LES DOCTRINES POSITIVISTES ET LES LOIS DE LA MORALE
les plus effrénés, c'est assurément la loi qui affirme une distinction absolue entre le bien et le mal, entre le juste et rinjuste ; la loi qui nous impose l'obligation ^solue de faire le bien et d'éviter le mal ; la loi gui reconnait un mérite intrinsèque, essentiel, inalié^* nable, à toute action moralement bonne, et imprime le stigmate d'un démérite ineffaçable à toute action immorale et honteuse ; la loi enûn qui établit un lien indissoluble entre la récompense et la vertu, entre le châtiment et le crime.
Demandez à n'importe quel homme, s'il faut ap* prouver, admirer, aimer la vérité ou le mensonge, la loyauté ou l'hypocrisie, la fidélité au serment ou le parjure, l'humanité ou la cruauté, l'abnégation ou régoYsme, la justice ou l'injustice, le respect de la propriété ou le vol, le respect de la vie ou le meurtre, le respect de ses parents ou le parricide, le respect de soimême ou le culte des basses^ jouissances, les saintes lois de l'honneur ou les détestables procédés de l'infamie, les généreuses inspirations du dévouement ou les calculs égoïstes de la tyrannie, le sacrifice de soimême aux autres ou le sacrifice des autres à soimême ; en un mot, les scélératesses qui peuplent nos bagnes ou les vertus que nous vénérons sur nos autels. Interrogez le témoignage des siècles et la voix de votre conscience. Consultez les méchants et les pervers euxmêmes; partout vous obtiendrez la môme réponse. Le crime, sans doute, restera le crime ; mais partout il
parlera le langage de la vertu, et nulle part, j'ose le dire, la loi de la conscience ne ra'apparaît plus éclatante et plus souveraine, que sur le masque" vengeur qu'elle impose, comme une protestation et comme un châtiment, à tous ceux qui lui prodiguent Toutrage de leur infidélité et de leur révolte.
Or, quelque effort que fassent les sectaires soit de l'athéisme positiviste^ soit de l'athéisme pantliéistiquey soit d'un athéisme quelconque ; en dépit de leurs dénégations et de leurs réticences, c^tte grande loi ,dont nous venons de parler, disparaît tout entière dans la logique de leurs systèmes. En effet, sans un Dieu personnel et libre, nulle liberté ; sans liberté, nulle obligation, nulle responsabilité morales ; sans liberté et sans responsabilité morales, nulle morale. On concevrait plus facilement un triangle sans ses trois côtés, qu'une seule de ces idées sans les deux autres. Un lien absolu les unit et il n*est donné qu'à la démence de s'insurger contre cette divine géométrie des faits et des vérités. Niez le Dieu personnel et vivant, le Dieu conscient et libre y le Dieu parfait et infini, et il ne reste que les forces aveugles, nécessitantes et nécessitées de la nature ; il ne reste que l'inexorable fatalité qui asservit à sa domination, soit la substance impersonnelle des panthéistes, soit les atomes primitifs du positivisme ; il ne reste que le mécanisme inflexible de la matière inorganique, ou le jeu automatique de la matière organisée. De ce moment, l'Âme n'est qu'une
résultante de la matière^, La volition n'est qu'un phénomène actif de V encéphale •. — L'acte libre n'est que le résultat de Vactivité prépondérante de telle ou telle des fonctions cérébrales autre que celle qui l'a EMPORTÉ '. — L'esprit est une machine aussi mathématiqy^ment construite qu'une montre. Vimpulsion donnée nous emporte ; nous allons irrésistiblement dans la voie tracée et l'automate spirituel qui fait notre être ne s'arrête plus que pour se briser *. — L'ancienne hypothèse de deux substances accolées pour former l'homme n'est vraie que si Con entend parler de deux ordres de phénomènes ; elle est fausse, si on l'entend d'un nouvel être..., venant s'adjoindre à Vembrym ' ? En un mot, les forces qui gouvernent Vhomme sont semblables à celles qui gouvernent la nature •.
Dès lors, plus de Dieu; plus de substance spirituelle; plus de volonté libre, et par conséquent, plus de loi absolue de la justice ; plus de législateur de Tordre moral ; plus de rémunérateur infaillible de la vertu ; plus de vengeur assuré du crime ; plus de sanction certaine et adéquate du bien et du mal. On me parle de
1. Hbnàn, De VÉcole spiritualiste, {Revue des Deux-Mondes ayril 1858.)