II. — Origine de l'homme an point de vue
anatomiqne (*).
Au sujet de cette question si passionnément agitée par quelques disciples de Darwin, M. de Quatrefages, dans son Rapport sur les progrès de V anthropologie, publié en 18'J8, en résumant plusieurs travaux contemporains, établit les points suivants :
1 . L'origine simienne de l'homme a été professée, entre autres^ par M. Abolit et Théophile Gauthier, ainsi que par M. Duruy, ancien ministre de l'instruction publique.
1. L*homme est un aaimal marcheur ; tous les singes sont des animaux grimpeurs. Aussi dans les deux groupes tout l'appareil locomoteur porte l'empreinte de ces destinations fort différentes. Ce résultat important ressort d'une foule de recherches de détail, et démontre que le type singe, en se perfectionnant, ne perd en rien ce caractère fondamental et reste toujours parfaitement distinct du type humain. Celui-ci ne peut donc dériver de celui-là.
2. C'est un fait incontestable que les trois singes anthropomorphes orang, gorille, chimpanzé, tout en présentant les mêmes caractères généraux et essentiels des grimpeurs, ne sont pas les membres d'une même famille, mais les termes correspondants supérieurs de trois séries distinctes. La doctrine darwinienne, adaptée au fait de l'apparition de l'homme, en ne tenant même compte que des caractères morphologiques extérieurs, conduirait donc à dire que l'homme, chez qui tout révèle le marcheur, ne peut appartenir à aucune de ces trois séries, mais ne peut être que le terme supérieur d'une quatrième série distincte dont les représentants ont disparu ou échappé jusqu'à ce jour. Si, pour se soustraire à cette conclusion, les darwinistes disaient qu'arrivé au degré d'organisation accusé par les anthropomorphes, l'organisme a subi une impulsion nouvelle et s'est trouvé modifié pour la marche, ce serait une hypothèse de plus, et Ton ne pourrait plus invoquer la gradation organique, présentée par l'ensemble des quadrumanes et qui fait la base de la théorie de Darwin.
3. Le développement des appareils sensitif et végétatif, des systèmes de locomotion et de reproduction, suit un ordre inverse dans rhommc et dans le singe II en est de même pour les phénomènes du développement individueL Ainsi, chez le singe, les dents molaires vont en augmentant de volume de la première à la dernière ; chez l'homme, c'est le contraire.
— L'angle sphéaoïdal de Virchow diminue chez Thomnie à partir de la naissance, et s'agrandit chez le singe. — Pour le cerveau lui-même, on a fait grand bruit de l'analogie qui existe dans l'arrangement des plis cérébraux entre l'homme et les anthropomorphes adultes. Mais chez le singe les plis ou sutures antérieures du frontal se forment d'abord avant celles du lobe moyen ou de la région postérieure du crâne. Chez l'homme, les sutures du front se forment en dernier lieu. Son front s'élargit à mesure qu'il grandit ; chez le binge il se rétrécit. Il est évident que lorsque deux êtres suivent ainsi dans leur développement une marche inverse, le plus élevé ne peut descendre de l'autre par voie d'évolution. L'embryogénie vient donc ajouter son témoignage à celui de l'anatomie et de la morphologie.
Par conséquent, il faut considérer comme absolument vrai ce que dit Gratiolet : Le cerveau du singe rCesi pas un cerceau d'homme frappé d^arrêt de développement ^ ni le cerveau de l'homme un cerveau de singe développé. — Ce que dit Bert : En se perfectionnant ^ les singes ne se rap' prochent pas de l'homme^ et en se dégradant ^ l'homme ne se rapproche pas du singe, — Ce que dit M. Bruner-Bey : Pas de passage possible entre l'homme et le singe, sinon à la condition d^ intervertir les lois du développement,
4. Les arguments des darwinistes se réduisent à des exagérations de ressemblance morphologiques, à des inductions tirées de quelques faits exceptionnels qu'on généralise, à quelques coïncidences dans lesquelles on suppose des relations de cause à effet, puis enfin à un appel aux possibilités d'où l'on tire une conclusion plus ou moins affirmative. Ainsi :
A. L'analogie de la main osseuse de l'homme et de certains singes n'est pas un argument ; car la musculature du pouce de l'homme établit une différence profonde et accuse une adaptation à des usages trës-dififérents .
B. L'articulation de Tépaule qui permet aux anthropomorphes des mouvements de rotation ne constitue pas une véritable ressemblance ; car déjà la forme seule des os montre que les mouvements ne sauraient être les mêmes ; la musculature surtout présente des différences tranchées, accusant encore des adaptations spéciales.
C. La voûte du crâne qui chez quelqueç races humaines (néo-calédonien-australien) s'infléchit vers les deux côtés et se relève vers la ligne médiane, n'est point un acheminement vers les crêtes osseuses de certains anthropomorphes. Chez ces derniers, les crêtes osseuses se détachent des parois du crâne et ne font nullement partie de la voûte.
D. De ce que l'orang serait brachycéphale, comme le malais dont il est compatriote, tandis que le gorille et le chimpanzé sont dolichocéphales comme le nègre, il n'y a pas de raison pour regarder le premier comme le père des populations malaises, et tes seconds comme les ancêtres des races africaines. Car les faits seraient-ils exacts, il ne s'en suit point que la conséquence serait démontrée. Mais cette coïncidence n'existe pas. L'orang, originaire de Bornéo, y vit au milieu, non des Malais, mais des Dayaks qui sont dolichocéphales. Et la dolichocéphalie des gorilles n'est pas générale, puisque sur trois femelles de ce singe, deux sont brachycéphales
E. Les ressemblances des microcéphales avec le cerveau simien n'indiquent pas une conformation intermédiaire, normale à une époque antérieure, mais qui, aujourd'hui, ne se réalise que par un arrêt de développement. Car Gratiolet a démontré que ces ressemblances sont purement illusoires. Chez les microcéphales, le cerveau humain se simplifie, mais le plan initial n'est pas changé. Le cerveau humain diflîère d'autant plus du simien qu'il est moins développé, et un arrêt de développement ne pourrait qu'exagérer cette différence na-
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turelle. Il n'y a donc aucun rapprochement à faire entre le cerveau humain amoindri et le cerveau animal, quelque développé qu'il soit.
« Donc, conclut M. de Quatrefages, la théorie de l'origine simienne de l'homme n'est qu'une pure hypothèse, ou mieux, un simple jeu d'esprit en faveur duquel on n'a pu invoquer encore aucun fait sérieux, et dont, au contraire, tout démontre le peu de fondement. >
L'Académie des sciences semble avoir ratifié ce jugement, en refusant, au mois de juin de cette année 1872, d'admettre M. Darwin au nombre de ses correspondants, après avoir discuté pendant quatre jours ses titres scientifiques. Un Danois, M. Lowe, lui fut préféré à la presque unanimité.
m. — Antres signes distinotifs des deux organismes .
Dépression du crâne simien à mesure que l'âge avance, à cause de l'ossification prématurée de la partie antérieure de ce crâne.
Mâchoire s'allongeant en museau, et retrait de l'os maxillaire inférieur, tandis que chez l'homme, il forme la saillie du menton.
Séparation entre les dents canines et les dents incisives, tandis qu'elle n'existe chez l'homme d'aucun âge et d'aucune race.
Quant au volume, le crâne de l'homme le plus dégradé et du dernier sauvage présente proportionnellement une capacité double de celle qui caractérise le cràpe de gorille le plus vaste.
Les organes de la vie de relation que BuiTon prétendait identiques, présentent des différences assez remarquables. Ainsi, entre autres, le singe possède dans le larynx, des
espèces de poches où Tair s'engouffre et d'où il ne peut sortir qu'avec un murmure sourd qui s'opposerait à toute articulation.
Les bras du singe sont plus gros et plus longs que les jambes, la paume de la main relativement moins large, le pouce moins avancé, les doigts sans un mouvement indépendant.
Son pied n'est pas conformé pour la marche. Il n'a pas de talon, ne pose à terre que par son tranchant, ce qui, avec la structure de la colonne vertébrale à laquelle la tête ne tient que par derrière et non par sa base, ne lui permet pas de prendre une position verticale, et l'oblige de se servir de ses mains pour la marche.