DOCTRINES PHYSICO-CHIMIQUES AUX XVII”, XVIII' SIÈCLES
coction assimilatrice. La fièvre ne serait due qu’au croupissement des humeurs contenues dans les petits vaisseaux et à l’irritation du cœur provoquée par le désordre des esprits nerveux. Il admit le princijiium nervosum comme source des phénomènes vitaux. Sa thérapeutique imbue de naturisme hippocratique, était polypharmaque et se composait de désobstruants, fondants, discussifs, délayants, incisifs, incrassants, invisquants.
Il eut une immense célébrité. Les lettres qu’on lui adressait ne portaient que la mention « Boerhave en Europe » et ses contemporains estimaient qu’il formait à lui seul toute une faculté.
En Allemagne, c’est sous l’influence de la philosophie de Leibnitz (1646-1716) que naquit le système mécano-dynamique, purement téléologique d’HoFFmann (1660-1742) qui illustra l’Université de Halle. Il adopta le déterminisme, l’harmonie préétablie, Ventéléchie , c’est-à-dire un principe actif qui existe dans chaque monade matérielle, un principe de mouvement qui se manifeste par l’ensemble des propriétés physico-chimiques ou mécaniques. Chaque corps vivant aurait une entëléchie dominante. Hoffmann professa l’iatro-mécanisme ou mieux Fiatro- mathématique, ' fonda la théorie organique et expliqua les phénomènes de la vie par les fonctions organiques. La vie n’est qu’un mouvement circulaire du sang, des humeurs, sous l’influence du fluide nerveux. La vie et la mort sont des phénomènes mécaniques. Tout s’opère mécaniquement. Le corps est surtout une machine hydraulique où existe une égale harmonie enLre les mouvements animaux et les mouvements vitaux, entre le sang et le fluide nerveux. Il regarde Yéther comme la cause immédiate de tous les phénomènes vitaux. Cet éther a une double série de mouvements; les uns suivent les lois mécaniques, les autres proviennent de l’impulsion immédiate de l’idée
que chaque monade possède de son propre but d’existence. La chaleur produit une spirituescence, matière ténue, subtile, expansive, qui maintient les pores ouverts et pousse au dehors les superfluités. C’est par ce mécanisme qu’agit la fièvre dans les guérisons spontanées et dans les crises salutaires. Il préconise la méthode mécanique et géométrique dans le traitement des maladies. La thérapeutique doit faire rentrer dans l’ordre l’altération et le dérangement de proportion et d’ordre dans les mouvements des solides et des liquides et agir sur l’atonie ou le spasme qui, avec les altérations des liquides dépendant du désordre dans les solides, sont causes des diverses maladies. La nature médicatrice agit par un mouvement progressif qui élimine et reconstitue en même temps: ce n’est que lorsque ce mouvement curatif, spasmodique est insuffisant ou vicieux que le médecin doit intervenir, ôter ce qui est superflu et ajouter ce qui manque.
Hoffmann combattit l 'animisme de Stahl et pensait que la vie ne réside pas dans l’union de l’âme et du corps, mais dans le mouvement des solides vivants qui se communique aux liquides. A un moment donné, il fut chimiâtre.
Iatro-chimie. — Elle fut fondée par Sylvids de Le Boe (1614-1672). Elle est caractérisée parla théorie des acides et des âcres. Tous les actes vitaux, toutes les fonctions sont le résultat d’actions chimiques telles que fermentations, alcalinités, distillations, effervescences. La digestion est une fermentation ; l’absorption, une volatisation ; le fluide nerveux (esprits vitaux), le produit de la distillation du sang dans le cerveau. Les fièvres sont engendrées par les altérations âcres, acides ou lixivio- salées ou muriatico-acides des humeurs. Les affections sont dues soit à un excès d’acide, soit à un excès d’alcali. La thérapeutique est
DOCTRINES PHYSICO-CHIMIQUES AUX XVIIe, XVIIIe SIÈCLES 77
déduite du rapport chimique que l’on suppose exister entre la maladie et le remède.
Sylvius, qui étendit aussi la théorie des ferments de Van Helmont, employait volontiers les mercuriaux et les antimoniaux comme médicaments altérants, détergents, purgatifs, vomitifs, sudorifiques. Comme toujours, la pratique valait mieux que la théorie. N’admettez, disait-il, rien pour vrai dans la médecine ou dans les sciences naturelles qui ne soit démontré vrai ou qui ne soit confirmé par l’expérience à l’aide des sens externes. Il menait chaque jour à l’hôpital ses élèves qui, dit-il, « avec moi, constataient les heureux résultats du traitement quand Dieu accordait à nos soins le retour à la santé ou bien ils s’associaient à l’examen des cadavres, quand le malade payait l’inévitable tribut à la mort. »
L’iatro-chimie eut un certain succès en Allemagne, en Italie; il fut importé à Montpellier par Favre, Rivière (1589-1655), développé en Angleterre par Thomas Willis (1624-1689) qui accordait une grande importance aux acrimonies des esprits et attribuait à la fermentation la production et la guérison des maladies.
Mais les effervescences, les distillations, les fermentations de cette chimie naissante furent jugées comme aussi insuffisantes que les théories iatro-mécaniques et iatro-mathématiques.
Une réaction se produisit, on abandonna l’explication des phénomènes de la vie par la physique, les mathématiques, la chimie et le matérialisme. Le spiritualisme refleurit avec l’animisme de Stahl et le vitalisme de l’École de Montpellier.