‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 2 sur 56 · FR A NT · texte numérisé non relu

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entre les partis extrêmes. Une intelligence vaste, un esprit d’autorité fortement conçu, une intégrité au-dessus de tout soupçon étaient nécessaires pour diriger et conduire dans la lutte parlementaire une telle opinion. Ces trois qualités on les trouva réunies au plus hau£ point en Pau: Rryev- Collard.

C’est, bien certainement, une des figures les plus intéressantes de l’époque, et d’abord pour l’originalité de ce fait : son parti, les Doctrinaires, très peu nombreux — « Il aurait tenu sur un canapé », disait Beugnot, — vivant et subsistant malgré les partis extrêmes et sans être étouffé par eux. Il eut même une influence assez sérieuse ; on reconnaiïissait la haute valeur morale et intellectuelle des hommes qui le composaient. Camille Jordan, Barante, de Serre, jusqu’en 1820, étaient les plus intimes amis de Royer-Collard et partageaient ses espérances et ses craintes. Quand ils prenaient la parole à la Chambre, on les écoutait volontiers, car on savait que pour eux l'intérêt personnel n’était rien, mais qu'était tout l’intérêt de la nation. Leurs ennemis eux-mêmes étaient obligés de leur rendre justice, et c’est ainsi que Duvergier. . après avoir attaqué leur tenue générale, reconnaît la valeur de leurs doctrines : & Intolérants, négligents, dédaigneux dans la forme, ayant presque toujours raison dans le fond … » (1). En effet,

(1) Duvergier de Hauranne, Histoire du Gouvernement parlementaire en France, V, 118.

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c’est la caractéristique de tout le parti. Les Doctrinaires n’aimaient guère, pour la plupart, la polémique. Ils exposent leurs idées, pas davantage. La contradiction leur déplaît ; ils ne cherchent pas à convaincre leurs adversaires. Ils soumettent seulement leurs théories au jugement et à l’intelligence de tous.

Leur principal organe était Le Courrier, dont le but, ainsi qu’il le disait dans son premier numéro, était de combattre révolutionnaires et ultras, en mettant toutes choses au.point, et en restant juste et impartial. Maïs ses rédacteurs développaient leurs idées avec une certaine acrimonie qui les rendait odieux à tous les autres partis. (« Le Constitutionnel leur donnait tour à tour les noms de pédants obscurs et de graves intrigants ; le Jouwrnat des Débats, se moquait des amphigouris métaphysiques dont ils régalaient leurs lecteurs. La Minerve souriait de pitié en voyant cinq à six pygmées politiques s’ériger en régulateurs de l’opinion. € Ils sont quatre, disait la Renommée, qui » tantôt se vantent de n’être que trois, parce qu’il » leur paraît impossible qu’il y ait au monde qua- » tre têtes d’une telle force, et tantôt prétendent » qu'ils sont cinq ; mais c’est quand ils veulent » effrayer leurs ennemis par le nombre » (1). Duvergier nous cite, parmi les actionnaires ou

(1) Duvergier de Hauranne, Histoire du régime parlementaire, V,189.

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les rédacteurs du journal, Royer-Coitard, Barante, Rémusat, ete. (1). Mais dans ses Souvenirs, Barante nous dit, en parlant du Courrier Français : «Monsieur Royer-Collard se gardait de collaborer, à ce journal, qui était pour lui un objet de continuelles impatiences » (2). Ces continuelles impatiences provenaient sans doute (Barante ne s’explique pas à leur sujet) de ce que Royer-Collard, que l’on jugeait le chef des Doctrinaires, n’admettait pas de ses amis et disciples la moindre divergence d'opinion. Si l’on voulait être « doctrinaire », il fallait partager entièrement ses idées, sinon : anathème ! | ;

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