MoNTESQuuu, Esprit desloU, Liv. Le
Qu'est-ce donc que le Positivisme ? C'est, M. Littré nous rapprend, une classification^ ou, si vous le préférez, une nomenclature scientifique, un simple bureau d'enregistrement à l'usage des savants. M. Littré, il est vrai, veut y voir, à tout prix, le type parfait et définitif de la Religion et de la philosophie. Heureuse foi du disciple de M. Comte, qui s'imagine pieusementqu'un amphithéâtre d'anatomie peut passer pour une cathédrale, et que le fourneau d'un chimiste ne difi%re en rien d'un autel !
Le positivisme authentique et officiel n'est donc qu'une nomenclature scientifique. Il n*est ni une philosophie, ni une religion. M. Littré et ses disciples le sentent si bien, qu'ils mettent au rebut leur formule de parade, trahissent à tout moment leur premier principe, et construisent une métaphysique à leur façon, en rajeunissant les hypothèses les plus caduques du matérialisme des anciens temps, pour leur demander, eux aussi, cette explication des causes premières et des causes finales, qu'ils rejetaient tantôt avec un si présomptueux dédain. Le nom et la formule du système sont donc un pur mensonge, une étiquette de contrefaçon, un masque illusoire qui doit en imposer aux esprits crédules. Percez le masque ; allez au fond de la doctrine, et vous y trouverez, nous l'avons déjà fait remarquer, cette bizarre et audacieuse métaphysique, stigmatisée, dans l'histoire de la philosophie, sous
le nom de matérialisme cosmologique et anthro-
pologique, et sous cet autre plus significatif encore, d'Athéisme atomistique ou de Mai rialismo athée.
Pour s'en convaincre, qu'on inédite les déclarations suivantes des maîtres de la doctrine :
« Le dogme nouveau, dit M. Littré, montre que dans le monde tout obéit à des lois naturelles qu'on appellera, si l'on veut, les propriétés i m wianen/e-y des choses ^ »
« L'humanité, continue-t-il, a été régie dans son enfance et dans sa jeunesse par les lois de la transcendance. Elle le sera, dans sa maturité, par les lois de [immanence, » Or « la transcendance , c'est la théologie ou la métaphysique^ expliquant l'univers par des causes qui sont en dehors de lui. L'immanence^ c'est la science expliquant l'univers par des causes qui sont en lui. » ^
Estrce clair ? M. Littré qui ne voulait rien expliquer se met en devoir de nous expliquer l'univers. Lui, qui ne sait rien des causes premières, il nous apprend, de science certaine, que ces causes ne sont pas hors de l'univers, mais cîa775 l'univers lui-même ; il sait que ces causes sont les propriétés immanentes des choses. Dans ses Paroles de philosophie positive^ il nous enseigne que ces propriétés résident originairement dans
1, Littré. Conservât, etc. XXV L