Ibid
croire, à quel point M. About tient à descendre de ces intéressants quadrumanes. Voudrait-il donc, à tout prix, faire partie de leur famille ? Quoi qu'il en soit, le certain, pour parler comme M. About, c'est que la matière inorganique lui suffit à expliquer l'organisation de la vie et du monde, et que son positivisme, comme celui de M. Littré, n'est, en dépit de ses réserves, qu'une solution métaphysique du problème des choses.
Cette solution peut paraître un peu légère comme tout ce qui tombe de la plume de M. About. Ainsi n'en va-til pas de M. Taine. Ce hardi réformateur de l'histoire philosophique et littéraire se plaît dans la profondeur. Qu'on en juge par ce qui va suivre :
a Si quelqu'un recueillait, dit-il, les trois ou quatre grandes idées où aboutissent nos sciences, et les trois ou quatre genres d'existence qui résument notre univers ; s'il comparait ces deux étranges quantités qu'on nomme la durée et l'étendue, ces principales formes ou déterminations de la quantité qu'on appelle les lois physiques, les types chimiques et les espèces vivantes, et cette merveilleuse puissance représentative qui est l'esprit ; s'il découvrait entre ces trois termes, la quantité pure, la quantité déterminée et la quantité supprimée, un ordre tel, que la première appelât la seconde, et la seconde la troisième ; s'il établissait ainsi que la quantité pure est le commencement nécessaire de la nature, et que la pensée est le terme extrême au-
quel la nature tout entière est suspendue ; si ensuite, isolant ces éléments de ces données, il montrait qu'ils doivent se combiner comme ils se sont combinés, et non autrement; s'il prouvait eu^nquHl n y a point d'autres éléments et qu'il 7ie peut y en avoir d'autres, il aurait esquissé une métaphysique, » ^
Comprenne qui pourra. Gela ne nous regarde point. Tout ce qui nous importe, c'est de constater que cet intrépide tenant du positivisme a cru devoir réhabiliter l'espace infini d'Anaximandre, et faire de cette lumineuse donnée le pivot de sa métaphysique et le principe générateur du monde '.
Bien que tout cela paraisse assez obscur, ne désespérons pas de comprendre. La science a des révéla teurs plus intelligibles que M. Taine, et M. Renan qui sait expliquer tant de choses, se chargera de nous raconter, à son tour, la genèse des mondes.
« Ne nions pas, dit-il solennellement, qu'il n'y ait des sciences de l'étemel, mais mettons-les bien nettement hoi's de toute réalité. Dans l'ordre de la réalité, ce que nous voyons, c'est un développement éche-