Connaissance de Dieu et ie soi même
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est lui-môme un Être intelligent, conscient, libre et personnel^ puisque autrement il y aurait dans VeGei ce qui n'est pas dans la cause, par conséquent, ce qui est impossible, un effet san^i cause. Intelligent et libre, en même temps que parfait et infini, il possède la raison, la science, la puissance et tous les attributs de la personnalité dans la mesure de l'infini. Il est donc, en toute rigueur démonstrative , la Raison première , réelle et substantielle de toute raison ; la Cause première, réelle et substantielle de toutes les autres causes ; l'Être premier et parfait, principe réel et subtantiel de tous les êtres. Il est donc la réalité la plus haute, l'évidence la plus rationnelle, la certitude la plus inébranlable. Il est, en un mot, le suprême axiome de la science. Voilà Dieu ! Et voilà ce que les sophistes du temps appellent une vaine hypothèse I Voilà ce que leur fanatisme impie voudrait arracher de la conscience de Thumanité ! Voilà ce que leur dialectique mutilée et renversée se flatte de rayer de la langue même des hommes !
Non, ce qui existe de toute nécessité ; ce sans quoi rien n'existerait ; ce qui est la base logique de toutes les idées et de tous les principes, la base réelle de tous
les faits, de toutes les lois et de toutes les existences ; ce qui est la donnée nécessaire, et en quelque sorte mathématique, de Tiiiduction la plus rigoureuse et la plus précise ; ce qui resplendit de tout l'éclat de l'évidence axiomatique et rationnelle, cela, n'en déplaise à
nos nouveaux docteurs, n'est pas une hypothèse, mais la Réalité la plus concrète, la plus positive, la plus certaine. Quand, en présence d'une pyramide de l'Egypte, d'un vieux temple d'Athènes, d'un arc de triomphe de Rome; quand en face d'une toile de Raphaël, d'une statue de Michel-Ange, de l'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, ou de la cathédrale elle-même ; quand a la vue d'une locomotive qui vole sur ses rails, d'un vaisseau qui fend les flots, que dis-je? d'une simple montre que je tiens dans ma main, d'un simple soc de charrue que je vois tracer un sillon, quand alors je me dis : Cela n'est pas né du hasard ; cela ne s'est fait pas de soi-même ; une intelligence a passé par là pour concevoir ce plan, pour former ce dessin, pour établir ces combinaisons ; une volonté a passé par là pour les réaliser ; cette intelligence a eu conscience d'elle-même, conscience de son acte, conscience de la fin qu'elle voulait atteindre ; cette volonté n'était pas aveugle, elle savait où elle allait, — alors, certes, je ne rêve pas une abstraction, je n'imagine pas une hypothèse; j'affirme un fait positif et certain ; j'énonce une évidence éclatante et absolue. En affirmant cette intelligence, cette volonté, cette conscience, je suis certain de ne pas me tromper ; j'en suis tout aussi fermement assuré que de ma propre existence.
Eh bien, je ne le serai pas moins, si j'applique ce même procédé à l'art de la nature. Quand je considère
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ce vaste mécanisme de l'univers, ce cours harmonieux des globes célestes, cette proportion parfaite de leurs masses, de leurs distances et de leurs vitesses ; ces rouages infinis de lensemble des choses, cette perfection, ce rapport précis, cette finalité adéquate de ces rouages et de leurs combinaisons ; quand j'étudie l'immense hiérarchie des organismes animés, le lien qui les unit, la différence qui les sépare, la gradation qui les échelonne, le milieu où ils vivent, la fin de conservation individuelle et de propagation spécifique qu'ils poursuivent, les instruments dont ils disposent, la proportion mathématiquement précise, avec laquelle ces instruments s'adaptent au milieu et à la fin de chacun; — quand j'examine surtout l'organisme humain, Tart presque infini de ses appareils de nutrition et de perception, la savante disposition de leurs moindres détails, la corrélation étroite de chaque organe et de ses fonctions, la subordination harmonieuse de la série des fonctions et des organes, le nœud qui les relie, le concours qu'ils se prêtent, l'échelle suivant
laquelle ils se groupent et se soutiennent ; — bien plus, quand je vois, quand je touche en quelque sorte des mains, l'intention évidente, le dessein marqué , la finalité palpable qui a présidé à la structure du système osseux, de l'appareil ganglionnaire, sensitif et locomoteur ; finalité empreinte, si j'ose le dire, en traits saisissants, dans l'œil que
j'ouvre pour voir, dans la langue que je remue pour
parler, dans le pied que je meus pour marcher, dans la main que j'emploie pour les fonctions les plus diverses, bref, dans le moindre des organes de mon corps ; quand ensuite j'analyse le mécanisme plus admirable encore de mon âme, de mon esprit, de ma raison, le ressort de mes facultés, leurs procédés et leurs lois, la correspondance de ces mêmes facultés avec le corps, avec mes semblables, avec le monde, avec Dieu; quand dans Thomme tout entier, je vois tout adapté,
disposé, coordonné avec une prévoyance et une sagesse qui confondent, pour qu'il puisse atteindre, à la fois , la fin complexe de sa vie physique, intellectuelle , morale , religieuse et sociale ; — quand je vois ce môme prodige de combinaison se reproduire partout, dans les phénomènes de la dernière grandeur comme de la dernière petitesse, à tous les dégrés de l'incommensurable création, et réaliser, si je puis le dire, dans la merveille de l'ensemble, une infinité de merveilles infinies ; quand, à la vue de ces œuvres, au prix desquelles les créations les plus admirées du génie, de l'art, de l'industrie humaine, ne sont que d'informes essais, des ébauches grossières, disons le mot, de vrais jouets d'enfants, oui, quand alors je me dis : Ceci n'est pas un jeu du hasard, un caprice du sort, le résultat fortuit d'une agrégation de molécules inorganiques, inconscientes, inertes, asservies au joug d'une nécessité fatale ; ici a passé une Intelligence puissante qui a
conçu le plan, la fin, les moyens, les proportions, les rapports de structure et d'intention, de moteurs et de mouvements de cette prodigieuse nlachine ; ici a passé une Volonté non moins puissante qui a exécuté ce plan et réalisé ces rapports ; et cette Intelligence a eu conscience de son but, de son acte et d'elle-même ; cette Volonté était éclairée par l'intelligence dont elle a réalisé le vaste et profond dessein, et l'ouvrier d'une telle œuvre savait ce qu'il faisait — ah î certes, alors aussi, pas plus que dans le premier cas, je n'invente une abstraction, je n'imagine une hypothèse. Une abstraction ne produit pas des réalités. Des effets réels veulent une cause réelle. J'affirme donc une vérité absolument positive et certaine. Dans les deux cas, les prémisses sont les mêmes. Je me trompe, elles sont incomparablement plus fortes dans le second que dans le premier, par la raison, que le mécanisme de toutes les parties de l'univers est incomparablement plus merveilleux que ne le sont toutes les œuvres de l'homme. Dans les deux cas, c'est donc la même induction rigoureuse, la même nécessité logique, la même force de démonstration.
Or, nous l'avons vu, la conclusion du premier argument est l'évidence même, évidence absolue, souveraine, qui n'admet ni doute, ni contestation. La conclusion du second sera donc d'une évidence également souveraine, et je suis en droit de me dire tout aussi certain de l'existence d'un Dieu créateur, intelligent, cons-
cient, personnel, antérieur et supérieur à la création, partant distinct de son œuvre, que je suis certain de ma propre existence. S'il en était qui s'élevassent contre cette double évidence des faits et des principes, de l'expérience et de la raison, il faudrait certes les plaindre. Mieux que tous nos discours, ils prouveraient à quel point l'habitude du sophisme peut anéantir les derniers éléments de toute logique et de toute certitude. Oui, il existe une parenté si intime, un lien si indissoluble entre Dieu et la raison ; l'être absolu et parfait est tellement l'objet propre, la certitude fondamentale de notre entendement, que par là seul nous différons de la brute qui s'agite ou rampe à nos pieds. Bornée au fait sensible et matériel, elle reste éternellement étrangère à la connaissance de l'absolu, de l'éternel, de l'immuable. Le domaine de la matière est l'unique horizon de son intelligence ou de son instinct. Or, tel est le renversement logique des théoriciens du positivisme, telle est l'humiliante tendance de leur système, quils admettent l'objet du sens animal et nient l'objet de la raison. Ce que voit l'animal, est, à leurs yeux, l'unique réalité ; ce qu'aperçoit la raison, n'est qu'une illusion et une chimère. Le relatif, qui se révèle aux sens de la brute, est tout l'être. L'absolu qui s'impose au regard de la raison, n'est qu'une fiction mensongère et trompeuse. Le monde du sens animal résume toute existence et toute vérité. Le monde de la raison n'est qu'une illusion et un sophisme. C'est le privilège
de l'animal de saisir la réalité ; c'est le privilège de la raison ou de l'homme, de ne voir que des ombres et des fantômes. Qui ne voit que c'est là le découronnement même de l'homme, et la dégradation de son intelligence jusqu'au niveau de la brute ?
Il est vrai que les positivistes daignent accorder à l'homme la faculté de réfléchir et d'abstraire des notions générales, et cette faculté, ils la décorent du nom déraison. Le réel, le relatif, le fini étant donnés, la raison, disent-ils, en abstrait l'idéal, l'absolu, l'infini. Voilà l'origine de ce que vous appelez Dieu. C'est une pure abstraction. De cette façon tout se concilie. Nous gardons le réel et nous vous laissons le chimérique. — Ah ! vraiment, vous trouvez donc qu'une abstraction, c'est-à-dire, un vrai néant d'existence suffirait à expliquer le mécanisme des mondes ? A ce compte, je ne vois pas pourquoi des abstractions ne suffiraient pas à créer nos machines à vapeur, nos télégraphes, et tant d'autres merveilles enfantées par le génie humain. Mais encore faut-il s'entendre sur le sens des mots. Qu'est-ce qu'abstraire sinon détacher d'un objet et considérer séparément une qualité qui y est contenue. Cela étant, comment pouvez-vous abstraire ou détacher d'une donnée quelconque ce qui n'y est pas? Comment pourrez-vous abstraire l'absolu du relatif, le nécessaire de ce qui est contingent, l'infini de c^ qui est fini? Pour l'en détacher il faudrait évidemment que l'absolu fût contenu, comme qualité
intégrante, dans le relatif, le nécessaire dans le contingent, rinftni dans le fini. Or, cela n'est pas, et ne saurait être. Autant vaudrait chercher l'être dans le néant et puiser l'océan dans une goutte d'eau. L'idée de l'Infini, de l'absolu, du parfait n'est donc pas et ne peut jamais être le résultat d'une abstraction.
D'où nous vient donc cette grande idée de l'Infini, règle et lumière de toutes nos idées? Vient-elle du néant? Mais le néant est éternellement infécond ; que pourrait-il produire ? Vient-elle de nous-mêmes, êtres contingents et finis, ou vient-elle de l'univers, vaste assemblage d'êtres finis et contingents comme nous? Mais comment le fini pourrait-il voir l'Infini dans le fini ? Comment le fini pourrait-il, sans une contradiction monstrueuse, produire l'Infini ? L'Infini seul peut donc donner à l'entendement l'idée de l'Infini. Dieu seul peut faire briller dans notre raison un reflet de Dieu. Ou plutôt notre raison elle-même, qu'est-elle autre chose, sinon le reflet de Dieu dans notre esprit ? Refulgentia divini luminis in mente nostrd, comme dit l'Ange de l'École. Elle est l'image de Dieu, comme les perceptions des sens sont l'image des objets sensibles qui nous entourent. Si le monde matériel et fini n'était pas une réalité, pourrions-nous avoir la perception du monde ? Et si le Dieu parfait et infini n'était pas une réalité, pourrions-nous avoir l'idée de Dieu ? Voir le rien et ne rien voir, cest tout un, a dit un grand philosophe. Gomment donc dans l'hypothèse de
ces étranges docteurs, comment le néant de Dieu nous donnerait-il l'idée nécessaire, fatale, inévitable de Dieu ? Gomment le néant nous imposerait- il l'irrémédiable illusion de la plus parfaite réalité ?
Il faut donc renoncer à tous les principes de la logique, ou admettre que la Réalité la plus haute peut seule nous donner l'idée de cette réalité. Il faut sacrifier la raison et le raisonnement, ou proclamer à haute voix que Dieu seul a pu mettre l'idée de Dieu, comme une empreinte ineffaçable, au fond de notre raison. Oui, de deux choses l'une : ou le néant peut créer en nous la vérité éternelle et nécessaire, lumière, type et mesure de toute vérité ; ou bien, l'idée que nous avons de la vérité éternelle, infinie, immuable et nécessaire , est gravée en nous par la Vérité étemelle et substantielle, c'està-dire, par Dieu lui-même. Or, le premier cas serait la formule rigoureuse de l'absurde. Reste donc que l'idée de Dieu est gravée dans notre entendement par Dieu, comme l'image du soleil ou de toute autre réalité est imprimée dans notre œil, par la présence ou l'énergie substantielle de cette réalité. Dire, dès lors, comme le font les positivistes, que Dieu n'est qu'une hypothèse et que l'idée dci Dieu n'est qu'une abstraction f qu'est-ce sinon un de ces non -sens sonores qui impliquent Tapostasie de tous les principes et le suicide même de la raison ?
Dieu ne serait qu'une hypothèse ou une abstraction !
128 LKS DOCTRINES POSITIVISTES
Le néant de Dieu serait seul notre père, notre loi, notre espérance et notre suprême rémunérateur ! Et la prière qui s'élève des lèvres tremblantes de tout homme ; et la foi qui courbe l'humanité de tous les temps devant les symboles de la majesté divine ; et les lois éternelles de la morale qui retentissent, sans que rien puisse les abolir, au fond de toutes les consciences ; et les législations immortelles qui ' se sont abritées, partout et toujours, sous le nom sacré de Dieu ; et les magistratures vénérées qui, au nom de la justice étemelle, ont frappé le crime insolent et vengé la vertu outragée; et les souverainetés glorieuses, qui, sous la mitre du pontife comme sous la couronne des rois, ont emprunté leur prestige et leur autorité, à l'autorité de celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires ^ ; et la flamme divine de rhéroïsme, de l'abnégation du sacrifice ; les saints transports du patriotisme et de l'humanité ; la conscience invincible de la liberté de nos âmes ; l'inviolabilité de nos droits ; la responsabilité de nos actes; les élans de la piété ; les inspirations de la poésie ; les obstinations de Tespérance et les consolations célestes de la douleur ; le mépris du plaisir et de la souffrance, de la vie et de la mort; le sublime dédain de tout ce qui passe et l'amour inénarrable de ce qui ne passe point ; tout ce qui nous arrache aux bassesses de l'égoïsme ; tout ce qui nous élève au dessus de la pous«
i. BossusTy Oraison funèbre de la reine dCAngUterre*
sière ; tout ce qui donne du prix à la vie, un ressort à la vertu, des ailes à notre pensée, un but à notre existence, une solution à l'énigme de notre passé et de notre avenir; tout ce qui peut mettre un frein aux ruses de la cupidité, aux débordements de la licence, aux attentats de la force, aux insolences de la fortune, aux fureurs de la tyrannie, — tout ceci ne serait qu'une contradiction vivante, un éternel sophisme ! Tout ceci ne serait, depuis six mille ans, que le produit d'une illusion, la réalité d'un mensonge, le résultat forcé d'une incorrigible déraison I Tout ceci serait la génération universelle, perpétuelle et nécessaire, d'une incompréhensible erreur, ou pour parler plus exactement, d'un incompréhensible néant !
Quoi ! éternels jouets d'un rêve éternel, misérables victimes de la fatalité, poussés et repoussés en tout sens, comme une vile écume, dédaigneusement brisée par le caprice des flots, nous serions tombés à cet excès d'indigence et de mépris, d'être rivés par notre raison, par notre conscience, par nos mœurs, par nos lois, par nos institutions, par toutes nos espérances et tous nos souvenirs, par tous nos instincts de vérité, de grandeur, de perfection, que dis-je? par toutes les fibres de notre existence, par tous les battements de notre cœur, au plus grossier des paralogismes, au plus insensé des rêves, à la plus niaise des absurdités ! L'humanité, prise dans son ensemble, ne serait, dans ses manifestations les plus élevées, dans ses
œuvres les plus saintes, qu'un prodige d'hallucination, une perpétuelle et incorrigible aberration ! Ah ! rendons grâce à Dieu d'avoir entouré sa majesté de l'éclat d'une telle évidence, et d'avoir voulu que la ruine de toute croyance dans l'âme fût, en même temps, la ruine de tout principe et de toute logique dans la raison! Résumons. Le principe du positivisme se réduit à la négation de tous les principes. Son procédé est la contradiction de tous les procédés de la raison : son empirisme systématique, une pure impossibilité ; sa conséquence logique et avouée, la négation de Dieu, de la liberté,, de l'immortalité ; son résultat direct, la ruine de tout ordre religieux et moral. Il repousse Y absolu et prétend le retrouver dans Vatome, Il proscrit l'hypothèse, et sa théorie sur la formation automatique de J'univers et de l'humanité n'offre qu'une série d'hypothèses bizarres et gratuites. D'un autre côté, Dieu qu'il écarte comme une hypothèse^ s'impose à la raison comme la plus mathématique des certitudes. L'idée divine qu'il dédaigne comme une pure abstraciiany correspond à la plus parfaite des réalités. Ce qu'il met au ban de la science se trouve donc être la vérité la plus positive, et ce qu'il décore fastueusement du nom de science positive, s'évanouit, en dernière analyse, dans une immense négation. Faut-il s'étonner qu'appuyé sur une logique si péremptoire, le Positivisme, fort de luimême, réclame si impérieusement l'admiration des contemporains et s'arroge d'avance la royauté de l'avenir ?
Non, grâce à Dieu, ce code de la contradiction n'est pas encore devenu et ne deviendra jamais la foi de l'humanité. Dieu ne s'est pas désarmé à ce point dans la raison et dans le cœur de ses enfants. S'il a écrit son nom trois fois saint au front du firmament et dans le brin d'herbe de la vallée, au frontispice des temples et dans le sanctuaire des lois, dans les annales de la nature et dans celles de l'humanité, il l'a imprimé bien plus profondément encore dans les idées nécessaires et dans les principes éternels de notre raison, et c'est parce qu'il en porte lui-même les inébranlables assises, qu'il trouve dans le bon sens des peuples, ou pour mieux dire, dans la raison droite et spontanée de l'humanité, un rempart invincible à tous les efforts du doute et de la négation.
Oui, tous les courants de la pensée, toutes les lois de la logique, toutes les évidences du raisonnement sont une révélation de Dieu, un indice de sa mystérieuse présence, une marque de son action incessante et universelle, un effet de sa perpétuelle création. Les défaillances de la négation , comme la force interne de l'affirmation ; l'angoisse du vide créé par l'absence de Dieu, comme l'extase de la possession ; les remords du crime, comme les saintes joies de la vertu; l'anarchie qui règne là où n'est pas Dieu, comme l'ordre qu'il réalise dans les cœurs qui l'adorent et qui l'aiment ; en un mot, la vérité et l'erreur, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, le
132 LES DOCTHINES POSITIVISTES
ciel et la terre, la vie et la mort, tout atteste, à sa manière, Texistence d'une Puissance, d'une Intelligence, d'une Justice, d'une Raison, d'une Pensée, d'une Conscience, d'une Liberté, infiniment supérieures à tout ce que nous voyons dans les attributs de la matière, dans les facultés de l'homme, dans toutes les propriétés et toutes les énergies du monde visible.
Dieu garde donc, si j'ose le dire, toutes les avenues et toutes les issues du labyrinthe de notre pensée. Quoi que nous fassions, quoi que nous disions, où que nous allions, nous rencontrons Dieu. La toute-puissance logique de l'idée divine enveloppe et pénètre, de son impalpable réseau, tous les plis et replis de notre pensée, comme la toute-puissance substantielle de l'essence divine enveloppe et pénètre, du soufQe immatériel de sa vie, tous les éléments et toutes les énergies de notre être. De même qu'elle s'est imposée à la foi du passé, elle s'imposera à la foi de l'avenir. En vain, quelques aveugles s'obstineront à nier la lumière. Le soleil d'où elle émane, continuera de luire à nos regards et l'humanité continuera de croire au soleil. Les menaces de l'athéisme n'y peuvent rien. Dieu a voulu que la lumière soit et la lumière fut. Que les positivistes en prennent donc leur parti. Ils peuvent bien
nier la lumière ; ils essaieraient en vain de l'éteindre. Il leur est loisible de s'aveugler ; mais il ne leur est pas donné d'arracher les yeux du jienre humain. Ils attendent, disent-ils, la réponse de l'avenir. Vaine illu-
sien de l'impaissance et de Torgueil. Cette réponse, nous la savons d'avance. Nous savons que les flots de la mer se brisent éternellement contre le rempart de ses rivages, et que les positivistes, pas plus que les premiers défenseurs de l'athéisme, ne pourront rien , absolument rien, contre l'invincible force des choses.