LA DOCTRINE DES PROPRIÉTÉS VITALES DE BICUAT
la vie animale et inorganique par rapport aux forces vitales, puis les différences des forces vitales d’avec les lois physiques ; enfin, les différences des propriétés vitales d’avec celles des tissus.
« Les propriétés vitales, dit Bichat, ayant pour caractère essentiel l’instabilité, toutes les fonctions vitales étant susceptibles d’une foule de variétés, on ne peut rien prévoir, rien calculer dans leurs phénomènes. D’ou il faut conclure que des lois absolument différentes président à l’une et l’autre classe de ces phénomènes. »
Cet indéterminisme, que Claude Bernard qualifie de négation scientifique, était le résultat des théories vitalistes alors en honneur. L’erreur de Bichat fut de considérer les propriétés vitales comme opposées aux propriétés physiques. « Le génie de Bichat, ajoute-t-il, c’est d’avoir compris que la raison des phénomènes vitaux devait être cherchée comme la raison des phénomènes physiques dans les propriétés de la matière, au sein de laquelle s’accomplissent ces phénomènes. »
« Sa conception reste une vue de génie, sur laquelle s’est fondée la physiologie moderne. Les applications de la doctrine de Bichat valent mieux que ses principes. »
Il a institué la méthode physiologique, en plaçant dans les propriétés des tissus et des organes les causes immédiates des phénomènes. Il décentralisa la vie et dispersa dans la matière vivante les propriétés vitales.
« Le vitalisme de Stahl et de Bichat se trouve, d’après Claude Bernard, en contradiction avec l’expérience et les faits de la physiologie. C’est une doctrine de transition qu’il faut rejeter sous la forme que lui a donnée Bichat. Elle est le dernier effort et l’expression la plus adoucie du vitalisme. »
Bichat fonda aussi, en France, l’Ecole Anatomo-
Pathologique à laquelle appartiennent Broussais, son adversaire Laënnec, Bayle, Andral, Cruveilhier. Bans son ensemble, elle fut solidienne et organicienne. Elle procède de Bichat et des maîtres de l’an III. Elle se développe pendant que Corvisart fonde la clinique médicale illustrée par Laënnec , Andral , Bouillaud, Trousseau , etc., et que Desault crée la clinique chirurgicale où brillèrent Dupuytren, Nélaton, etc.
Laennec (1781-1826) que Broussais traitait d’owvreur de cadavres et à qui il ripostait par l’épithète de Paracelse moderne, découvre l’auscultation et fonde le diagnostic anatomo-pathologique. Il décrit le cancer, l’abcès, la gangrène du poumon, la pneumonie, la pleurésie. Ce fut'aussi un grand clinicien.
Il rétablit la nosologie et la matière médicale par l’anatomie pathologique. Il considère les altérations comme primitivement et essentiellement spéciales. Avec lui, les maladies essentielles revivent et s’appuient sur cette base nouvelle et les médications essentielles rentrent à leur suite. Il proclame l’unicité de la tuberculose dont il fait une excellente étude. Il admet une sorte d 'animisme pathologique par opposition à l’animisme physiologique de Broussais. Il fut empirique par haine du physiologisme. Avec Bayle, il inaugura cette brillante Ecole clinique française qu’illustrèrent Andral, Bouillaud, Bretonneau, Trousseau. Andral déclare la guerre à l’inflammation, restaure l’humorisme, fait d’intéressantes recherches sur le sang, inaugure l’hématologie qui vient de prendre une si grande importance et emploie avec art l’éclectisme médical contre le système de Broussais.
Rasori, avec sa thérapeutique contro- stimulante, négligeant les phénomènes locaux, allait au delà, et par dessus, atteindre la diathèse de stimulus, c’est-àdire la toxi-infection génératrice. Mais Rasori avait devancé son époque et le xixe siècle devait seulement à son déclin apporter la preuve des vues générales