LES DOCTRINES POSITIVISTES ET LA THÉORIE DARWINIENNE
il choisit deux individus qui se distinguent par Tune ou l'autrede ces qualités.Gette qualité,ce caractère saillant, combiné et accumulé, pour ainsi dire, se retrouvera, à un degré supérieur,dans le produit de ce premier choix, En associant ce produit avec d'autres produits ana<> logues, leur caractère distinctif sera de plus en plus accentué. Que l'on continue ainsi pendant quelques générations ; qu'on ait soin de choisir toujours les individus qui réalisent le mieux le même type, et l'on aura créé, pour ainsi dire, une race de chevaux nouvelle. Qu'on applique la même méthode à d'autres espèces, et l'on obtiendra les mêmes résultats. Eh bien, cette méthode, c'est Vélectiaa ou la sélection artifir cielle. Cette méthode a servi de point de départ et de modèle à celle de M. Darwin. Cette méthode, en un mot, lui a révélé le procédé à* élection naturelley mis en usage, depuis des siècles, par le génie trop longtemps incompris des atomes.
Qu'à la place du cheval, en effet, l'on suppose, pour un instant, certaines molécules douées accidentellement de certains caractères analogues. Que ces mole- * cules,se rencontrant, s'associent et se combinent entre elles ; que les produits de cette première association se rencontrent et s'associent à leur tour; qu'elles persévèrent fidèlement, sans erreur et sans déviation, dans la pratique de leur système ; en d'autres termes qu'elles se combinent toujours avec les molécules, douées, par hasard, du même caractère, et l'on trou-
IGO LES DOCTRINES POSIimSTKS
vera, qu'à chaque nouvelle combinaison, ce caractère sera d'un relief plus saillant, d'une énergie plus profonde et mieux trempée. Ce qui n'était d'abord qu'une qualité fortuite^ un simple accident, finira par devenir le caractère indélébile d'un g'^nre ou le type permanent d'une espèce. Eh bien, ce que certaines molécules ont su produire dans une direction donnée, d'autres le réaliseront dans une direction différente. Les caractères primitifs iront se précisant, se ramifiant de plus en plus, et de la sorte, s'explique, sans l'intervention d'un plan ou d'une intelligence quelconque, la génération de toutes les espèces vivantes sur notre
globe.
S'il existait quelque doute sur Teflicacité du merveilleux éclectisme que savent si bien pratiquer les atomes, le second principe de M. Darwin, le principe de la concurrence vitale^ suffirait à le faire disparaître. En veut-on la preuve? Qu'on jette un regard sur la nature. Tous les êtres luttent pour subsister. Or, pour un nombre déterminé d'êtres, il n'y a qu'une quantité donnée de subsistances. De là, concurrence et conflit. Dans cette lutte, les faibles périront; les forts garderont le 'champ de bataille. Quelques individus d'une espèce animale, par exemple, auront acquis, grâce à la méthode d'élection, un poil plus long et plus touffu. Survient un changement de milieu, tel qu'un froid plus intense ou plus durable ; ceux qui se sont pourvus d'une meilleure fourrure se conserveront ; ceux qui
n'ont pas eu la chance ou l'adresse de se pourvoir succomberont au froid. De la sorte, les qualités ou les avantages acquis par Thérédité seront toujours appropriés aux milieiiXy où ils se maintiennent. Il y aura rapport ou harmonie entre les formes organiques, produites par Télection, et les conditions extérieures, déterminées par le changement des milieux. La nature, pour nous servir de Texpression de M. Renan, « sera comme un van qui ne laisse passer que ce qui a droit de vivre, c'est-à-dire, ce qui est harmonieux. » L'énigme sera résolue et Vatome aura suffi à expliquer toute réchelle des espèces organiques et tous les mystères de la vie.
Election naturelle et concurrence vitale, tel est donc, selon M. Dan^in, le double ressort du monde des êtres animés. Ainsi s'est réalisé, sans Tombre d'un plan, tout le plan de l'univers. Certaines molécules d'hydrogène et d'oxygène, d'azote et de carbone, pénétrées de chaleur ou d'électricité, se sont recherchées, choisies, unies et combinées de manière à produire on ne sait quel type primitif, doué de je ne sais quel caractère accidentel, qu'on est convenu plus tard d'appeler l'organisation. Armé de tous les organes nécessaires à sa nutrition, ce type originaire s'est dédoublé en deux éléments sexuels, désormais impérissables, doués de la faculté de reproduire et de multiplier indéfiniment la forme primitive , ainsi que la vie étrange, si extraordinairement engendrée et envelop-
péo dans cette ibrme. C'est beaucoup assurément ; mais ce n'est pas tout, et il s'agit de comprendre encore, comment, de ce rudiment primitif, est sortie cette prodigieuse variété d'espèces vivantes, qui peuplent, avec une si intarissable profusion, toute la surface de notre globe.
C'est ici qu'éclate, dans toute sa puissance, la merveille de la sélection naturelle pratiquée par les atomes. Comprenons donc que, sous l'influence variable du milieu ot ils se trouvaient placés, les éléments sexuels ont dû se modifier d'une certaine manière.Comprenons que cette modification fortuite est devenue un caractère accidentel des éléments générateurs ainsi modifiés. Comprenons que le caractère accidentel des facteurs de la vie a dû se combiner et se doubler dans les produits de la génération. Comprenons que l'élection naturelle a permis aux éléments, doués d'un certain caractère, de rencontrer toujours quelque élément pourvu d'un caractère analogue. Compre* nous que cette élection, bien qu'aveugle et inconsciente, n'a pas commis la faute d'unir, au hasard et pêle-mêle, des caractères différents, sans quoi elle n'eût fait que reproduire des variantes ou de simples nuances du type originaire, sans même réussir à produire un commencement, une ébauche, un rudiment de type nouveau. Comprenons qu'à l'instar de nos éleveurs, les atomes ont procédé, sans le savoir et sans le vouloir^ bienenWndu, avec une élection s«ivi9,
parfaitement harmonique et conséquente, puisque autrement elles auraient tourné, pendant des myriades de siècles, dans le cercle étroit du premier organisme, s'agitant toujours sans progresser jamais, défaisant le lendemain ce qu'elles avaient fait la Yeille,commençant, à leur façon, une toile de Pénélope qu*ils . ne terminaient jamais, produisant toujours ce qu'ils s'obstinent à produire depuis les quatre ou cinq mille ans que nous pouvons les observer, à savoir : des variétés circonscrites d'un même type ou d'une même espèce, jamais un seul type original, jamais une seule espèce nouvelle.
Mieux avisés que de nos jours, les atomes, cela est évident, n'ont pas pratiqué, dans les temps primordiaux, une sélection aussi inintelligente et aussi confuse. Du premier type végétal ou animal, ils ont su tirer, par une série de transformations logiques et graduelles, ces innombrables espèces de plantes ou d'animaux qui étonnent nos regards. Le type gêné* rateur, il est vrai, a péri ; la souche, mère de toutes les autres, a disparu. En revanche, les espèces «ont prospères, les rameaux vivent et se multiplient.La Flore et la Faune de notre terre sont créées, et ce sera pour longtemps.
Bi, dans ce long travail des atomes, il s'est rencontré des unions mal assorties, s'il en est résulté des pro<> duits faibles, des individus mal nés, des rétrogrades indignes de vivre, la concurrence vitale en aura eu
raison. Elle aura passé les générations par son crible. Les sourds, les aveugles, les bossus, les rachitiques,les éclopés , les hybrides , tous les pauvres , tous les faibles, tous les petits du monde végétal ou animal, n'auront pas trouvé de quoi vivre. La concurrence les aura exterminés ; ce qui aura survécu à l'immolation sera toujours d'accord avec le milieu qui l'entoure.
Avouons donc querintelligence,la science et l'étude; avouons que les spéculations sublimes et les profondes méditations du génie sont peu de chose, puisque, pour résoudre les difficultés les plus inextricables de la science, de l'art, de l'industrie, du calcul, les molécules de quatre ou cinq corps simples, pénétrées d'un peu de fluide impondérable, ont pu se passer de tout cela. Avouons aussi que l'ingrate humanité n'a pas eu pour les molécules toute la considération qu'elles méritent, et qu'il serait temps, ce semble, de faire valoir leurs droits, soit aux primes de nos comices agricoles, soit aux prix de l'Institut.
Nul, d'ailleurs, ne sera tenté de contester ces droits, s'il veut réfléchir seulement à tout ce qu'il a fallu de génie, de persévérance et d'infaillible sélection^ po\jr créer l'appareil optique le plus parfait que nous connaissions, je veux dire l'œil de l'homme : organe « admirablement construit, dit M. Darwin lui-même, pour admettre plus ou moins de lumière, pour ajuster le foyer des rayons visuels, pour en corriger l'aberration sphérique ou chromatique. » RappeloQ&-nous que les
molécules n'ont passé par aucune Faculté, qu'il leur serait difficile d'exhiber un diplôme, qu'elles ignorent absolument tout ce qui s'appelle plan, dessein, proportionnalité de la fin et des moyens, intention finale ou finalité. Ce serait donc une grave erreur et une ignorance profonde de s'imaginer que l'œil est organisé pour voir. Non, l'œil n'est pas fait pour voir, pas plus que le pied n'est fait pour marcher, ni la langue pour parler, ni l'oreille pour entendre, ni les appareils de nutrition, de circulation, de respiration et de locomotion, pour se nourrir, pour faire circuler le sang, pour respirer l'air, pour mouvoir les organes. Non, tout cela n'a été d'abord qu'un fait accidentel, une chance heureuse, une découverte imprévue des molécules. L'élection naturelle des premières ébauches moléculaires a perfectionné ces divers systèmes, et, sans rien sayoir, sans rien prévoir, sans rien vouloir, les molécules ont si bien réussi dans leur travail, qu'elles ont pipé, selon l'expression de Pascal, le genre humain tout entier, et l'ont jeté dans une si persistante hallucination que, depuis six mille ans, il s'entête à voir des myriades de chefs-d'œuvre, admirablement conçus, et encore plus admirablement organisés en vue d'une fin manifeste, là où la science positiviste n'a constaté, avec son puissant et infaillible scalpel, que des myriades de cas fortuits, de chances aveugles, d'heureux accidents.
Il est vrai que c'est à s'y tromper, et il ne faut rien
moins que la finesse et la pénétration d'un savant de cette École, pour nous faire comprendre enfin , en un langage intelligible, que les montres ne sont pas faites pour marquer le temps, ni les chemins de fer pour transporter les voyageurs, ni les télégraphes pour transmettre les dépêches, ni les sclfaciings pour filer du colon, ni les vaisseaux pour passer les mers, ni les maisons pour y loger, ni rien enfin de ce qui sert à notre usage pour l'usage que nous en faisons. Non, toutes ces idées ont fait leur temps. La science posi^ tiviste y a mis bon ordre. 11 est entendu désormais que l'instrument le plus parfait, que l'appareil le plus délicatel le plus précis, que le mécanisme le plus vaste, le plus savant, le plus sûr, bref, que les moyens les mieux appropriés à un but, les plus ingénieusement proportionnés à une fin, les plus mathématiquement adaptés et disposés en vue d'un résultat, ne supposent absolument aucune intelligence, aucun plan, aucune intention de but, aucune combinaison de moyens, et que, joignant l'exemple à leur théorie, les maîtres du positivisme ni ne formulent leurs doctrines pour les faire comprendre, ni n'écrivent leurs livres pour trouver des lecteurs.
Veut-on un exemple? Qu'on se figure les difficultés que l'élection naturelle avait à surmonter pour construire l'œil de l'homme. Pour y aboutir, il a fallu traverser la gradation de toutes les formes de l'œil. Du système des nerfs optiques ou des simples points ocu-
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lairesy il a fallu passer à celui des yeux à facettes, composés d'une infinité de cônes transparents qui ne transmettent la lumière à la membrane visuelle que dans le sens de leur axe, ainsi que cela se voi tâchez les crustacés et les insectes. Puis, du système des yeux coniques, il a fallu s'élever à celui des yeux à lentilles, qui ont la propriété de faire converger les rayons lumineux sur la rétine. Dans le premier système, nul appareil visuel ; dans le second, un appareil isolateur ; dans le troisième, un appareil convergent; mais tous les deux parfaitement conformes aux lois de Toptique.
Gomment s'est opéré le passage du simple point oculaire à ces appareils si compliqués dont Newton disait : a Celui qui a créé Vœil pouvaitril ne pas connaître les lois de l'optique? » M. Darwin, lui, n'est pas aussi difficile. Ne trouvant aucun degré intermédiaire entre le simple nerf optique et les deux autres systèmes, il a recours aux hj'pothèses. « 11 faut nous représenter, dit-il, un nerf sensible à la lumière derrière une épaisse coucbe de tissus transparents renfermant des espaces pleins de liquides ; puis nous supposerons que chaque partie de cette coucbe transparente change continuellement et lentement de densitéy de manière à se séparer en couches partielles, distinctes par la densité et l'épaisseur, h différentes distances les unes des autres, et dont les surfaces changent lentement de formes. » C'est-à-dire qu'il
faut supposer un nerf sensible à la lumière ; supposer une couche de tissus ; supposer ces tissus transparents; supposer le nerf derrière les tissus ; supposer que ces tissus changent de densité ; supposer qu'ils se séparent en couches partielles ; supposer que ces couches sont à différentes distances les unes des autres ; supposer enfin que leurs surfaces changent de formes. Moyennant ces suppositions et ces rencontres, Ton s'explique sans peine, comment, le nerf optique étant donné, l'œil a dû sortir un jour, comme un instrument de précision, de la fabrique des atomes. Ce procédé, il est vrai, ne donne que l'œil à lentille. Resterait à connaître le procédé qui le transforme en œil à facettes coniques. M, Darwin n'a pas cru devoir l'indiquer ; les atomes, non plus. Au fait, sont-ils tenus de livrer tous leurs secrets ? Qu'il nous suffise de constater, par ce seul échantillon, comment ils s'y prennent d'habitude pour semer, comme en se jouant, sur tous les points de l'espace et du temps, leurs merveilleux produits.
Dirons-nous maintenant qu'en métamorphosant un seul organe d'un seul animal, les atomes ont soin d'entreprendre une métamorphose analogue pour tous les autres organes? Dirons-nous qu'en changeant une dent de ruminant en une dent de carnassier, ils ne manquent pas de modifier, du même coup, et dans le même sens, ses muscles, ses pieds, son appareil de nutrition, ses instincts, ses facultés ? Dirons-nous, en un mot, qu'à l'aide de la concurrence vitale^ ils réalisent, sur toute
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réchelle, cette corrélation harmonique des parties, dont Guvicr a trouvé la loi et dont il ne se lassait pas d'admirer la merveille ? A quoi bon insister sur tous ces détails ? L'univers tout entier n'est-il pas, depuis six mille ans, une exposition universelle des produits livrés par les atomes ? Cette exposition ne peut-elle pas lutter, à la rigueur, avec celles de Londres ou de Paris ? L'honneur de ces deux dernières elles-mêmes, ne revient-il pas, à le bien prendre, aux atomes ? Si les chefs-d'œuvre qu'elles étalaient étaient l'œuvre du génie humain, ce.génie, à son tour, ainsi que l'homme tout entier, n'est-il pas l'ouvrage des atomes ? N'est-ce pas de leur laboratoire qu'est sortie l'humanité avec ses lois, ses arts, ses sciences, ses mœurs, ses progrès, ses civilisations? N'est-ce pas à leur ^besoin de marche , h leur élection naturelle, à leur concurrence vitale », à leur industrie inconsciente, mais partout réussie, que nous devons tout cela ? Et n'est-ce pas une chose admirable de penser que la cornue d'un chimiste tient, à elle seule, le secret des mondes?
La science positiviste le déclare, ce sont les propriélés immanentes des atomes qui ont tout créé, depuis la plus imparfaite des molécules jusqu'au plus parfait des hommes. Inorganiques, ils ont créé son organisme; inanimés, ils ont créé son âme ; aveugles et inconscients, ils lui ont donné l'intelligence, la raison, la conscience ; soumis à l'empire de la fatalité, ils lui ont départi la liberté et la moralité ; inertes, s'il faut en
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croire la physique, ils ont été le ressort et l'instrument de tout progrès. Ce qui pense, ce qui veut, ce qui délibère et combine dans l'homme, ce sont les atomes. Ce sont eux qui ont fondé Tordre des sociétés humaines, comme ils ont constitué la hiérarchie des globes et des espèces vivantes. Ce sont eux qui ont révélé l'idéal du vrai et du beau, le secret du sublime et de l'infini, à l'orateur domptant les multitudes par la magie de sa parole ; au chantre inspiré redisant, comme une harpe d'Éolie, les voix mystérieuses du ciel et de la terre ; à l'artiste reproduisant sur le marbre, sur la toile, sur l'airain et jusque dans les vibrations fugitives de l'air, les formes immatérielles de l'éternelle beauté. Ce sont eux qui ont évoqué tour à tour ces civilisations puissantes que notre admiration
garde contre la double conspiration du temps et de l'oubli, et sur les ruines desquelles, après tant de siècles de silencieux ravages, plane encore, comme une vision surhumaine, la majesté du souvenir.
Ce sont quelquee corps simples, combinés sous l'influence d'un peu de calorique, qui expliquent toutes 'les manifestations du monde physique, intellectuel et moral, et l'énigme de l'univers, se simplifiant de plus en plus, se trouve être devenu un simple problème de chimie. On parle des intuitions du génie, des mer veilles de la pensée» du monde infini qui brille sur notre raison ; on parle de sagesse, de justice, de sublimes abnégations, d'héroïques vertus I Simples réac-
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lions chimiques, simple choc de quelques molécules d'hydrogène et d'oxygène, etc., dont la science trouvera la formule précise et qu'elle traduira un jour en équations algébriques. Léonidas mourant, aux Thermopyles, pour Sparte et ses saintes lois ; Codrus enchaînant à son trépas volontaire le destin d'Athènes et de la Grèce; le Romain des anciens temps immolant sa fortune, sa vie et ses plus invincibles affections à cette image sacrée qu'il appelait la patrie*; et, dans un ordre de choses plus élevé, l'apôtre d'un dogme éternel, s'arrachant à son pays, à son foyer, à sa propre faiblesse, pour porter, à travers toutes les fatigues, tous les dangers et tous les outrages, jusqu'aux conflns de la terre, le plus parfait des codes, appuyé sur la plus sublime des croyances ; le martyr de la foi, également invincible aux adulations et aux menaces de la tyrannie, plus heureux dans son crgastule que ses persécuteurs dans leurs palais, plus libre dans ses fers que les Césars sous leur diadème, plus souverain au milieu des instruments de supplice que les maîtres du monde traînant, à travers le pâle cortège de leurs esclaves, l'esclavage de leurs hontes et de leurs terreurs ; lutteur indomptable, qui entonne dans la mort l'hymne de la vie et de l'immortalité ; contempteur étrange de toutes les séductions et de toutes les tyrannies de la matière, et dont le dernier soupir retentit, de siècle en siècle, comme une protestation victorieuse de l'esprit contre la chair, du droit contre le fait, de
ridée contre la force, de la liberté contre la fatalité, de Timmortalité contre le néant; tout cela sera classé désormais parmi les propriétés immanentes de la molécule matérielle et des fluides qui la pénètrent ; tout cela figurera parmi les ditTérentes nuances de fermentation qui sont du ressort de la chimie organique. On parlera du génie des molécules et de la sainteté des atomes. Molécules ou atomes, peu importe, il sera démontré que tout en dérive, que tout y retourne, que toute réalité se résume dans ces deux mots, et que hors de là, il n'y a que des « idéalisations fictives ou des chimères, » * Ainsi le veut le progrès de la science. Avec un levier et un point d'appui, Archimède se chargeait de soulever le monde. Donnez des atomes à MM. Renan et ses amis, et moyennant le procédé Darwin, ils créeront les mondes.
Ainsi, tout s'explique naturellement. Dieu, comme le dit M. Littré, se trouve réduit à « un office purement nominal et surérogatoire », et c'est la gloire du positivisme de nous apprendre à nous passer de lui.
Avant de traduire ce système à la barre de la science dont il est justiciable, écartons les équivoques, et hâtons-nous de préciser le sens des mots.
Et, d'abord, qu'est-ce que cette élection naturelle avec laquelle, depuis quelques années, on se flatte si arrogamment de nous réduire au silence ? Examinons