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distinctes, c’est l’être et le paraître. Pour un observateur superficiel, il est avant tout un orateur, beaucoup plus qu’un homme politique, et il se laiïsse emporter par ses paroles, qui souvent dépassent sa pensée, puis, par respect pour lui-même, il ne veut pas paraître revenir sur ses pas, et il continue dans la voie où son imagination l’a engagé. C’est ainsi que certains auteurs ont essayé d’expliquer l’évolution de Royer-Collard. Il aurait suivi son imagination, plus que sa raison. C’est ce que Pasquier écrivait à Barante, le 14 septembre 1859. Selon lui, les disparates étaient nombreux chez Royer-Collard. & Rien qu’à le voir et à l’entendre pendant quelques semaines, on devait s’attendre à trouver en lui une solidité à toute épreuve. Eh bien ! une certaine légèreté inhérente à la vivacité de son imagination existait en lui, et avee son aide, il s’est, plus d’une fois, laissé entrainer, tantôt à droite, tantôt à gauche. » (1)
C’est cette réputation d’imaginatif qui a probablement fait dire à M. de Lavergne, que Royer- Collard était, avant tout, un écrivain, et qu’il appartenait plus qu’il n’en voulait convenir, à l’école littéraire de Rousseau. M. de Lavergne lui fait le reproche d’être absolu et dynastique comme l’auteur du Contrat social, et de rechercher comme lui les effets de style, qui ne s’accordent pas toujours
{1) Barante, Souvenirs, NII, 242.
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avec la justesse, (€ IT avait, tout en s’en cachant, cette vivacité d’impressions qui fait l’art d’écrire, comme les autres arts, et qui entraîne la mobilité. » (1)
De même Rémusat nous dit que Royer-Collard « se laissait prendre à ses phrases », qu'il était « dupe de son éloquence » (2).
Pour nous, nous ne croyons pas que cette plie cation suffise. Non, nous ne croyons pas que Royer- Collard se soit laissé prendre à ses propres phrases ; non, nous ne croyons pas que chez lui l’ima-
gination l’emportait sur la raison ; et cela, nous
croyons pouvoir le prouver psychologiquement. Si Royer-Collard avait été emporté par la fougue de son imagination, ses convictions auraient vaga-
. bondé comme elle, sans rime ni raison ; son évolu-
tion se serait faite d’une façon fantaisiste, et l’on ne pourrait saisir une ligne directrice dans sa comduite. Or, il n’en est pas ainsi ; il a évolué plutôt dans l’application de ses doctrines que dans le fond même. Ses principes fondamentaux sont restés immuables, et à eux, il est toujours resté fidèle. ILétait, en 1845, le catholique qu’il était en 1815: il était, en 1830, le partisan résolu de la légitimité
(1) Lavergne, Royer-Collard orateur et politique. (Revue des Deux- Mondes, 1er octobre 1861.)
(2) Rémusat, De l'esprit de réaction. Royer-Collard et Tocqueville. (Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1861.)