ibid
cherche des causes premières et des causes Anales ^, » considérées jusqu'ici, mais bien à tort, comme l'essence même de toute philosophie.
Et veut-on savoir quelle est la méthode de cette philosophie ? C'est « qu'elle marche du monde vers Vhomme,et non pas de l'homme vers le monde *» . Elle part des faits de l'expérience, qui sont tout, et non des idées de la raison, qui ne sont rien. Il est visible, en effet, qu'après avoir éliminé de la science ce qui forme l'objet propre de la raison, il serait difficile à M. Littré de trouver une autre méthode que celle qu'il indique. A quoi servirait la méthode rationnelle, quand on a le courage de supprimer la raison même?
La méthode positive ne sortant pas du domaine de l'expérience, elle présente nécessairement l'avantage de vérifier « les notions subjectives » de l'esprit par la réalité objective des faits. Cette faculté de comparer le résultat de nos recherches et de nos procédés avec les objets eux-mêmes, donne à notre savoir ce caractère positif et certain qui rend impossible toute contestation prolongée, et établit tôt ou tard l'accord définitif des esprits touchant les vérités te la science. C'est là, dans cette vérification toujours possible des solutions données, que la philoso-
^•ConsenatioH p. 51.
%.ibid. p. 64.
phie positive place Tunique crilcriuïn de notre savoir et la marque suprême de toute certitude.
Tel est ce système. Il prétend « ne rien nier, ne rien affirmer sur les causes premières et finales, sur Dieu et la Providence, sur Tàme, la liberté et Timmortalité, sur toutes ces grandes et décisives questions qui sont l'éternel objet de toute philosophie et de toute religion. Il va même jusqu'à condamner Tathéisme comme une dernière forme du « théologisme » ; et à s'en tenir aux formules que les coryphées du système prodiguent, avec une visible complaisance, à chaque page de leurs écrits, ils n'attaquent aucune de ces croyances, ils laissent chacun libre d'admettre, d'adorer, de prier ce qui lui plaît et comme il lui plaît. Ils conservent même, avec un soin tout particulier, ces mots augustes et sacrés dont l'humanité a fait jusqu'à ce jour le symbole de sa foi, de ses espérances et de ses immortelles destinées. Ces doctrines n'ofTriraient donc aucun danger, et s'il fallait en croire leurs auteurs, nous serions désintéressés dans la querelle. Mais, ne l'oublions pas, en pareille matière, les précautions oratoires ne sont rien, et la logique est l'unique justice des systèmes. L'homme disparaît ; la forme même s'évanouit ; les équivoques expirent dans le vide et le silence. Il ne reste qu'un justiciable; c'est le système, froid, abstrait, réduit à sa plus simple expression doc trinale, inexorablement dépouillé de tout appareil de rhétorique, de tout faste de dissimulation, d'illusion
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OU de mensonge. Il ne reste aussi qu'un seul justicier: c'est la raison, c'est la logique, elle «aussi, froide, impassible, incorruptible comme la loi ; elle aussi, séparée de tout ce qui n'est pas elle, mais armée de ses étemels principes, armée de son inexorable évidence, et jugeant les systèmes dans leur beauté ou dans leur difformité, avec le critcriiini de cette formidable lumière.
Ceci étant, quel est le fond intime et indéniable du système que nous venons d'analyser ? Ce fond c'est renoncé d'une métaphysique qui est la contradiction formelle du principe, en vertu duquel le positivisme supprime toute métaphysique et toute religion. Comment, en effet, essaient-ils d'expliquer l'homme et l'univers, eux qui prétendent ne rien expliquer touchant Vorîgine des choses, et ne rien savoir de la cause première et dernière des Ôtres ? Le voici dans toute la franchise delà plus radicale formule. Suivant M. Comte l'ensemble des existences « est constitué par la Matière et les force immanentes à la matière. Au delà de ces deux termes, la science positive ne connaît rien *,» « L'humanité, dit M. Littré, a été régie dans son enfance et dans sa jeunesse par les lois de la transcendance. Elle le sera, dans sa maturité^ par les lois de Vimmanence » Or, « la transcendance, c'est la théologie ou la métaphysique expliquant l'univers par des
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causes qui sont en dehors de lui, » c'est-à-dire par Dieu; « l'immanence, c'est la science expliquant l'univers par des causes qui sont en lui * ; c'est-à-dire par la matière. Cette « immanence seule est directement
infinie Car elle nous met, sans intermédiaire, en
rapport avec les éternels moteurs d'un univers illimité *.
Le positivisme se résume donc, en dépit de son principe, dans un matérialisme absolu, expliquant toutes choses « par la matière et par les forces immanentes h là maiiïève, c'est-à-dire, qu'il se résume dans une immense et capitale négation. Négation de Dieu, « idéalisation fictive, hypothèse désormais inutile, réduit à la nullité et à un office purement nominal et surérogatoire ^. » Négation de l'âme qui n'est que « l'ensemble des fonctions du cerveau et de la moelle épinière * ; » une machine aussi mathématiquement construite qu'une montre ; '» « la résultante de l'organisme, qui périt avec lui comme l'harmonie d'une lyre périt avec la lyre. *» Négation de la liberté, puisqu'une « force intérieure et contraignante enfonce au cœur de toute chose vivante les tenailles d'acier de la