Mgr Ddpanloup. La Convention du 5 sept. etc
plus que dans le passé, ses silencieux ravages. Elle creuse des rides précoces ; elle fait couler des larmes brûlantes; elle brise les corps et dévore les âmes. Les peuples se consument dans la fièvre de l'avenir ; les individus, dans l'agitation des affaires et des plaisirs. Mais quand à Tétourdissement de l'ivresse; succède un douloureux réveil ; quand les coups de la fortune renversent nos espérances, quand des catastrophes sans nom s'abattent sur notre patrie, la couvrent de deuil et de ruines, voilent la gloire de son passé, morcellent son unité et son intégrité séculaires, mettent en question son avenir et semblent décourager l'espérance elle-même ; quand les soucis et les chagrins deviennent les hôtes habituels de notre pensée ; alors en vain nos âmes cherchent en elles et autour d'elles une main qui les aide à porter le fardeau écrasant de la lutte et du malheur. A chaque effort, elles retombent plus lourdement dans le vide de leur pensée et de leurs croyances. Dieu a cessé d'habiter au milieu d'elles. Une philosophie sans entrailles leur a désappris à invoquer son nom sacré. Elles savent peut-être la langue du murmure et du blasphème; elles ne connaissent plus la langue de la prière. Le cri de leur douleur expire dans le néant. Nul écho consolateur ne répond au gémissement de ces orphelins du monde moral ; et le désespoir seul, un désespoir morne et glacé, offrira désormais, comme une sorte de tombeau anticipé, un dernier asile h, leur souffrance.
Ah I si au moins leur douleur savait croire et prier ! Dieu répondrait alors à la voix de leur prière. La douleur deviendrait un ange de Dieu, et du sein de leurs tristesses sortirait un rayon de vie et d'immortalité.
Oui, celui qui a connu l'angoisse des grandes souffrances ; celui qui a connu Timpuissance des consolations humaines; celui qui, pour se relever, a posé son cœur broyé et meurtri sur le cœur de Jésus ; celui qui a senti ce cœur sacré battre sur son propre cœur ; celui qui a vu l'aiguillon de la douleur se briser à ce contact divin, et une infinie consolation succéder soudain au deuil de son âme, celui-là a senti Dieu, il Ta vu, il Ta touché, en quelque sorte, autant qu'on le peut sur cette terre. Entre lui et Dieu il s'est fait une indissoluble étreinte et, quoi qu'il advienne, il sentira éternellement la marque du baiser divin sur les blessures cicatrisées de son cœur.
Que Dieu redescende donc dans les esprits, et ils se relèveront, loin des angoisses du doute et de la négation, vers les régions sereines de la lumière. Qu'il redescende dans les âmes, et elles renaîtront à la joie, à la vertu, au bonheur. Qu'il redescende dans les sociétés, et elles retrouveront la tranquillité de Tordre, la stabilité, l'avenir qui semblent se dérober sous leurs pas. Que Dieu redescende sur cette terre si pauvre, si calamiteuse, si souffrante, et elle reverdira au souffle de sa présence; elle se repeuplera de célestes visions. L'esprit de Dieu habitera de nouveau parmi les hommes ;
les hommes converseront de nouveau avec Dieu. Un rayon du bonheur primitif traversera le monde, et délivré de la servitude de ses ignorances et de ses passions, l'homme redevenu en quelque sorte un enfant divin, reposera, sans inquiétude et sans terreur dans les bras de son Dieu, comme le nouveau-né qui s*endort, calme et souriant, sur le sein de sa mère.
Et, racheté une seconde fois de Terreur, du péché et de la mort, chacun de nous reconnaîtra, par une expérience personnelle et positive, la profonde vérité de ces paroles du Maître de la vie : Venez à moi vous tous qui portez le poids du travail et de la fatigue, et je vous soulagerai *,