CHAPITRE IV
DOCTRINES SPIRITUALISTES
La spiritualité de la vie était la base des doctrines de YArchéisme, des Médiateurs plastiques , de Y Ame directrice , des Natures plastiques ; elle prend un rôle omnipotent avec Y Animisme, qui rapporte à Lame toutes les manifestations vitales et qui a le tort d’éloigner la recherche scientifique du monde sensible.
Animisme de Stahl. — Stahl, de Halle (1660-1734), dont les démêlés avec Leibnitz et Hoffmann furent si retentissants, est l’auteur de la théorie du Phlogistique, le créateur de Y Animisme, cette exagération de la doctrine platonicienne.
L’âme est le moteur principiant, le corps séparé de l’âme n’est qu’un simple agrégat. C’est l’instrument et l’officine de l’âme. Stahl identifie l’âme et la vie qui n’est qu’un mode de fonctionnement de l’âme. C’est son acte vivifique. L’âme architectonique agit directement et sans intermédiaire sur la substance corporelle. Homo factus est anima vivens.
Un esprit vit en nous et meut tous nos ressorts,
a traduit La Fontaine. Mens agitat molem. C’est la force conservatrice naturelle qui préserve le corps de la corruption, se confond avec la médecine de la nature et guérit les maladies. Le médecin doit prêter une main secourable à la force vitale dont le défaut de résistance entraîne la mort.
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Il existe trois espèces de maladies. La pléthore générale ou locale , Y épaississement du sang ( congestions, inflammations), les mouvements insolites ( spasmes , convulsions, paralysies), en sont les trois principales causes. La lièvre est considérée « comme un acte vital, moteur, excréteur, sécréteur, une énergie appréciatrice des choses qui doivent accomplir le salut. »
Tel est Yanimisme que Stahl adopta secondairement d’une façon définitive. « C’est l’expression la plus outrée de la spiritualité de la vie, dit Claude Bernard. Le but de Stahl était de réagir contre les disciples de Descartes, contre ceux qui voulaient expliquer les manifestations vitales par les propriétés mécaniques ou chimiques de la matière vivante en les séparant complètement du monde de l’âme. En cela et dans cette première période, Stahl était vitaliste, puisqu’il arrachait aux forces générales de la nature les faits vitaux dont il faisait un domaine à. part. Ces faits, il les place sous la dépendance d’une force immatérielle et intelligente. On peut l’appeler la vie. Voilà le vitalisme. »
« Dans une seconde phase, Stahl va plus loin. Ce principe immatériel, intelligent et raisonnable, il n’y a aucune raison de le distinguer de l’àme, qui a des attributs identiques. U confond donc la vie, la force vitale avec l’âme, et voilà Yanimisme. »
Cette donnée éclaire l’origine et l’évolution du vita lisme de l’Ecole de Montpellier.
Vitalisme. — Les doctrines médicales vitalistes comprennent le naturisme, d’IIippocrate, Yarchéisme, de Van Helmont, Yanimisme primitif, de Stahl, et le dynamisme, de Barthez.
Ecole de Montpellier. — Lq doctrine de l’Ecole de Montpellier se base sur l’admission de deux causes
supérieures ; une première cause intelligente qui préside aux actions de la conscience ( âme ou sens intime ); une seconde cause expérimentale (force ou 'principe de vie ) qui dirige les actes de développement et de conservation de l’individu sans que nous en ayions conscience. L’Ecole grecque de Cos reconnaissait aussi deux causes actives des phénomènes du corps humain : l’une supérieure, intelligente, prévoyante (Auyr), Yvcojjo]), qu’elle compare au feu (ôesjjloç); la seconde de ces puissances est la ous-ç ou nature d’Hippocrate.
L’Ecole de Montpellier représente la tradition hippocratique. Olim Cous nunc Monspelliensis Hippocrates.
En 1295, Arnaud de Villeneuve professait le naturisme hippocratique. En 1368, Guy de Chauliac continuait la tradition. Au xvne siècle, l’Ecole de Montpellier protesta contre le solidisme. L’iatro-mécanisme importépar Chirac en 1694, fut combattu par Sauvages (1737), et Bordeu, qui n’admettait qu’une seule propriété vitale, la sensibilité générale.
Parmi les représentants les plus connus du vitalisme montpelliérain, se trouvent Bordeu (1722-1766), Barthez (1734-1806), Chaussier (1746-1828), Dumas (1765-1813), Bérard, Lordat, etc.
Vitalisme Montpelliérain. — L’Ecole de Montpellier soutint les idées de Stahl; elle fut animiste, mais elle ne tarda pas à abandonner une partie de ces doctrines et devint vitaliste. « La science de l’homme vivant fut considérée comme spéciale et indépendante de celle des autres sciences. » On admit des forces particulières à l’homme vivant, autres que celles dont la nature est imprégnée, ainsi qu'une sympathie générale des actions physiologiques et pathologiques. « Tout consent, tout conspire, tout concourt dans le corps humain. »
Cette séparation absolue des phénomènes phÿsiolo-
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giques et des phénomènes du monde inorganique, caractérise le vitalisme. Les phénomènes physiologiques sont les effets immédiats du principe vital, « J’appelle principe vital, dit Barthez, l’auteur delà théorie du double dynamisme, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps humain. L’action immédiate du principe vital opère seule tous les mouvements des organes. La puissance vitale développe le principe de la chaleur, la production immédiate de ce phénomène dépend des forces de la vie. » Ce principe vital est une âme de seconde majesté. C’est le principe recteur des propriétés vitales. Ce principe vital est distinct des forces physico-chimiques et de l’âme pensante. Les propriétés vitales ne seraient que les effets, les expressions de ce principe.
La pathologie et la physiologie paraissent, à l’Ecole de Montpellier, indépendantes des lois physiques et chimiques. (Alquié.)
Le vitalisme cherche donc l’explication métaphysique des phénomènes vitaux en s’adressant à des principes extérieurs au corps vivant, sans s’inquiéter des propriétés de cette matière vivante. Ce principe vital résiderait partout ; chaque partie du corps, disait Bordeu, est un animal dans l’animal.
Puis, le vitalisme évolue, prend une allure plus scientifique et se retrouve plus tard sous la forme de vitalisme physico-chimique de l’Ecole de Claude Bernard, de néo-vitalisme scientifique de Bohr, Heidenhain, de néo-vitalisme psychique de G. Von Bunge, ,de néo-vitalisme philosophique. Ce sont toujours les mêmes doctrines cardinales qui réapparaissent sous des aspects variés.