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CHAPITRE II

LA LUTTE PHAGOCYTAIRE

L'infection doit être considérée comme un mode particulier d’agression. Dès qu’un microbe pénètre dans l’organisme, celui-ci réagit par V action bactéricide de ses tissus qui peut détruire ou affaiblir 1 agent pathogène. Le microbe doit encore lutter contre les leucocytes du sang qui font d’incessantes patrouilles, renforcent les cellules fixes et exercent un rôle phagocytaire. Alors l’action locale du microbe est légère.

' Le microbe est-il plus virulent ; il pullule, sécrète des toxines, produit des lésions locales, 1 éveillant un mode de défense, la phagocytose. Ces toxines imprègnent les cellules de l’organisme dont la réaction entraîne la production de substances bactéricides et antitoxiques. Ces modifications humorales augmentent la résistance des cellules, atténuent ou détruisent les microbes qui sont attaqués par les phagocytes qu’attirent les propriétés chimio-tactiques positives des produits microbiens et des déchets cellulaires. Alors s’engage entre les cellules et les microbes la lutte dont Meichnikoff a si bien décrit les diverses phases qui se succèdent au cours de l’inflammation, (cet ensemble de phénomènes réactionnels par lesquels l’organisme répond à l’agression microbienne).

Les phagocytes sont les éléments les plus actifs de cette lutte dans laquelle ils interviennent avec des rôles divers.

La Phagocytose. — Lorsqu’on examine au microscope le sang ou les humeurs d’un individu ou d’un animal spontanément ou expérimentalement infecté par des microbes, on constate très souvent, presque toujours, que des microbes sont logés dans l’intérieur de certains éléments cellulaires.

Comment peut-on expliquer cette introduction? Si l’hématozoaire du paludisme s’introduit dans le globule rouge, dans la grande majorité des cas, c’est la cellule qui généralement englobe les microbes; (comme, par exemple, ceux du pus de la tuberculose, de la lèpre, de l’actinomycose, etc.).

Le rôle actif appartient à la cellule, et c’est cette fonction cellulaire si importante que l’on nomme 'phagocytose.

Les Phagocytes. — « On désigne sous le nom de phagocytes certaines cellules mobiles ou fixes, qui jouissent du pouvoir de saisir activement, d’englober et de digérer (lorsqu’elles sont assimilables) les fines particules inorganiques, organiques et organisées (cellules mortes et même vivantes). Ce pouvoir est en rapport avec l’absence totale ou partielle de paroi limitante, la mobilité totale ou partielle, et la sécrétion des sucs digestifs intraprotoplasmiques.» (Nicolle.)

La phagocytose est une réaction de l’organisme contre l’invasion microbienne, c’est une mesure de défense dont l'exécution est confiée aux phagocytes.

La propriété qu’ont certaines cellules de l’organisme d’englober les corps étrangers animés ou ina nimés avait été reconnue par divers auteurs avant Metchnikoff. Mais c’est à cet auteur et à ses élèves qu’appartient l’honneur d’avoir montré toute l’importance de ce fait qui domine actuellement l’ensemble des doctrines médicales.

Le système phagocytaire des animaux supérieurs et de l’homme comprend trois groupes d’agents : les

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éléments mobiles , les éléments fixes et les amas d’éléments fixes ( organes phagocytaires )

Les éléments mobiles se confondent a peu près avec les globules blancs du sang. Si certains de ces éléments ne sont pas à proprement parler des phagocytes, leur rôle dans la sécrétion des corps qui possèdent une action indéniable dans la défense de l’organisme, ne permet pas de les séparer des autres

leucocytes.

Leurs variétés. — On trouve des globules blancs libres dans le sang et dans la lymphe. Dans le sang, il en existe cinq espèces distinctes :

1° Les lymphocytes , petites cellules dont le diamètre est à peu près égal à celui des globules rouges du sang et dont le corps est occupé à peu près uniquement par un noyau; chez l’homme on compte en\iron 3 lymphocytes sur 100 globules blancs. Les lymphocytes sont les grands balayeurs de l’organisme. Ce sont des macrophages qui absorbent les détritus organiques dont ils achèvent la digestion au moyen de sécrétions intra-cellulaires, de compléments cytolytiques ; . ,

2° Les mononucléaires, éléments volumineux possédant un seul noyau et un protoplasma abondant (35 o/o environ chez l’homme). Les tissus lymphoïdes produisent les deux premières variétés de leucocytes, tandis que les suivants, qui appartiennent à la série médullaire, sont fournis par les tissus à texture

myéloïde ;

3° Les polynucléaires , à noyau divisé en plusieurs lobes qui semblent séparés les uns des autres, mais sont en réalité unis par de fins tractus de substance nucléaire ; leur protoplasma est assez abondant et doué d’une motilité très active. Ils existent dans la proportion de 60 %> environ. Ce sont les éléments de la défense mobile qui absorbent des corps de petit

\olume; ce sont des microphones qui exercent surtout Jeur rôle dans la phagocytose, l’arme de défense par excellence. Non contents d’englober le microbe Us 1 attaquent encore avec des substances bactéricides, des alexines, produits de sécrétion ou de désintégration de ces cellules ;

4“ Les éosinophiles , comprenant deux masses nucléaires arrondies apparemment séparées et dont le protoplasma esL bourré de grosses granulations rémngerantes, caractérisées par leur affinité élective pour les matières colorantes dites acides, comme 1 eosine (1 %j ;

o° Les basophiles , caractérisés par l’existence de deux noyaux peu distincts et d’une grande quantité de granulations volumineuses, qui se colorent contrairement aux précédentes, par les colorants dits basiques (0,5 à 1 °/0).

La lymphe contient, comme éléments caractéristiques, des grosses cellules à un seul noyau, entouré d un corps protoplasmique énorme par rapport aux autres cellules libres. On rencontre dans la lvmphe des leucocytes du sang, mais ils sont alors en état de dégénérescence et englobés eux-mêmes par les grosses cellules lymphatiques. En revanche, celles-ci n’existent jamais dans le sang, si ce n’est à l’état pathologique.

Les globules blancs ont une double origine : les polynucléaires, les éosinophiles, les basophiles naissent dans la moelle osseuse ; les lymphocytes et les mononucléaires ont leur origine dans la rate et les ganglions lymphatiques.

Les éléments lîxes de la phagocytose sont représentés par un grand nombre de cellules endothéliales. L’endothélium des vaisseaux capillaires sanguins et lymphatiques, celui qui tapisse les alvéoles pulmonaires, l’endothélium péritonéal contiennent de nombreuses cellules mononucléaires, douées de mouvements amiboïdes et agissant activement dans la

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phagocytose. Dans le foie, ces éléments sont Des abondants, leurs mouvements amiboides très accentués et leur fixité est moindre ; ils sont appelés cellules de Kupffer. Certaines cellules fixes du tissu conjonctif sont également phagocytaires. La phagocytose est même exercée par des éléments hautement différenciés comme les cellules nerveuses, qui eng obent les bacilles de la lèpre. La rate, les ganglions, a moelle osseuse occupent une place à part dans a défense phagocytaire de l’organisme. Outre leur ro e de formation des diverses variétés leucocytaires, ils possèdent encore par leurs cellules propres fixes une action phagocytaire particulièrement élevée et d une importance prépondérante.

Les phagocytes possèdent comme caractères physiolosiques généraux : leur mobilité , leurs sensibilités , leurs propriétés digestives , leurs sécrétions.

Leur mobilité. — Tous les phagocytes libres, sauf les lymphocytes, sont doués de mouvements amiboïdes ; leur protoplasma se déforme et s’étire, formant des prolongements qui servent, soit à la progression de la cellule, soit à l’englobement des corpuscules voisins. Les phagocytes fixes émettent des prolongements analogues, qui servent seulement à capter les corps étrangers, la cellule restant fixée par un point plus ou moins étendu de son contour.

Leur sensibilité. — Les mouvements des phagocytes sont déterminés par diverses excitations. L’oxygène, par exemple, se montre un puissant excitant, car les leucocytes se dirigent toujours vers les endroits les plus aérés, à la recherche de ce corps. La chaleur leur est également nécessaire et la mobilité disparaît en dehors de certaines limites thermiques. La sensibilité tactile des leucocytes est également démontrée par leur étalement à la surface des corps avec lesquels on les met en contact.

Chimiotaxie. — Mais le mode de sensibilité le plus intéressant chez les leucocytes est la sensibilité chimique, que Pfeiffer a appelée chimiotaxie. Certaines substances attirent les globules blancs, d’autres les repoussent. Les solutions salines faibles attirent les leucocytes, tandis que les mêmes solutions concentrées, l’alcool, l’éther, le chloroforme, l’acide lactique, etc., repoussent les globules blancs. Les solutions salines faibles et les cultures diluées déterminent une chimiotaxie positive, les solutions et cultures concentrées et certains corps chimiques produisent une chimiotaxie négative.

Le phagocyte apprécie donc la nature et la composition du milieu qui l’entoure et se trouve influencé par les produits solubles sécrétés par les microbes dans les cultures, comme par les substances chimiques en solution. Mais cette sensibilité n’est pas absolument fixe et irréductible. Si, en effet, après avoir attiré les phagocytes avec une solution saline faible, on augmente progressivement et lentement la concentration du milieu, les cellules ne s’éloignent plus de solutions suffisamment fortes pour les repousser énergiquement à un premier contact. Il en est de même avec les produits microbiens toxiques ; après avoir subi un premier contact avec une toxine diluée qui les a fortement attirés, les phagocytes supportent mieux un milieu plus saturé et ne sont pas éloignés par une toxine plus énergique.

Leurs propriétés digestives. — Les propriétés digestives des phagocytes ont été entrevues de longue date. Hœckel (1862), Recklinghausen, Cohnheim(iS67), Laughans, etc., ont vu des poudres inertes ou des débris cellulaires altérés être résorbés par les cellules lymphatiques. Mais ce sont surtout les travaux de Metchnikoff, inaugurés dès 1865, sur la digestion intracellulaire dans la série animale, qui ont conduit

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ce savant à l’interprétation lumineuse des phénomènes de défense organique.

Chez les animaux uni-cellulaires, les amibes, par exemple, les particules alimentaires absorbées s’entourent d’une vacuole occupée par un liquide à réaction acide et disparaissent peu à peu, comme dissoutes dans le protoplasma qui les entoure. Chez les animaux supérieurs, les cellules mésodermiques et notamment celles qui sont différenciées en vue de la phagocytose, conservent la faculté de sécréter des diastases variées.

Les phénomènes digestifs d’ordre phagocytaire sont parfois extrêmement actifs, à l’état de vie normale. Dans les transformations larvaires des insectes, ce sont des cellules phagocytaires, les amibocytes, qui font disparaître les divers tissus, à l’exception des cellules de nouvelle formation. Les muscles de la queue des têtards de batraciens sont également détruits très rapidement, après digestion, par des cellules amiboïdes d’origine conjonctive.

Chez les animaux supérieurs, les grandes cellules mononucléaires du foie et de la rate absorbent constamment et digèrent les globules rouges et blancs du sang, vieillis et dégénérés.

A l’état pathologique les phénomènes sont analogues. Après englobement des parasites nocifs, le protoplasma amasse autour du microbe un acide sécrété par le noyau, l’acide nucléique, de composition assez analogue semble- t-il à l’acide urique, et conservé en réserve dans la cellule. Le microbe ainsi attaqué devient granuleux et disparaît peu à peu comme fondu dans le corps cellulaire du phagocyte.

Ce processus n’est d’ailleurs pas unique. Dans certains cas, la sécrétion des phagocytes est alcaline et détermine autour du microbe des strates concentriques de phosphate de chaux qui l’enserrent et l’annihilent.

Les sécrétions des Phagocytes. — En dehors des ferments digestifs qu’ils utilisent dans ces phénomènes de digestion intra-cellulaire, les leucocytes sécrètent normalement de nombreuses diastases ou substances analogues. Citons d’abord la plasmase, la thrombose, les oxydases et le ferment glycoly tique qui ont un rôle physiologique normal et constant.

Ce sont des substances analogues aux diastases et d’origine leucocytaire qui donnent aux sérums et aux exsudats des animaux certaines propriétés bactéricides. M. Nicthall a démontré, le premier, que le sang défibriné de certains vertébrés est microbicide vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse et que cette action antiseptique disparaît par chauffage à 55°. Büchner, à la suite de nombreux travaux sur le pouvoir bactéricide des sérums vis-à-vis des divers organismes, admit tout d’abord que ce pouvoir dû à des substances qu’il nomme a lexines appartient au plasma lui-même. M. Denys ayant établi que les leucocytes constituaient la soui'ce unique des alexiues, M. Büchner se rallia à cette manière de voir, mais soutint que les principes microbicides sont excrétés par les globules blanes vivants. M. Metchnikoff a prouvé, au contraire, que seule la destruction des leucocytes permet l'issue des substances bactéricides. Les substances de nature inconnue (encore nommées lysines ou cytases ) sont très voisines certainement des diastases. (Nicolle.) Elles sont détruites par le chauffage à 55° et résistent aux basses températures, elles sont retenues par les filtres ; la perte des sels dialysables qui les accompagnent, les rend inactives. Elles sont précipitées par l’alcool et le précipité redissous dans l’eau additionnée des sels physiologiques, fournit une action bactéricide égale au produit original.

L’action débute à 2° et passe par un optimum, avant d’arriver à la température qui détruit l’alexine.

Les lysines peuvent tuer les microbes sans modifier

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leurs formes ou bien après les avoir altérées. Elle se fixent sur les cellules qu’elles tuent et leur action s’épuise ainsi par spoliations successives, ce e i.va tion se fait même, si les cellules attaquables étaient mortes avant d’èLre soumises au contact des alexin ..

Les lysines ne sont pas excrétées par les globules vivants. Chez l’animal sain, il n’y a pas de ysines

libres au sein des humeurs.

Les alexines agissent non seulement sur les miciobes, mais sur les cellules animales. C’est ainsi que e sérum d’un animal peut dissoudre les globu es u sang des animaux d’autres espèces, par exemple : e sérum du cobaye dissout fortement les hématies de l’homme et de la poule, et le sérum du lapin dissout moyennement les hématies du cobaye, faiblement les hématies de la poule, de l’homme et du rat.

En dehors des lysines et indépendamment d elles, les sérums normaux contiennent des substances dites agglutinantes qui ont, comme l’indique leur nom, la propriété de rassembler en amas les cellules éparses au sein des liquides. (Nicolle.) Certaines agglutines agissent sur les microbes, ainsi le sérum du cheval agglomère les vibrions cholériques ; d’autres ont une action sur les hématies, par exemple : le sérum du lapin agglutine les hématies de l’homme, du cobaye, de la poule et du rat.

Le chauffage à 55°, qui détruit les alexines, respecte les agglutinines; mais comme les alexines, les agglutinines se fixent sur les éléments qu’elles réunissent en amas et s’épuisent par leur action même.

Les sécrétions sont dues aux phagocytes, aux leucocytes. On ne sait encore s’il existe des substances analogues produites par les phagocytes libres.

La phagocytose rend compte, dans ses lignes principales, de la lutte qui met aux prises ces éléments protecteurs et les éléments nocifs envahisseurs contre lesquels ils doivent assurer la défense de l’organisme.

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