RIVALITÉ DE L’ÉCOLE DE CN1DE ET DE L’ÉCOLE DE COS
Les démêlés de l’École de Cnide et de l’Ecole de Cos, synthétisés par Hippocrate, sont restés célèbres. Hippocrate, dans le livre « Régime des maladies aiguës », reproche à l’École de Cnide l’abus des médicaments, et, en particulier, des vomitifs, des purgatifs, du petitlait. « Ceux qui ont composé le livre des Sentences cni diennes, dit le Père de la médecine, ont écrit exactement ce qu’éprouvent les malades dans chacune des affections et quelle issue que quelques-unes ont prises Mais ce que le médecin doit apprendre, sans que le malade le lui dise, est omis en grande partie. Car sans doute, le dénombrement ne serait pas facile, si pour caractère du partage d’une maladie en especes on recherchait en quoi un cas diffère d’un autre et si à chaque affirmation qui, d’après le principe, ne paraîtrait pas identique, on imposait le nom qui ne fut pas le même. »
Doctrine de l’École de Cnide. - La philosophie y était négligée, l’observation minutieuse occupait la place prépondérante, et, comme l’a dit Daremberg. c’est dans les écrits des Cmdiens qu il faut cherche les organes et les malades, tandis que c est dans les écrits de Cos qu’on trouve 1 organisme et la malad e. Ce sont les deux grandes idées doctrinales qui reuei nenl sans cesse à travers les siècles, après de longs détours et avec des fortunes diverses.
Une des principales théories de 1 Ecole d
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était la « fluxion. » Les maladies tiendraient à des flux, ordinairement de pituite, quelquefois de bile, plus rarement de sang. Les Cnidiens ne coordonnaient pas les faits pour arriver à des types plus ou moins définis et à des données générales ; ils se contentaient d’étudier trop minutieusement les détails des maladies, puisqu’ils décrivaient 7 maladies de la bile, 12 maladies de vessie, 4 stranguries, 3 tétanos, 4 ictères, 3 phtisies. Voici un de leurs principes thérapeutiques : « Quand on a affaire à une maladie que l’on ne connaît pas, on prescrit un évacuant qui ne soit pas énergique ; si l’état s’améliore, l’indication est trouvée, il faut insister sur l’atténuation ; mais si l’état empire, c’est le contraire; il convient de rendre le phlegme abondant. » Leurs moyens de diagnostic étaient plus complets que ceux des Hippocratiques; ils connaissaient le bruit de frottement et de cuir neuf dans la pleurésie, le bruit du vinaigre qui bout dans l’hydrothorax, etc.
Leur pratique chirurgicale était assez étendue. Les Cnidiens incisaient les reins atteints de suppuration d'origine calculeuse, trépanaient une côte pour évacuer les épanchements pleuraux, enlevaient les polypes, recouraient à la trépanation pour certaines affections du cerveau, s’occupaient soigneusement des maladies des femmes et des accouchements.
Ainsi que l’ont montré Littré et Daremberg, plusieurs livres cnidiens, et, en particulier, le deuxième livre « Des Maladies », puis de nombreuses sentences cnidiennes se trouvent interpolées dans les Aphorismes de la collection hippocratique dont certaines contradictions peuvent s’expliquer ainsi.
C’est à la source hippocratique et cnidienne que puise la médecine grecque qui transmet ses doctrines à l’Ecole d’Alexandrie. Dans cette période intermédiaire, s’illustre Polype, contemporain d’Aristote et gendre d’Hippocrate, qui cherchait à dégager la méde-
cine de la philosophie: «C’est par la médecine seule, disait-il, qu’on arrive à quelque connaissance sur la nature (humaine), mais à la condition d’embrasser la médecine dans sa véritable généralité. » Dracon, Tressale, Dioclès de Caryste, surnommé le jeune Hippocrate, eL Praxagore de Cos, le dernier des Asclépiades, établissent la transition avec l’École d’Alexandrie.
Les successeurs d’Hippocrate altérèrent la doctrine de l’Ecole de Cos; ils négligèrent l’étude du général, s’attachèrent au détail, multiplièrent le nombre des maladies et, à l’exemple des Cnidiens, transformèrent même les symptômes en espèces morbides.
L’Ecole de Cnide survécut aux attaques d’Hippocrate auquel Ctésias riposta. Un des représentants de cette Ecole, Ghrysippe, fut le maître d'Erasistrate qui, avec llérophile, fonda l’Ecole d’Alexandrie où 1 influence cnidienne devint considérable. La doctrine cnidienne, qui s’occupait surtout des détails des maladies et qui considérait comme des affections distinctes divers états pathologiques de même nature, séduisait davantage et paraissait moins aride, plus pratique et plus accessible que les dogmes de Cos. Les tendances polypharmaques des Cnidiens furent encore exagérées par les Alexandrins.
Dans cette période intermédiaire, les théories humorales hippocratiques et cnidiennes sont moins tranchées et tendent à se modifier. On se préoccupe moins des qualités élémentaires des humeurs que de leur défaut de proportion et de leurs mouvements désordonnés. La théorie cnidienne des fluxions tend à prédominer. C est ainsi que l’Ecole d’Alexandrie adopte avec Hérophile le dogmatisme hippocratique ou raisonnement appuyé sur l’observation, puise avec Erasislrate aux sources cnidiennes , admet plus tard le pneumatisme déjà indiqué dans la « maladie sacrcc » et enfin, lasse de ces multiples doctrines, tombe dans Y empirisme.