LA RÉPUBLIQUE, ÉDUCATION DES MAGISTRATS. SS
moins elle est pratique. Aussi les magistrats de Platon seront-ils des savants et des sages : nous ne voyons dans l'éducation qu'il leur a donnée rien qui nous garantisse des administrateurs habiles.
Mais les erreurs d'un tel génie ne sont jamais absolues. Si nous croyons qu'il faut faire descendre les magistrats de la république platonicienne des hauteurs sereines d'où ils gouvernent, en contemplant l'essence du bien, les citoyens dociles à leur voix et privés à bon droit de toute liberté, puisque ici chaque tentative d'indépendance serait une révolte contre le bien, nous ne -voudrions pas cependant les rabaisser jusqu'au rang de manieurs d'affaires. Retenons de son utopie cette conviction profonde que l'homme d'Ëtat doit unir une forte instruction générale à son habileté pratique, et que, dans sa longue éducation, la science, qui élève l'âme, doit trouver place d'abord, avant l'étude des intérêts, qui la rapetisse, et l'expérience des hommes, qui la flétrit. D vaudrait mieux qu'une république se perdit pour avoir poussé jusqu'à la folie l'amour de la justice, que pour avoir professé jusqu'à l'avilissement le culte des intérêts matériels ; sa chute en serait moins honteuse et moins profonde.