ou du suffrage peu éclairé de leurs contemporains; et qu'en foulant aux pieds ces idoles on en veuille faire oublier jusqu'aux noms » (2). Que leur reprochait-on? D'abord une vanité extrême. Mais les érudits vaniteux étaient seuls coupables; l'érudition n'en pouvait mais. On les accusait ensuite de se livrer à une science futile et de s'attacher à commenter encore les Anciens, après qu'on avait tiré d'eux tout ce qu'il importait de savoir. D'Alembert ne pensait pas ainsi; il estimait, au contraire, que les érudits étaient nécessaires, car : « Comme il serait ridicule de croire qu'il n'y a plus rien dans lanatomie, parce que les anatomistes se livrent à des recherches inutiles en apparence, et souvent utiles par leurs suites, il ne serait pas moins absurde de vouloir interdire l'érudition sous prétexte des recherches peu importantes auxquelles nos savants peuvent

(!) Oi) peut lire un spécimen de ces railleries dans Voltaire : Le Temple du Goût (1731) « Nous trouvâmes MM, Baldius, Scioppius, Lexieocrassus, etc., » — et dans Diderot : Les Bijoux indiscrets, chap.-38 et 40.

(2) Préface de l'Encyclopédie;

s'abandonner. C'est être ignorant ou présomptueux de croire que tout soit vu dans quelque matière que ce puisse être, et que nous n'ayons plus aucun avantage à tirer de l'étude des Anciens ». D'Alembert sentait fort bien que ni le poète, ni le philosophe, n'avaient intérêt à se moquer de l'érudit et à s'isoler de lui : € Les travaux de l'érudit, écrivait-il, ont souvent fourni au philosophe et au poète les sujets sur lesquels ils s'exercent » . Aussi, quoiqu'il plaçât le poète et le philosophe au-dessus de l'érudit, les engageai t^il à s'unir tous les trois, à travailler de concert et invitait-il ses contemporains à les honorer tous les trois également (1).

Résumons-nous. Le xvii* siècle, confondant presque le génie et la raison, faisait ainsi du génie une faculté abstraite et impersonnelle. L'Encyclopédie l'a pénétré plus profondément; elle a vu de quelle riche variété de dons il était formé, et parmi ces dons quel rôle important appartenait à l'imagination et à la sensibilité. Le XVII* siècle soumettait le génie à un goût étroit, à des règles tyranniques. L'Encyclopédie a émancipé le génie, élargi le goût et ébranlé les règles. Le xvii* siècle ignorait ou dédaignait les ouvrages d'esprit parus avant lui en France, ou qui paraissaient chez les nations voisines. L'Encyclopédie a répandu le goût des littératures étrangères et a vulgarisé les résultats des travaux de ses contemporains sur l'antiquité grecque et sur notre Moyen-Ag3. Ce ne sont pas, semble-t-il, de faibles mérites.

(1) Oo ToU qoê Giliboo (oqy. cit.) eut iori de prendra si violeranimt à pftitie d'AImbert, tout préuxte qu'il avait décrié l'érudition.

Page 1