LES DOCTRINES POSITIVISTES ET LEURS PREUVES. 31 S
ils, et les ont dépassés pour ne plus y revenir. Ce qu'ils écrivent, n'est pas pour nous ; ce que nous écrivons, n'est pas pour eux. Lreur logique n'est pas la nôtre * ». — Je le crois bien, et nous en avons eu des preuves. Cependant, quand on se donne la mission de détrôner la logique de l'humanité, la logique des siècles, l'universelle et étemelle logique de l'évidence, celle précisément que nous avons le malheur d'accepter comme la nôtre, c'est bien le moins, ce semble, de lui arracher ses titres et de démontrer, pièces en main, que ses axiomes ne sont que des sophismes, que son évidence n'est qu'un mirage, que sa perpétuelle souveraineté n'est qu'une perpétuelle usurpation C'est une rude entreprise, il est vrai, et nous concevons qu'il soit plus commode d'en finir par une simple fin de non-recevoir ou par le silence. Tout en admirant le procédé de ces nouveaux réformateurs de la logique, nous nous garderons bien de l'imiter et nous avons le préjugé de croire que, pour avoir raison d'un adversaire, il faut, avant tout, avoir raison de ses preuves.
Les considérations dont les positivistes appuient leur système sont empruntées tour à tour à la science, et à l'histoire. Nous les examinerons suivant cet ordre. Nous aurons ainsi la certitude de n'en omettre au cune de quelque valeur, et ce groupement môme
1. Voyez LiTTRÉ, Paroles de philos, pos. Havet, Revue des Deux-Mondes, l*' août 1863. Rbnan, Liberté de penser, i Ul, p. 464.
fera mieux ressortir Timportance et la force qu'elles peuvent avoir.
Toute la démonstration du positivisme peut se résumer dans le syllogisme suivant :
L'état religieux d'un peuple correspond toujours à son état mental. En d!autres termes : la conception qu'il a du monde détermine toujours la nature de ses idées religieuses.
Or, la conception actuelle du monde, ou, pour mieux dire, l'état mental qui nous caractérise, est incompatible avec toute métaphysique et toute^Z/roto^'t^, c'està-dire avec toute connaissance naturelle ou révélée de Dieu et de tout ce qui concerne notre principe, notre nature intime, notre fin dernière ; car de nos jours, le premier principe de la science, c'est que le surnaturel n'existe pas.
Donc la métaphysique et la théologie ont fait leur temps et il n'y a plus à s'occuper des morts.
Le Positivisme, au contraire, ou, pour trancher le mot, la suppression de toute métaphysique et de toute théologie, de toute connaissance naturelle et surnaturelle, soit de Dieu, soit de notre origine et de notre destinée; le positivisme est l'unique système qui soit en harmonie avec la conception scientifique du monde et l'état mental des générations contemporaines. C'est pourquoi le Positivisme s'établira seul désormais sur les derniers débris de toute métaphysique et de toute théologie, de toute philosophie et de toute religion.
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Pour apprécier la valeur historique, logique et scientifique de cette démonstration, il suffira de soumettre à une analyse approfondie chacune des propositions dont elle se compose.
La ccitcepiUm du monde ^ disent-ils, détermine la religion des peuples. C'est elle qui a fait passer l'humanité du iétichisme au polythéisme, du polythéisme au monothéisme. C'est elle encore qui la fera passer du monothéisme au positivisme, dogme définitif de l'humanité, parce que seul il est d'accord avec les données actuelles de la. science *. C'est là ce qu'ils
appellent, nous l'avons vu, la loi de V histoire.
C'est pour cette raison, sans doute, que les croyances les plus diverses et les cultes les plus exclusifs ont régné pendant des siècles dans des pays où l'on avait la même conception du monde. Quelle idée se faisait-on de l'univers ? Celle qu'on trouvait dans l'observation la plus superficielle de la nature. Le système des apparences^ telle était toute la conception scientifique des anciens peuples. En Europe, en Asie, en Afrique, partout, cette conception était la même ; ce qui n'empêchait pas les Hébreux d'être monothéistes, les Grecs et les Orientaux de se complaire dans les fictions du polythéisme, d'autres peuples de l'Asie et de l'Afrique, de s'adonner au fétichisme le plus grossier. Depuis Aristote et Ptolémée jusqu'au berceau des temps mo-
1. Voyez LiTTué, Paroles de philos, porit, Posit, etc. Rbnaw, Avenir de la métaphysique.
dernes, la science de la nature est restée stationnaire, la conception du monde n*a pas changé. Et cependant, au sein de cette immobilité scientifique, l'idéalisme et le sensualisme, le spiritualisme et l'athéisme, le mysticisme le plus exalté et le scepticisme le plus décourageant, tous les systèmes les plus contraires et les plus hostiles inondèrent à l'envi les écoles philosophiques de la G rèce et de l'ancienne Rome. Durant cette même période, le christianisme convertit l'Occident, le mahométisme subjugua l'Orient, tandis que dansd'autres pays, lepolythéisme conserva ses idoles, le fétichisme ses manitous.
Depuis trois siècles, la science a progressé, la conception du monde a changé, les anciens systèmes cosmologiques sont abandonnés. Physique, chimie, histoire naturelle et astronomie, tout est entré dans des voies nouvelles, tout tient un langage différent, et jamais, il faut le dire, jamais révolution plus complète n'a modifié plus profondément l'état général de la science.
Eh bien, qu'on nous le dise : le catholicisme est-il mort ou sur le point de mourir? Le protestantisme a-t-il abdiqué ? Le mahométisme est-il devenu une légende ? Les religions polythéistes de l'Orient, le brahmanisme de rinde, le fohisme de la Chine, le bouddhisme de la Tartarie et de l'Indo Chine ont-ils disparu de la face du monde ? A vous en croire, le Positivisme, ou, pour parler sans phrase, l'athéisme matérialiste est seul en harmonie avec la science moderne. Mais
les plus grands d'entre les savants, où donc avez-vous trouvé qu'ils soient athées ? Mais la science elle-même, dans ses affirmations les plus positives, où donc avezvous pris qu'elle n'est compatible qu'avec l'athéisme ? La science! mais c'est elle qui vous porte les coups les plus rudes ; c'est elle qui fait sortir de ses découvertes la démonstration la plus saisissante de l'existence de Dieu ; c'est elle qui accable de l'évidence de ses lois l'orgueilleuse chimère de vos négations I *
Etrange aberration de l'esprit de système I Voilà trois cents ans que les investigations du génie ont transformé la conception scientifique du monde. Et depuis ce temps, le christianisme continue, comme dans le passé, ses hardies et pacifiques conquêtes. Maintenant comme alors, il est la foi et l'espérance du monde civilisé. Maintenant comme alors, il rallie l'élite des intelligences et vit, d'une immortelle vie, dans la conscience des masses. Et c'est en présence d'un fait aussi éclatant, que certains esprits, condamnés, ce semble, à ne rien voir et à ne rien comprendre au delà de l'étroit horizon de leurs préjugés, s'en vont dire avec une étrange confiance, que l'athéisme positiviste, l'athéisme dans sa propre et rigoureuse formule, est seul compatible avec la conception scientifique du monde, et que désormais c'en est fait à jamais de la théologie et de la métaphysique, de l'évangile et de Dieu !