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CHAPITRE 1 LES fiOCTAINES PRË-HiPPOCRATIOUES

%'évoiulion des doclrioes médicales h travers les monlro leurs relations successives avec les igiona primitives et la philosophie grecque prôliip- Gralique, aveu le dogme d'Ilippocraie et avec l'aua- Stie et la physiologie de l'École d'Alexandrie et de "" sn. Partagée entre Vhippocralisme et le galénmne,

deus doctrines rivales), la médecine traverse le ij/en-Age; puis, elle se livre à des tentatives d'éman-

tion avec Paracelse, le fougueux alchimiste et

1 Uelmont. Enân, survient la Renaissance en méde- I, qui s'ouvre avec la grande découverte de la circu-

Uon du sang par Harvey, en 1628, se base sur les ibodes des philosophes Bacon et Descartcs cl

bipnle sm- les rapides et nombreux progrès que

Jll'aDatomie et la physiologie.

Bno systématisation h&tive de notions physico- ' niques imparfaites donna naissance à Viairo-i:' i, à l'ialro-mécanisme, à rioIro-p'ii/*i</«e et même (yl ro-ma Ikémalique.

conceptions physiologiques insuffisantes et Hraliaées eiigeiidrÈrenl les doctrioeB de Virrila-

Mile (Glisson et Haller), de l'incilabilitê (Brown), du 1 spasme et de l'atonie (Cullen), du stimulus et du conlro- ] stimulus (Rasori).

La médeciae parvient ainsi au seuil du xix° siècle 1 où apparaissent les doctrines des propriétés vitales de T Bicliat, le Pkysiologisme de Broussais, l'Homéopathie A d'Hahnemann.

L'Analomie pathologique fondée par Morgagni est 1 continuée par l'Ecole organidenne de Paris. Le microscope conduit aux notions doctrinales de Physiologie générale (Muller), ^'Histogenèse {Schwann, etc.) et de Pathologie cellulaire (Virchow).

Au nom illustre de Bichat, la France ajoute ceux de Claude Bernard et de Pasteur, Claude BERNARn, le célèbre physiologiste, indique la méthode expérimentale, en fixe la loi, le déterminisme, et donne la physiologie comme base & la médecine, à la pathologie, à la thérapeutique.

Avec Pasteur, la médecine recherche les causes morbides et les fait servir à la guérison; elle se transforme et elle devient étiologique, pathogénique, 1 prophylactique. J

Elle rapporte aux microbes les maladies infectieuses et montre le réle des toxines dans l'infection. Elle simplifie la pathologie en groupant dans une maladie monomicrobienne (pneumococcie, streptococcie, sta phylococcie,etc.), une série d'états morbides d'aspect clinique parfois différent, mais dépendant du même microorgaoisme. Elle prouve l'importance étiologique et pathogénique des associations microbiennes. Elle fait connaître les causes, les sources, les modes de production des épidémies, ainsi que les moyens de les combattre et de les arrêter. Enfin, l'épopée pastorienne a enrichi la médecine de véritables conquêtes thérapeutiques (vaccinations préventives, sérothérapie, etc.), et a fait faire à l'hygiène et à la prophy- 'uct'e un immense progrès*

LES POCTBir^ES PBÉ-HlPPOCnATIQUES

médecine sacerdotale. — La médecine primitive prit naissance, se développa et prospéra dans le mystère des temples. Le problème du bien et du mal symbolisé par Horcs et Typhon des ancieus Égyptiens, la fleur épanouie et Qétrie, la légende de Balkur et Loki des Germains, le combat d'Ahrimau avec Ormuzd des Perses, l'opposition de Dieu et du Diable, l'antagonisme de l'élémentcréateor el de l'élémeni destructeur, de la vie et dêTà~mor t, se troiïvëîîr J à l'origine de la plupart des religions et des idées médicales primitives. Aussi les prêtres imploraient-ils 1b bon génie et essayaient-ils de chasser le mauvais esprit, cause du mal, au moyen de pratiques religieuses telles que les conjurations, les incantations que l'on retrouve dans les Hymnes védiques, les livres des Lamas, les rites thérapeutiques de laChaldée et do l'Assyrie. L'Inde fut le berceau de la médecine., c'est à celte source qiie puisèrent les prêtres égyptiens qui initièrent Moïse et Pythagore. Les Hymnes du Rig-Véda indiquent les moyens de traiter la lèpre, la phtisie pulmonaire et de guérir les morsures des serpents si nombreux et si redoutés dans l'Inde. Cette crainte fut Torigine d'un culte particulier au serpent. La présence de ce symbole dans les attributs d'Esculape, le fondateur de la médecine grecque préhistorique, est la preuve de l'importance du rôle des traditions antiques de l'Inde dans le développement de l'art médical grec.

Médecine sacerdotale égyptienne. — La religion de l'ancienne Egypte était à la fois ésotérique et exotérique et les dieux cachaient sous une forme grossière, adorée par le peuple, une métaphysique élevée  laquelle les prêtres seuls étaient initiés. Isis était la déesse de la médecine. D'après leurs doctrines, le forps est formé par la combinaison des quatre élé- ' ,fi; l'homme est entretenu en\)Oti(ve î>aw\,fe'^!vt v

LES DOCTRINES HÉIiICALES

souffle mysLérieux qui est IranspOftâ dans tout l'organisme par dos canaux d'irrigation qui, malheureusoment. charrient les principes vitaux et les éléments morbides. De cette vieille médecine exposée dans les ^ix Livres Hermétiques qui traitaient : de la constitution du corps humain, des maladies, des organes, des médicaments, des maladies des yeux, des maladies des femmes et qui furent brûlés dans l'incendie de la Bibliothèque d'A.lcsandrie, il ne reste plus que les papyrus Ehers, de Berlin, de Leyde, de Kahoun, de Zoega. Le papyrus Ebers, le plus ancien remonte à la xvin' dynastie, vers l'an 1500 av. J-C. A cûté de vaines formules d'incantations, d'invocations à Horus, principe de conservation, à Set, principe de destruction, de recettes pour les aiïections des yeux et les maladies des femmes apparaît un soupçon de la circulation du sang : « Si lo médecin presse avec ses doigts la tête, les mains, les bras ou les jambes^ il doit trouver le cceur, car ses vaisseaux circulent dans les membres et il est nommé pour cela le centre des vaisseaux du corps ». Le papyrus de Berlin appartient à la grande période des Pharaons. Son contenu était connu de Galien. Ce papyrus fut trouvé en 1823 par Pasalaca, près des pyramides de Sakkara. 11 est consacré à l'étude des maladies, aux moyens de diagnostic et surtout à la Ibérapeutique; il contient cent soi. tante-dix prescriptions médicamenteuses suivies de formules mystiques qu'on prononçait en préparant et en administrant le remède. Le papyrus de Leyde renferme, en outre, des invocations au démon Uh-tu, cause de l'inflammation, ainsi qu'au démon des tumeurs. Le papyrus de Kahoun, consacré aux maladies de matrice, remonte à la xji' et A la xmi° dynastie et le papyrus de Zoega traite des maladies de la peau. Les prêtres pharaoniques connaissaient sept cents remèdes révélés par le dieu Thol et employaient le lumain comme contre-poison. Ils recevaient

LES DÛCTRrsKS PBÉ'HIPPOCaATlÙUES

l'instruction dans les écoles de Mcmpliis, Thèbes, Saïâ, Chennu. Ea résumé la médecine de l'ancienne i Egypte fut religieuse, empirique et polypharmaque. '

Hédecine des Hébreux. — Elle présente peu d'originalité. D'après la tradition, Abraham, initié k la doctrine des Brahmanes de l'Inde, alla en Egypte ] dix-neuf siècles avant J.-C, et s'enrichit des dons des Pharaons et de la sagesse égyptienne. Elevé & la cour des Pharaons, Moïse reçut l'initiation des prêtres 1 égyptiens au.vquels il emprunta la circoncision et la ] plnpart de ses mesures hygiéniques. La coutume des Juifs de ne manger que de la viande exsangue tient à l'idée que la vie qui est liée au sang, !

avec lui par l'intermédiaire des veines dans tout l'organisme et s'écoule des blessures avec le liquide sanguin. De plus, la défense religieuse de manger h viande d'un animal atteint d'une maladie organique obligea les Lévites à. rechercher ces lésions et i acquérir des notions d'anatomie pathologique. Les extraits des vingt et un traités du Thalmud de Baliylone renferment quelques documents sur les points précédents, sur la dissection et sur l'observation des i maladies. La médecine était exercée par les Lévites.

Médecine grecque de l'époque mythologique. — Elle fut surtout magique. Les poi^mes orphiques mentionnent les conjurations et les incantations. Deux siècles avant le siège de Troie, Mélampe donna à Iphidus de la rouille de fer et le guérit de son impuissance. Chiron rendit la vue à Phénix. Son disciple Asclépios ou Esculape fut le représentant divin de la médecine et eut comme attributs le serpent, le coq, le b&ton et la coupe. Ce furent dans les temples d'Asclépios que les prêtres médecins, disciples d'Esculape, exercèrent pendant longtemps l'art médical. Hygie, la fille d'Esculape, symbolisa la santé et présida b. l'hj

116 LES DOCTRINES MËDIC\LEa ^^Ê

giène. La peste qui décima les Grecs sous les inun^^| de Troie, était attribuée aux flèches d'Apolioo en^H

courroux que l'on essayait de calmer avec des hécatombes et, au besoin, au moyen de sacrifices humains, Après le siège de Troie, Podalyre saigna, dit-on, aux deux bras la Dlle de Damète, roi de Carie. Pius tard, les prêtres asclépiades descendants de Machaon et Podsi* ' Te, les deux 111s d'Esculape soignèrent les nombreu] lalades qui affluaient dans les temples sacrés, dans lej Asclépeia de Cos, d'Epidaure, de Titane, d'Egée, d'Ath6> nés. Ils formèrent des sortes de confréries religieuses qui initièrent les Périodeutei qui, comme HippocrateJ allaient, de ville en ville, exercer la médecine.

Philosophie médicale pré-hippocratique.

philosopiies de la Grèce antique (1) s'occupaient 4 la fois de l'esprit et du corps, du monde et d(i I l'homme ; ils cherchaient des idées d'ensemble ; ild L étaient philosophes et physiciens, adonnés à l'é tde la nature; et parfois même, comme les pythagor^ f etens, ils étaient philosophes et médecins. Ils pre-jJ iiCaient dans l'analyse psychologique de l'homme Iq jirincipe actif intelligent présidant à la formation da ^univers et au fonctionnement du monde. Ils matériau Wfiaient l'esprit et spiritualisaient la matière. L'esprit^ lAnte naturelle des philosophes physiciens de l'an-V penne Grèce, reste et se retrouve sous les nom^ Wâmes senUtives, d'esprits naturels vitaux ou animaux^J Le docteur Eymiu, qui a soigneusement étudié leaj rapports de la médecine et de la philosophie dans l Ftemps anciens et modernes (2), fait justement remaiH r quer que <i la philosophie physique a nourri la méde-9

X central. — Bûtoire eritiqMe

2. EïHui, ■ Médecins et Philosophes a. Noies historiques ser h

F mpporis des Sciences médicales avec la Philosophie depuis le VI' siéeUm

av. J.-C. jusqu'aux premières années du XIX' siicle. A. Storclt, If " "

^^^He de sa eèvedurantson enfance, qu'elle a continué, 1

f^^blgré le passage d'Hippocrate, à lui donner sun J

iW ossature scientilique [boone ou mauvaise), qu'elle a j

guidé ses premiers pas pendant plus de deux mille 1

Éavec une fortune variée el des modiricalions de I LCe plutôt que de fond. >i I

g conceptions philosophiques de l'antiquité géné-1 lient avec peu de faits et beaucoup d'idées et 1 lient pour base qu'une expérimentation iiisuffi- 1 ^„...j et parfois rudïmentaire. Les deux grands cou- 1 rants ; le premier matérialiste (philosophes ioniens), 1 Il île second spirilualisle (Pytbagore, Socrate, Platon), ^^^■|)araîssaient déjà à cette époque reculée.

^^^frhilo&ophes ioniens (Matérialisme). — Les plus ^^^Kiens philosophes grecs, les physiologues ioniens i ^^^nALÉ»; Héhaclitb, Anaxagohe, Démocrite, etc.), les | ^^^HateB, les Atomistes méditaient sur la matière j ^^^nante et édiliaienL une cosmologie générale qui fai- 1 ^^Hlt le monde ô l'image de l'homme par une sorte 1 ^^^uothropomorphisme dissimulé. Aussi les relations ^^H&tre la science de l'homme et les systèmes méta- ^^KEfBÎques étaient-elles fort étroites. Leur conception i ^^H» l'univers tirait son origine des cosmogënies reli- ' ^^BiRises des peuples habitant les vallées du Tigre et | ^^^nTEuphrate. Au vi" siècle avant J.-C, cette croyance ^^Klût vraisemblablement devenue une sorte de philo- ^^^nphëme sur lequel dissertaient les philosophes de ^^^Sonie. qui fut presque une dépendance assyrienne. ^^KXa matière seule avec ses lois générales suflït à. ^^^Bpliquer les phénomènes matériels et vitaux. Telle ^^^Ht la doctrine des philosophes ioniens. L'homme, ^^K^rës Amaximanche (630 avant J.-C.) provient de ^^BvineB animales ancestrales qui, à l'origine, vivaient ^^^Kns l'eau. C'est la doctrine babylonienne de la géné- ^^^Uïon spontanée dans la matière humide et féconde. ^^Ei notion de la lutte pour la vie (Èpi;) fut émise par I

HERACLITE (d'Ephèse) (500 avaDl J.-C.), qui accordait au feu un râle prépoudérant dans sa physique universelle.

La théorie de la descendance et de la sélection nstl relie fut formulée par Empédocle (504 avant J.-G.] qui fut le Lamarck et le Darwin du v° siâcle. Il admettait, en eflet, la formation successive des plantes, des animaux inférieurs, puis des animaux supi^rieurs et de l'homme. Lua Êtres mal formés succombent dans le combat de la y'w, tandis que les forts se sélectionnent et 86 multiplient. Il croyait que le l'eu et l'air, l'eau et la terre s'opposent deux à, deux par leurs qualités : le froid et le chaud, le sec et l'humide. Des éléments de physiologie, quelques notions sur le système veineux, sont dus à Diogène d'Apollooie (460 av. J.-C), qui admettait l'air comme principe unique et plaçait dans le ventricule gauche le siège de l'Ame qni se répandait ensuite dans les vaisseaux. Pour DÉMocRETK d'Abdère (459 1 360 av. J.-C.), le vide et les atomes expliquent tout; le mouvement des atomes dans le vide n'a jamais commencé ; la pesanteur est l'unique force motrice de l'univers; la chute verticale dos atomes et les tourbillons de la matière cosmique sont l'origine des mondes. Il admet le caractère subjectif idéal de nos sensations et rejette la cause immatérielle. Il fut le précurseur des théories modernes sur la nature des sensations et ries idées, de la théorie cinéligue que la doctrine de l'énergie tend à remplacer.

Philosophes grecs splritua1ist«s. — Les idées spiri-

tualiates sont représentées par Pvthaoore de Samos {580 à 510 av. J.-C.) qui, huit siècles après Moïse, fut initié par les prêtres égyptiens auxquels il emprunta la doctrine de la Gnose, de l'Initiation et de ses mystèivs, un langage symbolique, les principes de la Sagesse flermélique, les pratiques magiques de t'In-

^F UiS DOCTRINES PBB-BIPP0CnATIQVE3 19 ]

c&ntation et do la Conjuration, le doj^me de la Métempsycose, les croyances Bur les propriétés des nombres qu'il considérait comme ie principe de toute détermination et de toute direction. D'après lui, le feo engendre la vie ; les âmes individuelles sont une émanalioD de l'Ame universelle. L'édiiice animal est un microcosme, image et partie du macroosme ou monde général. L'&me pensante, véritable, voù; principe intelligent et immortel, est distincte du principe vital ou psyché. Lee idées pythagoriciennes inspirèrent '' l'École grecque de Crotone, qu'illustra Alcméon (v siècle av. J.-C), qui plaçait dans le cerveau la pensée, la perception des sensations, l'&me raisonnable et immortelle, et qui considérait la santé comme une harmonie et la maladie comme une roptore d'équilibre. C'est à lui que l'on rapporte la notion de la crase humorale, un dos grands principes hippocratiques.

A l'idée spiritualiste se rattache encore le systf^me des ffomteoméries d'AnAXACORB qui mourut 428 ans avant J.-C. Ce sont des éléments en nombre iodéOoi possédant les caractères des corps qu'ils doivent produire et dépendant d'une intelligence supérieure qui apporte dans la nature l'ordre et l'harmonie. Platon fit de nombreux emprunts à Aixméon et à Sochate. Il pense que le principe de la vie réside dans une âme corporelle dont la partie virile, courageuse, est placée entre le diaptiragme et le cou et la partie demandant l'alimentation entre le diaphragme et le nombril. Le foie est le siège des passions. Les phénomènes seneibles ne sont, dit-il, que des apparences et comme des ombres projetées par la clarté d'un grand feu sur les parois d'une caverne. Dans le Timée, Phédon, Le Banquet, Protagoras, Phèdre, Sophiste, etc., les conceptions anatomiques et pathologiques de Platon sont le reflet des doctrines hippocratiques. La philosophie spiritualiste n'a eu que çevi ô'vïvftweTiç.'a sat

LES DOCTItiNES MÉDICALES

i Hlppocrate qui, pour trouver les méthodes et pour

t créer les théories, n'est guère sorti du cercle de la

' médecine.

Cependant la Psyché de Platon qui donne au corps le souffle, l'animation et qui est une àme de seconde majesté, active passagère et mortelle, correspond à la nature 903'.; à laquelle Kippocate fait jouer un si grand rûlo dans le développement, la marche et la terminaison des maladies. « Les doi'trines platoniciennes, dit Claude Bernard, ont repoussé la science et exercé une influence défavorable sur son développement. » En eifet, pour Platon, l'insuffisance des causes efllcientes entraine l'indignité de leur poursuite. « Le puissant génie de Platon, dit Claude Bernard, embrassa dans une puissante conception a priori le cercle des connaissances divines et tiumaines,

' chercha à pénétrer les suprêmes mystérieux, l'essence et le principe dernier des choses. Moins préoccupés des causes directrices des phénomènes vitaux, Hippocrate et ses successeurs s'attachent surtout A l'élude des manif estait DUS de la vie. •

I l" CHAPITRE II

LA DOCTRINE HIPPQCRATIOUE

' Les véritables doclrines médicales n'appamissent qu'avec les Écoles grecques de Chotone (qui était d'origine pythagoricienne), de Cyrène, de Cnide et de Cos.

La rivalité des Écoles de Cnide et de Cos est restée célèbre. Hîppocrate personnilie l'École de Cos; il a, pour ainsi dire, fondé la médecine, lui a montré sa voie, et par ses vues générales et ses idées synthétiques, il mérite le titre de pire de la Médecine.

Hîppocrate naquît à Cos, vers 460 avant J,-C. Il iuaugure en médecine la période d'observation et avec lui la médecine échappe au joug de la théocratie et de la métaphysique qui empochent la recherche scientifique, l'une en invoquant des forces surnaturelles, l'autre en soutenant que les idées générales contiennent les idées particulières et leur donnent naissance.

Il appartenait à la famille des Asclépiades qui, depuis la plus haute antiquité, conservait comme un héritage, l'art de guérir. Parmi les prédécesseurs d'Hippocrale, on compte une quarantaine de médecins et, de son vivant, une douzaine jouissaient d'une certaine notoriété. Il ne créa pas la médecine de toutes pièces, car, dans le Traité de l'Ancienne Médecine, Hippo- , crate lui-même dit: « Depuis longtemps, la médecine est en possession d'un principe et d'une méthode qn'elle a trouvés » et qui assurent le présent et préparent l'avenir ; « avec ces guides, de nombreuses I excelient^e découvertas ont été accomplies dans la

LES DOCTHinES ïléPlCALKS

long cours des siècles et le reste se découviira, si des hommGS capables, instruits des dôcouvertes anciennes, les prennent pour points de départ de leurs recherches, n II blâmait la méthode cnîdienne et s'élevait aussi contre les méthodes générales des philosophes physiciens.

Hippocrate préconise exclusivement la recherche du fait (tô s&i) et s'élève contre l'hypothèse. On est bien obligé, dît-il, de se servir d'hypothèses si on veut discourir sur les choses occultes, parce que toute vérification est impraticable; <• mais la médecinp n'a I pas besoin d'hypothèses. Si la médecine pouvait être déduite de l'hypothèse, il n'y aurait pas de bons et de mauvais médecins; ils seraient tous également instruits et ignorants ».

Hippocrate fit école, au temps de la splendeur d'Athènes, dans le grand siècle de Périclès. Sa réputation fut consacrée par Socbate et Putom, Hippocrate voyagea en exerçant son art, comme les Périodeutes. Ce fut le premier clinicien. Sa médecine, basée sur la méthode d'observation, était surtout empirique et ne fut pas trop encombrée d'hypothèses systématiques. En anatoraie, il n'a guère que quelques notions sur les os, et en physiologie, il se borne à avoir quelques vues théoriques sur la digestion et la respiration. Ses écrits authentiques sont, d'après Litlré, l'Ancienne Médecine; le Pronoitic, les Aphorismes, les Épidémies (i" et 3° livres) : du Régime dans les Maladies aiguës ; des Airs, des Eaux et des Lieux; des Articulations, des Fractures, des Instruments de réduction, des Plaiet de télé, le Serment, la Loi. Dans son traité « De l'Air, des Eaux et des Lieux », Hippocrate est le premier qui insiste sur l'influence du « milieu » et sur son rôle étiologique dans les épidémies. 11 faut aussi, dit Daremberg, distinguer soigneusement les écrits originaux d'après les résumés [ApkorUmes, 8' section), les compilations [Coaques) et les notes ayant servi à

1^5 u Docmoa BipFoofUTiQDB 25

faire d'autres traités, corame les livres II, IV, V, VI. VU des Èpidénifis et le livre des Humeurs. Le tniilù de VAliment n'est pas probablomentd'Hippocratc. Les livres de la collection hippocratîque forment un assemblage de pièces disparates que Daremberg divise en trois groupes ; 1' Ecrits d'flippocmte et de l'Ecole de Coi; 2° Ouvrages de t Ecole de Cnide; 3* Traité sur les Maladies des Femmes et des Enfants, qui appartient vraisemblablement à cette dernière École,

Ce qui caractérise surtout le génie d'Hippocratc, c'est l'osprît philosophique sagement appuyé sur l'obsenralion et sur les données générales philosophiques tirées des faits isolés, puis érigées en dogmes et servant à de nouvelles recherches. C'est surtout cet esprit philosophique et observateur qui a valu à Hippocrate le titre de père ou de fondateur de la Médecine. Si cette science est née de l'empirisme et ne peut s'en passer, elle a, en outre, des moyens plus Étendus, une méthode plus large et une portée plus élevée.

La doctrine hippocratîque est caractérisée par le Vitalisme, VHumorxsme, le Naluristnej le trépied dogmatique de la Médecine.

Vitalisme. — « Il faut, est-il dit dans le Trailê hi/)pocratique de la liiens^anK, transporter la médoeine dans la philosophie et la philosophie dans la médecine, car le médecin philosophe est égal aux dieux. » La doctrine hippocratîque s'inspira, en partie, de la phi-, losophie de Pythaoore et de Platon.

« Ce que nous appelons /eu, dit Hippocrate, me parait être un être immortel qui connaît, comprend, voit, entend tout et conçoit enfin tout, soit présent, 8oit futur. Lorsque tout le reste a été désordonné, cette puissance se relire dans les sublimes demeures que les anciens ont appelées élhérées. Il ne m'appartient pas, ajoute-t-il, de parler des choses célestes et placées dans les hautes régions, qu'autant qu'elles

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inLribuent à démontrer rdativemeat à l'homme e

mx autres animaux, pourquoi ils y sont liés et en prôi

viennent, pourquoi ib sont doués d'&me. » 11 disn

tingue une dnie rationnelle et une âme irralionneUe.W

L'âme de l'homme siégerait dans le ventricule gauchq

du cœur. Hippocrate estime que les faits vitaux échap^

peut à l'action de l'homme et que les phénomènes^

morbides et physiologiques restent inaccessibles enl

raison de leur cause divine et immatérielle. Un prin-^

spécial 7rvEù[j,«, if-u/Ti, anime l'organisme. C'est un (Ouffle éphémère et périssable avec lui. Le vitalisme lippocratique était l'écho des idées spiritualistes régnantes.

Hiunorisme. — L'altération des humeurs joue danaa

doctrine hippocralique un rôle prépondérant qnîT lersiste plus tard avec la théorie des humeurs f)ec-*9 'tes et s'afÛrme de nouveau avec l'humorisme actuel mové et éclairé par la notion des toxines et de^ auto-intoxications. Cet humorisme hippocralique J dominé la médecine entière à travers les âg actuellement, il est rajeuni par les doctrines pasto Tiennes et par les théories de la nutrition viciée. La nature est constituée par le mélange du sang, dei pituite, de la bile jaune et noire. Ce sont les gualrà \wneuri cardinales qui président à. la santé et à là^ maladie. « Il y a essentiellement santé, est-il dit dans la Nature de i' Homme, quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force el de quantité et que le mélange en est parfait; il y a maladie quand un de ces principes est, soit en défaut, soit en excès, ou, s'isolant dans le corps, n'est pas combiné avec tout le reste. » On lit encore dans VAncienne Médecine : Si c'est le chaud, ou le froid, ou le sec, ou l'humidaj nuit à rhornme, il faut y remédier par le contraire. *<■ ppocrate accorde, suivant les saisons, une prépon-F gérance â uno des humeurs : le sang au printemps, lafl

rRlNE HIPPOCHATHÎCE

bile en été, l'atrabile en automne, la pituite en hiver. L'humour, qui vit, pour ainsi dire, dans le corps humain peut dégénérer en : amÈre, salée, acerbe, acide. Cette dernière transformation est la pire. Une grande place était réservée au changement morbide des humeurs dans les sécrétions et dans les excrétions, a L'homme est malade, dit-il, quand il ne peut pas normalement exercer toutes les fonctions naturelles et animales. » Les maladies consistent surtout en un flux. 11 existe deux espèces de fluxions : l'une par le froid, l'autre par le chaud. Les maladies de quelque partie que ce soit retentissent sur toutes les autres. C'est l'esquisse de la doctrine des synergies et des sympathies: n Concours, un; conspiration, une; coneentement général. » Tel est un des dogmes les plus importants de l'Hippocratisme.

Naturisme. — « Pour connaître la nature de rhomme, il faut connaître ta nature de toutes choses » a dit Ilippoerate qui, avec la plupart des philosophes grecs, considérait l'organisme comme un petit monde contenu dans le grand, comme une sorte de planète vLvante et éphémère (pour employer l'expression de Claude Bernard), dont les mouvements étaient régis par des lois que l'observation simple pouvait nous faire découvrir, de manière à prévoir la marche évolutive des phénomènes vitaux à l'état sain ou malade, mais sans jamais devoir modifier en rien leur cours naturel. Une force, une unité vitale, un principe simple, mais multiple dans ses effets, préside à toutes les fonctions, lutte contre les agents morbides, tâche d'en débarrasser l'organisme, en favorisant l'effort critique de la nature. " 11 produit les contraires dans l'économie du corps et fait la vie du tout et des parties. » C'est la force vitale, la nature (çûtn;} qui suffit à tout et partout; son action est indispensable; elle atténue les causes nocives en favorisant les élimina-

LES DOCTIiJNES MÉDICALES

I lions et en provoquant la coction, c'est-à-dire une ^ modification, une élaboration des humeurs viciées. Elltssont éliminées par la Crise qui est a l'évacuation de ce qui est superflu ou nuisible. Bien des signes d'nue crise lente tendant vers le bien sont les mêmes que ceux de la santé. Reconnaître d'abord quellesera ta crise des maladies d'une longue période est chose très difllcile. Méditer sur ce qui se passe depuis les promiers jours et depuis chaque espace de 4 joi c'est le moyen de découvrir comment elles finiront. [ Les maladies les plus aiguës, dit Hippocrate dans ^ ^Pronostic» se terminent en 20jours ayant entrée" des durées différentes qui varient d'environ 4 jours. Le? 7", i4° et 21' jours sont des jours décTéloires et heureux. Les 3*, B', 9°, 13°, 19° sont intercataires et n'apportent aucun mouvement critique de bon augure. Parmi les jours iri(/((.'(f(eurj(, le 4= est le plus heureux, le7°trî| favorable, le 6°, par exemple, dangereux.

Si la crise vient à manquer, elle est suppléée pïjl un fonctionnement exagéré des organes, par la fièvre, par l'éhmination rénale, intestinale et cutanée des matières peccan tes. Ces combustions organiques fébriles, ces débâcles intestinales, ces sueurs critiqua étaient, pour Hippocrate, des manifestations de f force vitale, de la vis medicatrix tialurœ.

La. nature médicatrice est une des bases de la doo^

Irîne hippocratique. Du reste Hippocrate, qui avait remarqué que certaines affections comme la pneumonie, ont une marche cyclique, une durée déterminée et une terminaison par crise brusque, admettait que la nature peut guérir les maladies et distinguait avec soin les phénomènes utiles à la réaction organique des symptômes tenant à l'affection elle-même. « La nature médicatrice, dit Bouchard, est lefond de toute médecine naturiste, l'idée mère de toutes les théories palhogéniques de l'époque moderne. «Aussi a-t-onpu dire que la maladie est l'ensemble des actes qui doivent

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HIPPÛCBATIQUE

coiidnire à la guérison. Hippocrate associait l'ai'l médical aux efforts de la nature : « Quo natura vergit eo ducendjim. »

Sa conduite était déduite des axiomes euivanls : B Contraria conlrariis cvrantuT » ; o occoaio preceps n ; M ajuvanlibuset lœdentibus (il indicatif) «; n ad exiremos morbos exlrema reviedia exquisile optima a ; a quid a cognoscendum suffiàt ad curandum eliam sufficit. n

Le médecin doit se garder, surtout au début de la maladie, d'intervenir tort de peur de troubler la force naturelle, la nalure médtcatrice. Maïs si la crise salutaire ne se produit pas, il faut chasser des organes importants les humeurs nocives, peccanles, en les dirigeant sur d'autres parties ou à l'extérieur.

Thérapeutique hippocratîque. — La soustraction des produits morbides est obtenue au moyen de la saigntSe, des vomitifs, des purgatifs. La saignée était pratiquée d'emblée dans les maladies, aiguSs et fortement inflammatoires; les évacuants étaient particulièrement indiqués vers la lin des maladies, alîn d'expulser le reliquat des humeurs peccantes qui peut exposer aux récidives. Ces purgatifs étaient employés, lorsque les humeurs sont en coction ou au cinquième jour, et ils consistaient surtout en ellébore, euphorbe, scammonée. La dérivation et la révulsion devaient amener progressivement et graduellement les eftels contraires en évitant de mettre en mouvement « ce qui se juge ou ce qui est complètement jugé ». Ne purgez, ne remuez rien dans le commencement des maladies. Evacuez les humeurs par la voie que la nature a choisie. Ne remuez que les humeurs cuites et son celles qui sont crues, disait Hippocrate.

Il donnait deux bains par Jour dans la ptVipneumonie. Il conseillait l'abstinence, quand le mal est à son summum, il prescrivait des changements de régime graduels et non subits, l'absorption des ali-

ments avant les redoublements de la maladie, leur diminution au moment des crises, l'usage du lait chez les phtisiques et les malades atteints de fièvre lents et de longue durée. « Lorsque vous tous dirigez dans le traitement de la maladie d'après l'indication que vous jugez la plus convenable et que vous n'obtenea pas le succès que vous attendez, ne changez pas de méthode, si votre première indication subsiste. »

Hippocrate décrit, d'une façon incomparable, la grandeur de la médecine et le rûle du raédeciu. « La vie est courte, dit-il, l'art est long, l'occasion prompte à s'échapper, l'espfirience trompeuse, le raisonnemenl diriicile ». 11 étudie soigneusement les trois termes de l'art' médical : la maladie, le malade, le médecin. Une série d'aphorismes témoignent de son respect et de sa sollicitude pour les malades. Il les engageait à combattre la maladie avec le médecin qui doit non seulement faire par lui-même ce qu'il convient, mais encore obtenir que le malade, les assistants et les choses extérieures y concourent. La prévoyance des maux à venir mettra le médecin en état de bien se conduire.

Quanta la chirurgie hippocratique, elle était assez perfectionnée; elle avait recours à un riche arsenal de machines à réduction de luxations et d'appareils de fractures. La trépanation des os du crâne, l'ouverture de l'empyème et des abcès du foie étaient couramment pratiquées. L'opération de la taille était, par contre, interdite el cette défense est inscrite dans le Serment d'Hippocrate. Cette interdiction que l'on retrouve encore chez les Arabes, en 1250, était surtout dictée par la crainte d'un échec dans une opération qu'on préférait laisser aux spécialistes.

En résumé, la doctrine hippocratique a été le berceau de la médecine ; elle a guidé ses premiers pas ; elle lui a montré la bonne voie, elle a dirigé sa marche et assuré ses progrès ; enfin, elle s'est perpétuée à, travers les âges. La médecine est restée bip-

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LA DOCTItlNE HIPPOCttATIQUR

icratiqiie. a Actuellement, ditBouchard, la discipline ' 'icaleesl la fille et l'héritière des Ecoles des temps es ; elle est le développement et l'épanouisse ment, lie cette Ëcole hippocratique qui avait pour base l'ol servation et qui pour ce motif contenait en puissana toutes les découvertes des siècles ultérieurs. L'hippocratisme avec son humorisme rajeuni par let récentes découvertes, reste toujours la pierre angujairo de l'édlflee médical. C'est la doctrine hippocraue qui, â travers les âges, inspira l'Ecole J'Alexan de Salerne, de Montpellier et refleurit orisme moderne. Son règoe ne fut pas exclusif; jlle entra en lutte avec l'Ecole de Cnide et s'éclipsa' devant la doctrine de Galien qui triompha pendant tout le Moyen-Age.

. Depuis la chute du galénisme, la doctrine d'Hippocrate est restée le guide de la médecine et les recherches modernes sont favorables, dans leur ensemble, au naturalisme, à l'humorùme et au vitalUme hippocratiques. L'étude des modes de défense naturelle de l'organisme justifie en partie l'aphorisme suivant : « La nature est le premier médecin des maladies et ce n'est qu'en favorisant ses efEorts que nous obtenons quelque succès. Dans l'intérieur est un agent inconnu qui travaille pour le tout et pour les parties. Il n'y a qu'un but, qu'un effort; c'est une sympathie universelle. » (De raliment). Avec Hippocrate, on cherche toujours à favoriser les actes médicateurs, les monvemenls spontanés et les crises qui .ënent la guérison des états morbides, et on évacue qui est superflu et nuisible. Ce naturisme cadre ; la conception moderne de Vhumorisme et la défense de l'organisme. Enfin lavitalkmc hippo- Ltique pourrait trouver des arguments dans les '.erches récentes de Bunge, Heidenhain, Pawlow. [Bien différentes furent les doctrines et la nratique l'Ecole dfl Cnide.

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