I . Voyez plus haut : Le potiiivisme et la science
En vérité, quand on entend de si prodigieuses assertions, l'on se demande si l'on est le jouet d'un rêve, et par quel miracle de contradiction, tant d'incroyance peut s'unir, dans les mêmes esprits, à tant de crédulité.
Le principe sur lequel repose la démonstration de nos adversaires, principe selon lequel la religion d'un peuple serait toujours le corollaire de son état mciUal, c'est-à-dire de la conception ou de l'idée qu'il a du monde, ce principe, disons-nous, est donc une assertion gratuite, démentie par tous les faits de l'histoire. Elle n'est pas moins repouSsée par la raison; nous croyons l'avoir prouvé dans les premiers chapitres de cet ouvrage. La foi en Dieu comme la foi à la vertu, la religion comme la morale, est universelle, perpétuelle, indestructible, tout aussi bien que les lois de la raison, les aspirations du cœur, les règles de la conscience, les évidences de la réalité. Là est sa base, sa raison d'être, son éternel aliment. Que nous font, au point de vue religieux, les conceptions plus ou moins scientifiques du monde? Est-ce qu'elles changent les lois et les besoins de notre raison, de notre cœur, de notre conscience, de notre âme ? Est-ce qu'elles peuvent altérer en quoi que ce soit la nature de Dieu, la nature de l'homme, ou la nature des rapports essentiels et immuables établis entre Thomme et Dieu ? Est-ce que pour connaître ses droits, ses devoirs, son principe, sa lin, sa destinée, sa loi ; pour devenir un être vrai-
ET LEURS PRBUYBS. 321
ment religieux et moral; pour arriver à la vérité vraie, et vivre de la vie qui seule mérite ce nom, l'humanité a dû attendre qu'il plût à Kopernic d'imaginer son système, à Newton de découvrir ses lois, à M. Littré d'en dégager le dogme de l'avenir ? Triste aberration d'un dogmatisme renversé qui croit faire merveille, en érigeant le préjugé en axiome, le paradoxe en théorème, l'affirmation en preuve, le verbiage de l'imagination en procédé sommaire de la logique et de la raison !
Mais ce n'est pas seulement dans le domaine de la science, c'est dans les faits de l'histoire que le positivisme cherche des armes contre la vérité métaphysique et religieuse. — Voyez, nous disent-ils avec un amer dédain, voyez Tincurable vanité de vos recherches iranscendaniales. Voici des siècles que vous agitez les mêmes problèmes, sans que vous puissiez vous flatter d'avoir trouvé une solution qui commande l'assentiment de tous les esprits. Depuis des siècles, vous dissertez à perte de vue sur Dieu, sur l'âme, sur votre origine et votie destinée future, et quel est le résultat de votre labeur, sinon un chaos de systèmes qui se heurtent et se renversent les uns les autres ; une incertitude lamentable sur les points les plus essentiels ; une divergence toujours croissante d'opinions et de croyances; une défiance légitime de tous vos éphémères symboles ; et, ce qui est plus grave encore, la
désertion en masse des intelligences qui s'en vont,
32â LIi:S DOCTRINES POSITIVISTES
désabusées et fatiguées, demander au dogme de Cave- ?i/r la vérité et la certitude que leur refuse la religion du passé ? Vous commencez par la foi et vous finissez par le doute. Le dogmatisme est votre berceau, le scepticisme votre tombe. Ce n'est pas ainsi que nous procédons. Dans Tétude de la nature, nous partons de l'ignorance ; nous poursuivons nos recherches à travers le doute ; et nous nous reposons enfin dans une inébranlable certitude. Les faits une fois analysés, les lois déterminées, le doute s'évanouit. Les résultats obtenus sont acquis à la science, et l'adhésion permanente des esprits est le pirix de notre pénible labeur *.
De toutes les considérations qu'on fait valoir en faveur du système, celle-ci, nous ne craignons pas de le dire, présente, de prime abord, les apparences les plus spécieuses d une démonstration. Mais qu'on l'examine de près, et l'on verra la difficulté s'évanouir comme ces mirages fantastiques qui n'abusent un instant le regard du voyageur que pour disparaître, dès qu'il s'en approche, à l'horizon fuyant du désert.
Et d'abord quel est l'objet propre et perpétuel de toute philosophie et de toute religion ? Dieu et sa providence ; l'homme et sa destinée ; le principe et la fin de toutes choses ; les rapports essentiels qui unissent Dieu, la nature et l'humanité; c'est bien là le problème inévitable de la raison et de la foi, de la philosophie et
i Voyez Ubnan, Avenir de la métaphy tique, Littrê, Conservation, potitivisme.
de la religion. Eh bien, ce problème, dans ce qu'il a de fondamental, n'est-il pas résolu depuis le jour où l'homme a apparu sur notre globe ? Cette solution n'est-elle pas la propriété inamissible du sens commun et des croyances primordiales qui sont le patrimoine du genre humain? Qu'on nous montre un peuple, un siècle qui n'ait pas affirmé sa foi indestructible à la Divinité, à la Providence, à la liberté de Tâme, à son immortalité, aux peines et aux récompenses d'une vie future. Qu'on nous indique un peuple, un siècle où l'on n'ait pas cru à un ordre surnaturel et divin, à l'efficacité de la prière, à la vertu des symboles religieux et du sacrifice, un peuple sans croyances religieuses et morales, un peuple sans culte et sans Dieu. Le problème a donc été agité, qui en doute ? Mais qu'il n'ait pas été résolu, dans ce qu'il a de plus essentiel, qui donc oserait le dire ?
Sachons le reconnaître. Dans son rapide pèlerinage à travers la vie, l'humanité de tous les temps a participé dans une mesure très-inégale, il est vrai, mais dans une mesure quelconque, à la lumière de la vérité divine, révélée par le double flambeau de la conscience et de la foi, de la raison et de la révélation. Partout où elle a passé, elle a levé le regard au ciel, joint les mains pour prier, fléchi le genou pour adorer. Partout elle s'est inclinée devant la majesté d'une intelligence consciente et souveraine, capable de l'exaucer et de la secourir. Partout sa pensée a franchi l'horizon
de la terre ; partout son espérance a brisé les portes du tombeau, et l'attente d'une vie future Ta consolée des tristesses et des revers, des injustices et des douleurs d'ici-bas. S'il est un fait qui domine l'histoire du monde, c'est celui-là. Qu'on produise, si l'on peut, une affirmation scienlifique qui ose se vanter d'une telle universalité, d'une telle perpétuité, d une si indomptable, d'une si obstinée certitude. Qu'on mette l'affirmation scientifique en balance avec l'affirmation religieuse ; qu'on pèse la valeur de chacune et qu'on prononce.
Fort bien, nous dira-t-on, mais vous oubliez donc ces religions si diverses et si exclusives qui se sont disputé et qui se disputent encore la foi des peuples. Où est l'universalité dont vous vous vantez ? Où est la certitude que vous invoquez ? Les annales de l'esprit humain sont remplies de vos disputes, et vous osez vous glorifier de tenir dans vos mains la solution de l'éternel problème !
Non, répondrons-nous à nos adversaires, nous n'ignorons pas le fait que vous signalez. Nous savons que l'affirmation théologique et métaphysique^ pour parler votre langage, a traversé les vicissitudes les plus étranges et les plus périlleuses. Nous savons qu'elle a été enveloppée des fables du polythéisme, des superstitions du fétichisme, des erreurs de l'hérésie et de 1 incrédulité, comme ces métaux précieux que nous rencontrons mêlés à d'impures scories. Nous savons que
sa lumière a été obscurcie d'immenses ténèbres et que des illusions, des égarements, des défaillances sans nombre ont marqué chaque pas de l'humanité religieuse et croyante. Mais nous affirmons que jamais, ni nulle part^ le rayon divin n'a péri tout entier. Nous affirmons qu'en dépit de nos ignorances et de nos aberrationSy la lumière de la vérité divine et surnaturelle n'a jamais cessé de présider aux destinées de notre race. Écartons toute équivoque et allons au fond de la question. Est-il vrai, oui ou non, que sous les symboles les plus imparfaits et les plus contraires, le sens commun de tous les peuples a maintenu la croyance plus ou moins complète, mais enfin la croyance inébranlable à la Divinité, à la Providence, à la distinction de l'âme et du corps, à la loi morale, à la liberté et la responsabilité humaines, à l'immortalité, à la vie future, à toutes ces vérités fondamentales qui résident, pour ainsi dire, au fond de la raison et de la conscience, et qu'on ne saurait ébranler, sans ruiner du même coup notre être intellectuel et moral lui-même ? Est-il vrai, oui ou non, que dans un ordre plus haut, l'Humanité a cru partout et toujours à une révélation divine, au miracle, à la prophétie, à la puissance de la prière, du culte, des sacrifices, à tout ce qui constitue le fond et l'essence du surnaturel ? Parcourez les livres sacrés de tous les peuples. Étudiez leurs annales, leurs institutions^ leurs monuments ; analysez le chaos même de leurs fables et de leurs su-
perstitions. Sous les créations les plus bizarres de l'ignorance et des passions, vous découvrirez partout les éléments constitutifs delà vérité naturelle et traditionnelle, de la raison et de la foi, de même que, sous les couches les plus disparates accumulées par les révolutions géologiques, vous rencontrez, à une certaine profondeur, le granit primordial où reposent les assises de notre globe.
Il y a donc dans les vicissitudes religieuses des peuples unélément universel, constant, immuable, que nous appelons l'affirmation métaphysique de la raison, l'affirmation t'iêologique de la foi. Or, cette affirmation est la contradiction formelle non-seulement de l'athéisme positiviste ou de tout autre athéisme; elle est déplus, dans sa partie religieuse et théologique, la contradiction radicale de tout système purement déiste ou rationaliste. Et c'est cette puissante et redoutable affirmation que nous opposons à la négation de nos adversaires ; c'est elle que nous mettons en parallèle avec les certitudes prétendues supérieures dont ils réclament le monopole. C'est elle dont l'universalité, la perpétuité et l'incomparable autorité domine le vaste théâtre de nos luttes, de nos disputes, de nos triomphes et de nos défaites mêmes; c'est elle, en un mot, qui échappe absolument au reproche d'instabilité et d'incertitude, de contradiction et d'impuissance, que nous adressent les positivistes, et qui fait crouler ainsi par sa base l'objection qu'ils nous opposent. .
ET LRtmS PREUVES. 327
Or, quel est l'objet perpétuel et immuable de cette immuable et perpétuelle affirmation? C'est précisément ce monde métaphysique ei surnaturel dont le positivisme a juré la ruine. Elle affirme Dieu, sa réalité, sa substantialité, sa personnalité souveraine, ses attributs les plus manifestes et les plus accessibles à notre pensée. Elle affirme le monde divin, ses lois et ses conditions dominantes, ainsi que les rapports les plus essentiels qui nous unissent à ce monde. Sur ce point, pas de divergence. L'unanimité est aussi complète que possible *. Que faut-il de plus? — Mais, disent-ils, dès que l'on veut pénétrer la nature intime de Dieu, de l'âme, de son origine et de sa destinée, les esprits se divisent, les opinions naissent des opinions, les systèmes des systèmes, et l'unanimité dont on fait tant de bruit se brise sous le choc des contradictions.
Mettons qu'il en soit ainsi ; qu'est-ce que cela prouve? Parce que ma pensée ne pénètre pas la nature intime et l'essence même du soleil, parce que je n'en connais pas toutes les propriétés, toute la composition et tous les rapports, est-ce une raison pour que j'en nie l'existence, la lumière, la vertu vivifiante et toutes ces autres qualités dont l'éclat s'impose à mes sens ? Gomment ! parce que vous ne connaissez la nature intime ni du monde, ni de vou§-mômes, pousserez-vous
1. Voytz livET,Al7ielon qux^^t. lib. II, c. IV. Lamennais. Ebsai $ur V indifférence, vol. III, ch XXl.
l'extravagance jusqu'à nier le monde, jusqu'à vous nier vous-mêmes? Étrange contradiction de l'esprit d'erreur I Vous n'admettez, vous n'affirmez d'autres substances que celles de la matière. Toute réalité positive se résume pour vous dans la molécule ou dans l'atome. Eh bien, dites-le nous. Savez vous quelle est la nature intime, ou l'essence de la matière? Ses éléments sont-ils étendus ou inétendus? Étendus, ils sont divisibles; divisibles, ils sont composés; composés, ils ont des composants. Ces composants sont-ils étendus ? Si vous dites oui, le problème renaît ; si vous dites non, ils sont donc simples et inétendus; s'ils sont inétendus, comment produisent-ils l'étendue? Vous n'en savez rien, et quoi que vous fassiez, le mystère vous enveloppe; vos avis se partagent. Le monde de la matière, le seul que vous connaissiez, se dissout en quelque sorte entre vos mains. Kt que diriez- vous donc, si nous allions en conclure que la matière n'est qu'une abstraction, l'atome, une chimère? Vous auriez pitié de notre prétention. Et cependant notre unique crime serait de pratiquer votre logique. Eh quoi! vous échouez devant un atome, et vous nous reprochez de ne pas pénétrer tout le mystère de l'infini ! Ou cessez d'agiter de si faibles armes, ou résignez-vous à voir disparaître la matière elle-même dans la négation où vous voulez repousser Dieu.
Oui, l'affirmation de Dieu n'est ni moins universelle, ni moins opiniâtre que celle des réalités sensibles, et
ET LEURS PREUTES. 329
il n'est pas une seule de vos objections contre la connaissance de Dieu et des existences métaphysiques que nous ne puissions retourner avec autant de force contre la science du monde et de la matière.
Reste l'argument qu'on tire du fait des athées. Geux-là, dit-on, n'ont pas -seulement contesté tel ou tel attribut de Dieu, ils ont nié Dieu lui-même. Prenez acte d^ces négations et renoncez à cette orgueilleuse unanimité que vous réclamez pour vos croyances.
En supposant, ce qui est contestable, qu'il y ait eu des athées systématiques et convaincus ; en mettant que leur voix ait manqué aux suffrages de l'humanité, croitron qu'une telle anomalie puisse nous créer un embarras? Et depuis quand une imperceptible exception ferait-elle fléchir la règle ? Depuis quand la folie de quelques-uns prouverait-elle contre la raison de tous? Vous nous vantez la certitude des données expérimentales et positives; mais êtes-vous bien sûrs de ne pas avoir de contradicteurs? Avez-vous donc oublié qu'il s'est trouvé des insensés qui ont révoqué en doute les faits les plus positifs de l'expérience? Avez-vous oublié que la foi expérimentale et scientifique a rencontré pour le moins autant de sceptiques et d'incrédules, que la foi philosophique et religieuse? Citezmoi un fait, une vérité, une seule, qui ait échappé aux prises de la négation. Quoi de plus certain que l'existence de la matière et du mouvement, la multiplicité
des atomes et des substances, la vie et la sensibilité
des bèies, la certitude des faits de Texpérience, la vérité de certains événements de rhistoire ? Toutes ces vérités vous les proclamez absolument évidentes et certaines, et vous avez raison. Aussi haut que vous, nous en proclamons l'évidence et la certitude. Est-ce à dire que l'emportement de Tesprit sophistique ou la manie de l'esprit de système les ait épargnées ? Eh quoi ! Zenon n*a-t-il pas nié le mouvement ? Berkeley n'a-t-il pas refusé toute réalité au monde des corps ? Les idéalistes n'ont ils pas révoqué en doute tout ce que vous affirmez comme certain ? Les panthéistes n'ont-ils pas mis au rang d'un pur phénomène ou d'une pure illusion ce que vous considérez comme la seule existence réelle et substantielle ? Descartes n'a-t-il pas réduit les animaux à l'état de simples machines, dépourvues de toute vie et de toute sensibilité ? Les faits les plus authentiques de l'histoire ont-ils trouvé grâce devant la réprobation de Pyrrhon et de ses disciples ? Que dis-je ? ne s'est-il pas rencontré des raisonneurs sans frein, un iEnisédème, un Sextus Empiricus et tant d'autres de leur école, qui ont prétendu abattre sous les coups d'un scepticisme universel, non-seulement la certitude de Dieu et du monde, mais celle de leur propre existence?
Est-ce la peine de s'arrêter à toutes ces négations et faudra-t il renoncer aux faits les plus positifs de l'expérience, non moins qu'aux vérités les plus élémentaires de la raison, parce qu'il aura plu à quelque esprit
ET LEURS ^REtJYEâ.
excentrique de leur opposer ses futiles et orguei paradoxes ? Qu'on cesse donc de'revendiquer pour œ^ qu'on appelle les affirmations positives y le bénéfice d'une certitude qu'on refuserait à l'affirmation^métaphysique et religieuse. Pour les unes comme pour les autres, l'adhésion générale des esprits est la règle ; la protestation isolée de quelques visionnaires ou de quelques fanatiques marque l'exception. Et que deviendrait la science la plus positive tout aussi bien que la science métaphysique ou théologique, s'il fallait livrer leurs titres les plus authentiques et les plus évidents au parti pris d'un misérable entêtement ou aux caprices d'une incurable folie ?
C'est le propre des petits esprits et des esprits faux de ne saisir qu'un côté d'une question, de l'exagérer outre mesure, d'en tirer les conséquences les plus extrêmes, sans tenir aucun compte des principes et des vérités qui souvent limitent et modifient ces conséquences. Confondre, avec une incorrigible obstination, l'absolu et le relatif, le certain et le problématique, l'essentiel et l'accidentel, le droit et le fait, et, par là même, le vrai et le faux, le réel et le chimérique ; n'est-ce pas là ce qui caractérise éminemment l'esprit sophistique ou la faiblesse d'esprit ? N'est-ce pas là ce qui remet éternellement en problème ce je ne sais quoi d'invincible et de souverain qui réside, comme un axiome primitif et indiscutable de la foi, de la raison ou de l'expérience, dans l'âme même de l'humanité?
LES DOCTRU^ POStTIYtSTEâ
des bô*^ . ,^irce pas là ce qui substitue à Tharmonie de la vérité
. .otale lechaos des systèmes partiels et exclusifs ? N'est-ce pas là ce qui éternise les malentendus et les disputes ? Et, pour en venir à l'application, n'est-ce pas là précisément ce que font les positivistes ? D'un trait de plume, ils suppriment, si l'on me passe cette expression, tout un hémisphère du monde de la vérité. Ils affirment le monde de l'expérience, et ils ont raison. Us suppriment le monde de la raison et de la foi, et c'est là leur immense erreur. A ce trait seul, je reconnais le sophisme et je repousse le système. Ah! que ce n'est pas ainsi que s'y prend l'humanité I Elle ne voit pas toute la vérité ; mais au moins elle ne repousse aucun de ses éléments essentiels. Elle ne possède qu'une synthèse plus ou moins imparfaite, plus ou moins implicite ou développée, mais au moins ne vat-elle pas la briser en morceaux, au risque de n'en garder, comme les faiseurs de systèmes, qu'un informe tronçon. Nouvelle affirme en même temps, dans toutes ses données fondamentales, la vérité expérimentale et la vérité métaphysique, la vérité naturelle et la vérité surnaturelle, la vérité scientifique et la vérité religieuse. Là, dans cet ensemble, et là seulement, se trouve, sous une forme plus complète, la doctrine de la vérité. Et hors de là, quoi qu'on fasse, et quelle que soit la verve de l'invention, je ne vois que le jeu coupable de l'esprit d'erreur et la mutilation sacrilège de l'image divine qui seule a droit aux hommages de notre foî et de notre amour.
On nous vante les conquêtes de la science, et nous n'avons garde de les contester. Mais encore ici ne fautil pas que les exagérations de Tenthouslasme prévalent contre les droits impresciptibles de la justice. Combien en est-il de ces conquêtes qui ont été emportées du jour au lendemain comme les grains de sable que chasse la tempête ! Que de systèmes renversés par d'autres systèmes ! Que d'opinions éphémères mises en oubli par des opinions nouvelles I La lumière se produit-elle par émission ou par vibration ? La gravitation esl-elle mécanique ou dynamique? Le calorique est-il un fluide substantiel ou le simple produit du mouvement ?* Que de théories, hardiment soutenues, il y a un siècle, comme le dernier mot de la science et qui, en ce moment, ne sont plus que des souvenirs, relégués, si je puis le dire, dans le musée des curiosités scientifiques !
Qui nous assure que, dans un avenir plus ou moins reculé, tant d'explications qui nous paraissent indiscutables, ne subiront pas le même sort ? Science de rhomme ou de la nature, science des existences inorganiques ou des êtres organisés, il n'en est pas une seule qui ne subisse, de siècle en siècle, souvent même de dix ans en dix ans, Une profonde métamorphose. Qu'on se rappelle les vicissitudes tragiques de tant de systèmes qui se flattaient de dévoiler à tout jamais les plus intimes mystères de la géologie et de l'astrono-