‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 66 sur 135 · T I^ES PRINCIPES DE L'ART · texte numérisé non relu

T I^ES PRINCIPES DE L'ART

pénétraiile et déliciause d'une religieuse admiration 7 Quel bomiQç enfin ne connait le tressaillement, disons mieu^i la sainte terreur du mblime^ quand il lui est donné de voir, dans ces spectacles divers, un tel caractère de puissance et de grandeur, que les limites s'effacent, qu'un éclair de Dieu passe devant son regard, et que son esprit se perd et s'absorbe, ne fût-ce que pour un moment, dans les horizons de Tinfini ? Que ce soit l'immensité du désert ou la grande voix de la tempête, le calme et le tumulte de l'océan, ou bien ces profondeurs incommensurables des cieux dont le <r silence éternel », dit Pascal, nous effraie, toujours est-il qu'en face de tout ce qui porte la marque de rinfini, un sentiment singulièrement profond s'empare de nous, arrache nos âmes au^ préoccupations de la terre, et nous transporte, par un encliantement soudain, dans un monde plus grand et plus beau,

n y a donc un beau, un sublime réel qui se manifeste dans les œuvres de la nature aussi bien que dans la vie de l'humanité, dans l'ordre physique et sensible aussi bien que dans l'ordre intellectuel et moral. L'es^ prit le perçoit ; l'âme en a le sentiment. Partout nous en découvrons les rayons épars. Mais quelle est la source d'où émanent ces rayons ? Quel est le principe qui ramène h l'unité cette variété infinie de manifestations belles ou sublimes ? Où est la règle universelle et supérieure qui nous guide dans les jugements que nous portons sur la beauté ou la laideur des cbos^ ? D'où

vient que nous pouvons donner à nos jugements esthétiques, aussi bien qu'à nos jugements logiques et moraux, une valeur indépendante des circonstances, une valeur absolue et illimitée ? D'où vient que la beauté des choses ne suffit, ni à notre esprit, ni à notre cœur, et qu'au delà de toute œuvre belle, nous concevons une forme plus parfaite, qui non-seulement nous permet de distinguer les choses belles de celles qui ne le sont pas, mais encore nous met à même d'apprécier le degré de beauté qu'elles renferment et de signaler les imperfections qui les déparent ?

C'est qu'il existe un idéal de beauté, comme il existe un idéal de vérité, de justice et de vertu ; idéal étemel , parfait , immuable , type et exemplaire des choses créées, que l'esprit aperçoit dans les pures régions de l'intelligible et qui dpvient, dès qu'il est aperçu, la lumière de l'entendement, la règle et la mesure de nos jugements, le principe du génie critique ou artistique , toutes les fois qu'il s'agit d'apprécier ou de réaliser une œuvre qui se révèle au sens du beau. C'est cet idéal que contemplait Phidias, selon le mot de Cicéron, quand il sculptait la statue de Jupiter ou de Minerve ; c'est lui qu'il essayait de reproduire daAs ce marbre qu'il transformait en un immortel chef-d'œuvre. C'est lui qui est à la fois le premier principe et l'objet premier de l'intelligence artistique, et sans lui, rabaissée au rang d'un simple instinct, c'est en vain que l'esprit humain

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