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CHAPITRE IV

DOCTRINES DE L’ÉCOLE D’ALEXANDRIE

L’École d’Alexandrie, qui s’inspira de la doctrine d’Aristote, mort en 322, s’étend de Tan 320 av. J.-C., date de la fondation de la fameuse Bibliothèque , jusqu’à Galien. Il y séjourna suffisamment pour pouvoir être considéré comme un de ses adeptes. Attirés par les largesses des Ptolomées, les médecins grecs affluèrent à Alexandrie et y apportèrent la doctrine et la collection hippocratiques. Alexandrie devint la capitale du monde intellectuel et fournit à l’univers la méthode scientifique, la recherche inductive et l’expérimentation. L’anatomie et la physiologie devinrent la base de la science de la vie avec Hérophile, qui naquit en Chalcédoine 344 ans av. J. -G, et Erasistrate, qui mourut 280 ans av. J.-C. Ils disséquèrent des cadavres humains, et même, au dire de Celse et de Tertullien, des suppliciés vivants afin de mieux saisir les secrets de la vie. Ils firent de nombreuses découvertes anatomiques et le confluent du sinus droit de la dure-mère est encore dénommé pressoir cl' Hérophile. Ce furent les fondateurs de Y Ecole Anatomique. Hérophile fit, en outre, une étude célèbre du pouls dont on regardait les battements comme une dépendance de l’âme et de la force vitale ; il plaçait le centre de Tâme pensante dans le quatrième ventricule du cerveau; il défendit l 'humorisme hippocratique qui fut continué par le dogmatisme et le rationalisme alexandrins. Du reste, à l'Ecole d’Alexandrie,

la médecine reste grecque d’origine, d’allures et d’évolution.

Dogmatisme. — Le dogmatisme, émanation de l’hippocratisme, dérivait de l’idée du « général » et cherchait à connaître par le raisonnement les causes occultes des maladies. La thérapeutique était déduite de l’observation et de la connaissance de la cause du désordre morbide et utilisait, les médicaments ayant une action spéciale sur les humeurs.

Solidisme. — L’anatomiste Erasislrate reconnut l’effet mortel des piqûres de la moelle entre l’occipital et l’atlas; il fonda le solidisme, doctrine opposée à l’humorisme hippocratique et se rapprochant des idées de l’École de Cnide. Selon les traditions philosophiques de Platon et avec les stoïciens, le solidisme admet l’existence du Ttveüp.a, se distinguant en air vital agissant sur le cœur et déterminant les pulsations, et air de famé, exerçant son influence sur le cerveau. Ce pneuma , esprit vital, agent matériel très subtil, tirerait son origine des poumons de l'homme, passerait de là dans le sang qui le distribuerait dans tout le corps. C’est l’action de ce pneuma qui déterminerait les phénomènes vitaux. Celte conception rappelle le rôle actuellement attribué à 1 oxygène. Le pneuma produirait les pulsations dans les altères, mais la pénétration anormale du sang dans les vaisseaux occasionnerait la fièvre. Au solidisme se rattache Y atomisme, soutenu par les philosophes Lcucippe, Démocrite et Epicure. Enfin Asclépiade considère les atomes comme les sources de la chaleur animale, de la santé et de la maladie.

Pneumatisme. — La secte médicale des pneumatistes fut représentée par Arétée, par Athénée d Attalie.

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La doctrine du pneuma (air. souffle, esprit, âme), fut étendue par Zénon, de Citium, mort en 264 av. J. -G., qui, fonda le Stoïcisme. Les stoïciens étudiaient la nature et l’homme avec d’autant plus de soins qu’ils réglaient leur vie sur l’ordre universel ; ils concentraient le principe actif et la matière tout en les différenciant. Point de corps sans âme, point d’âme sans corps. Dans le monde et dans l’homme, il y a, d’une part, une masse inerte, et, d’autre part, l’âme du monde, dont l’âme humaine est une émanation. Ils considéraient l’âme universelle comme un souffle igné (7ivevtaa, Tvopoeiolç) et dispersèrent la force agissante dans la nature. Athénée et Arétée, qui vivaient 50 ans av. J.-C., exagérèrent encore le pneumatisme et envisagèrent les phénomènes vitaux sous cet unique point de vue.

Méthodisme. — Le méthodisme dérive du solidisme et fut fondé par Thémison et Thessalus. Tous les corps solides ont la propriété de se resserrer ou de se relâcher. C’est le dérangement de ce double mouvement, du strictum et du laxum qui entraîne les maladies. L’indication du remède était tirée de la diathèse ainsi que des forces du malade, de son idiosyncrasie, de son âge, de son genre de vie, de ses habitudes, de la nature du pays, etc.

Empirisme. — Cette doctrine fut fondée par Pmi.imjs (290 av. J.-C.) et l’égyptien Sérapion (279 av. J.-C.). Elle est une forme du scepticisme philosophique de Pyhrhon, qui naquit 340 ans av. J.-C. L 'empirisme s’appuyait sur l’idée du particulier, notion importée de l’Ecole de Cnide; il n’avait en vue que l’observation des faits que l’on comparait entre eux et dont l'interprétation était donnée par l’analogie. L'observation, l'histoire du fait, l'analogisme, formaient le trépied empirique de Glaueias. Plus tard, d'après

Ménodote, les empiriques adoptèrent Vépilogisme , raisonnement d’après lequel on conclut des phénomènes sensibles à ceux qui ne tombent pas sous les sens. Fondé sur les résultats de l’expérience, l’empirisme combattit les inductions hasardeuses qui avaient foisonné dans la science. '< La chose en soi n’est rien, le phénomène est tout. Les résultats de l’expérience sont les seuls guides de la thérapeutique. « Les empiriques, dont les plus célèbres sont Heraclite de Tarente, Ménodote de Nicomédie, Theodas de Laodicée, Sextus. surnommé Empiricus, regardaient la médecine comme un art d’application ; ils se contentaient d’observer \ ils dressaient un tableau de symptômes et donnaient un remède pour chacun d’eux. La seule base de la médecine est l’observation jointe à l’expérience. L’hypothèse, 1 induction et le raisonnement sont à rejeter. Raisonner, c’est ouvrir la porte à l’erreur. A l’empirisme se rattache 1 È cleclisme. qui se guide sur l’expérience et .la raison sans obéir aveuglément à un principe. C’est la pratique et non la théorie qui fait le laboureur et le pilote. Les nombreuses drogues que l’on connut à la suite des connuêtes d’Alexandre conduisirent à une thérapeutique empirique polypharmaque. Certains médicaments, comme la mithridate, la thériaque, contenaient plus de quarante substances. L’empirisme garda sa purete jusqu’à Galien. Les doctrines médicales de l’Ecole d’Alexandrie s’associaient souvent à l 'Occultisme, déjà en honneur 150 ans av. J.-C. dans la secte des Esséniens, ainsi qu’à la Cabale qui fournissait des talismans, des anneaux curateurs et des iormules magiques. La Tliéurgie qui s'amalgamait à la médecine avait des origines lointaines. La tradition la rapportait a Hermès Trismégiste, ancien roi de Memphis, qui florissait une vingtaine de siècles av. J.-C. Il composa les livres hermétiques qui contenaient la re\é!ation scientifique, la formule du grand oeuvre, la panacée

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universelle, les signes magiques, les inscriptions spagyriques de la Table d’Emeraude et l’instrument d'Hermès, table de chiffres à combinaisons pythagoriciennes, permettant de pronostiquer l’issue de la maladie. La cure était mystique avec symboles, actes magiques, conjurations, invocations aux esprits, etc. On recourait aux pratiques de la théosophie, de la théurgie, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale des théologiens juifs ; on admettait le dualisme de Zoroastre professé par les Gnostiques, la théosophie, le mysticisme alexandrin; on croyait aux miracles de Simon le Mage, d’Appolinius, de Titane ; à la Chaine Dorée, à Tàme du Monde des néo-platoniciens.

D’après les traditions de Zoroastre, l’association d’une plante, d’un oiseau, d’une pierre, d’un poisson correspondant aux quatre éléments permettait de réunir-leurs vertus spéciales contre une maladie déterminée. Quatre-vingts de ces combinaisons sont indiquées dans le livre des Cyranides attribué à Hermès Trismégiste.

Les Esséniens suivaient une règle analogue à celle de Pythagore, ils étudiaient la médecine naturelle et la médecine mystique dans laquelle les 'paroles des Ecritures, les mots, les lettres avaient un sens caché.

Ces docti’ines mystiques, superstitieuses et occultes, se retrouvent, en partie, dans l’alchimie du Moyen-Age.

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