‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 5 sur 56 · ALARM · texte numérisé non relu

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qu’il était en 1810, quand il était correspondant de Louis XVIIT à Paris.

Et pourtant, il a changé parfois d’opinions, et il a souvent appliqué différemment ses théories, suivant le moment où il était. Comment expliquer cela ? D’abord, on peut lui appliquer la boutade faite au sujet de Guizot : « C’est un roseau peint en fer. » Si on étudie un de ses discours, on voit combien il se place à un point de vue élevé. II parle d’une facon absolue ; il semble, ‘qu’ayant des doctrines aussi générales, il ne pourra jamais les renier. Et pourtant, il évolue ! C’est que ses doctrines sont des doctrines a posteriori, faïtes pour justifier des opinions qui lui sont fournies par les événements. De plus, ainsi que nous le montrerons au cours de cette étude, il lui arrive fréquemment de conserver la même opinion, de soutenir la ‘même thèse, mais de l'appliquer différemment.

Lui-même se rendait compte de ses évolutions, et il n’en rougissait pas ; nous n’en voulons comme exemple que le fait rapporté par Vitrolles dans ses Mémoires : « Comme il s’approchait de moi après son discours (sur la loi des élections de 1815), pour recevoir le tribut d’admiration dû à son talent, après lui en avoir payé ma part, je me permis dans les termes les plus polis, d’opposer ses opinions actuelles à celles qu’il avait eues peu de temps auparavant. Je n’avais pas besoin de prendre tant de précautions ; il me répondit avec une admirable assurance : (€ Certainement, Monsieur

le Baron, me dit-il, et que serait l’expérience, si elle ne servait pas à redresser nos erreurs ? » (1)

S 3. — CARACTÈRE POLITIQUE DE RoyYERr-CoLLARD

Royer-Collard, à la tr'bune (ce sont tous ses contemporains qui nous le disent), prenait un ton doctoral, lent et froid ; il exposait ses idées avec | clarté, ne se jetait pas dans de vaines digressions, ne recherchaïit pas les effets faciles ; il était écouté avec attention, presque avec respect. Mais il ne ménageait certes pas ses adversaires ; il ne cherchait nullement à biaiser pour obtenir d’eux une approbation qu’il aurait pu obtenir par des concessions. D'ailleurs, les concessions étaient les choses qu’il redoutait le plus. Il allait jusqu’au bout de ses idées, n’essayait pas d’arracher à la Chambre un vote favorable à ses projets, en restant dans le vague, en ne montrant qu’un côté de la question. «On ne pouvait lui refuser d’être homme de mérite et de talent, mai$ trop épris de sa propre raison, et trop amoureux du paradoxe, nous dit Vitrolles, c’est-à-dire un de ses adversaires politiques. Je lui reprochais un jour de les soutenir avec une autorité trop rude : « Ce ne serait rien, lui disais-je, » si vous y mettiez un peu plus d’insinuation, mais

(1) Vitrolles. Mémoires, TT, 11.

LOS TE » vous voulez toujours nous les faire avaler d’auto- » rité, et pour ainsi dire, par le gros bout. » (1)

C'était l’exagération d’une de ses qualités qui était la cause de cela : sa bonne foi lui interdisait toute compromission, et les transactions auxquelles la politique oblige bien souvent, lui furent toujours inconnues. Il ne fut jamais, de parti pris, le partisan ou l’adversaire d’une personnalité quelconque : « Comme en aucun temps je n’ai fait profession d’être auxiliaire, je ne fais point profession, aujourd’hui, d’être adversaire ; je cherche selon mes lumières, la vérité et la justice. » (2)

Cette bonne foi se retrouve chez Royer-Collard durant toute sa carrière politique. M. Spüller nous en donne un bel exemple dans le dialogue qu’il cite entre Royer-Collard et Danton, alors qu’on était en pleine Révolution. Danton avait cherché à entraîner Royer-Collard de son côté, avant que leur rupture ne devint inévitable. « Venez avec nous, disait avec sa brusque franchise Danton à Royer- Collard ;: il faut hurler avec le$ loups. — Cela n’est permis qu'aux loups, répondait Royer-Collard. — Mais vous serez dévoré. — Eh bien ! je serai dévoré. ».(3) Une telle profession de foi était d’autant plus méritoire que Royer-Collard pré-

(1) Vitrolles, Mémorres, INT, 71.

(2\ Archives parlementaires, XXXI, 444.

(3) Spüller, Royer-Collard, 23,

AA Res voyait déjà fort bien tous les excès de la l'erreur ; mais, même au péril de sa vie, il préférait rester fidèle à ses principes, à son honnêteté.

Un autre exemple de sa bonne foi qui est encore à eiter, quoiqu'il n’y ait pas eu alors de courage à avoir, mais qui a néanmoins de la valeur car il s’agit d’une affaire religieuse, et l’on sait la piété austère de Royer-Collard, un autre exemple, dis-je, c’est la conversation qu’il eut avec l’abbé de:Montesquiou. «Ce fut Monsieur Royer- Collard qui eut la pensée de proposer à l’abbé de , Montesquiou, ministre de l’Intérieur, de $s’adjoindre Monsieur Guizot, protestant, en qualité de secrétaire général. Cette proposition étonna d’abord l'abbé de Montesquiou. &« C’est pourtant bien sim- » ple, lui dit M. Royer-Collard, et je suis convain- » eu qüe si vous acceptiez ma proposition, vous » vous en applaudiriez. Vous êtes ecclésiastique, et » un ecclésiastique ministre de l'Intérieur, c’est » chose nouvelle en France; le choix que le Roi a » fait de votre personne, sera bien mieux accueilli » si on voit un protestant auprès de vous. Quant à » Monsieur Guizot, je le connais, je sais ce qu’il » vaut, et je vous en réponds. » Monsieur Guizot fut nommé secrétaire général du ministère de l’Intérieur. » (1)

Une autre preuve encore de l'intégrité politique de Royer-Collard, c’est celle que nous fournit Ba-

(1) Véron, Mémoires d'un bourgeois de Paris, TL, 396.

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