LA DÉFENSE CONTRE L'INVASION MICROBIENNE
Rôle des Macrophages et des Microphages. —
Première ligne de défense. — L’organisme doit tout d’abord se défendre contre l’invasion des germes nui. vivant en parasites impuissants à la surface du tégument externe, menacent à tout instant de l’envahir. La barrière épithéliale protège l’organisme; l'altération des épithéliums favorise l’infection. On peut prendre pour exemple la muqueuse buccale, à la surface de laquelle grouille tout un monde de germes, dont bon nombre sont susceptibles de déterminer la maladie s’ils pénétraient dans l’intimité des tissus. Les cellules épithéliales s’opposent fortement à la pénétration des germes. Mais sous la barrière épithéliale se' trouvé disposé un réseau serré de lymphatiques où les globules blancs s’amassent, toujours prêts à la lutte. Attirés par les propriétés chimiotactiques des bactéries, ils s’échappent sans cesse de leurs retranchements, cheminent entre les cellules épithéliales et saisissent pour les détruire tous les germes qui tentent de pénétrer dans l’épaisseur de la muqueuse. C’est le même mécanisme qui entre en jeu au niveau de la muqueuse intestinale et encore dans les alvéoles pulmonaires , où les phagocytes s’emparent également des poussières inertes.
La résistance organique après la pénétration microbienne. — La lutte est plus complexe lorsqu’il s’agit de détruire un ennemi qui, victorieux de cette première ligne de défenseurs, a pénétré dans l’intimité
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le l’organisme. Le résumé que M. Cantacuzène donne -5ur les phénomènes inflammatoires consécutifs a .'inoculation de vibrions cholériques dans le péritoine, du cobaye est la meilleure exposition que 1 on puisse [faire de ces faits.
« Une dose non mortelle de vibrions cholenquea eest injectée dans le péritoine d’un cobaye. Ce changement brusque du milieu fait périr un certain mombre de vibrions; mais l’immense majorité y trouwent un milieu favorable, s'y multiplient et sécrètent Heurs toxines. Celles-ci vont impressionner les leucoccytes qui, surpris par cette modification subite du [milieu, se mettent à l’abri dans les organes à circulation ralentie, d’où hypoleucocytose du sang. Les leucocytes présents dans la cavité générale, également imal à l’aise, séjournent au milieu des vibrions sans les , englober. Mais bientôt l’accoutumance se fait ; les leui cocytes rentrent dans les vaisseaux en grand nombre (, hyperleucocytose ); la dilatation vasculaire autour du fover infecté devient de plus en plus forte ; la diapédèse commence; pendant quelque temps, l’afflux leucocytaire dans le péritoine est faible et l’englobement aussi. Puis ces deux phénomènes s’accentuent et les leucocytes englobent rapidement les microbes qui, parvenus à l’intérieur des cellules, prennent la forme de granulations sphériques. Les vibrions intracellulaires enfermés dans une vacuole deviennent éosinophiles, puis se résolvent ei fines granulations éosinophiles. Un certain nombre de vibrions restent longtemps, souvent vingt quatre, quarante-huit heures, dans 1 exsudât, sans être englobés. Ce sont les plus virulents : ils luttent contre les° phagocytes et les éloignent par leurs sécrétions. Cultivés, ils donnent une race plus virulente que celle dont ils dérivent. Mais, finalement, l’accoutumance des phagocytes se faisant, les derniers parasites survivants sont englobés et détruits. On n’observe jamais de destruction extra-cellulaire des vibrions.
Au bout d’un nombre assez variable d’heures, de gros leucocytes mononucléaires pénètrent dans l’exsudât : ! une lutte s’établit entre les microphages bourrés de microbes et les macrophages, lutte dans laquelle les I polynucléaires les moins résistants, les plus affaiblis, j sont saisis et digérés à l’intérieur des vacuoles. Le résultat de cette seconde phase dans la lutte est la constitution, par sélection, d’une race de leucocytes plus adaptés à la lutte contre les vibrions. »
.4) Dans ce cas, ce sont les petits leucocytes polvnucléaires, les microphages, qui ont joué le principal rôle ; il en est de même dans toutes les infections -1 aiguës localisées. Les gros leucocytes mononucléaires ! les macrophages, n’interviennent qu’à la fin de la lutte ] pour débarrasser le terrain des cadavres de polynucléaires qui ont succombé dans la bataille.
B) Les infections généralisées mettent en jeu les J phagocytes viscéraux. Lorsqu’on inocule dans les { veines du lapin une culture de bacille charbonneux ' et qu’on suit l’évolution de l’infection en sacrifiant à des intervalles variés des animaux inoculés simultanément, on voit les phagocytes de la rate et du poumon et les cellules de Kupffer du foie englober rapi- i dement les microbes. Mais ici la lutte ne doit pas se ^ terminer à l’avantage des défenseurs. Les polynucléaires et les phagocytes hépatiques ne réussissent pas à digérer la totalité des microbes englobés. Les bactéridies se multiplient dans l’intérieur des cellules qui les ont captées, elles les débordent et les tuent, et, libres désormais de toute contrainte, se répandent avec exubérance dans le milieu intérieur.
Dans la fièvre récurrente, la phagocytose se localise i en un seul point. Les spirilles ne sont jamais englobés par les leucocytes circulants ; seule la rate les ramasse tous, et là ils deviennent la proie des polynucléaires sphériques. ■
Le rôle des macrophages est plus important dans
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quelques infections aiguës et surtout dans les infections chroniques.
Parmi les infections aiguës , la spirillose des oies met uniquement en jeu la phagocytose mononucléaire. Les spirilles sont englobés dans la rate et la moelle des os par les grosses cellules mononucléaires, sans intervention des microphages.
L’infection par une levure pathogène, le saccharomyees de Curtis, montre la transition entre les infections aiguës et les infections chroniques.
Lorsqu’on inocule cette levure dans le péritoine du cobaye, au début, les polynucléaires englobent individuellement les cellules de levure ou bien forment autour d’elles des amas circulaires ; les saccharomyces englobés dégénèrent. Les parasites libres s’entourent de capsules qui paraissent jouer un rôle de défense contre la phagocytose. Mais, au bout de vingt-quatre heures, les mononucléaires entrent en ligne, captent les cellules parasites, et, en deux ou trois jours, achèvent l’incorporation.
C) L’étude de la tuberculose pulmonaire expérimentale chez le lapin fournit le schéma de la défense de l’organisme contre les infections chroniques. Quand on injecte des bacilles de Koch dans les veines, ils sont immédiatement englobés par les polynucléaires, dans les capillaires du poumon. La lutte se circonscrit, pendant les deux premiers jours, entre les bacilles et les microphages ; mais ces derniers, impuissants à digérer les microbes qu’ils ont absorbés, succombent dans la lutte. Vers le troisième jour, les macrophages mononucléaires arrivent à la rescousse ; ils s’emparent des bacilles et des débris des polynucléaires, puis se fixent, sous forme de cellules épithélioïdes, ou se fusionnent pour engendrer les cellules géantes.
La réunion de plusieurs cellules géantes et des nodules d’origine phagocytaire, qui les entourent, détermine la formation de follicules tuberculeux. Vers le
vingtième jour, les macrophages, vaincus dans la lutte, se caséifient et les parasites libérés se généralisent.
Chez un rongeur beaucoup plus résistant à l’infection tuberculeuse, la gerbille, la lutte se termine, au contraire, à l’avantage de l’organisme. Si on le sacrifie, huit mois après l’avoir infecté, on trouve dans ses organes des tubercules lormés par des cellules bien vivantes qui englobent des concrétions calcaires en forme de 8. Ces concrétions sont formées de membranes emboîtées, au centre desquelles on retrouve un bacille plus ou moins caractéristique. L’examen comparé de plusieurs de ces formations montre que, pendant la lutte entre le parasite et le phagocyte, le bacille se défend en sécrétant des enveloppes successives et la cellule en calcifiant ces enveloppes au fur et à mesure de leur formation.
« Au cours des infections, tant aiguës que chroniques, l’importance des phagocytes apparaît donc capitale. Grâce à leur sensibilité chimique et à leur mobilité, les phagocytespeuvent se diriger vers les parasites (ceci concerne naturellement les seuls globules libres) et les capter; grâce à leurs sécrétions, ils se montrent capables de les tuer et de les digérer. La digestion n’est pas toujours aisée, car certains microbes se défendent énergiquement.
« Les macrophages paraissent élaborer des enzymes, infiniment plus actifs que ceux des microphages. (Aussi sont-ce les mononucléaires que nous voyons intervenir dans les infections chroniques, dans certaines infections expérimentales aiguës (levures) et dans la réaction consécutive à l’inoculation des spores. Les germes des saprophytes injectés aux animaux ne périssent souvent qu’après fort longtemps, tellement la destruction en est pénible. » (Nicolle.)
Rôle des Vaisseaux. — Le rôle des vaisseaux, en dehors de l’action phagocytaire des cellules endothé-^
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liales des capillaires, est uniquement passif. Les migrations des leucocytes sont en partie déterminées par les conditions hydrostatiques de la circulation sanguine. « Toute injection intravasculaire provoque d’abord la répulsion des phagocytes ; ceux-ci se réfugient au sein des viscères (poumons, foie, rate), c’est-à-dire là où une circulation plus lente réduit à son minimum le contact avec l’agent irritant pendant l’unité de temps. Si la substance peut entraîner la mort, les cellules blanches restent jusqu’à la fin confinées au centre des réseaux capillaires. Sinon, elles s’adaptent peu à peu (en vertu de leur plasticité fonctionnelle aussi développée que celle des microbes) et reparaissent dans le courant sanguin. Bien plus, l’adaptation croissant, une chimiotaxie positive se développe progressivement et les leucocytes sortent en masse des organes globuligènes. i> (Nicolle.)
Les phagocytes, arrivés sur le point de la lutte qui se déroule dans] l’intimité des tissus, traversent la paroi vasculaire normale, en vertu de leur mobilité amiboïde. C’est la chimiotaxie qui règle ce passage, que Cohnheim, (qui l’a découvert en 1867), a appelé diapédèse. Les leucocytes franchissent les capillaires, malgré la vaso-constriction, malgré la vitesse du courant sanguin, si l’exsudât périvasculaire les attire ; elles restent dans le vaisseau, malgré la vaso-dilatation et le ralentissement du courant, si les liquides ambiants ont une chimiotaxie indifférente ou néga- « tive. Mais l’endothélium vasculaire ne paraît pas entièrement passif, et il intervient lors de la formation des stomates, petits pores à travers lesquels le .globule blanc s’étire pour franchir la paroi.
Rôle du Système nerveux. — Le système nerveux , s’il joue un rôle dans l’issue diapédétique des phagocytes, n’en est pas la cause essentielle. Roger montre son action par une expérience très simple.
11 injecte du streptocoque de l’érysipèle sous la peau de l’oreille de trois lapins. Le premier, servant de témoin, offre un érysipèle d'intensité moyenne et sans complications ; le second subit la section des nerfs auriculaires du côté inoculé : la guérison traîne et s’accompagne de nécrose; chez le troisième, on sectionne le sympathique du côté infecté : l'évolution se trouve activée.
Metchnikoff injecte, au contraire, des bacilles tuberculeux sous la peau de l’oreille d’un cobaye : la diapédèse est intense, quoique les vaisseaux se dilatent fort peu ; si, dans l’oreille d’un second cobaye, on injecte des vibrions avicides, on observe, par contre, malgré la forte dilatation vasculaire qui en résulte, une issue très restreinte de leucocytes.
Le rôle du système nerveux n’apparaît donc qu’assez secondaire. Les lois de la chimiotaxie suffisent seules à régler la diapédèse, comme elles expliquent les simples migrations des leucocytes que l’on observe au sein des tissus des animaux dépourvus de système vasculaire.
Rôle de la Nutrition générale. — L’armée des phagocytes a besoin de réparer ses pertes et d’entretenir une vitalité intense de ses éléments. C’est à la nutrilion générale qu’incombe ce rôle moins brillant, mais non moins indispensable, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à un service d'intendance.
Développer ce rôle, serait reprendre la question de l’influence du terrain sur l’évolution des infections. Mais il n’est pas inutile de rappeler que, si les infections secondaires sont si fréquentes après les maladies graves et dans les maladies eonsomptives, si les épidémies prennent une intensité exceptionnelle après les guerres, au cours des famines, si les maladies contagieuses trouvent un milieu particulièrement favorable à leur évolution chez les individus surmenés ou
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■soumis à une hygiène défectueuse, c’est que, dans tous ces cas, la nutrition générale des individus se fait mal et que, au même titre, tous les tissus de ! l’organisme, les phagocytes mal nourris ne lournissent qu’un effort insuffisant et faillissent à leur tâche. Du bon état de la nutrition générale dépend l’activité du rôle vital et défenseur du sang, qui est assuré par sa mobilité le mettant en contact incessant avec l’intimité des tissus, par l’extrême spécialisation de ses éléments. Ces formes cellulaires adultes en activité se forment en dehors du sang et n y pénètrent qu’arrivés à leur forme parfaite, aptes à remplir leur fonction physiologique. Le sang est un milieu organique autonome, possédant un véritable état d’équilibre leucocytaire dont l’action défensive est en rapport avec la nutrition générale. La rapidité avec laquelle se fait la réduction de l’hémoglobine dans l’organisme est, du reste, un bon moyen d’apprécier le besoin des tissus pour l’oxygène et, par conséquent, l’activité des oxydations organiques. Malgré la fixité remarquable de sa composition, le haut degré de spécialisation de ses éléments, de ses albumines, le sang subit des modifications liées à l’état de la nutrition générale et des organes hématopoïétiques qui ne laissent passer dans la circulation que les éléments (hématies nucléées, myélocytes granuleux) mûrs au point de vue fonctionnel et emmagasinent les leucocytes vieillis, usés, déchets de la vie cellulaire. L’altération de ces organes où se font l’hémolyse et la leucocytose nuira ainsi à la mise en liberté des éléments primordiaux nécessaires à l’accomplissement de l'hématopoïèse et de la leucopoïèse. 11 existe donc une tendance à abandonner l’organicisme d’hier pour revenir à un humorisme et à un vitalisme rajeunis, capables de fournir à la clinique et à la thérapeutique la révélation des processus de défense, de guérison, de vaccination.