A. De Margerie. Jfc^odic^c I, p
que j'en déduis par un raisonnement certain, subsistent indépendamment de tous les temps. En quelque temps que je mette un entendement humain, il les connaîtra; mais en les connaissant, il les trouvera vérités et ne les fera pas telles. Car ce ne sont pas nos connaissances qui font leurs objets, elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qui il y ait eur un entendement humain ; et quand tout ce qui se fait par les règles des proportions, c'est-à-dire, tout ce que je vois dans la nature serait détruit excepté moi, ces règles se conserveraient dans ma pensée , et je verrais clairement qu elles sont toujours bonnes et toujours véritables, quand moi-môme je serais détruit, et quand il n'y aurait personne qui fût capable de les comprendre *. »
Citons encore ces mots par lesquels Fénelon termine son immortelle analyse de la raison humaine :
(( Voilà donc deux raisons que je trouve en moi : Tune est moi-même, l'autre est au-dessus de moi. Celle qui est en moi est très-imparfaite, fautive, incertaine, prévenue, précipitée, sujette à s'égarer, changeante, opiniâtre, ignorante et bornée, enfin elle ne possède jamais rien que d'emprunt. L'autre est commune à tous les hommes et supérieure à eux, elle est parfaite, éternelle, immobile, toujours prête à se communiquer
1. BossuBT. Traité de la connaissance de Dieu et de soi même. Chap. IV.
en tous lieux, et à redresser tous les esprits qui se trompent, enfin incapable dôtre jamais ni épuisée, ni partagée, quoiqu'elle se donne à tous ceux qui la veulent. Où est cette raison parfaite qui est si près de moi et si différente de moi? Où est-elle? Il faut quelque chose de rcel ; car le néant ne peut être parfait, ni perfectionner les natures imparfaites. Où est-elle cette raison suprême ? N'est-elle pas le Dieu que je cherche * ? »
Impossible de mieux caractériser les deux raisons qui sont en nous : l'une individuelle, changeante et subjective qui voit la vérité; l'autre universelle, immobile et objective, qui est la vérité éternelle ellemême, aperçue par notre esprit. Et c'est de cette vérité éternelle et universelle que Kant et ses imitateurs voudraient faire une forme subjective et individuelle de notre entendement ! Est-il possible, je le demande, de porter plus loin la contradiction des idées et la confusion du langage ? Est-il possible, tranchons le mot, de se moquer plus audacieusement du bon sens et de la raison elle même ?
La réalité objective des idées et des vérités de la raison est donc invinciblement marquée dans les caractères constitutifs de ces idées et de ces vérités ellesmêmes et il ne reste plus au scepticisme un seul refuge. La toute-puissance de la vérité éclate à tra-