CHAPITRE Xin
LB POSITIVISME KT LES PRINCIPES DE l'ART.
Naiure du Beau. — lie Beau dans les objets. — Le Beau idéal.
— Principe du Beau. — L*arl. — Le génie artistique. — L'ar consiste- t-il dans la simple imitation ? — Réalisme. —Conséquences du réalisme. ~ L'art exige l'union du réel et de 1 idéal.
— L'art dans le temple de la nature — L'art dans le temple chrétien. — L'art, expression des idées et des mœurs d'un peuple et d'une époque. — L'art en Orient. — En Grèce. — A Rome.— Dans TEurope cbréiienne. — Dans les temps modernes.
— Le positivisme et l'an.
Aux trois facultés élémentaires de T^me correspondent trois idées primordiales, d'où dérivent toutes les autres, et qui sont autant de révélations distinctes de l'Etre absolu ou de Dieu. De même, en effet, que le Vrai est l'objet de l'entendement, le Bien, l'objet de la volonté, de même le- Beau se trouve dans un rapport intime et direct avec la sensibilité. Le Beau, dit Platon, avec sa simplicité et sa profondeur ordinaires, le Beau est la splendeur du Vrai. En d'autres jtermes, le Beau est le Vrai lui-même, revêtu d'une telle forme et brillant d'un tel éclat, qu'il ne se révèle pas uniquement à l'intelligence comme une idée, mais touche et ravit
le cœur, comme la forme ou la manifestation sensible
et, pour ainsi dire, vivante de l'idée. Il s'adresse donc à tout l'homme; il met en jeu nos facultés les plus puissantes. Il pénètre l'esprit de sa lumière et commande en même temps l'admiration et l'amour. De là l'émotion étrange et profoi|de qui nous saisit à la vue du Beau; de là le charme mystérieux qui nous attire à lui et nqus suspend, en quelque sorte, dans le ravissement d'une contemplation muette ou dans le transport d'un enthousiasme divin, à tout ce qui l'annonce ou le révèle.
Quel homme, en effet, ne subit ce charme vainqueur, quand il aperçoit les rayons de la beauté dans les merveilles sans nombre qu'offre à nos regards le spectacle de la nature? Ce soleil qui nou^ inonde de ses clartés, ces étoiles qui scintillent dans l'azur des cieux, ces campagnes qui, tour à tour, étalent toutes les parures du printemps et toutes les richesses de l'automne; ces créations infiniment variées qui manifestent, à tous les degrés de la nature vivante, la délicatesse et la puissance d'un art infini: et dans un ordre plus élevé, cette splendeur des idées, cet éclat des facultés de l'esprit, cette majesté de l'intelligence empreinte sur le front de l'homme, cette flamme du génie qui brille dans son regard; enfin cet immortel honneur do la vertu, ce spectacle des dévouements héroïques et des abnégations sublimes qui assurent le triomphe de l'être moral, quel homme peut les considérer, sans se sentir élevé au dessus de lui-même, sans éprouver l'émotion