LES DOCTRINES MÉDICALES APPLIQUÉES A L'HYGIÈNE PUBLIQUE
Influence sur la mortalité. — Depuis le règne des doclrines pastoriennes, c'esl-à-dire depuis trente ans, la morlalilé annuelle pour 1,000 habitants a baissé, de 22 à 18, en Angleterre; de 25 à 21, en France; de 30 k 24, en Italie ; de 26 à 22, en Allemagne ; de 32 â 29 environ, en Autriche. Les résultats seraient bien meilleurs encore, si l'application plus rigoureuse des préceptes d'hygiène issus des doctrines microbiennes^empéchait le développement d'une série de maladies évitables.
Si on fixe te chifTre de la valeur moyenne de l'existence humaine au taux évalué par Hhadwick et Farr, le capital annuellement perdu en France atteint un milliard, à cause des décès, et 700 millions du fait des maladies. On voit ainsi toute l'importance pratique des doctrines pastoriennes sur l'amélioration de la santé publique qui, comme le disait Disraeli, est la base sur laquelle reposent le bonheur du peuple et la force de l'Etat.
<i Toute mon ambition, disait Pasteur, en 1862, est d'arriver à la connaissance des causes des maladies putrides et contagieuses, i- C'est de là que sont sortis les progrès de la Chirurgie et de la Médecine Modernes, de l'hygiène et de la prophylaxie des malainfectieuBes.
303 LB3 nocTHiN'ES «tntcxi-ts
Les méthodes pasloriennes, dîl Duclaox, en nous renseigoant sur les c&uses des maladies, eo nous montrant que les causes étaient abordables & nos ctlorts, ont changé le devoir social vis-à-vis des malades. Le malade est toujours un blessé. L'arme qui l'a blessé, vient d'un autre malade et il peut luimême, sans le vouloir, blesser de la même façon d'autres hommes, surtout ceux qui lui donnent leurs soins. On a le devoir de se mettre en garde contre lui. Le malade est devenu un être redoutable par les milliards de germes de maladie qu'il crée et répand autour de lui. On a le droit de l'empêcher d'être nuisible à la communauté et on doit combattre la contagion qu'il dissémine par des moyens économiques cl sûrs. A Paris, d'après Brouardcl, les pratiques d'hygiène, et les mesures prophylactiques contre les maladies épidémiques ont économisé 3,7 %., soit 9,250 vies sauvegardées, et en 1900, on y a compté 100,000] malades de moins qu'en 1886. L'usage des filtres dans l'armée a fait tomber la mortalité par suite de fièvre i typhoïde, de 16 à 9. Mieux renseignés, dit Proust, ■ sur la nature et sur les causes des maladies, oons ' savons aussi mieux les prévenir. La connaissance ' plus précise des conditions qui président aux affec- , tions virulentes et miasmatiques permet aussi de for* ! muler avec plus de vigueur leur prophylaxie. C'est i ainsi que l'on fera disparaître les maladies épidémiques qui, selon l'expression de Duclaux, sont la conséquence de l'ignorance et la punition de l'incuria , des peuples et des individus. Le péril tuberculeux I persiste toujours. Sur 1,000 habitants, la tuberculose ' en tue annuellement 33 en France, 22 en Allemagne, 17 en Angleterre. On compte actuellement, en France, ' près d'un demi-million de tuberculeux. Sur 600 autonvl sies que nous avons pratiquées au cours de ces tn^i dernières années, nous avons trouvé de la tuberciri pulmonaire dans les deux tiers des cas. Tandi
ICAl.ES APPLIQL'UES A l'hYGIÈNE 309
la mortalité annuelle par variole est de 110 en Allemagne, elle s'est parfois élevée, en France, à 10,0OÛ et elle a atteint 1141 à Marseille, en 1903, c'est-à-dire un chiffre à peu près égal à celui de !a tuberculose (1,294). Il faut donc organiser la lutte contre ia tuberculose, les maladies épidémiques, l'alcoolisme, etc., et c'est surtout en hygiène publique et privùc, que rien n'est fait, tant qu'il reste quelque chose à faire- Lois et règlements d'hygiène publique. — sont encore les doctrines microbiennes qui ont i pire la loi de 1902 sur la Protection de la santé publique, qui complète les lois du 3 mars 1S22 contre les maladies exotiques, du 13 avril 1850 sur l'assainissement des logements insalubres, de 1892 sur la déclaration obligatoire d'un certain nom bre de maladies contagieuses.
Elle consiste : 1° dans la déciaralion obligatoire des treize maladies suivantes (nôvre typhoïde, typhus exan thématique, variole et varioloïde, scarlatine, rougeole, diphtérie, suette miliaire, choléra et les maladies cholériformes, peste, fièvre jaune, dysenterie, infections puerpérales et l'ophtalmie des nouveaux nés, lorsque le secret n'est pas réclamé, méningite cérébro-spinale); 2° dans l'isolement; 3° dans la d-l- ' fectïan. Elle comprend aussi le règlement sanitaire communal qui vise : l'Assainissement communal, !a protection des eaux potables, la salubrité des immeubles, la prophylaxie des maladies transmissibles reposant sur le diagnostic médical, la déclaration des cas avérée ou suspects, l'omploi méthodique de mesures d'isolement et de désinfection.
Cette loi est complétée par les Instructions du Comité consultatif d'IIy^iène de France pour empêcher la propagation des maladies transmissibles; par la loi du 25 avril 1895 sur les séruras thérapeutiques, par le décret du 7 mars- l'.'iW (n.rLiinl ri't;li'i]uîiiL cl'
310 LES DOCTRINES HÈD1C*[.B8
mînîstraUon pDblique sur les appareils à désinfection, par le r<^glement Ganitaire de la Ville de Paris en date du 22 juin 1904.
Ce sont toujours les doctrines pastoriennes qui ont dicté la plupart des mesures prophylactiques concernant Vhijgiine des collectivilés, ViMygiéne de l'enfance, dont l'excessive mortalité, atteignant le chilTre de 150,000 décès annuels, en France, (avant la fin de U première année), peut être diminuée par l'installatioD et la bonne direction des crèches, l'application rigoureuse de la loi Roussel du 23 décembre 1S74, la sxirvcillance des étables des vaches laitières (1), qui devraient être soumises à l'épreuve diagnostique de la tuberculine, l'analyse du lait, etc. L'école est un foyer de propagation de maladies contagieuses et épidémiques (fièvres éruptives, coqueluche, grippe, diphtérie). Les principales causes de la dissémination morbide dans ce milieu, d'une réceptivité extrême, sont la présence do petits malades à un moment o l'atfection n'est pas suffisamment conlirmée auprès des maîtres et des parents, et leur retour trop rapide à l'école, lorsque les germes morbides existent encore à la surface des muqueuses ou de la peau. A ces deux périodes, l'écolier est un agent actif de propagation, de contagion et d'épidémie. Des précautions analogues doivent s'appliquer à {'Hygiène militaire, navale, coloniale, professionnelle, car le double objet de l'hygiène publique est de rendre le terrain réfractairc à la reproduction des germes et de détruire la gi'aine, c'est-à-dire les germes nocifs, puthogëues, générar leurs des maladies.
En 1794, Condorcet disait avec raison ; « Les progrès de la médecine préservatrice doivent faire dîspa-
1. BorMiT et Huon, Meaurea prophylactiques eoiiire la Cransmt'*- J iion de la Inbenitlose de» animmix à Phonane {Annales (fllygUn* 1 Ttuh/iqiie cl de MMecine tégah, janvier 1898), et la TuiercalMett U Proi'hj/laxie. (Marteille Médical, 1H97.) —
s doctuines médicales appliquées a l'hygiène 311
rattre à la longue les maladies trausmissibles et contagieuEes ». Aussi ne saurail-on trop encourager les ligues sanitaires, les ligues antituberculeuseB, ie8 ligues antialcooliques, les ligues pour la protection de la morale publique qui visent les trois grandes maladies populaires; la ligue contre la inorlalité inTantile elles mutualités qui comptent en France plus de trois millions d'adbérents chez lesquels la mortalité pour 1,000 a baissé de 23 à 16.
Dans la lutte entreprise contre les maladies contagieuses, un des grands points est de dépister vile l'affection, afin d'empêcher que le premier malade no devienne le foyer d'une épidémie et ne soit l'étincelle qui allume l'incendie. Les recherches bactériologiques conduiront rapidement à un diagnostic précoce dans la tuberculose, la peste, la diphtérie, le choléra, etc.
On recourra promptement à la vaccination préventive qui a donné des résultats dans une dizaine de maladies infectieuses, à l'isolement, à la désinfection, car « tout malade, dit Duclaux, doit ëlre traité en suspect. Voila le premier et â peu près le seul credo de l'hygiène des microbes. » Il adresse à la loi de 1902, sur la protection de la santé publique, la critique suivante : « C'est, dît-il, une loi touche à tout, trop vaste, qui embrasse, en somme, toute l'hygiène. Il ne faut mettre dans les lois que ce qui est scientifiquement démontré. L'opinion ne l'a pas réclamée, on n'a pas su l'émouvoir, n Celte loi (1) ne prescrit pas l'isolement obligatoire des contagieux que l'autorité publique n'a donc pas le droit d'imposer, h La coercition, ajoute Duclaux, est impossible, tant que
1. Voir : MONOD. La Sanlé publiqm:, 1904; Proust. Traité d'hygiène; Bhouardel. La Profession Tnrdisale au eommenaimejU du XX' siècle, 1903; la Prophylaxie des mdadiei émtabies, la Lulle eontra la lubereuiose, 1901; Mosni. La Proteclion de ta santé publique. Adtiali(<Ss médicales, 1904; Dccuon. L'Hpjiéna tociale, 1902; P. Stradsb. La Croisade sanitaire, Paris, 1902; Bluwt el Mutin. Ritae dhygiint, 1903. pp. 1, 97 et 193.
l'opinion publique n'est pas éclKirée ; et il est rain qu'une loi eanilaire commande, quand elle ne s&il pas se Taire obéir. » En effet, comme l'a dit Berbert Spencer : ■ La coutume précède la loi, et la coutume, une fois solidement établie, devient loi en receTant la cont^écration ofQcielle et une forme déSnie. »
D'après Mosny, « la loi sanitaire de 1902 est, sur certains points, d'importance capitale, tellement défectueuse, qu'on peut aisément prévoir qu'elle n'aura, sur l'améliora tion de la situation sanitaire de la France, qu'une influence presque nulle. Elle constitue néanmoins un progrès notable sur l'état antérieur. Et mieux vaut encore la posséder telle que le Parlement nous l'i imposée, avec ses imperfections et avec ses erreurs, que n'en point avoir. Il sera certainement plus aisé de l'améliorer, qu'il n'a été facile d'en obtenir l'adoption. »
Cependant, cette loi de défense sanitaire, de protecliou nationale, donnera d'assez bons résultats avec une meilleure organisation des Bureaux municipata d' Hygiène, chargés de grouper tous les organes propre! à sauvegarder la santé publique : inspection des écoles, vaccination, désinfection sérieuse, transport des malades contagieux, inspection des logements, service médical de nuit, assistance médicale gratuite à domicile, distribution de lait stérilisé ou venant de vaches soumises & l'épreuve de la luberculine, laboratoire da bactériologie, service sanitaire vétérinaire, inspection des viandes, des marchés. Comme le dit P. Strauss, celte initiative des Bureaux urbains d'hygiène contribuera le plus puissamment à l'application et à \». popularité d'une loi encore trop ignorée et trop jûfrconnue de défense nationale.
CIIAl^ITllE VI
MESURES PROPHYLACTIQUES CONTRE LA TRANSMISSION DES MALADIES DES ANIMAUX A L'HOMME
Les recherches modernes ont également moutré \o rôle important que jouent les animaux dans la propagation des maladies microbiennes {tuberculose, paludisme, peste, fièvre jaune).
La tuberculose se propage par le bacille de Koch, qui 86 trouve surtout dans les crachats, plus rarement dans le lait et la viande consommés.
Le nombre des bovidés tuberculeux livrés à la con- Bommation est considérable, en raison de la grande latitude laissée à l'inspection des viandes par les arrêtés du 28 juillet 1888. du 28 septembre 1896 et du 27 juillet 1897. Ainsi, à l'abattoir de Marseille, on relève annuellement 1,000 cas de tuberculose chez les bovidës, avec 70 saisies totales, 130 saisies partielles et 800 saisies limitées aux viscères. En 1901, Koch n'a pas prétendu que la tuberculose bovine n'est pas transmissible à l'homme, mais il a soutenu simplement que le bacille de la tuberculose bovine ne possède vis-à-vis de l'homme qu'une virulence très atténuée, et il estime que les frais énormes qu'entraîne la prophylaxie vétérinaire pourraient être plus utilement employés à la prophylaxie humaine et au traitement des tuberculeux. La tuberculose exerce en France de grands ravages ; elle y tue chaque année 150,000 personnes, et 50 Parisiens sur 10,000 sont
314 LES DOCTRINES Mk:DiCAL
tuberculeux. Le crachat du tuberculeux, voilS ta grande cause de la propagation de la tuberculose. La lutte contre la luburculfise doit deveuir plus ardente encore ; il faut diffuser les idées modernes sur l'hygiène collective et l'évitabilitè de la plupart des maladies, pu is fonder avec persévérance ligues de résistance, organisations, sanatoriums, dispensaires, et transformer les sociétés de secours mutuels en institutions de prophylaxie destinées à prévenir les maladies évitables.
Le paludisme est propagé par les piqûres des moustiques (anophèles et cuIce] qui inoculent l'hémalozoairo de Laveran puisé antérieurement sur des paludéens. La prophylaxie du paludisme consiste doue : i" à détruire le moustique (œuf, larve, nymphe, insectt parfait); 2° à supprimer ou à soumettre au pétrolagï' les eaux douces stagnantes qui permettent au mous-; tique de se reproduire; 3" à Éviter les piqûres de' moustiques au moyen de gaze portative et du grillaM lin des habitations; 4° à traiter les paludéens de façoi' à les rendre incapables d'infecter les moustiques qui puisent dans leur sang l'hématozoaire de l'impalu-' disme ; 5° k protéger par la quinine administrée préventivement les habitants sains.
La contagion d'autres maladies infectieuses peoK être propagée par d'autres insectes qui sucent le sang de l'homme et des animaux malades ou s'alimentenl! sur les cadavres et les déjections. Ils deviennent des. agents de contamination en déposant ces germei morbides sur les aliments et les objets et surtout en les inoculant directement à l'homme par leurs piqûroS.i C'est ainsi que certains coléoptères renferment desl spores de charbon, que la punaise peut transmettra^ le spirille du typhus à rechutes et que la mouchéi du genre gtossina dissémine le trypanosome de 1 nagana. Le slegomyia /"asciala transmet la fièvre jat
~ e bacille de la peite est pathogëni
ches ; il se multiplie dans le corps des insectes (puces, punaises), qui l'inoculenl à l'homme par leurs piqûres. Son hôte de prédilection est la puce des rats maritimes, des bateaux [mus raltus), qui offrent, d'après Gamaleia, une plus g^rande réceptivité que les rats d'égout {mus decumanus), chez lesquels l'épidémie de peste se limite k certains foyers. La contagion de rats à rats se lait surtout par les produits alimentaires infeclés, tandis que ce sont les piqûres des puces vivant sur les rats pestiférés qui inoculent le bacille de la peste à l'homme. Les puces infectées n'abandonnent les cadavres que lorsqu'ils sont refroidis, et c'est à ce moment qu'elles émigrent sur d'autres sujets qu'elles contaminent. La destruction des rats en temps d'épidémie de peste est donc la première mesure qui s'impose. Elle est prescrite par les instructions ministérielles des 17 juillet 1899, 10octobrel900, 26 septembre 1901. Elle est d'autant plus nécessaire que lorsqu'une épidémie de peste éclate parmi les rats, ils quittent le navire, s'éloignent du foyer contaminé et s'enfuient souvent loin de leurs terriers. Cette migration précède la découverte des premiers cadavres d'animaux et l'éclosion des premiers cas de peste. Ainsi, à Uong-Kong, du 1" février 1902 au 22 mai, on a ramassé 175,910 cadavres de rats; la mortalité, de 250 par scmaÎDe au début, s'est élevée à 3,000. A Calcutta (1898), à Kurrachée (1897), à. Canton (1894), à Bombay (1896), les rats, au début de la peste, disparurent sur un point et apparurent dans d'autres; la plupart de cens qui restèrent, moururent. Les rats pesteux sont transportés habituellement par les bateaux, mais ils peuvent être véhiculés par les wagons de chemin de fer. Le Transsibérien qui traverse des régions oii la peste est endémique, pourrait servir k la propager (Torel.) On peut enlin se demander si l'immunité relative du rat d'égout qui pullule dans nos villes, n'a pas contribué à préserver
316 LES DOCTRrNRS MÉDICALKS
l'Europe des multiples lontatives d'invasion d& |
peste.
La désinfection est faite avec l'anhydrique sulfù-" reux pur ou ozonisé, les vapeurs de soufre, le sublimé, le chlorure de chaux, le sulfate de cuivre, l'air ou la vapeur à 110 degrés, etc.; elle est souvent iocomplëte,
Hygiène sanitaire maritime. — Les doctrines p
toriennes ont modifié les mesures prophijluctioi contre tes maladies épidémiques de provenance e, (peste, choléra, lièvre jaune).
Voici les articles draconiens des ancienoes quaraotaincB :
Ahticlb CIII. — ■ Ed cas de Peste aux lieux maritimes, ■ fait deffanceB à Ions capitaines. Patrons et Mariniers ia Vaisseaux ou Barques qui aborderont aux Ports de celle Province, soit par Mer ou par Rivière, de descendre aucun Passager, Maiinier, ni Marchandises qu'au préalable il( n'ayent exhibé la Patente de la Sanlë et obtenu l'entrée, ri« Députés i cet effet, à peine de la vie et de la confiscation du dites marchandises. Et fait deffances à tous Porte-Faix « gagne-deniers ou d'autres d'approcher ni entrer aucuns Jei dits Bateaux qu'au préalable les dits Bateaux n'ayent raisonné et obtenu l'entrée, à peine de vie. « (1)
Nous devons â l'obligeance de M. Eslève les documents suivants inédits, puisés dans les archives de la Direction de la Santé de Marseille. Le premier, qui concerne les quarantaines maritimes, remonte à l'année 1622. Les mesures étaient parfois extrêmes. Ainsi le bateau le Grand-Saint-Antoine, qui apporta, eo 1720, la peste à Marseille, fut condamné à une quarantaine d'un an ; puis, au bout de neuf mois, on le brûla avec toutes ses marchandises.
n La Cour a ordonné et ordonne que tous patrons et mariniers conduisants vaisseaux on barques venant des pai'tie*
i. Arroat da la Coup de Parlnmenl d'Aîi contBDanl i-èglement sur le faii. de la peslp du i^ juillet 1G2D.
JPHVUCTIQUËS 317
du Levant ou Barbarie et Midj prendront port et feront deaoenleB es Villes et Port de Marseille ou Thollon reapectivemetit où ils feront voir leurs patentes de santé... a faict et faicle inhibition et defTancea ans dits patrons et mariniers de descendre n'y prendre port en autre port ny descharger aucuns mariniers ny marchandises en autres ports de la diie province a peine de la vie et de dix mil livres d'amande. ■
Faict à Aix en Parlement et publié à la Barre le diïie janvier mil six cent vingt deux.
2° n La (tour a faict et faictc interdiction et delTances a loutca personne de quelque Estât, qualité et condition qui! soint venant des parties du Levant ou de Barbarie de Midj n; prendre quarantaine et autres ports qu'ans Isles du dit Mar- i BRJlIe et aux endroits que leur seront eslablis par les dlla Consuls et Inleodans de la Santé de la ditte Ville et lieux, les recevoir a paine de la vie. Ordonne que les Consuls metront et stabliront de bonnes et sévères gardes a ceux qu'Us ont reçus i» faire quarantaine et prandront garde que leurs marchandises et ardea soint purifGées et que personne ne se mesie avec eux a paine den rlspondreen leur propre et privé non des inconveniens que pourraient arrivés, n Faict à Âiz en Parlement le septie mai mil six cens vingt deox.
Le 16 novembre 1703, un portefaix, atteint de maladie contagieuse, fut transporté au Lazaret et soumis aux précautions d'usage suivantes :
U sera observé : 3° qua lantrèe de la porte de lanclos du mallade jsera estably uu garde sajin aucune communication; i' quoo fera du feu dans la caserne hii mallade avec du boit arosmalique deux fois chaque jour; 5° que lea bandes, ampiastres et autres sortes de linge ayant servy a pansser le mallade seront brualés chaque jour; 6° que touttes les fois que le sieur Condamidan {le chirurgien) panssera le dit mallade avec instrumanset baguettes dont il assert en observant de ce tenir a l'esloignement d'une barielle, les dittes baguetleg et instrumans seront après l'opération passés dans le vinaigre et ensuite dans le feu; 8° que le mallade et son garde seront ;hangÛB de linge deux fois la semaine et que leur linge et biibits seront parfumés touttes les foia quon fera du feu dans 13 fesant ensuite pui'gei' les linges qu'ils ce seront
LIS Docnivn MéDiciucs
i; lû'qiw le inaIUd«»sUnl s'il plaitâ INen, >, on lay ftra donner trois pa^ (onis extraordinaires on ehuque joar, pn sorte qae tes dû pttjfuiDa ce CMMommerODl eDlierement d&oa les diltes casernes; 11* (pie le jovr «dvuit ceiny qui serai destiné pour son enlrte, on Iny fera prendre on parfum tout nnd, quoD le taissrra dana la easente un pen plus long temps qua lordiraire et quen onvraol la porte, luy sera donné a lantrée de la caserne, des lio^s et habiIIeineDt!> qaon aura apoitë de la viile; 12* qne ses bardes ^ronl purgfes dans les Infirmeries par dsvtres parfums et esbouillitJoDs et quU sexa faict on dernier feu et parfum dans laditle caserne pour brusler loutlea les balieures quy pourraient y avoir resté; 13* que pendant toulle la durée de la ditte malliidie il ne sera fait aucnn billet pour permettre a aucuns particuliers danlrer dans les dit tes infirmeries. ■
Au svii* siècle, la désinfection des marcbandises an lazaret de Marseille était opérée au moyen de i'ezpo- BJlion À l'air, au Tent. à la rosée, au serein et à U pluie. Les balles de coton étaient ouvertes, soumises à l'influence du grand air et exposées ati soleil.
Les laines en toison étalent placées sous des liangars et n'araient que l'air et le vent comme agents désinfecleurs. Les étoffes, tissus et autres produits industrieh eta^iricoles étaient seulement exposés aux «ourants d'air dans les hangars. Les bardes et les . effets appartenant aux hommes de l'équipage et aux passagers, étaient, indépendamment de leor sereine, lavés, fumigéset quelquefois même incinérés suivant' les ci rcOD stances.
Les fumigations se faisaient avec le chlore ou arec le gaz sulfureux. Les lettres et correspondances élaient tailladées, puis immergées dans du vinaign blanc pur, avant d'être remises aux intéressés. Noqfl avons vu au Frioul les appareils afl'ectës â cet usaM ainsi que les longs instruments destinés li ouvrir IM bubons ou à panser les ulcérations des pestiférés, ûl terreur ètail wllft qoe Ves çtêlves faisaient commË
WPHYLACTIQUKS
nier avec an long appareil permettant de déclencher l'hoatie, à distance du pestiféré.
Le tnélfinge désinfectant employé était, d'après la Tormuie recueillie dans les archives de la Santé : Soufre, 2 livres; alun, 2 livres; poix de résine, 2 livres; poudre à canon, 2 livres; atiiimoine, 12 onces; iublim^, 4 onces; arsenic, 12 onces; orpiment, 4 onces; einnbre, 4 onces; graines de genièvre ou de lierre ou de lauriers, 2 livres.
Historique des Quarantaines. — Vers le milieu du
xvii° siècle, Marseille prescrivit les mesures sanitaires et créa un lazaret avec bureau de la santé sur le modèle adopté en 1348 par la République de Venise qui, de 900 à 1500 subit 63 atteintes de peste. De 1720, époque à laquelle s'illustrèrent Monseigneur Belzunce et le Chevalier Roze, jusqu'à 1837, Marseille re^ut à neuf reprises des navires infectés et jamais la peste ne dépassa les murs de son lazaret. C'était l'époque des longues quarantaines et de l'isolement rigoureux que la loi de 1832 prescrivait encore avec une redoutable sévérité et contre lesquels l'Académie de MédeciDe se prononça en 1846, Les nécessités de la navigation à vapeur provoquèrent la réunion d'une conférence internationale à Paris, eu 1S51 et en 1859, desquelles sortirent notre organisation sanitaire jusqu'en 1876. Les conférences de Conslantinople en 18(56, de Vienne en 1874, de Washington en 1881, de Rome en 1885, formulèrent des règles scientifiques de prophylaxie internationale pour arrêter les épidémies d'origine asiatique. La conférence de Venise en 1892 interdit la communication directe des navires provenant de l'Inde orientale et de l'Extrême-Orient avec l'Egypte, la Méditerrannée et l'Europe. La conférence (le Paris de 1894 a précisé les mesures nécessaires pour arrêter au départ de l'Inde et sur la mer Rouge, le choléra qui a si souvent envahi La Ueeque, lAcnvi-
férence de Venise, en 1897, avait pour obje. : l'interdiction, dans certaines circonstances, aux pMerioi musulmans des Indes de se rendre aux lieux sain» et l'adaptation k la prophylaxie de la peste des veutions antérieures.
les mesures pTophylacti^ues actuelles. — Enfio, la conTôrence du 3 décembre 1903 eut pour but de substituer & la quarantaine l'obsenation et la suireillance sanitaire, la désinfection obligatoire et l'isolemeul faculiatir, de codifler séparément et en s'inspirait des données scientiliqucs acquises, les mesures conte la peste, le choléra et la lièvre jaune. La quarantaine, dit Proust, a vécu. Le procédé était cruel, car en parquani des passagers bien portants avec dee malades ou dans leur voisinage, on risquait de les contaminer ; de plus, il était périlleux, car il créait un foyer épidémique. La désinfection, qui tôt les microbes, est un moyen certain, scientillque, it s'opposer i la diffusion des germes pathogènes. En suivant les progrès réalisés au cours de ces divers» étapes, nous pouvons constater que peu à peu ta routine cède le pas à la science et l'empirisme à Tespèrience. Dans les >i Frontières de la Maladie » de cetK Collection, le docteur lléricourt estime que cU mesures actuelles sont théoriquement insufSsantesel illusoires, dans la pratique, puisqu'elles n'atteignenl pas et ne retiennent pas au passage les Individus qnî sont atteints du mal épidémique sous une forme qui comporte les apparences de la santé, et pourtant « sont des agents redoutables de contagion. Le règUment sanilaire maritime de 1896 pare en partie à ces inconvénients, de la façon suivante: Il délivre ani passagers ne présentant pas de signes appréciablec d'affection épidémique un passeport indiquant la datt de l'arrivée du navire, et l'autorilé sanitaire prévienl a même temps le maire de la commune de la néce^
MËSnrBS PBOPHYLACTIQOBS
S de surveiller le passager, au poÎDt de tuo sanijusqu'à l'aspiration d'un délai de cinq ou Bt jours, à partir de l'arrivée du navire eoutaminé C la peste, le choléra ou par la fièvre jaune. Le ^œe actuellement appliqué aux navîreB, soit infectés, \ suspects, diminue les charges de la navigation, meifte les garanties qu'exige la protection de la Kité publique, supprime les quarantaines pour les nplacer par des informations sanitaires et par des &Mres prophylactiques prises par le médecin sanitaire ou l)ord, soit au départ, soit pondant la traversée. Notre expansion coloniale a propagé la lèpre en France, et nous en observons toujours de nouveaux cas contre lesquels on ne prend pas de mesures prophylactiques, Zarabaco a trouvé, en France, un trop grand nombre de lépreux. Avec le docteur Ehlers, nous avons relevé une centaine de cas de lèpre dans les Alpes-Maritimes. Une série d'observations personnelles démontre la contagiosité de la lèpre, son unité nosologique malgré ses variétés cliniques, ses dangers do transraissibilité (1). C'est pour ces raisons que le docteur Dom Santon avait proposé de créer dans les Vosges un sanatorium de lépreux.
L'ensemble de ces mesures prophylactiques est complété par la création d'un Bureau international d'hygiène, véritable observatoire de la marche des maladies infectieuses, orflce de renseignements, d'utilité et de progrès sanitaires. C'est une sorte de lien de fraternité morale et sociale à propos duquel Monod disait, en 1893, au congrès de Bruxelles : « Il est permis de rêver ce rôve et d'entrevoir une alliance internationale pour la lutte contre les maladies et la mort qui devraient être, qui seront un jour, nos seuls
i, BoiMT, La Lipre d Hanat {Borne de Médecine 1889), et en ïolliiboi-niion avec le ducteur Eiii.Ens ; Un viaa loyer italien dt V tltUM U* Âlpes-MaTitiiiu's {Lrpraj, Lpl|isi;, 1303.
CONCLUSIONS
Tels sont les nombreux progrès que les doetrim pastoriennes ont fait Taire à la médecine, à la chirurgi JL la thérapeutique, à l'hygiéDe et & la prophylai i giSnérales, collectives et individuelles, et, comme Vm t dit excellemment Pasteur lui-m^me: «Il faut recotif laitre que notre siècle aura eu plus que tous 1 nutres, le souci des humbles, des souffrants et t tout petits. Poursuivi par l'idée Ose de leur venir e aide, il aura fait trois grandes choses: il aura coiB battu la maladie, la misôre et l'ignorance »
Avec les doctrines pastorienes, la médecine actuefM I est devenue éliologique, palhogénique et surtout f pbylaclique. Quelle sera son évolution dans l'aTenift U est probable que, pendant longtemps, elle snivi ' celte direction en utilisant, dit Bouchard :
méthode générale de recherches, une disciplin b eoientifique commune, qui ne sont pas d'iuventioij I moderne, mais qui résument dans la forme la plu| iple, la plus sûre, la plus expéditive et la roieu) appropriée aux besoins du temps présent, ies modM d'investigations qui ont profité aux époques antâ^ rieurea, > Claude Semard disait ; « Ce qiii maw\we, c'est u
CONCLUSIONS
vue générale de la direuLion de la science ». Les reclierches pastoriennes sur les causes morbides ont orieDté la médecine dans la bonne voie m elle)< ont permis de faire une riche moisson de faits parliculiers qu'il reste i. classer, é. synthétiser et k généraliser. Quand ils seront complétés par les découvertes auxquelles amèneront les données acientiflques nouvellement acquises (radium, ions, rayons X, rayons N, etc., etc.), la médecine possédera tons les éléments constitutifs d'une doctrine ferme, immuable, c'est-àdire vraie. Le changement nait de l'indécision et H l'histoire des Doctrines médicales est, comme le dit Daremberg, la démonstration, siècle par siècle, de l'impuissance des théories et de la puissance des faits, de l'inanité des systèmes a priori et de l'action aussi bienfaisante qu'Irrésistible, quoique lente, de la méthode d'observation et de la méthode expérimentale dans l'établissement des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales. i>
La portée pratique des doctrines microbiennes ne fera que s'accroître et la médecine deviendra surtout préventive. On évitera les maladies au lieu d'avoir à les combattre. L'amélioration et la découverte de sérums à action préventive et curative, la pratique b&tive de vaccinations préventives efficaces, l'emploi de promptes mesures prophylactiques, restreindront les atteintes des maladies infectieuses et en empêcheront la propagation et la dissémination épidémiques. Ainsi disparaîtront , en une grande partie , ces séquelles, ces suites éloignées des infections, ces maladies chroniques du cœur, des poumons, du foie, des reins, etc., ces lésions artério-sclëreuses et alfaéromateuses, toutes ces tares organiques laissées par une ancienne maladie infectieuse, souvent oubliée. Peut-être trouvera-t-on aussi des médicaments capables d'annihiler directement les effets nocifs des toxines microbiennfls, d'&ugmenter la phagocytose et d'ac-
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croître l'efficacité des diTcrs modes de défen l'oi^anisme. L'aveDir est i la thérapeutique ê giqae «t patliogéiiique, et ■ il e?t permis d'e?j comme le disait Proust, qoe bicotôt la toLx de giénisle sera prépondéraole dans la société et Ueu de formoler des vœox, elle pourra dicte loii. •