‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 96 sur 135 · I. — L'origine darwiniste de l'homme aa point de · texte numérisé non relu

I. — L'origine darwiniste de l'homme aa point de

géologique.

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Les restes certains et authentiques les plus anciens de l'homme primitif et antédiluvien sont les crânes et les squelettes découverts dans le cimetière de Solutré dans le Maçonnais,^ par M. de Ferry, en 1865, et dans la grotte du Cro* Magnon dans la Dordogne par M. Lartel, en 1869.

Quelques darwinistes avaient invoqué jusque-là, à Tappui de rorigine simienne de Thomme, le crâne d'Engii trouvé en Belgique et le crâne du Néanderihal, trouvé près de Duflseldorf. L'un et l'autre ne sont que des morceaux très-incomplets. Dans le premier, la base entière manque, ainsi que les os de la face, de sorte qu'il est impossible de mesurer l'angle facial. L'anthropologiste le plus accrédité de nos jours, M. Pruner-Bey, n'y voit qu'un crâne de femme appartenant à la race celtique, et par conséquent relativement très-moderne. — Le crâne du Néanderthal aussi n'est qu'un firagment ; et de plus, aucun débris d'animal, aucun silex taillé caractérisant l'époque ne fut trouvé près de ce crâne. U n'y a

donc point de preuve certaine que ce crâne appartient au premier âge de l'apparition de l'homme sur le continent européen. 11 présente une saillie énorme de arcades sourcilières, derrière laquelle se remarque une dépression considérable. Les darwinistes se plurent longtemps à voir dans cet accident l'analogue de la crête frontale du gorille. Et comme l'homme simien doit nécessairement être très-ancien, on lui attribua une antiquité considérable, bien que son origine fut dépourvue de toute authenticité scientifique. Quant à cette prétendue analogie avec le crâne du gorille, M. Pruner-Bey a démontré, dans sa communication faite au Congrès d'anthropologie tenu à Paris en 1 867, que ce développement se rencontre chez le gorille dans un sens tout opposé, sans que rien s'attache ou se cache derrière cette arête : celle-ci, de plus, est solide, sans creux, et plus mince à sa base qu'à son bord libre. Le crâne du Néanderthal offre précisément les caractères contraires. De plus, l'intérieur de ce crâne indique que le cerveau y était d'un volume supérieur au volume moyen de celui de l'homme moderne, et que toute la surface de l'encéphale, sans aucune exception, est conformé suivant le type humain.

On le voit donc, les darwinistes étaient mal fondés à revendiquer, à l'appui de leur théorie, ces premières découvertes de l'anthropologie primitive. Mais les découvertes subséquentes devaient renverser, d'une façon plus éclatante, leur théorie. De la grotte de Cro-Magnon, M. Lartet, outre quelques parties de squelettes, tira trois crânes. Près de ces crânes on trouva de notables restes de mammouth, preuve que ces squelettes appartiennent à la première période de l'époque quaternaire. Ces crânes diffèrent peu du type actuel. M. Broc^, dans les Mémoires de la Société d'anthropologie, fait remarquer qu'ils présentent une réunion remarquable de caractères de supériorité et de caractères d'infériorité. • Le

grand Tolume du cerveau, dit-il, le développement de la région frontale, Ja belle forme elliptique de la partie antérieure du profil du crâne, la disposition orthognathe de la région faciale supérieure, d'où résulte une ouverture considérable de Tangle facial de Camper, sont d'incontestables caractères de supériorité, qu'on n'est habitué à rencontrer que chez les races civilisées. D'un autre côté, la grande largeur de la face, le prognathisme alvéolaire, l'énorme développement de la branche dé la mâchoire, l'étendue et la rudesse des surfaces d'insertion des muscles, fait naître immédiatement l'idée d'une race violente et brutale. » D'après M. Pruner-Bey, ces crânes sont analogues à ceux des Lapons, des Finnois et des Esquimaux de nos jours. Cet éminent anthropologiste donne le nom de race mongoloïde primitive à ces premiers habitants de la France.

Les squelettes du cimetière de Solutré mènent à la même conclusion. Une cinquantaine de squelettes ont été, jusqu'à présent, extraits de ce vaste ossuaire. Les nombreux restes de rennes, quelques restes d'aurochs et de mammouth indiquent qu'il faut faire remonter l'âge de ces sépultures à l'époque du renne, vers la fin de Fépoque géologique dite quaternaire. M. Pruner-Bey, dans son mémoire Le Maçonnais préhisto^ rique (Mâcon, 1859), en étudiant ces crânes, les 'rapporte tous au même type mongoloïde, tel à peu près que nous le trouvons encore aujourd'hui chez les Lapons, les Finnois, les Groênlandais, les Esthoniens, les Esquimaux et même les Tarlares. C'est encore au même type, toujours d'après le méine savant, qu'il faut rapporter les deux crânes trouvés par M. Dupont dans là caverne de Furfooz en Belgique, aussi bien que le crâne de vieillard trouvé par M. Brun dans la grotte de Bruniguel (Tarn et- Garonne). En mesurant l'angle facial de celui-ci, on remarque qu'il ne diffère pas de celui de l'homme qui habite aujourd'hui les mêmes climats. La fa-

meuse mâchoire humaine découverte déjà en 1863 par Boucher de Perthes au moulin Quignon près d'Abbeyille, de l'aveu de presque tous les anthropologues, ressemble à celle d'un homme de nos jours. La même remarque pourrait se faire pour d'autres débris de crânes humains paraissant remonter à une époque fort ancienne ; tels sont la mâchoire trouvée par M. Dupont dans la grotte de La Maulette près de Dinant Belgique); — un frontal et un pariétal humain extrait en 1866 du lehm de la vallée du Rhin, à Eguisheim, près Colmar, par le docteur Faudel ; — un crâne rencontré près d'Arezzo par le professeur Bocchi, de Florence.

C'est donc contre eux-mêmes que les darwinistes et les matérialistes contemporains ont invoqué l'anatomie de l'homme primitif, et ce qu'il faut conclure, comme le dit si bien M. Figuier dans son livre remarquable, L* Homme primitif, dont sont tirés plusieurs des détails qui précèdent, c c'est que les plus anciens crânes humains connus ne diffèrent pas d'une façon notable du type actuel. »

Mais ce qui achève de renverser la théorie darwinienne appliquée à l'homme, c^est la présence dans ces cavernes des nombreux produits de l'industrie humaine à cette époque reculée, et les monuments d'un culte des morts. Et, en effet, les premières traces de l'existence de l'homme primitif, ce furent les nombreux instruments fabriqués par une main intelligente. Les fouilles d'Abbevillô et de Saint-Acheul avaient mis au jour une quantité innombrable de haches en silex, de pointes de lance, de flèches, de couteaux, des casse tètes, des racloirs, le tout en silex travaillé avec une^certaine habileté. A Aurignac, à Cro-Magnon, à Solutréet en bien d'autres endroits, c'étaient des os d'animaux portant la trace d'instruments tranchants, brisés dans le sens de la longueur comme pour en extraire de la moelle ; puis ce sont des coquilles percées d'un trou pour former des colliers et des bracelets ;

qaelques dessins grossiers, représentation de la tète humaine ou de quelque animal, gravés sur ces silex ; puis, plus tard, à répoque des hommes de Solutré et d'autres cayernes de la même époque, le bois du renne tend à supplanter le silex, comme matière des outils et des instruments de l'homme primitif. Ce sont, en effet, des flèches, des aiguilles, des poinçons, des manches de poignard, des harpons, des colliers et des bracelets en bois de renne sculptés, portant très-sou- ?ent des dessins extrêmement curieux, soit de fantaisie, soit représentant des animaux de cette époque ou même des figurines humaines. L'intelligence industrieuse et inventive de l'homme éclate donc de toutes parts, aussi clairement que dans les œuvres du génie et de l'industrie modernes t Quel est le singe, s'écrie avec raison M. L. Figuier, qui fabrique avec des silex des haches et des flèches I » Qu'on ajoute à tout cela les traces de l'usage du feu, des os calcinés, des foyers grossiers à demi-conservés..., et qu'on prouve enfin, qu'à un moment quelconque de son existence, l'humanité, quelque sauvage et incivitisée qu'on la suppose, était dépour^ vue de la raison qui combine et invente.

La manière dont cet homme primitif ensevelissait ses morts n'est pas moins remarquable. Tous ces objets ci-dessus, ces haches, ces instruments, ces objets de parures, étaient déposés avec le cadavre sous le caveau sépulcral ; ces amas d'os, brisés pour en extraire la moelle, ces autres os calcinés, ce foyer devant le lieu de sépulture, ne sont ce point les indices d'un repas funéraire, qui réunissait, devant la tombe même, à peine refermée, les parents et les amis du défunt ? Ces amas d'os de mammouth et de renne, retrouvés à côté des squelettes humains, sont les restes des quartiers de viande, déposés dans la tombe en guise de provisions de voyage ; cette grotte servant de tombeau et si bien close par une dalle qui en scelle pour ainsi dire l'entrée, ou cette voûte fermée par de

larges dalles au-dessus du foyer, chauffé pour recevoir le cadavre comme dans un large cercueil de pierres, tout cela disposé avec un soin pieux, n'indique-t-il pas combien ce sauvage sent que tout n'est pas fini avec la vie du corps ? Gomment les sépultures d'Âurignac, de Gro Magnon, de Solutré et autres, nous offriraient-elles tous ces détails, toutes ces armes, toutes ces provisions, si, pour l'homme primitif, celui qu'il ensevelissait ainsi, ne devait plus se réveiller, ou s'il ne devait pas accomplir quelque grand voyage aux terres inconnues ?

De cette foi à l'immortalité, à la croyance en Dieu, il n'y a pas loin, et cette induction est corroborée par la présence, dans les sépulcres, de certains objets aux formes étranges et mystérieuses, coquilles, pierres brillantes, fragments de minerais divers, percés au milieu, et autres objets analogues qui semblent. avoir été avec raison considérés comme des amulettes et des marques superstitieuses, comme des symboles de croyances religieuses, et par conséquent un hommage rendu à la divinité. Certes, ce n'était point là un singe perfectionné, grâce à la sélection naturelle de M. Darrwin.

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