‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 1 sur 56 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quand on relit notre histoire, une des époques à laquelle on s’attache peut-être le plus volontiers, c’est bien, ce me semble, la Restauration. Au sortir de la Révolution et de l’Empire, qui laissaient la France dans le plus grand trouble moral que l’on puisse imaginer, et qui, comme tous les grands mouvements politiques, avaient exaspéré les passions, le pays était la proie de rivalités et de haïvues, qu’attisaient tous les intérêts personnels mis en jeu par un changement de: régime. La nation, peuple enfant encore dans l’art de se conduire, allait faire un essai du régime parlementaire. Celui-ci, comme toutes les institutions à leur début, était loin d’être parfait, et une expérience acquise par quinze ans de débats, lui était nécessaire pour se perfectionner.

& 1. — Les PARTIS EN 1815

Les partis, indispensables pour l’organisation d’un gouvernement de cabinet, se trouvaient, en 1815, fortement divisés par des divergences d’idéal et d'intérêt. D'un côté, les royalistes « purs » ou (ultras » ou € pointus », pour qui un retour à l’ancien” régime était la seule chose souhaitable, pour qui la Révolution devait être chassée de l’histoire comme ils la Chassaient de leur mémoire. . D'un autre côté, les libéraux pour qui, au contraire, l’ancien régime n’était plus et ne pouvait plus être, pour qui la Révolution avait laissé dans l’âme de la France des traces ineffaçables, traces que l’on devait retrouver dans la Constitution. À côté d’eux, le régime impérial n’était à peu près pas représenté à la Chambre, car Waterloo avait jeté bas l’idole qu'avait longtemps adoré la France et si les souvenirs de gloire restaient, restait aussi le: souvenir des lois terribles de conscription et des batailles qui avaient laissé nos morts aux quatre coins de VEurope en feu. Le pays envahi, saccagé par les troupes alliées, ne voulait plus d’un de personnel et aspirait à la paix.

Entre les libéraux et les ultras, un parti allait naître, peu nombreux en vérité, mais fort de la qualité de ses membres, et qui allait avoir comme seul idéal, le désir d’amortir les heurts et les chocs

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