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conclut au rejet de toute proposition et de tout projet de loi sur les élections (1).
Mais l’évolution de Royer-Collard n’allait pas s'arrêter là ; et si l’on compare les paroles qu’il prononçait en 1816 et celles de 1820, on verra que dans cet espace de quatre ans, ses tendances s’étaient considérablement modifiées. Le 24 février 1816, dans son discours sur la loi des élections, il disait, répondant aux ultras : € On attribue quelquefois la représentation à l’ensemble des pouvoirs qui composent un gouvernement ; mais c’est une expression vide de sens, à moins qu’on n’entende uniquement par là, la légitimité de ces pouvoirs, et le fait qu’ils sont reconnus et obéis par la nation. » (2) Et le 17 mai 1820, il disait exactement le contraire : & La représentation nationale n’existe pas, elle n’est absolue que dans les trois pouvoirs » (3).
Ce changement complet d'opinion provenait encore d’un changement d’orientation dans la politique du pays. En 1816, la majorité des électeurs étant royalistes exagérés, les députés ultras voulaient que le gouvernement soit la représentation du pays. La prépondéranee de leurs idées aurait été ainsi assurée, car ils espéraient pouvoir entraîner Louis XVIII, dont le nonchaloir était trou-
(1) Arch: par, XVI, 292, (2) Jbid.
(3) Barante, Vie politique de Royer. Collard, H, 19.
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vé trop grand au gré de leurs désirs. Royer-Collard craignait justement que les ultras ne pren-
nent trop d'influence sur l’âme un peu faible du souverain, et il prenait les avances en déclarant qu’il n’y avait pas de représentation possible, méme dans la jonction des trois pouvoirs : Roi, Pairs, Députés. Ces trois branches étaient séparément des pouvoirs ; réunres, le gouvernement. Mais jamais, ni séparément, ni unies, une représentation. Il crut ‘ ensuite que sous sa faiblesse apparente, Louis XVIII cachait une volonté assez ferme pour échapper à l’emprise morale des ultras, et, dès lors, tout en niant la représentation nationale par.la Chambre des députés, il acceptait l’idée de la représentation par l’union des trois pouvoirs. Mais, ce n’é: tait là qu’un pas dans son évolution, et il ira beaucoup plus loin. Les élections de 1817, 1818 et 1822, favorables aux libéraux, effrayèrent les ultras en leur faisant voir qu’il ne faut pas trop compter sur la durée de la faveur populaire. Is abandonnent leur thème favori du pouvoir représentatif, et ils se tournent du côté du roi. Celui-ci, circonvenu par tout son entourage, et surtout par son frère et Madame du Cayla, est obligé de céder et de jour en jour le parti ultra prend sur lui une influence plus grande. Dès lors, les Villèle, les Vitrolles, les Salaberry et autres changent de gamme. Après avoir chanté sur les modes les plus dithyrambiques, les beautés de la représentation natio-
® nale, ils vont chanter les splendeurs du pouvoir royal.
Royer-Collard les redoutait toujours, car le but était pour eux resté le même, si les moyens avaient changé ; ce qu’ils espéraïent obtenir jusque-là par le pouvoir du peuple, ils vont chercher dorénavant à l’avoir par le pouvoir du roi. Aussi, Royer-Collard continue-t-il son évolution déjà commencée et accorde-tl de plus en plus de force à l’élection. Il disait, dans son discours sur la septennahté : «D’où vient la force de la Chambre élective ? De l'élection, son nom le dit. » (1) Cette phrase doit être. rapprochée de ce qu’il disait en 1816, alors qu’il soutenait la théorie contraire :: «€ La Chambre, telle que la Charte l’a conçue, est un pouvoir et non une représentation. La Charte étant le seul titre de son existence, elle est aussi la seule définition légale de son caractère politique. La Chambre est ce que la Charte la fait ; rien de plus, rien de moins. Comme c’est la Charte qui constitue la Chambre et non l'élection, celle-ci ne lui donne en réalité que les membres qui la composent. » (2) ©
Aïnsi, dans cette période de 1816 à 1824, Royer- Collard a complètement changé d’opinion. En 1816 la Chambre tient ses pouvoirs de la Charte, en 1824, elle les tient de l'élection. Nous avons vu l’explication de ce revirement d°? opinion.
(1) Barante, Vie politique de Royer-Collard, H, 217. (2) Archives parlementaires, XVI, 292.
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Et le 16 mars 1830, dans la rédaction de l’adresse des 221, il semble bien reconnaître l'existence de la représentation nationale, non pas dans le sens de représentation des intérêts, mais dans le sens de représentation des individualités. « Sire, la Charte, que nous devons à la sagesse de votre auguste prédécesseur, et dont Votre Majesté a la ferme volonté de consolider le bienfait, consacre comme un droit l'intervention du pays, dans la délibération des intérêts publics. Cette intervention devait être, et elle est, en effet, indirecte, sagement mesurée, circonserite dans des limites sagement tracées, et que nous ne souffrirons jamais que l’on ose tenter de franchir ; mais elle est positive dans son résultat, car elle fait du concours permanent des vues politiques de votre gouvernement avec les vues de votre peuple, la condition indispensable de la marche régulière des affaires publiques. » one,
Puisqu’il reconnaît à la nation le droit d’intervenir «dans la délibération des intérêts publics », il reconnaît implicitement, semble-t-il, la délégation de volonté È dans ce cas, la Chambre représenterait les individualités, non les intérêts.
Nous le répétons, ce revirement d’opimon chez Royer-Collard provenait de ce qu’il avait besoin de s’appuyer sur la nation pour résister aux ultras qui s’appuyaient sur le roi.
Les exemples que nous avons cités sont.
‘eroyons-nous, les plus frappants de la vie politique de Royer-Collard ; c’est de là que sont parties les-accusations de contradiction qu’on a formulées contre Jui. Mais nous avons prouvé (nous l’espérons tout au moins), que ces contradictions, lein d’être les fruits de l’inconséquence, sont, au côntraire, les preuves de l’amour que Royer-Collañc portait au « juste milieu ». S'il a fait évoluer ses théories, c’est toujours pour les oppose: fa re rannie d’un parti. 13
À partir de 1824, quand Charles X monta sur le | trône, les tendances de Royer-Collard vontu#11:" nuer à se modifier ; à cette époque, ton les e-po: à du parti ultra vont renaître, les craintes dé nant: modéré s’exagèrent. On se souvie que de c& d'Artois « avait toujours été un chès ut | mais l’héritier présomptif aitrénetaé France Les uns voyaient en lui la + ssibilité 20 rire
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leurs rancunes, les autres craigaaient l’opression du pays au nom des prérogatives royalés. Royer- Collard ne pouvait qu'être effrayé par les tendances qu’il connaissait au nouveau roi, et par son amitié avec les membres les plus irréduetibles du parti ultra.
D'un autre côté, le pays se tournait de plus en plus vers les libéraux, et ce parti ne convenait pas davantage à Royer-Collard ; il prévoyait que les fautes du gouvernement -pouvaient amener un cataclysme politique, et de plus en plus, il se ré-
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fugiait dans sa théorie du juste milieu. Entre les ultras qui auraient voulu restreindre l’électorat, et les libéraux ‘qui auraient voulu l’agrandir, il estimait que, seule, l’observation de la Charte poureit sauver: la légitimité. Il aurait voulu que l’on conserve le cens de 309 francs et le même nombre
«d’électeurs. :
. Or, justement, Villèle demanda un dégrèvement .de l'‘r., : foncier ; c'était par là même diminuer le aombre des électeurs ; Royer-Collard n’y vit que ce but et protesta : C Il ne s’agit pas, dit-il, de ‘quas centaines d’électeurs, il s’agit de je ne is Gombter. de milliers et précisément de cette norton des électeurs, qui, se trouvant plus près classes l’ ’orieuses, mettent la Chambre élecà tr et. en harmonie avec les masses.
Que les ueurèvements continuent, que l'élection se Let 1 pl'as en f, ,s dans les classes supérieures, le gou ernement -eprésentatif sera tout à fait éludé, et cete,Chambre ne sera plus qu’an Sénat, probablement fort mal composé, qui ne connaîtra point la France et ne sera point avoué par elle.» (1) Vint la Révolution de 1830 : c'était, pour Royer- Collard, là ruine de ses plus chères espérances et il ne vit pas sans regret la loi électorale de 1831: L'âge nécessaire pour être électeur était abaissé
(1). A4reh. part, XLVUT, 57.
à 25 ans, au lieu de 30. Le cens était porté à 200 francs au lieu de 300. Par le fait même, le nombre des électeurs était doublé. Royer-Collard qui avait été à même de constater qu’une contribution foncière de 300 francs n’était pas une preuve suffisante de capacité électorale, devait être et état navré de voir le nombre des électèurs augmenté dans d’aussi grandes proportions ; c’était la fin de sa carrière, il se retirait de la lutte, découragé.
SV. Pour Royer-CoLLARD, LES PAIRS REPRÉ-