‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 7 sur 56 · S 4. = ROYER-COLLARD ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

S 4. = ROYER-COLLARD ET LA RELIGION

Royer-Collard accorda toujours un grand rôle à la religion. Elle était pour lui, d’abord le frein qui retient les peuples ; mais il ne l’aimait pas seu-

(1) Barante, Vie de Royer-Collard, I, 15.

(2) Barante, Souvenirs, VI, 194.

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lement pour cela. Il ne l’aimait pas seulement au point de vue moral. [l l’aimait aussi pour elle-même. Il était d’une piété rigide et austère. D’aucuns le disaient même janséniste, Cette tournure d’esprit lui venait surtout de sa première éducation sévère et dirigée par sa mère, qui avait eu des liens avec Port-Royal, puis par les Pères de la Doctrine chrétienne. Mais s’il était catholique convaincu et pratiquant, il n’était pas pour cela un exalté, comme il y en avait tant en 1815. Il ne tomba jamais dans le travers des ultras qui, sous prétexte qu’ils aimaient la religion, en mettaient partout. Il craignait la Congrégation, dont l’influence occulte l’effrayait. Ce qu’il voulait éviter surtout, c’étaient les empiètements du clergé sur les pouvoirs de l’Etat. Il voulait bien voir le prêtre à l’autel, et il l’y voyait volontiers, mais il ne voulait pas que son influence sorte de l’église. Nous en avons les preuves dans sa conduite vis-à-vis de l'instruction publique. Il n’admettait pas que l’on fasse des frères de la Doctrine chrétienne, des instituteurs privilégiés. |

$S 5. — RoyER-COLLARD ET LA LÉGITIMITÉ

Si de la religion nous passons à la politique, nous voyons que le grand fait qui domine toute sa conduite, c’est son amour pour la légitimité. Il le garda toujours vibrant au cœur, et quand la légi-

timité dispart, il jugea son rôle fini ; il était à la Chambre de Lonis-Philippe, presque un des seuls survivants d’un monde disparu, il paraissait être un homme d’un autre âge, et son cœur souffrait d’avoir vu la ruine de ses espérances. Quand il eut à attaquer le, système suivi par Louis XVIIT dans ses dernières années et par Charles X, il le faisait pour le plus grand bien de la Monarchie, et ses différences de vues avec le Roi ne l’empéchaient pas de rester fort attaché à la Royauté. Barante nous dit de lui qu'il ne fut «€ jamais plus attaché à la Monarchie légitime, que quand il avait à lutter contre le Roi pour l'arrêter au bord de l’abîme ». ;

Il aimait la légitimité et il la voulait libérale. «Il n'avait de vocation libérale qu'avec la légitimité. » Il voulait des libertés, quoiqu'il les restreignit parfois fort volontiers, nous le verrons plus loin. Il n’est rien qu’il redoute plus que les abus de pouvoir. Il ne veut à aucun prix de la tyrannie, et de quelque tyrannie que ce soit. Il est ennemi des abus, de tous les abus ; il craint de tomber dans les exagérations des partis en présence, et il garde toujours son amour du « juste milleu ». Mais s’il a des tendances moyennes en tout comme idées, il n’en est pas de même pour les moyens à employer. Il veut le triomphe de ses idées, avec toute la force de sa volonté ; et pour les: faire triompher, il ne eraindra pas parfois d’user de moyens violents ; ainsi, nous verrons qu'il

accepte asséz facilement des restrictions momentanées à la liberté individuelle et à la liberté de la presse.

… C'était d’ailleurs le fond de son caractère d’être autoritaire ; 1l s’irritait de toute entrave dans la marche de ses idées, il était « d’un caractère fâcheux » (1). Sa sévérité était connue ; il se van-

tait d’avoir fait pleurer Jouffroy. Quand il avait

l’occasion de fouailler, de sa parole, ses adver-

saires politiques, il n’y manquait pas, et il est. à regretter que le discours qu’il prononça à propos du procès du Journal du Commerce, soit trop long pour être cité ici. C’est un modèle de moquerie fine, d'ironie cinglante. Duvergier de Hauranne le rapproche et à juste titre, des Provinciales ; c’est un grand honneur mais il est mérité.

IT est facile de comprendre combien d’ennemis son autorité, sa sévérité, son ironie, lui avaient. créés ; aussi fut-1l maintes fois vigoureusement attaqué. |

Dans un pamphlet violent que nous avons sous les YEUX, intitulé: « Du système des doctrinaires », on le traite, lui et ses amis, de « parjures » à la liberté et à leurs doctrines (2), & aristocrates qui se disent libéraux, libéraux pleins d’insolence, aristocrates remplis de bassesse, charlatans qui ont le mensonge dans la bouche, et l’affectation dans

(1) Birante, Souvenirs, Il, 382.

(2) Malebouche, Du système «des Doctrinaires, T,

le style, gens à projets qui voudraient s’élancer et sont cloués à leur place par la puissance du vide et de la peur » ({): On voit toute l'injustice d’une pareille œuvre de haine. Ce sont des attaques qu'il vaut mieux laisser dans l’ombre, n’étant pas dignes d’être exposées au grand jour.

Montlosier est moins haineux et moins violent ; néanmoins, dans « De’ la Monarchie Française au 1% mars 1822 », il attaque Royer-Collard et son « galimatias » (2). Mais. c’est uniquement parce que opposé à ses doctrines, et s’il est adversaire, il est au moins adversaire loyal.

S 6. = Méruope DE RoYErR- COLLARD

Si nous devons nous permettre, avant de commencer l’étude des idées de Royer-Coliard, une critique à sa méthode, nous devons dire que chez lui on trouve trop d’idées préconçues ; il est catholique et légitimiste apriort ; il a un idéal qu'il cherche à faire triombher en élaborant ses doctrines ; l’idéal ne provient pas chez lui du raisonnement, mais il édifie son raisonnement pour justifier son idéal. Nous lui reprocherons de n’avoir pas fait table rase de ses idées préconçues. Pour faire véritablement œuvre de science, il aurait dû

(1) Malchouche. Du système des Daclrinaires, 11. (2) Montlosier, De la Monarchie française, 97.

user du doute cartésien, il ne l’a pas fait, c’est regrettable ; sa doctrine perd, de ce fait, beaucoup de sa valeur scientifique. On sent trop qu’elle était faite pour les besoins de la cause, non pour le seul but de la science.

[l appartenait à un publiciste contemporain, et au plus remarquable d’entre eux, j’ai nommé M. Duguit, de reprendre les théories de Royer-Collard, de les réédifier sur des bases solides et d’en faire une œuvre de science forte et durable. Au fur et à mesure de cette étude, nous indiquerons les nombreux points de ressemblance qui existent’. entre les deux doctrines.

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