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CHAPITRE V

De la Nutrition en général. — « L’état physiologique, dit Bouchard, doit toujours éclairer l’état de maladie. » Aristote définissait : « La vie est l’ensemble des opérations de nutrition, de croissance et de destruction. »

La nutrition a un caractère de permanence; elle est le caractère absolu de la vitalité, suivant l’expression de Claude Bernard. Ses deux phases sont l’assimilation et la désassimilation. L’énergétique biologique fait comprendre l’importance de la nutrition qui, a-t-on dit, est une chimie qui dure.

L’image classique du tourbillon vital, est, dit Dastre, (. loc . cit.) exagérée ; la substance réellement vivante se détruit peu, ainsi que l’ont montré Pflüger et Chauveau. Il se produit une assimilation formative, une fabrication des réserves, une reconstitution du protoplasma. La nutrition est constituée par un ensemble de réactions chimiques; les unes destructives, simplificatrices, les autres synthétiques, constructives, assimilatrices.

La nutrition, synthèse assimilatrice, peut subir une atténuation, mais non une destruction complète. La matière vivante s’accroît toujours dans ses réserves ou dans son protoplasma pour dépenser et accumuler.

Une distinction capitale doit être faite, dit M. Dastre (/oc. cit.), entre la substance vivante proprement dite et les réserves. Le résultat de l’activité vitale est une

les maladies par troubles de la nutrition 19J

destruction organique, selon la loi de la destruction fonctionnelle de Claude Bernard, une destruction des réserves et une destruction de la substance vivante par suite de son fonctionnement.

Contrairement à la grande majorité des physiologistes, M. Le Dantec admet l’accroissement de la matière vivante comme conséquence de la loi générale de l’assimilation fonctionnelle, tandis que M. Dastie soutient que l’activité fonctionnelle est une destruction explosive d’une réserve chimique qui se reconstitue avec plus ou moins de lenteur.

D’après Dastre, tous les phénomènes vitaux sont des mutations énergétiques; l’origine de l’énergie vitale est dans l’énergie chimique; le terme des mutations énergétiques de l’animal est l’énergie thermique. Nous renvoyons à son livre « La Vie et la Mort » pour l’étude de l’assimilation, de la désassimilation, du métabolisme, du catabolisme, de l’anabolisme, etc. Selon Yerworn le véritable substratum de la vie est représenté par le biogène dont la molécule est composée de carbone et d’azote combinés au cyanogène, radical qui manque dans l’albumine morte. Le processus vital est la somme de tous les processus qui sont liés à la construction et à la destruction des biogènes. Le rapport existant entre l’assimilation et la désassimilation est désigné sous le nom de biotonus. C’est aux différences qui se produisent dans le biotonus aux deux pôles d’une cellule libre, sous l’action des excitants, que l’on attribue la chimiotaxie, la barotaxie, la thermotaxie, la phototaxie, la galvanotaxie positive et négative dont l’influence dans la vie organique est considérable.

Les troubles de la nutrition sont le point de départ d’états morbides variés qui ont, en pathologie, une grande importance pratique et scientifique.

Des diathèses. — D’après la doctrine hippocratique,

les diathèses sont de véritables affections des tempéraments morbides, causes essentielles et déterminantes d’un grand nombre de maladies. Les diathèses sont de véritables affections morbides latentes qui n’attendent qu’une occasion favorable pour se manifester. Ce sont elles surtout qui se forment spontanément et sous l’influence de causes saisissables ou résultant de l’hérédité. La diathèse est un véritable état morbide de l’économie vivante. L’Ecole de Montpellier regarde les affections et les diathèses comme les sources ordinaires des maladies. Actuellement la diathèse, correspond plutôt à un tempérament morbide qu’à une maladie définie, ou, plus simplement, la diathèse est un mode particulier de nutrition qui, à un degré plus atténué, correspond aux divers tempéraments ( bilieux , sanguin , lymphatique, nerveux). La diathèse c’est l’habitude vicieuse du mouvement nutritif qui rend possible la formation ou l’accumulation de ces matières. C’est un trouble permanent de mutations nutritives qui prépare, provoque et entretient des maladies différentes comme formes symptomatiques, comme siège anatomique, comme processus pathogénique. (Bouchard.)

Une autre notion s’est introduite lentement et presque silencieusement dans la science, c’est la notion des troubles généraux de la nutrition. La vie d’une cellule, c’est l’instabilité de la mobilité de la matière qui la compose. Les accélérations, les ralentissements, les perversions de ce mouvement nutritif, peuvent avoir pour conséquence un changement dans les propriétés physiologiques des particules élémentaires; elles retentissent secondairement sur la constitution des humeurs. Ce trouble nutritif est la phase préparatoire, la prédisposition, la diathèse qui va quelque jour provoquer un état soudain et se révéler par ce qu’on appelle la maladie spontanée.

Tantôt les acides organiques, tantôt la cholestérine,

LES MALADIES PAR TROUBLES DE LA NUTRITION ~0i

tantôt la graisse, tantôt le sucre, tantôt l’acide urique, constituent le vice organique, l 'altération humorale , l’humeur peccante , qui sont associées à l’état de diathèse. Mais, dit Bouchard, de telles matières, si elles caractérisent la maladie, ne caractérisent pas la diathèse; elles ne sont pas la cause de la maladie, encore moins de la diathèse; elles sont le produit de la maladie, l’effet lointain de la diathèse.

Nous assistons actuellement à la faillite de certaines diathèses. Les diathèses syphilitique, tuberculeuse, ne sont que des infections ; la scrofule n’est plus que de la tuberculose locale et atténuée; le rhumatisme aigu et le rhumatisme infectieux sont fonctions de microbes. La diathèse cancéreuse ne durera que jusqu'au moment, vraisemblablement rapproché, où l’élément infectieux pathogène du cancer aura été découvert. Que reste-t-il de ces diathèses, objets de tant de discussions, triomphe de la médecine spéculative : l’arthritisme , le type des maladies par troubles de la nutrition si bien étudiées par le professeur Bouchard dans son livre sur les maladies par ralentissement de la nutrition et la scrofule.

La scrofule , produit de tares héréditaires (intoxications chroniques, syphilis, alcoolisme, tuberculose) est une diathèse de déchéance et conduit à la tuberculose. h’ arthritisme auquel il faut joindre l 'herpétisme est plutôt l’apanage des classes riches et élevées; il constitue un mauvais terrain pour la'tuberculose qui, alors, évolue lentement et prend la forme scléreuse.

Doctrine de la Nutrition retardante. — Cette nutrition retardante est le lien qui réunit des maladies en apparence disparates et fort éloignées, telles que l’obésité , la goutte , la gravelle , la lithiase biliaire , le diabète , certaines maladies de peau , les migraines, quelques variétés de rhumatisme

La cause commune qui engendre et associe ces

maladies dilïérentes, mais de même famille, c’est le trouble nutritif général, c’est la diathèse caractérisée par la nutrition retardante, c’est la diathèse brady trophique, terme qui explique la lenteur des métamorphoses nutritives et qui englobe les diverses maladies arthritiques.

La nutrition retardante est surtout caractérisée par la diminution des excreta qui contiennent des produits incomplètement élaborés (l’acide urique, l’acide oxalique), les autres acides organiques, les acides gras volatils, et par l’accumulation dans le corps d’un ou plusieurs principes immédiats. Si ces troubles nutritifs sont prolongés, ils provoquent la maladie qui peut être plus ou moins durable; s’ils sont permanents, ils créent la maladie chronique ou la succession de maladies aiguës paroxystiques, survenant par accès. Ce trouble nutritif est la disposition morbide qui engendre et maintient des maladies en apparence disparates. C’est la diathèse.

Cette nutrition retardante provoque les maladies par l’ accumulation des acides dans l' organisme , par l’entrave apportée aux actes nutritifs et par l’élaboration trop lente d'autres principes immédiats. Dans la lithiase biliaire, le défaut d’oxydation des acides entraîne l’insuffisante élaboration d’une autre substance organique, la cholestérine. Si cette insuffisance de l’élaboration intra-organique porte sur la graisse, Y obésité se produit ; sur le sucre, c’est le diabète qui survient; sur la matière azotée, ce sont la goutte et la gravelle qui apparaissent.

S’il reste dans l’organisme ou s’il s’échappe par des émonctoires des acides urique ou oxalurique, du sucre, de la graisse, des acides organiques divers, l’oxydation a été incomplète, les mulaLions nutritives ont été insuffisantes, il existe du ralentissement de la nutrition.

Il en résultera une tendance à la précipitation

d’urates acides (goutte), d’acide urique (gravelle), une diminution de l’alcalinité du sang (goutte, rhumatisme). La gravelle n’est encore qu’un vice partie ce la nutrition ; la goutte est à la limite entre les maladies nutritives simples et les maladies formatives.

La métamorphose insuffisante des matières protéiques s’associe en général au défaut d’élaboration des autres principes immédiats. Le trouble plus profond apporté aux métamorphoses de la matière vivante aboutit à la gravelle, à la goutte, au rhumatisme, qui réalisent non seulement 1 histoire de l élaboration insuffisante d’un seul principe immédiat, mais résument en quelque sorte les altérations qui sont la conséquence d’un défaut dans 1 élaboration de toutes les parties constituantes du corps et, par conséquent, de toutes les parties qui composent les éléments.

Dans chacune de ces maladies, si un principe immédiat est plus particulièrement soustrait à la destruction, les autres principes immédiats, à des degrés divers, subissent également un arrêt ou un ralentissement dans leurs transformations destructives.

À chaque maladie caractérisée par l’insuffisante élaboration d’un principe immédiat, s’associe presque fatalement chez l’individu et dans sa famille, les maladies caractérisées par l’accumulation des autres principes immédiats. La statistique clinique et l’analyse physiologique démontrent et expliquent cette association si remarquable et si fréquente de la dyscrasie acide, de l’oxalurie, de la lithiase biliaire, de l’obésité, du diabète, de la gravelle, de la goutte, qui constituent comme les premières assises dans ce monceau de maladies qui toutes relèvent de la nutrition retardante. Obésité, rhumatisme chronique, goutte, asthme, gravelle, diabète, migraine, névralgie, eczéma, lithiase biliaire, dyspepsie, hémorrhoïdes, sont les membres de la même famille pathologique.

Obésité. — La graisse a une double origine : l’alimentation et la désassimilation. La condition pathologique de l'obésité est le défaut de combustion des graisses. Tout trouble général de la nutrition qui ralentit les oxydations pourra permettre l’accumulation. soit des graisses alimentaires, soit des graisses de désassimilation. L’accumulation de la graisse est due à l’insuffisance des oxydations. Cette diminution des oxydations se manifeste également en ce qui con- ‘ cerne la destruction de la matière azotée. L’abaissement du chiffre de l’urée atteint souvent les deux tiers, quelquefois la moitié du chiffre normal.

Goutte. — Les goutteux brûlent mal la graisse (d’où fréquence de lithiase biliaire et de l’obésité), le sucre : (le diabète a été considéré comme maladie goutteuse et la glycosurie s’observe assez souvent au cours de la goutte). Leur matière azotée est mal comburée, sous toutes ses formes.

Dans les métamorphoses désassimilables que subit, chez les goutteux, la matière protéique, une part plus considérable qu’à l’état normal s’élimine sous la forme d 'acide urique , sans arriver à cet état d’oxydation plus parfait qui donne naissance à l’urée. La goutte est donc essentiellement caractérisée par le retard de la nutrition.

D'après Bouchard, « l’arthrite s’accompagne d'un dépôt d’urate et l’inflammation brûle en partie cet urate », et, dans la goutte, il existe un état dyscrasique à prédominance acide.

Gravelle. — L’élaboration vicieuse de l’acide urique est, en quelque sorte, toute la gravelle. La gravelle est due à un état morbide général ; c’est la gravelle urique qui prédomine, puis, avec un moindre degré de fréquence, la gravelle oxalique.

La gravelle de cause interne, de cause diathésique,

est la gravelle urique, la gravelle rouge. Sa production suppose deux conditions de production : ou une formation exagérée d'acide urique, ou un défaut de solubilité de cet acide. L’acide urique est un produit de transformation médiate des substances azotées. L’acide urique doit donc dépendre de l’alimentation ; il a pour origine la matière azotée des aliments.

L’augmentation de la quantité d’acide urique n’est pas suffisante pour déterminer la gravelle; il faut, de plus, que sa solubilité soit amoindrie par la concentration des urines, l’augmentation de leur acidité, l’excès des phosphates acides. Les deux dernières conditions sont réalisées par l’insuffisance des mutations nutritives.

Diabète. — Bouchard résume ainsi sa conception pathogénique du diabète : « C’est une maladie générale de la nutrition caractérisée primitivement et essentiellement par un défaut ou une insuffisance des actes de l’assimilation, et en particulier par un défaut de consommation de sucre dans les éléments anatomiques. Il se rattache à cette grande famille de maladies qui, toutes, ont pour caractère dominant un ralentissement de la nutrition. La condition préalable du diabète est un trouble nutritif d’origine nerveuse ou de toute autre origine, quelquefois acquis, le plus souvent congénital. Ce trouble consiste essentiellement en un ralentissement de la nutrition; il peut rendre plus lente ou plus incomplète la transformation intra-organique des acides, de la cholestérine, des graisses, de la matière azotée et même du sucre, et provoquer l’obésité, la lithiase biliaire, la gravelle, et quand l’élaboration du sucre sera viciée, le diabète. Il y a alors accumulation dans le sang du sucre non utilisé, fixation d’eau dans le sang, polyurie et glycosurie, déshydratation des tissus, soif, défaut de consommation de l’oxygène, abaissement de la ternis

pérature, puis apparaissent les troubles nutritifs secondaires et la consomption. »

« Le diabète est, dit-il, pour moi, la pierre angulaire de la doctrine. » Cependant Beneke adopte la théorie de Claude Bernard qui en faisait une maladie par augmentation de la production du sucre, et Cantani estime qu’il s’agit d’une production défectueuse de ce produit. D’après A. Robin, il existe chez le diabétique, non seulement une exagération de tous les actes de la nutrition générale, mais une suractivité spéciale de certains organes au premier rang desquels figurent le foie et le système nerveux. Lecorché croit que le diabète est dû à l'apport en excès dans le foie du sucre fabriqué par le foie et que la goutte est caractérisée par une hypernutrition, c’est-à-dire par une désassimilation plus considérable, par une augmentation exagérée des échanges moléculaires. Enfin, tandis que Lancereaux rapporte l’arthritisme à un état vaso-moteur et trophique, Landouzy le considère comme un état morbide bradytrophique, à manifestations diverses, aboutissant d’une ou de plusieurs infections ou intoxications.

Ifayem modifie ainsi la théorie de Lancereaux : Le système nerveux joue dans les manifestations de l’arthritisme un rôle prépondérant en modifiant la circulation et en s’opposant à l’action chimique des sécrétions fermentaires. Ce sont les centres nerveux de la vie organique, distincts du système ganglionnaire, localisés dans la région bulbo-encéphalique, qui tiennent sous leur dépendance le métabolisme de l'individu et constituent un appareil de régulation dont les altérations fonctionnelles entraînent l’arthritisme et les maladies de la nutrition qui sont « des trophonévroses par vésanies de la vie organique ». C’est ainsi qu’Hayem explique leur origine nerveuse et leurs parentés avec les névroses.

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